lundi 18 septembre 2017

Les comptoirs de lunch Woolworth

Si vous êtes abonnés à ma page Facebook vous savez sans doute que j'y partage souvent des choses qui n'apparaissent pas nécessairement ici. C'est le cas récemment d'une photo d'un vieux comptoir de lunch où je demandais comme ça si les gens étaient assez vieux pour s'en rappeler. voici d'ailleurs la photo en question. 

Cette photo a été aimée par presque de 500 personnes et pas moins de 168 personnes ont écrit un commentaire afin d'attester que oui, elles se souvenaient bien de ces longs comptoirs à lunch. Certains parlent de leur emplacement favori, d'autres leur morceau de menu préféré alors que d'autres mentionnent y avoir travaillé. Tous les commentaires, sans exception, témoignent des merveilleux souvenirs laissés par ces fameux comptoirs.

Bien entendu, si vous faites partie des générations plus jeunes, il y a fort à parier que vous n'avez jamais connu ce genre de chose et croyez-moi, vous avez malheureusement manqué une bien belle expérience. Alors que sont ces comptoirs à lunch et d'où ça vient?

L'idée origine des grands magasins F.W. Woolworth, une chaîne de magasin fondés aux États Unis en 1878 à Utica, dans l'état de New York. En 1904 on retrouve six chaînes Woolworth et la division canadienne est établie à North York en Ontario dans les années 20. Ce sont alors des magasins à aubaines qui ont démarré la mode des magasins à bon marché et qui inspiré plus tard les fameux 5-10-15, nommés ainsi parce que tous les items étaient vendus à 5, 10 ou 15 sous et pas plus. Woolworth est en quelque sorte l'ancêtre lointain des magasins à un dollar qui font fureur aujourd'hui. 

Puis, quelqu'un, quelque part dans le service de direction de Woolworth, et sans que l'on ne sache qui très exactement, a une idée. Les client qui vont et viennent à la recherche d'aubaines ont parfois un petit creux. Pourquoi ne pas aménager un service de restauration sur le pouce où ils pourraient grignoter un petit quelque chose afin de s'emplir la panse pour ensuite continuer de magasiner tout ragaillardis! Avec un menu facile et peu dispendieux on attire aussi les gens qui veulent casser la croûte rapidement et en finissant ils passent aux travers différents départements qui les incitent à économiser sur différents achats. C'est une formule gagnante/gagnante. 

Le concept est très simple en soi et s'appuyait essentiellement sur l'intégration d'un comptoir à lunch comme on en retrouvait ailleurs et qui avaient pignon sur rue. À Montréal on peut penser au fameux Montréal Pool Room par exemple. À quelques différences notables, toutefois. Ainsi, le comptoir-client et l'aire de préparation des aliments était beaucoup plus longs. Cette dernière était tout aussi étroite et comportait tout ce qu'il fallait de ça et là afin de servir les gens rapidement; fontaines de boissons gazeuses, réfrigérateurs, grille-pains... Voici d'ailleurs un menu typique de 1957:

Comme on peut le voir, il ne se trouve ici rien de bien compliqué à préparer. La plupart des éléments sur ce menu peuvent être préparés et servis en quelques minutes à peine. Les ingrédients comme le poulet, le jambon, le bacon et les œufs sont tous préparés à l'avance et conservés dans des réfrigérateurs. 

Ici on peut voir un Woolworth de Toronto photographié en 1958. Cette vue en plongée nous permet de mieux voir comment tous les éléments étaient disposés de façon à pouvoir servir rapidement la clientèle. On note aussi la présence de cloches à gâteaux directement sur le comptoir, de quoi certainement aiguiser l'appétit. Quoiqu'il en soit, le concept fait fureur et les clients emplissent les tabourets tournants. À Los Angeles le succès était tel que le comptoir du Woolworth comptait pas moins de 100 tabourets.  

Malgré les années, le succès ne dérougit pas, comme on peut le voir sur cette photo prise au début des années 70 où il n'y a aucune place libre. On note, avec amusement, que les grands spéciaux se trouvent tout juste derrière les tabourets. 

L'idée de Woolworth fait des petits et bientôt d'autres magasins emboîtent le pas en dotant leurs propres magasins de comptoirs à lunch parfaitement identiques. Ici à Montréal ce sont des magasins Greenberg, United, Kresge et plus tard Woolco. D'autres magasins, tels Eaton et Simpson's préfèrent avoir de véritables restaurants et cafétérias mais dans des zones bien définies. 

On peut admirer ici une variante intéressante. Plutôt qu'avoir des tabourets on a tout simplement installé des banquettes directement au comptoir avec une ouverture basse afin de mieux y faire passer les assiettes. Chaque banquette est assortie de sa patère pour y accrocher son manteau. Ces banquettes ne prennent qu'un peu plus d'espace que les tabourets mais en retour la clientèle y est installée beaucoup plus confortablement.

Malheureusement le concept des comptoirs à lunch popularisés par Woolworth a disparu en même temps que lorsque les magasins qui en avaient  fermé ses portes, tout comme ses compatriotes Kresge, United, Woolco et autres. Il y a bien Wal Mart dont plusieurs succursales comportent des McDonald's mais ce n'est vraiment pas la même chose. Le comptoir à lunch d'autrefois était unique en soi et c'est bien dommage qu'il n'ait pas survécu.



