jeudi 25 mai 2017

Il y a 40 ans: les débuts de Star Wars au cinéma

On a bien beau dire que le 4 mai est le jour de Star Wars, il n'en demeure pas moins que le véritable anniversaire est bel et bien aujourd'hui, soit le 25 mai. Comme je le disais dans un autre article, en 1977 la science-fiction n'était pas considérée comme un genre à succès, bien au contraire et 20th Century Fox avait tout misé sur le film de George Lucas. Si le film ne marchait pas c'était la banqueroute, purement et simplement. Et lorsque le montage final du film est terminé, ça ne regarde pas bien parce qu'il n'y a environ qu'une quarantaine de salles aux États Unis qui acceptent de projeter le film. Quarante deux, pour être précis. 

Quarante deux salles.

Dans tout le pays. 

Comme on dit, ça ne regarde pas bien. En fait, même si la Fox a tout dépensé ce qui lui reste d'argent dans la production de Star Wars, elle considère tout de même The Other Side of Midnight comme étant le film à succès de l'été 1977. Star Wars n'est que la face B, celle qui se trouve de l'autre côté du disque et qui n'intéresse que peu de gens. Sauf que le film devient rapidement un succès. Les cinémas qui l'affichent en salles ne parlent que de files d'attentes et des projections n'ayant aucun siège libre. Rapidement d'autres cinémas, qui ne veulent pas se priver d'une bonne part du gâteau, commandent aux distributeurs des copies. Le 24 juin est la date où le film ressort sur les écrans partout au pays. De quarante-deux salles on passe à environ 1,750. Les cinéphiles dorment même dehors devant les cinémas pour être certains de pouvoir obtenir des billets. 


Lucas ne s'en faisait pas trop avec Star Wars et pour lui il était clair que le film ne serait pas bien populaire. Ça plairait probablement aux amateurs du genre mais sans plus. Il se préparait à prendre des vacances à Hawaï lorsque Alan Ladd Jr. lui a donné un coup de fil pour lui annoncer que Star Wars était un phénomène sans précédent.  

Le cinéaste avait tout de même refusé un boni de $500,000 auquel il avait droit mais il avait refusé, préférant plutôt négocier l'exclusivité sur droits de tous les produits dérivés. Pour Fox c'était une belle économie mais pour Lucas cette décision a fait de lui un homme excessivement riche. Ironiquement, les acteurs principaux du film, Mark Hamill, Carrie Fisher, Harrison Ford et Alec Guiness étaient quant à eux convaincus du succès de Star Wars. Ça semblait évident pour nous tous, sauf pour George, dira Hamill dans une entrevue récente. Le succès planétaire, c'est le cas de le dire, à rapporté en tout et pour tout plus de $775 millions de dollars pour un coût initial de $11 millions. 

Grâce à Star Wars, la science-fiction s'est soudainement retrouvée le genre le plus populaire. Et à imiter. On a vu apparaître tant au cinéma qu'à la télévision de nouveaux films et séries, lesquelles empruntaient en tout ou en partie à l'univers de Star Wars. Au niveau des jouets les tablettes des magasins ont été inondées de produits Star Wars de tous genres mais aussi avec des imitations qui empruntaient beaucoup à Star Wars, tant au niveau du design que du graphisme. 

Les effets spéciaux ont aussi connu un regain. Lucas avait été chercher des vétérans qui avaient œuvré sur 2001 Odyssée de l'espace et avait aussi tenté de recruté le vétéran Brian Johnson, lequel travaillait sur Cosmos: 1999. Ce dernier ne pouvant se joindre à l'équipe de Star Wars en raison de son contrat a pu faire le saut afin de travailler sur Empire Strikes Back. Star Wars a ainsi donné naissance à Industrial Light & Magic, la compagnie spécialisée dans les effets spéciaux et qui a produit des séquences pour quantité de films qui nécessitaient de tels effets. Décidément on peut affirmer sans l'ombre d'un doute que le cinéma d'Hollywood est composé de deux parties: pré-Star Wars et post Star Wars. 




