mercredi 27 juillet 2011

Un peu de vacances dans notre été de 1980



Cette photo-là a été prise au tout début de l'été 1980. L'école venait tout juste de se terminer. Nous avions quitté en chantant cette fameuse chanson; «...l'école en feu et les profs dans l'milieu!». Et là, c'était le début des vacances. Deux mois et quelques de pur bonheur, sans foutus devoir ni fichues leçons.

Le vélo sur lequel je suis si fièrement accoté a été mon premier dix-vitesses, acheté en 1979 au Centre du Vélo sur Beaubien. Il remplaçait mon vieux motocross. Primo, j'était rendu trop grand pour le motocross. Je m'envoyais des coups de genoux en-dessous de la mâchoire quand je pédalais. Deuzio, la fourche avait cassé là où y'aurait fallu une soudure de pro. Tant qu'a dépenser, et à regarder le grand fouet que j'étais devenu, on s'est dit qu'il valait sûrement mieux d'y aller avec un nouveau vélo mieux adapté. 

Une bien belle bécane quoiqu'un peu capricieuse sur les changements de vitesse. C'est avec ce vélo que j'ai agrandi mon territoire «explorable» et je me suis permis des escapades loin de la maison. Très loin même. C'est avec cette bécane que j'ai eu mon premier vrai accident, peu de temps après que cette photo ait été prise. Un glorieux face à face à grande vitesse avec un autre cycliste au parc Maisonneuve.

Crash!

Pas de rage au guidon. Pas de foire d'empoigne. On s'est écrasé tous les deux dans le gazon pas loin de la piste.

- T'es sonné. Qu'il m'a demandé.

- Ça ouais. Tu vois les nuages dans le ciel? Ben ils tournent comme un 33-tours.

- Même chose ici.

- C'que ça cogné, hein?

Et on s'est mis à rire comme deux enfoirés parfaitement avinés. Quand les étourdissements se sont quelque peu évaporés on a repris chacun notre chemin après une poignée de main. La seule conséquence a été une roue avant toute croche et un mal de bloc majestueux qui n'a duré que quelques heures. Dans le temps les casques on ne mettait pas ça.

Quand t'as la tête dure.

En 1981 j'étais paré pour une randonnée cycliste Montréal-Tadoussac. Trois jours avant le départ j'ai eu une collision avec une voiture. Pas de sa faute. Pas de la mienne. Bête accident, comme c'est souvent le cas. J'ai fait un vol plané par contre. Un peu comme ces mannequins qu'on utilise dans les tests de collision pour les voitures. Puis y'a eu cet atterissage forcé. Si j'aurais bondi un peu plus haut j'aurais pu activer un parachute. Mais j'en avais pas. Alors je me suis écrasé lourdement. Un son pas très joli. Le crac résonnant était celui de ma caboche, je crois, sur l'asphalte. Et puis le reste. 

Face contre le sol, quelque peu désarticulé et le cul dans les airs, tout était écho. Vous savez, comme quand on écoute dans un gros coquillage. Dont la voix de cette dame. Elle était infirmière et venait de terminer son quart. Très gentille au demeurant. Très surprise que j'étais encore bien conscient.

Quand t'as la tête dure.

Bougez pas. Vous avez peut-être quelque chose de cassé. Qu'elle me dit. Et asseoyez-vous sur le bord, qu'elle rajoute. Parce que l'idiot comme j'étais se tenait debout à regarder son vélo plié en deux au milieu de la rue. Pas d'ambulance. C'est la police qui est venue me cueillir. Ils ont mis mon vélo dans la valise et moi je me suis installé à l'arrière. J'ai donné mon adresse. J'vous dis pas la consternation de ma mère.

Misère.

Un p'tit tour à l'hôpital. Rayons X et tout. Rien de cassé, heureusement. Quelques bonnes
contusions. Et une conseil du doc à ma mère.

Il l'a tiré un peu en retrait. Comme il s'est fracassé le crâne sur le bitume, lui a t-il dit, réveillez-le durant la nuit. Et assurez-vous qu'il soit bien réveillé avant de le laisser se rendormir. Parce que sinon il risque de pas se réveiller du tout. J'avais très bien entendu.

Et très mal dormi.

Amanché comme j'étais, la décision de partir lundi me revenait. J'y vais-tu, J'y vais tu pas? Je marchais comme les p'tit vieux dans les dessins-animés. Et j'avais mal partout. Je savais
que pour plusieurs jours je serais physiquement un ado de 90 ans. J'ai pas tourné la question bien longtemps. Et l'après-midi même je me suis acheté un autre vélo chez Marseilles Cycle & Sport. Un Raleigh Challenger bleu avec lequel je suis parti le lundi suivant pour Tadoussac. Tout cabossé et contusioné que j'étais. 

Quand t'as la tête dure...

Aucun commentaire:

Publier un commentaire