Le saviez-vous? En 1960 au Woolworth de Greensboro en Caroline du Nord, quatre étudiants noirs se sont vu refuser le service parce qu'ils se trouvaient dans la section réservée au blancs. L'affaire a fait tout un tabac médiatique et est aujourd'hui connue comme le «Greensboro Sit-In». 



jeudi 31 août 2017

Le blues de la rentrée

C'était bien inévitable, la rentrée scolaire tant redoutée s'amenait lentement, telle une créature impitoyable comme on en voit parfois dans les films d'horreurs. On tâchait de ne pas y penser mais le blues de la rentrée faisait aller ses longues et sinistres tentacules bien avant le début de septembre. Au début du mois d'août, plutôt, alors que l'on recevait à la maison la grotesque liste des effets scolaires à acheter avant ladite rentrée. Ce n'était, au demeurant, qu'une simple enveloppe de papier qui tombait dans notre boîte aux lettres mais le bruit qu'elle faisait s'apparentait davantage au glas lugubre d'un clocher qui annonce les funérailles des vacances d'été. Et pourtant, de ces vacances, il nous en restait encore une solide moitié à profiter de.

Vers la moitié du mois d'août, alors que l'on tentait de faire se disperser les brumes étouffantes de la rentrée en maximisant le plus possible nos journées, on se rendait à la papeterie du quartier pour y cueillir tout le matériel requis. Inévitablement on y rencontrait d'autres gamins, aussi accompagnés de leurs parents. On en connaissait certains, d'autres pas, mais on partageait tous cette moue déconfite qui trahissait notre réelle impuissance et surtout, notre grand désarroi. On ne se parlait pas, un échange de regards suffisait et en somme, résumait tout ce que l'on avait besoin de se dire. Une fois les babioles pesées, payées et emballées, on quittait, l'air encore plus penaud qu'au moment où nous étions entré. Le seul élément positif était que la liste en question ne faisait que les trois-quarts d'une page, et non soixante-quinze comme aujourd'hui. Ah non, je plaisante, mais quand même.

 
Voici quelques uns des cahiers d'exercice typiques du temps où j'étais écolier. Les fameux cahiers Canada avec, en couverture, des scènes bien typiques.

L'intérieur d'un cahier avec ses lignes et interlignes conçues spécialement pour la gente du primaire. 

Et le verso qui comprenait les tables de mathématiques auxquelles on ne pouvait échapper. Plusieurs vont certainement se rappeler passer de longs moments à mémoriser ces foutues tables.

Mais ce n'était pas terminé, que non! Encore fallait-il magasiner de nouveau, cette fois pour des vêtements, car nous avions, pour la plupart, outre-grandi nos fripailles de l'année précédente. Ah, peut-être pas de beaucoup, mais il était nettement plus confortable de grandir dans du linge un peu trop grand que d'avoir continuellement l'air de quelqu'un dont le sous-sol est inondé en permanence. 

Pour les manuels scolaires, ça dépendait de l'institution que l'on fréquentait. Dans certains cas il fallait aller acheter les livres, un exercice tout aussi démoralisant, sinon plus, qu'aller acheter les effets scolaires. C'était surtout parce que l'on avait déjà un aperçu des fariboles que les professeurs s'activeraient avec un acharnement dévoué à nous enfouir profondément dans le crâne durant les prochains mois. Ces livres-là, comme ils nous «appartenaient», on pouvait gribouiller dedans (rien de plus jouissif que de fignoler des soucoupes volantes détruire des problèmes de mathématique avec des rayons lasers) et, bien entendu, les conserver à la fin de l'année.

Dans d'autres cas, les livres se trouvaient déjà à l'école dans des armoires et les élèves se les passaient d'année en année. À la fin complètement se trouvait un Ex Libris où l'on inscrivait notre nom et l'année scolaire en cours et l'on pouvait du même coup voir tous les pauvres ilotes qui avaient ramé dans la galère au son du tambour avant nous. Signe de la désuétude, certains manuels dataient des années 50, comme le fameux manuel de mathématiques Beaudry, où les livres d'histoires pondus par les Frères des écoles chrétiennes à la même époque. C'est tout dire.

  Voici le livre de lecture que j'ai eu en deuxième année et ce, même si c'était à l'usage des élèves de cinquième.

Je n'étais pas encore né lorsque ce livre a été publié et distribué dans les écoles. Notez, avec amusement peut-être, que le matériel scolaire destiné aux élèves devait être dûment approuvé par le Comité Catholique du Conseil de l'Instruction Publique, une sorte de création hybride de gouvernance dont la tâche consistait à superviser et contrôler jusqu'à un certain point la partie catholique du système public d'éducation québécois. En 1960 il ne restait plus que trois ans avant que ce comité ne soit aboli pour être remplacé en 1964 par le Sinistère... pardon, le Ministère de l'Éducation du Québec. 

Toujours en deuxième année, mon livre de sciences, écrit par le très excellent Fernand Séguin. Çui-là, je l'aimais bien parce que Séguin était un vulgarisateur très habile.

Les Éditions du Renouveau Pédagogique qui ont édité ce livre, ont fait une très grosse erreur en utilisant des petites voitures Dinky afin d'illustrer certaines explications. Ça ne prenait que ça pour je m'évade et me mette à m'imaginer jouer avec ces voitures. 