Le saviez-vous? La guilde des réalisateurs était assez furax contre Lucas parce que ce dernier voulait faire débuter son film avec le fameux texte déroulant, sans aucun générique des acteurs et techniciens comme c'était la coutume. Mais comme ils étaient convaincus, eux aussi, que le film ferait patate, ils l'ont laissé faire. 

vendredi 12 mai 2017

Les 50 ans d'Expo 67

Aujourd'hui je délaisse quelque peu le phénomène Star Wars et ses quarante ans pour aborder un autre sujet très d'actualité et qui prédate le film de George Lucas de dix ans soit Expo 67 et qui fête cette année ses 50 ans. 



Il est parfaitement impossible de passer outre ce sujet car cette année marque le cinquantième anniversaire de ce que l'on désigne par Expo 67, une grande exposition universelle et internationale sanctionnée par le BIE (Bureau international des expositions). Je ne ferai évidemment pas tout le récit de l'événement car mon blogue n'est pas vraiment le vecteur idéal. Sans compter la tâche titanesque que cela représenterait tant à rédiger, corriger et éditer. Non, pour cela il est largement préférable de consulter des sites spécialisés sur le sujet ainsi que des livres formidables écrits par des gens qui le sont tout autant et sur lesquels je vais revenir plus loin. Ici je vais essentiellement me contenter d'en dresser quelques grandes lignes et de déboulonner quelques mythes qui ont la vie dure. 

L'ABC.

Les expositions internationales de première catégorie, dont Expo 67 fait partie, sont dénommées Expositions internationales enregistrées. Elles possèdent une thématique à caractère universel, d'intérêt et d'actualité pour l'ensemble de l'humanité. Celle qui précède Expo 67 est celle de Seattle en 1962 et celle qui suivra après Expo 67 est Expo 70 à Osaka. Outre les expositions universelles comme celles sus-mentionnées il se trouve des expositions spécialisées comme celle de Turin en 1961 ou de 1965 à Munich. Ces dernières possèdent un thème ayant un caractère précis et spécialisé, au contraire des Expositions universelles. De plus les pavillons sont construits par les organisateurs puis laissent aux exposants le soin de les aménager comme bon leur semble, contrairement aux expositions universelles où ces coûts sont assumés en totalité par les participants. 

Экспо 67?

Le sénateur Mark Drouin est enchanté par l'exposition de Bruxelles en 1958 et à son retour il émet l'idée de tenir un tel événement au Canada pour 1967 au même moment où l'on fêterait le centenaire de la Confédération. Montréal est la ville de choix pour en être l'hôte. 

Mais voilà, le sort a fait que c'est la ville Moscou qui est chosie, par un vote, pour présenter l'Exposition internationale de 1967, ce qui la fait coïncider avec le cinquantenaire de la révolution bolchevique de 1917. Mais y'a eu un coup de théâtre et l'Union Soviétique s'est désistée, ne désirant plus être l'hôte de l'événement. Peut-être s'est-on ravisé en pensant du coup que les Soviétiques seraient exposés au mode de vie de pays dont l'orientation politique est foncièrement différente. quoiqu'il en soit, le Canada, qui avait préalablement posée sa candidature, revient à la charge et finit par obtenir l'autorisation de tenir l'exposition de 1967 sur son territoire et c'est Montréal qui en sera l'hôte telle que désignée le 13 novembre 1962. Et pourquoi pas, disons, Toronto? Parce que le maire Nathan Philips n'était pas intéressé, préférant laisser ça à Drapeau. Ce qui me permet ici de souligner qu'au tout début de cette histoire Drapeau n'est pas intéressé mais alors là pas du tout à ce que Montréal présente une exposition universelle mais il s'est rapidement ravisé jusqu'à en devenir un fervent défenseur. 

La paternité du site.

Le choix du site n'a pas été sans heurts. Certains ont proposé le domaine Béique à Lasalle et d'autres ont avancé le mont Royal ainsi que Pointe Saint-Charles. Des sites proposés il aurait fallu exproprier une quantité non-négligeable de gens et ça, on ne pouvait pas faire. Si la paternité du site finalement choisi, soit les îles, est souvent attribuée à Guy Beaudet alors le directeur du port de Montréal, il appert que cette idée ait initialement été présentée à Jean Drapeau le 27 septembre 1962 par la firme d'architectes Bédard, Charbonneau et Langlois. 



