dimanche 6 juin 2010

Frankenstein en "comics"


Frankestein, ou plutôt le monstre de Frankenstein, est un autre personnage de la littérature du 19è siècle qui fut adapté, comme Dracula, par Marvel Comics durant les années 70. Les trucs d’horreur vendaient bien, les films connaissaient un bon succès alors chez Marvel on a décidé de plonger dans la marmite. On a eu droit à une variante de la Momie (N'Kantu, the Living Mummy), un zombie (Tales of the Zombie), un loup-garou (Werewolf by Night), une créature des marais (The Man-Thing) et bien entendu, un vampire (Tomb of Dracula). Pour l’amateur de ces trucs-là que j’étais dans le temps, ces «comics» sont certainement tombés à point. Ils faisaient d’ailleurs un très beau complément à mes modèles de monstres Aurora.

Les quatre premiers numéros de Frankenstein, scénarisés par Gary Friedrich et illustrés par Mike Ploog, ont été publiés de 1973 à 1975. On reprenait ici les grandes lignes directrices du roman de Mary Shelley avec une représentation relativement fidèle du monstre, soit un géant de huit pieds, plutôt intelligent et articulé.

Shelley avait fait du monstre un personnage érudit, ayant lu des classiques comme Le Paradis Perdu de Milton entre autres. Ainsi, s'il vous arrivait de rencontrer le monstre, il ne vous battrait pas à mort mais plutôt vous argumenterait à mort. Toutefois, comme il s'agit de «comics» on a donné au monstre un rôle beaucoup plus physique, misant sur sa grande taille ainsi que sa force surhumaine.

La série, qui incidemment se déroule au 19è siècle, bifurque du roman et le monstre finit par rencontrer Dracula. À ce moment les dessins sont signés par le légendaire John Buscema qui met alors son crayon au service de la série.



Le numéro 8 (le deuxième illustré par Buscema) est à mon avis le meilleur de toute la série parce qu'elle nous montre le côté incroyablement humain de la créature. Le monstre a été capturé et mis à mort sur un bûcher par les habitants d'un village qui voulaient en finir avec la création de Victor Frankenstein. Ces derniers, satisfaits d'avoir pu se débarrasser du monstre le laissent pour mort et tournent leur attention vers Dracula qui sévit lui aussi dans le village. La créature parvient à se libérer de ses liens et terrasse les villageois tout en leur promettant de vaincre Dracula une fois pour toutes même s'il n'est pas certain qu'ils le méritent. Frankenstein retourne à la caverne afin d'y attendre Dracula et il est accueilli par Carmen, une gypsie pour qui il s'était pris d'affection. Malheureusement celle-ci a été vampirisée par Dracula. Les deux finissent par s’affronter. Dans les films de Universal, Le Dracula de Lugosi n'a jamais combattu le Frankenstein de Karloff bien qu'ils aient tous deux apparu ensembles dans deux films; House of Frankenstein en 1944 et House of Dracula en 1945. La confrontation, telle que concoctée par Marvel, est très imaginative et brillamment mise en scène par Buscema, dont on reconnait ici l’immense talent. C’est là, je crois le moment-phare de toute la série.




La collaboration entre Friedrich et Buscema a duré jusqu'au numéro 10 après quoi Buscema a laissé sa place à Bob Brown pour le numéro suivant. A partir du numéro 12 c'est Doug Moench qui signe les textes et c'est Val Mayerik qui illustre et dès ce moment la franchise s'enlise dans le caca le plus total; Frankenstein se retrouve au 20è siècle et la série se termine lamentablement au numéro 18. Dans certains numéros dits «cross-over» Frankenstein se retrouve aux côtés de Spider-Man, va jusqu'à se battre avec le Hulk, se retrouver avec un cerveau de souris. Et je vais vous épargner les autres variantes dont un clone fabriqué par les nazis qui se bat contre Captain America. Quand je dis le caca total. La série a finalement été terminée parce que les ventes s’enlisaient complètement. On se demande bien pourquoi… Néanmoins on aura eu droit au Québec à une version en français.



Avec Frankenstein, Marvel a eu la chance de faire développer une série dans un monde antérieur aux superhéros connus. Laisser le monstre dans l'Europe du 19è siècle en le faisant évoluer dans ce contexte avec des scénarios plus humains et faire de lui une sorte d'anti-héros aurait certainement été un bel hommage au personnage de Shelley. L'épisode dont je me suis servi pour illustrer le présent article nous montre que cela aurait été possible mais malheureusement ça n’a pas été le cas. 



Le saviez-vous? DC Comics a aussi eu sa version de Frankenstein où il était un mort-vivant n’ayant pas besoin de dormir ou de manger. Il pouvait aussi remplacer n’importe quel de ses organes par ceux qu’il pouvait trouver sur d’autres corps. Eurk.

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