Mon livre de grammaire de sixième et dont les illustrations à l'intérieur ont été torchées par un chimpanzé en boisson. 

Et le clou dans le cercueil pour certains, il y avait l'achat du sac d'école, tout simplement parce que j'avais joyeusement oblitéré celui de l'année précédente. J'avais toujours professé un goût pour le sac à dos classique en cuir brun, parce que c'était vachement plus facile, et pratique, à transporter, surtout lorsqu'il était rempli de livres. Plutôt, on m'avait acheté le sac, également en cuir brun, qui ressemblait à une vieille valise et que l'on ne pouvait transporter qu'à la main.  


Sitôt ces funestes obligations remplies, on pouvait respirer (un peu) pour les quelques semaines à venir tout en ne pouvant se soustraire à l'inévitable guillotine dont la lame s'abattrait sur nous plus rapidement que l'on ne le croyait. 

Certains, plutôt extra-terrestres, aimaient la rentrée et tout son ténébreux décorum. Ils jubilaient même. L'extase qu'ils ressentaient avec l'achat des fournitures et des vêtements, n'avait d'égale que la première journée d'école proprement dite. Pour eux, la rentrée n'était rien de moins que le Jour J, l'ultime débarquement qui les délivrait de la vacuité des vacances d'été où l'absence de structure académique rigide les rendait dingues. Peu d'espoir pour ceux-là. Pour les autres, dont moi, la rentrée scolaire était telle que l'a si bien illustré Bill Waterson dans sa série Calvin & Hobbes:

Au jour fatidique il se trouvait un paradoxe assez singulier. Durant les vacances d'été je me levais toujours à l'aube et j'étais dehors au moment où mes amis en avaient pour quelques heures à ronfler encore. Mais au matin de la rentrée, j'étais une plaque de tôle, et mon lit un immense électroaimant. Déjeuner alors que le soleil se levait était une tâche qui s'apparentait maintenant à une corvée alors que durant les vacances il s'agissait d'un plaisir renouvelé. Fallait que je mette mes beaux pantalons, et mes nouveaux souliers en cuir qui, justement, faisaient couic-couic en marchant. Puis le chandail et finalement le veston, qui complétait parfaitement mon uniforme de prisonnier. Dans la rue le spectacle des enfants qui allaient vers l'école tentant de fuir la morosité en pensant aux amis qu'ils reverraient, détonnait foncièrement avec la veille, où le quartier était encore animé de gamins et gamines qui pédalaient et s'amusaient au parc en culottes courtes.

Un autre paradoxe était la température. Le jour avant la rentrée on se baladait à vélo avec un beau 22 ou 23 degrés et dès le lendemain, pouf! Ça chutait automatiquement de 10 degrés. Je ne sais pas pourquoi, c'était comme ça.  

Revoir les anciens camarades dans la cour d'école était une joie, bien entendu, mais de courte durée. On se racontait nos vacances, les endroits visités et tout, mais cette joyeuse civilité prenait justement fin lorsque l'institutrice s'amenait pour faire sonner la cloche qu'elle tenait à la main. Et du coup le bétail que nous étions se mettait en branle afin de se disposer en rang de deux, des plus petits aux plus grands. On entrait ensuite à l'intérieur où, dans la classe, on se choisissait un pupitre, à moins qu'il ne nous ait été préalablement réservé. Le siège dur donnait la mesure de l'année à venir en terme de confort, chose dont l'institutrice ne se souciait guère dans son trône de fer bien rembourré. 

Maintenant ouvrez votre manuel de mathématiques à la page douze.




Le saviez-vous? La grande majorité des écoles japonaises n'ont pas d'employés d'entretien. Le nettoyage est assuré par l'ensemble des élèves, une pratique prenant racine dans la tradition bouddhiste où la propreté est associée à la moralité. 

mardi 15 août 2017

Morceau de Montréal: le restaurant Le Toit rouge

À la fin des années 60 la rue Sherbrooke, dans l'est, comptait une petite brochette de restaurants populaires et bien établis. Ainsi on retrouvait le Réveillon, doublé du lounge Le boudoir. Puis il y avait le A&W avec son service au volant (dont je vous ai parlé ici). Tout juste passé le boulevard de l'Assomption c'était l'Aiglon, à même le Sheraton Fontainebleau. Tout juste avant le rue Dickson c'était le fameux Sambo, auquel j'ai également consacré un article ici. Et un peu plus loin à l'est se trouvaient le Kiwi, Dominic Sous-Marins, le Go Go Curb et le Tic Toc. 

En 1970 il s'en ouvre un nouveau, au coin sud-ouest de l'intersection des rues Sherbrooke et du boulevard de l'Assomption: Le Toit rouge. Il est simplement nommé ainsi en raison de la couleur de sa toiture. Le voici, tel qu'il apparaissait peu de temps après son ouverture.