Comme on peut le constater, la proposition de la firme d'architectes est assez semblable, à quelques détails près, du plan final d'Expo 67 incluant l'agrandissement de l'île Sainte-Hélène et la création d'une longue île le long de la voie maritime et laquelle serait segmentée, faisant ici rappeler les fameux canaux. Le choix final de ce site, sans aucune mention à la firme d'architectes, est officialisée en mars 1963 et rendu public. Les travaux débutent durant l'été suivant. Mais voilà, autre coup de théâtre; Paul Bienvenu, Cecil Carsley et Claude Robillard, respectivement commissaire général et sous-commissaire général et directeur général, démissionnent. C'est une mauvaise nouvelle dont les journaux vont faire leurs choux gras, déjà qu'ils criblent Expo 67 de critiques acerbes et parfois assez virulentes.  

Une nouvelle direction.

Il faut à tout prix trouver des gens capables d'occuper les postes vacants avec des gens capables de relever un défi qualifié de fou et d'impossible. C'est ainsi qu'arrive S.E. Pierre Dupuy, un diplomate de carrière et qui devient commissaire général. Pour l'épauler on choisit Bob Shaw à titre de sous-commissaire général et qui va devenir la véritable pierre angulaire d'Expo 67 et Andrew G. Kniewasser à la direction générale. Ils vont chapeauter l'équipe déjà en place soit Philippe de Gaspé Beaubien (exploitation), Jean-Claude Delorme (secrétaire et conseiller juridique), Yves Jasmin (information, publicité et relations publiques), Pierre de Bellefeuille (exposants), Dale Rediker (finances), Édouard Fiset (architecte en chef) et Edward Churchill (aménagement). Ensembles ils forment cette équipe surnommée «Les Durs». 

Quelques légendes urbaines. 

Avec la nouvelle administration les choses se mettent en branle à tous les niveaux. L'agrandissement de l'île Sainte-Hélène et la création de l'île Notre-Dame requiert une quantité assez imposante de remblai. Il se trouve ici une légende urbaine qui me donne carrément de l'urticaire et qui, à mon avis traîne depuis un peu trop longtemps. Vous l'avez probablement même vue à la télé dans ce segment des minutes du patrimoine:


Évidemment, et comme je l'ai mentionné, ce n'est pas comme ça que le choix des îles s'est fait. Aussi, et ça c'est la partie qui me démange, c'est lorsque l'on fait mention, tant dans ce vidéo quand dans plein de médias tant imprimés que sur internet, que l'on a créé les îles avec le remblai du métro de Montréal. Or, c'est faux, faux, faux et archi faux. En 2009 j'ai eu la chance de faire la rencontre de Gilles Gagnon, un architecte qui a œuvré sous la direction d'Édouard Fiset, lequel était l'architecte en chef, et qui est malheureusement décédé en 2011. Gilles Gagnon a été très généreux en anecdotes et renseignements de toutes sortes. Il avait entre autres entrepris de rédiger des notes manuscrites sur la construction des îles et dans lesquelles il mentionnait, parmi plein d'autres renseignements techniques, que le remblai utilisé provenait en très grande majorité du fond du fleuve. En effet, on a fait venir à Montréal trois puissantes dragues afin de leur faire creuser le lit du fleuve. Et c'est de là que provient près 90% du remblai utilisé provient du fleuve alors que le 10% restant provient du métro. Maintenant vous savez alors plus d'excuses. Par contre, même avec toute cette roche, on en a manqué alors on a improvisé les canaux de l'île Notre-Dame pour combler ce manque... creuser cet écart... enfin, vous savez ce que je veux dire. Cette improvisation démontre tout le génie des dirigeants car les canaux vont permettre d'y faire se promener des bateaux, dont le vaporetto et qui donner l'occasion aux visiteurs d'admirer l'Expo sous un angle tout à fait particulier. 