(Source: Collection personnelle de cartes postales)

Le toit rouge s'inscrivait en genre et en nombre dans le style des restaurants du temps. Ainsi, on offrait une cuisine dite «canadienne française» qui incluait des grillades sur charbon de bois, du poulet rôti et quelques mets italiens. Le menu était conçu pour pouvoir plaire à tous les membres de la famille, peu importe l'âge. Quant au décor, il était des plus classiques; dessus de tables en «arborite» simili-bois, banquettes de vinyle rouge ainsi qu'une fenestration abondante avec des rideaux rouges (bien entendu). Heureusement on n'avait pas poussé jusqu'à l'extravagance du rococo mexicain que l'on retrouvait dans plusieurs restaurants. Et pas de mini juke-box à chaque table non plus. On comptait aussi, comme c'était la tradition, une salle de réception pour tous les événements à célébrer avec invités nombreux. Autres petits, et tout aussi charmants éléments traditionnels; la distributrice de cigarettes à l'entrée, le gros bol de menthes à prendre avec une cuillère près de la caisse, cartons d'allumettes et cure-dents, aussi à la menthe. 

Une enseigne qui ne manquait pas d'attirer l'attention.
(Photo: Archives de la ville de Montréal)

À cette époque, à peu près tous les restaurants comportaient un bar salon. Si le Réveillon avait son Boudoir et que le Sambo avait son Mirage, le Toit rouge avait aussi le sien, mais ne portait pas de nom particulier. Cette situation va changer quelques années plus tard lorsque le Toit Rouge va inaugurer son nouveau bar salon aménagé en-dessous du restaurant et qui va porter le nom de La Cachette. Pour y accéder, il suffisait d'emprunter une entrée à part qui se trouvait à même le stationnement et sur laquelle se trouvait l'enseigne au néon affichant le nom du bar. Les gens descendaient un escalier et se retrouvaient carrément en-dessous du restaurant. Voici d'ailleurs quelques petits souvenirs de l'endroit, pigés à même ma petite collection personnelle; un bâton mélangeur pour les boissons (swizzle stick, j'en ai un bon petit paquet et je vous reparlerai dans un article subséquent), un carton d'allumettes, chacun faisant la promotion du restaurant et du bar et le verso de la carte postale dont le recto se trouve plus haut. 


Ces petits outils de promotion étaient ingénieux car ils ne coûtaient pas cher à faire produire et tout le monde s'en servaient. De nos jours c'est là quelque chose qui ne se voit à peu près plus, surtout les cartes postales. Certains restaurants offraient encore plus, comme des ballons pour enfants et des stylos, tous au nom de l'établissement. 

Le Toit rouge a connu de bien belles années, enfin, jusqu'au début des années 2000. Le restaurant et le terrain sur lequel il se trouvait ont été vendus au Groupe Maurice, qui a démoli le bâtiment pour y ériger une résidence pour personnes retraitées. Il s'agissait du dernier restaurant parmi ceux mentionnés plus haut, les autres ayant tous disparu bien avant, même ceux qui sont apparus après comme le Dallas BBQ, le Jardin Tiki et le Joli moulin. Il existe toutefois un autre restaurant Le Toit rouge, lequel se trouve non loin de l'ancien, plus à l'ouest et à même l'Hôtel Universel, sans qu'il n'y ait de lien entre les deux cependant. Son menu semble néanmoins assez semblable au Toit rouge original. 




Le saviez-vous? Le plus vieux restaurant à Montréal est le Montreal Pool Room, lequel a été ouvert en 1912. Toutefois, le record pour un restaurant toujours en opération revient au Sobrino de Botín à Madrid et qui a été inauguré... en 1725.

lundi 7 août 2017

Morceau de Montréal: Le Bellevue Casino

En 1920 après J.-C., toute l'Amérique du Nord était placée sous la prohibition. Toute? Non, quelque part au Canada, dans la province de Québec, le chef Louis-Alexandre Taschereau s'était arrangé pour aller dans le sens contraire et créer une Commission des liqueurs où non seulement l'alcool serait légal mais aussi contrôlé. 

Mais bon, trêve de clin d’œil à la bonne vieille Armorique, la prohibition a fait de Montréal la destination de rêve pour les amateurs de bière, vins et autres spiritueux. Par contre, à New York, la fermeture des bars fait que plusieurs artistes se retrouvent sans revenu et plusieurs, étant mis au fait du statut de la légalité de l'alcool au Québec, s'en viennent galoper de la galoche par ici. C'est comme ça que Montréal voit apparaître des cabarets un peu partout où l'on peut assister à des spectacles variées tout en consommant de l'alcool sans tracas. 

En 1933 la prohibition prend fin et aux États Unis c'est retour aux choses usuelles, de sorte que les artistes américains s'en retournent de par chez eux. Leur départ va porter un coup aux cabarets mais Montréal, avec ses salons de jeu et de paris, de même que par ses nombreuses maisons closes, s'est taillée une réputation de ville où l'on peut avoir du plaisir peu importe l'heure. La crise économique, puis, plus tard, la Seconde guerre, va quelque peu ralentir les choses mais tout de suite après les cabarets connaissent une sorte de renaissance et redeviennent plus populaires que jamais. On voit apparaître le El Morroco, le Casa Loma, le Tic Toc, le Roxy, le Gayety, où se produira d'ailleurs Lili St-Cyr, le Montmartre, Chez Parée, lequel accueille entre autres Sinatra, Davis et Martin, le Beu qui rit et bien d'autres.

Un des plus gros cabarets du genre, le Bellevue Casino, ouvre ses portes en 1949 au 375 Ontario Ouest tout près de Bleury. Depuis deux ans le bâtiment était toutefois connu comme étant l'Auditorium Dance Palace. C'est Harry Holmok, un homme d'affaires prospère et visionnaire, qui gère l'endroit. Non seulement on peut y accueillir une quantité très appréciable de clients mais la bière y est très bon marché. Combiné à des spectacles de qualité et hauts en couleurs, l'endroit ne manque pas de devenir un des plus populaires et des plus courus. Voici d'ailleurs un carton promotionnel de ma collection que j'ai numérisé pour l'occasion:

Comme on peut le voir ici, le nom du propriétaire, Harry Holmok, apparaît en haut. Les noms Komarova et Komaroff fait référence à Natalie Komarova conceptrice et productrice et du compositeur George Komaroff, qui avaient précédemment œuvré à Broadway ainsi qu'aux Folies Bergère à Paris. 

comme on peut le constater, la liste des artistes au programme était assez substantielle, et bien remplie. On note au passage le nom de Bix Bélair, le trompettiste et son orchestre, lequel a enregistré plusieurs 33-tours. Il y a Barbara Esko, une danseuse qui donnait parfois dans la "can-can". S'y trouve aussi Nicolas Darvas et sa demi-sœur Julia, lesquels forment un couple de danseurs très talentueux. Nicolas Darvas a d'ailleurs fait fortune avec des placements à la Bourse, ce qui n'Est pas étonnant puisqu'il avait une formation d'économiste à l'université. Mais ne vous y trompez pas, ils ne sont pas originaires d’Istanbul puisqu'ils sont originaires de Hongrie. John et René Arnaut étaient deux frères fantaisistes qui donnaient dans les numéros de clowns. Il se glisse dans cette page un petit détail graphique amusant; l'hôtel Lapointe, situé à St-Jérôme. Il s'agit sans doute ici d'une promotion croisée. L'hôtel Lapointe était un très bel endroit, fort populaire avec une magnifique salle à manger ainsi qu'un jardin chinois. 

(Photo: Collection personnelle de cartes postales)

L'endos du carton promotionnel. Ce dernier se déplie en grand format. On peut toutefois admirer ici quelques photographies de l'intérieur et qui donne une idée des spectacles présentés. Le mot où Harry Holmok invite les clients ne ment pas, le cabaret offre vraiment un divertissement de calibre international. 

L'endos du carton, lequel pouvait être détaché et utilisé comme carte postale, toujours avec des photographies des artistes se donnant en spectacle au cabaret. À noter le numéro de téléphone qui débute par PL, il s'agissait de l'ancienne numérotation et qui ici désignait ici Plateau. Chaque région de Montréal et des banlieues possédaient un jeu de deux lettres différentes. 

Le monde des cafés et cabarets en prend pour son rhume avec l'arrivée de Jean Drapeau, lequel veut «nettoyer» la ville. Les maisons de jeu et les bordels vont y goûter et indirectement, les cabarets vont en faire les frais. À son retour sur la scène municipale, Drapeau continue le travail qu'il avait amorcé et certains cabarets seront même démolis. À partir de ce moment Montréal n'est plus la ville festive d'autrefois avec ses spectacles continuels partout. Quant au Bellevue Casino, après avoir connu ses heures de gloire, il a officiellement cessé ses activités en 1965. Aujourd'hui, sur Ontario tout juste à l'ouest de Bleury, rien ne laisse supposer qu'il y avait là un jour un de grands plus grands et plus populaires cabarets au pays. Le Bellevue fait toutefois une apparition dans le roman The Long Blue Stare, de John Charles Gifford. 

L'emplacement de l'ancien Bellevue Casino. 

Le saviez-vous? L'apparition des cabarets francophones à Montréal comme le Faisant Doré, a permis à plusieurs artistes comme Dominique Michel, Raymond Lévesque, Paul Berval, Clémence Desrochers et Félix Leclerc, entre autres, d'y faire leurs débuts.

mardi 25 juillet 2017

Morceau de Montréal: Le planétarium Dow

(Photo: Collection personnelle de cartes postales) 

Voici le Planétarium Dow que l'on peut voir sur cette carte postale issue de ma collection et comme on pouvait s'en procurer dans la boutique du Planétarium. Il s'agit vraisemblablement d'une photographie prise en 1966 ou 1967 car la statue de Copernic ne se trouve pas à son emplacement. Comme on le sait, la statue va être installée sur le site d'Expo 67 et ce n'est qu'après l'événement, soit en 1968, qu'elle va se retrouver face au Planétarium. Le cadran solaire équatorial quant à lui, est bien visible. 

La brasserie Dow se trouve derrière et ce qu'il convient d'appeler "l'affaire Dow" (dont je vous ai parlé ici) et qui se déroule au moment où la photographie est prise. De l'autre côté de la rue on peut voir une autre brasserie: O'Keefe, aujourd'hui le bâtiment principal de l'École de technologie supérieure. Quoique pas exactement facile à voir, l'entrée principale de la brasserie O'Keefe est surmontée d'un indicateur de température et qui affiche ici 56 degrés. C'est en Fahrenheit, bien entendu. En Celsius ça nous donne un frisquet 13 degrés. Pas exactement chaud, surtout que cette photo semble avoir été prise en tout début d'après-midi. De l'autre côté de la rue il y a la gare du Canadien National construite en 1950 et qui a remplacé celle détruite dans un terrible incendie en 1948. Ce n'est pas une gare pour voyageurs mais bien pour la marchandise seulement. Et, fait amusant, on note parmi les voitures stationnées devant le Planétarium, une Volkswagen ainsi qu'une Mini Cooper. 