Malgré de nombreuses embûches et autres problèmes inévitables qui s'amènent lors de tout chantier de cette envergure, les travaux avancent et lentement le site d'Expo 67 émerge. Pour les gens qui voient cette immense ruche en passant de par le pont Jacques-Cartier ou ailleurs, Expo 67 ressemble de plus en plus à une réalité plutôt qu'à un éléphant blanc. au plan technique ce sont 82 kilomètres de routes et trottoirs, 37 kilomètres de tuyaux et de drains, 16 kilomètres de lignes de gaz naturel et plus de 114 kilomètres de conduits électriques. À cela il faut ajouter tous les circuits téléphoniques et les fils nécessaires pour tous les appareils installés dans tous les bâtiments du site tant sur l'île Sainte-Hélène, l'île Notre-Dame et à la Cité du Havre. Et ce réseau doit être assez robuste pour pouvoir satisfaire à la grande demande d'usage anticipée où l'on avait prévu quelques 25 millions de visiteurs (tout en annonçant un objectif de 30 millions). Le réseau se devait donc d'être d'une solidité à toute épreuve.  

Des défis à la tonne. 

Chaque département connaît son lot de difficultés et pour les employés de ces services les heures sont longues, souvent plus de quatorze heures par jour, parfois plus et des semaines de travail de sept jours. Le jour de l'ouverture officielle, soit le 28 avril 1967, ne peut être reporté et à moins de vouloir dire aux premiers visiteurs de retourner chez eux, il faut abattre pas mal de travail. 

Le département qui a la tâche probablement la plus ingrate incombe à Yves Jasmin, lequel dirige le service des Relations publiques, de l'Information et de la Publicité. Embauché en mars 1964 après de nombreuses années chez Ford, Molson et Air Canada, c'est à son service que revient le boulot de «vendre» Expo 67 aux gens. Un boulot on ne peut plus difficile si l'on considère l'hostilité de plusieurs médias à l'égard de l'événement à venir. Les publicités télévisées avec Maurice Chevalier, Olivia De Havilland et Yuri Gagarine frappent dans le mille mais une des publicités les plus audacieuses et bel et bien celle-ci:


En cette période de guerre froide, faut avouer que c'est une pub qui a des couilles. L'autre facette de la rivalité entre l'Union Soviétique et les États Unis est bien entendu la course dans l'espace et disons que depuis le début des années 60 les Américains traînent de la patte derrière les Russes. Ces derniers ont envoyé le premier satellite (Sputnik), le premier homme en orbite (Gagarine), la première sortie dans l'espace (Leonov) et la première femme cosmonaute (Terechkova). De façon symbolique, le pont qui lie les deux pavillons a été nommé la passerelle du Cosmos. Incidemment le pavillon soviétique sera le plus visité avec treize millions de visiteurs. De leur côté les États Unis vont être en mesure de démontrer les grandes avancées et améliorations apportées au projet Apollo, surtout depuis la tragédie d'Apollo 1 en janvier 1967 où Gus Grissom, Ed White et Roger Chaffee ont trouvé la mort dans l'incendie de la capsule.  

50 millions? Vraiment?

Parlant de visiteurs voici une autre fausseté qui est également très véhiculée, soit celle où l'on affirme qu'Expo 67 a attiré plus de 50 millions de visiteurs (54,991,806). Le mot visiteur indique ici une personne unique, or beaucoup de gens possédaient des passeports de saison et revenaient fréquemment sur le site, voire pratiquement sept jour sur sept. En définitive on peut dire qu'il y a eu 50 millions de visites mais en tout et pour tout il est assez difficile de déterminer avec exactitude combien de visites uniques il y a eu. Expo 67 est tout de même couronnée la plus grande exposition universelle du 20è siècle. 
Le Guide Officiel, officiel mais pas toujours exact.