Un bâtiment unique. 

Le Planétarium Dow a fait partie du paysage montréalais pendant 45 ans, soit de 1966 à 2011 et plusieurs pensent, à tort, qu'il s'agit là d'une autre manifestation des grandes ambitions de Jean Drapeau alors que ce n'est absolument pas le cas. Doter Montréal d'un bâtiment consacré à la science astronomique était l'idée du docteur Pierre Gendron, un véritable passionné d'astronomie et aussi doyen fondateur de la Faculté des sciences de l'Université d'Ottawa. Mais bon, on a beau avoir de bien belles et grandes idées, un Planétarium, ça ne se construit pas comme ça. 

Aux grandes ambitions, aux grands moyens.

Maintenant regardez la photo en haut et regardez derrière le Planétarium. Le bâtiment où l'on voit l'inscription "BRASSERIE DE MONTRÉAL - MONTREAL BREWERY" (avec le logo Black Label au milieu) est la fameuse Brasserie Dow. Il s'adonne que le docteur Gendron en était le président du conseil d'administration de la brasserie Dow. Fort de sa position et aidé de son enthousiasme, il a convaincu Dow de financer en totalité la construction d'un planétarium de calibre international lequel serait construit sur un partie du square Chaboillez tout juste en face de la brasserie. 

Un planétarium moderne. 

La réalisation des plans a été confiée au bureau d'architectes David-Barott-Boulva, lesquels ont pondu un bâtiment très élégant et directement inspiré de l'astronomie avec un toit rappelant la planète Saturne et ses anneaux. Avec sa brique beige et ses fenêtres verticales, le bâtiment offrait une apparence non seulement moderne mais aussi avec un style épuré. L'entrée du Planétarium se trouvait face à une courte rue qui joignait les rues Peel et de la Cathédrale. 

Un intérieur tout aussi moderne et une étrange bestiole mécanique. 

À l'intérieur se trouvait un corridor circulaire qui ceinturait la salle de spectacle. Ce corridor, qui semblait sortir d'un décor qui aurait très bien pu apparaître dans 2001 Odyssée de l'espace ou dans Cosmos: 1999, était sombre, muni d'un tapis et tapissé d'éléments didactiques rétro-éclairés car le corridor servait aussi d'exposition permanente où les grands thèmes de l'astronomie étaient expliqués. Au centre se trouvait la fameuse salle de spectacle avec un plafond en dome fait d'aluminium perforé et avec, en son centre, l'élément qui ne manquait jamais d'impressionner les visiteurs: là, monté sur un monticule, une étrange contraption fabriquée par Zeiss; c'était le planétaire. 

Le planétaire Zeiss avec ses nombreux projecteurs mobiles. Derrière, on peut apercevoir une partie du dôme, lequel servait d'écran de projection. Il était surnommé "l'iglou". 

Le planétaire Zeiss était en réalité un appareil contenant une centaine de projecteurs qui permettaient l'affichage sur le dôme d'images différentes. Les deux boules situées aux extrémités tournaient sur elles mêmes et l'appareil entier pouvait se pencher d'un côté comme de l'autre. Cette grande versatilité offrait l'occasion de présenter des spectacles uniques avec de multiples effets. Des hauts-parleurs disséminés dans la salle diffusaient une sonorité à 360 degrés alors qu'un astronome, installé derrière un pupitre aux commandes complexes, narrait le spectacle tout en voyant au bon déroulement des projections du planétaire qui accompagnait les explications. 

Chronique d'une mort annoncée. 

Le Planétarium, on le savait bien, avait visiblement besoin de grandes rénovations et on ne parlait pas ici de simplement peinturer les murs. Il suffisait de simplement passer devant pour s'en rendre compte. Aussi, le vénérable planétaire, malgré sa grande complexité, affichait son âge. Le modèle Mark II qu'il était faisait figure d'antiquité face aux instruments modernes lesquels sont beaucoup plus performants en plus d'occuper moins d'espace. Après avoir reçu plus de six millions de visiteurs et offert au-delà de 250 spectacles uniques en 58,000 représentations, on a un jour décidé, en 2011, d'amener la Planétarium derrière la grange et de l'achever. Il a depuis été remplacé par le Planétarium Rio Tinto Alcan, situé près du Biodôme. Quant au Planétarium Dow, il a été acquis par l'École de technologie supérieure, permettant ainsi de sauver l'immeuble d'une destruction dont on aurait bien pu se passer. Au moins on peut se soulager du fait qu'on ne l'a pas détruit pour y ériger, encore, des condos style clapier à lapins aux noms parfaitement soporifiques. 





Le saviez-vous? entre 1923 et 2011, la compagnie allemande Zeiss a conçu et fabriqué plus de 631 projecteurs. 

vendredi 21 juillet 2017

Morceau de Montréal: Le musée de cire historique canadien

(Photo: Collection personnelle de cartes postales)

Le musée de cire canadien se trouvait sur le chemin de la Reine-Marie tout juste à l'ouest de Côte-des-Neiges, et de biais avec l'oratoire St-Joseph. Il s'agissait élégant d'un bâtiment qui abritait une très belle collection de statues de cire réparties sur deux étages dans des dioramas. Contrairement à l'actuel musée Grévin, lequel place les statues dans des environnements ouverts, celles du musée de cire canadien l'étaient dans des dioramas élaborés, d'où l'importance de bien utiliser l'espace intérieur. 

Le musée de cire a fait partie du paysage montréalais pendant 54 ans, soit de 1935 à 1989, année où l'on a décidé de fermer un attrait touristique qui attirait tout de même un nombre assez important de visiteurs par an. Ce faisant, le bâtiment n'a fait l'objet d'aucune forme de protection malgré son style et son architectures uniques et aujourd'hui il n'est plus qu'une ombre bien faible de ce qu'il a été jadis. Véritable capsule de temps, ce n'était pas seulement un musée que l'on fermait mais aussi un peu de nous autres. 

En juillet 2011 je signais un article sur ledit musée de cire et que j'avais accompagné de photographies en noir et blanc. Cet article a dernièrement fait l'objet d'un refonte majeure où je n'ai ménagé aucun effort afin d'en rehausser le contenu avec des informations supplémentaires ainsi que des photographies en couleurs numérisées à partir de ma collection de cartes postales. Je vous invite donc à revisiter cette nouvelle version en cliquant ici. Il s'agit, à ma connaissance, de l'article le plus étoffé sur ce musée aujourd'hui disparu. 



Le saviez-vous? En 1940, le plus vieux musée de cire au monde, celui de madame Tussauds à Londres, a été frappé par des bombes allemandes, faisant des dommages considérables et détruisant du même coup plus de 350 moules. 

lundi 17 juillet 2017

Morceau de Montréal: Le restaurant Dunn's


Pour Myer Dunn, le fameux restaurant de la rue Ste-Catherine n'était pas son premier, mais plutôt son troisième. Bien qu'il soit arrivé au Québec en 1911, ce n'est qu'en 1927 qu'il ouvre son premier restaurant, rue Papineau, non loin de l'avenue du Mont-Royal. En 1948, fort de son expérience, il ouvre son deuxième restaurant qui se trouve incidemment à être le premier à porter le nom de "Dunn's Famous Delicatessen". 

Le restaurant avec lequel les plus vieux ont été habitués, et dont il est question aujourd'hui, a été ouvert en 1955 sur la rue Ste-Catherine, tout près de l'avenue McGill College. La devanture "technicolor" avec ses néons flamboyants, qui au demeurant étaient alors légion sur la rue Ste-Catherine, ne manquait pas d'attirer l'attention, tout comme les pots de piment bananes tous alignés et les faux cornets de crème glacée. 

(Photo: collection personnelle de cartes postales)

L'intérieur du restaurant se composait de deux étages. Sur l'image ci-haut, la photo en haut à droite a été prise au deuxième étage alors que celle en bas nous montre le rez-de-chaussé. Le décor pourrait être qualifié de... euh... disons rococo mexicain et l'expérience était agrémentée d'accompagnement musicaux, gracieuseté d'un type qui, habillé d'un smoking, jouait des tounes, pendant que les clients mangeaient leur sandwich au smoked-meat, (après l'avoir repéré dans le menu assez élaboré et résolument lyrique). Le Dunn's faisait partie de ces restaurants flamboyants de par leurs styles et leurs décorations, ouverts 24 heures sur 24 avec piano bar, et dont nous n'avons malheureusement plus beaucoup de représentants aujourd'hui. 

L'aventure Dunn's Famous a pris fin en 1998 alors que le restaurant a définitivement fermé ses portes. Cependant, deux ans plus tard, le petit-fils de Myer Dunn vourait de nouveau le Dunn's Famous mais cette fois sur la rue Metcalfe, un peu au sud de la rue Ste-Catherine. 




Le saviez-vous? Non seulement le restaurant Dunn's est maintenant franchisé avec maintenant plusieurs restaurants au Canada.mais on peut aussi se procurer le smoked meat Dunn's en supermarché. 

vendredi 14 juillet 2017

Morceau de Montréal: le petit labyrinthe du parc Lafontaine

(Photo de Robert N. Wilkins (1975) utilisée ici avec son aimable autorisation)

Près du Jardin des merveilles, à l'est de la rue Calixa-Lavallée et au sud de Rachel, se trouvait un parc pour enfants comme on en retrouvait un peu partout en ville, mais celui-ci avait un petit quelque chose de particulier que bien d'autres n'avaient pas: un labyrinthe. 

Fabriqué en ciment avec des pierres enchâssées ici et là, ce labyrinthe de bonne dimensions permettait aux enfants de lâcher leur fou et de se perdre dans les dédales. Évidemment, et comme on peut le voir sur la photo, monter sur les murs n'était pas bien difficile et pouvait parfois être plus amusant que de courir à l'intérieur à chercher la sortie. 

Ce labyrinthe a été construit au début des années 70, alors que la ville était à diversifier les jeux offerts aux enfants dans les parcs. Toutefois, c'est le seul parc, à ma connaissance, à avoir pu bénéficier d'un tel jeu. Puis un jour, pour une raison nébuleuse, la ville a décidé de le démolir. Il est difficile cependant de déterminer quand cette exactement démolition a eu lieu mais quelqu'un m'a dit que ça avait été fait durant les années 80, sans autre précision. 

Sur cette photo on peut voir le parc tel qu'il est en ce moment et, en rouge, l'endroit où se trouvait le labyrinthe. Pour aider à se situer, la rue Calixa-Lavallée se trouve à droite. 



Le saviez-vous? Le premier labyrinthe remonterait au 5è siècle avant J.-C., s'il faut en croire le Grec Hérodote qui en aurait visité un lors d'un voyage en Égypte. Situé sous terre et servant à y entreposer des tombeaux, Hérodote aurait alors affirmé que la sommité des réalisations grecques n'arrivait pas à la cheville du labyrinthe en égard à la quantité de matériaux et de travail requis. 

jeudi 13 juillet 2017

Morceau de Montréal: Les serres du parc Westmount


Situées dans le parc Westmount, à un jet de pierre du Victoria Hall, la première librairie publique au Québec, les serres ont été construites en 1927 selon les plans des architectes Lord et Burnham. Le Victoria Hall et les serres font parti de ces élégants bâtiments qui se trouvent dans le parc Westmount, lequel a été aménagé en 1892 par la ville de Westmount qui en avait acquis le terrain. Originalement de huit hectares, le parc en compte maintenant onze. 

Les serres ont toujours été un lieu de fierté pour les gens de cette ville mais malheureusement, avec le temps, la structure s'est affaiblie on a été dans l'obligation de les fermer. Une fermeture toujours en vigueur au moment d'écrire ces lignes. Après avoir soupesé la question la ville de Westmount a décidé d'effectuer des rénovations majeures plutôt que de simplement réparer les parties à risque. Les résidents sont évidemment déçus car les serres intérieures sont les seules dans ce secteur mais ils appuient la ville dans sa décision de prendre son temps et de dépenser judicieusement afin que les travaux soient bien faits. 




Le saviez-vous? L'aménagement initial du parc Westmount a été réalisé en 1912 par J. Howard Manning, lequel s'est largement inspiré des travaux paysagers de Frederick Law Olmsted à qui l'on doit le parc du mont Royal. 

lundi 10 juillet 2017

Morceau de Montréal: la statue de Copernic


Il fut un temps où la pensée dominante quant à notre système solaire plaçait la Terre non seulement au centre de ce dernier, mais aussi au centre de l'univers. Ce système portait le nom de géocentrisme (géo = terre, centrisme = centre) et fort bien accepté depuis que Ptolémée en publie le mécanisme dans son ouvrage La grande syntaxe, ultérieurement traduite en arabe sous le nom d'Amalgeste. Toutefois, dans l'Antiquité, et depuis au moins le 5è siècle avant Jésus-Christ, Philolaos de Crotone avait imaginé que la Terre tournait autour d'un feu central, tout comme Héraclide du Pont et, plus tard Aristarque de Samos, lequel pousse davantage la théorie en estimant que le Soleil est beaucoup plus gros que la Terre et qu'elle tourne autour de lui. La grande majorité des savants de l'Antiquité rejettent toutefois l'hypothèse. L'idée ne meurt pas puisqu'elle est présentée par Martianus Capella en 420 dans un ouvrage intitulé Noces de Philologie et de Mercure

Et puis ensuite?

Eh bien le temps passe, les années, les siècle même. Il faut attendre l'arrivée de l'astronome Polonais Nicolas Copernic durant la Renaissance pour que le modèle de l'héliocentrisme (hélios = soleil, centrisme = centre) refasse surface. Copernic publie ses observations dans un livre intitulé De revolutionibus orbium coelestium en 1543, ou, Des révolutions des sphères célestes. Pour se situer un peu dans le temps, Copernic publie seulement neuf ans après que Jacques Cartier soit débarqué à Gaspé. Toutefois, Copernic était bien au fait des travaux d'Aristaque de Samos et bien qu'il en ait effacé toute trace dans son manuscrit, elles sont toutefois demeurées dans ses brouillons. 

Tycho Brahé, un autre astronome fort réputé, prend connaissance des travaux de Copernic mais refuse d'adhérer à la théorie, davantage par conscience religieuse que scientifique toutefois. Et la religion catholique justement, via le Vatican, qualifie en 1616 d'hérésie la théorie de Copernic. Cependant, d'autres grands scientifiques vont venir lentement mais sûrement valider la théorie de l'héliocentrisme mise de l'avant par Copernic, comme Kepler, Galilée (qui en a bavé devant l'Église) et Newton. D'autres scientifiques vont venir à leur tour renforcer la théorie et la science moderne a pu solidement l'officialiser hors de tout doute.

Ce qui nous amène à la fameuse statue de Copernic. 

Pour souligner le centenaire de la Confédération la communauté Polonaise offre à la ville de Montréal en 1966 une réplique identique de la statue originale de Copernic réalisée par Bertel Thorvaldsen et qui se trouve à Varsovie. La statue est alors placée devant le pavillon L'Homme interroge l'Univers à Expo 67 puis, à la fin de l'événement, elle est installée devant Planétarium Dow sur la rue Saint-Jacques. Elle y demeure jusqu'au déménagement du Planétarium devant le nouveau Planétarium Rio Tinto Alcan, près du Biodôme. L'emplacement de la statue est encerclé en rouge sur la photo ci-bas.






Le saviez-vous? La théorie de l'héliocentrisme a donné naissance à ce que l'on a appelé la Révolution copernicienne et qui est aujourd'hui considérée comme le point de départ de l'astronomie moderne et de la révolution scientifique.