Parlant justement de visiteurs, voici le fameux Guide Officiel imprimé en quantité parfaitement monumentale par MacLean Hunter, la compagnie qui publie entre autres le Maclean ainsi que Châtelaine. Ce guide se vendait sur le site pour la somme de un dollar, ce qui semble modique mais qui représente aujourd'hui environ $7,50. Ce guide permettait aux gens d'avoir sous la main une quantité appréciable de renseignements utiles sur les différents pavillons et services offerts. Petit hic toutefois, le Guide a été imprimé en 1966 avec les renseignements de l'époque. On ne comptait que très peu de photos étant donné que tout était encore en construction. Pour montrer les pavillons en question on a utilisé des illustrations. Entre le moment où l'on a imprimé quinze mille million de mille gonzillion de ces petits guides, une certaine quantité d'informations est devenue caduque. Même après 50 ans, le Guide Officiel est le «souvenir» d'Expo 67 le plus commun, le plus facile à trouver et certainement le plus abordable, avec un prix de marché orbitant autour de $10. 

La chanson-thème, histoire d'un petit débat


Il a été de circonstance, étant donné l'ampleur de l'événement, de doter Expo 67 d'une chanson thème. Un concours, commandité par Sun Life, est lancé. Il y aura plus 2,200 soumissions. Probablement la dernière est celle de Stéphane Venne qui glisse une enveloppe contenant les partitions de sa chanson, Un jour un jour, sous la porte à cinq minutes de la fin du concours. Ce sera incidemment celle qui sera choisie. 

On sait qu'il existe deux «versions» de cette chanson mais pour plusieurs ce n'est pas clair; certains affirment que c'est la version de Michèle Richard qui est «l'officielle» alors que d'autres disent que c'est celle de Donald Lautrec. Voyons un peu. 

Durant les années 60 Michèle Richard est la vedette chouchou et on la voit partout, surtout à Radio-Canada. Michèle est alors choisie pour interpréter la chanson de Venne mais ce dernier ne l'entend pas exactement comme ça et préfère largement son ami Donald Lautrec, une autre vedette montante (mais bien personnellement j'aurais bien aimé entendre une version par Renée Claude). 

«J’ai parlé au gérant de Donald [Réjean Dufresne, NDLR] . Nous devions être discrets. Nous avons donc booké des séances d’enregistrement la nuit afin que nous puissions avoir des disques tout de suite après la diffusion de l’émission spéciale. Personne n’a jamais su pourquoi la toune était arrivée si vite sur le marché.» Voici donc la version Donald Lautrec.


Par contre Drapeau n'aime pas la chanson de Venne parce qu'il n'y a aucune mention de l'Expo ni de «sa» ville, Montréal. La version enregistrée par Michelle Richard corrige donc cela et contient donc des séquences extra où l'on peut entendre justement les mots «Expo» et «Montréal». Voici donc cette version:


Le déficit de l'Expo, où l'art de jongler avec les chiffres.

On le sait bien, la réalisation d'Expo 67 a coûté des sous. Beaucoup de sous. Et ces sous-là provenaient des trois paliers gouvernementaux soit le fédéral, le provincial et le municipal qui financent respectivement 50%, 37,5% et 12,5% des coûts de l’exposition qui totalisent $431 904 684, soit un peu moins qu'un demi-milliard, en dollars de l'époque. À la fermeture des livres les revenus, toutes sources confondues, indiquent $221 239 873. Expo 67 affiche donc officiellement une perte opérationnelle de $210 664 811. Comptabilisé de façon aussi subtile qu'un problème mathématique de 4è année, oui, il y a un déficit, sauf que. 

Tous les gens qui sont venus visiter Expo 67 se sont déplacés pour y venir. Ceux qui ont utilisé leur voiture ont mis de l'essence et ceux qui ont opté pour le transport en commun on payé pour des titres de transport. Tous ces gens ont mangé au moins trois repas par jour et en ont profiter pour visiter la ville un tant soit peu. Les visiteurs ont également acheté une quantité appréciable de souvenirs de toutes sortes et ont logé quelque part. Tous ces achats ont généré des revenus grâce aux taxes de ventes. On estime qu'en 1966 les dépenses touristiques étaient d'environ $600 millions alors qu'en 1967 il a été d'un milliard. Une différence nette de $400 millions qui sont allés directement dans les coffres des gouvernements. Un déficit vous dites? Pas si sûr. 

Habitat 67, un beau projet mais...

Moshe Safdie élabore sa thèse universitaire «A Three-Dimensional Modular Building System». il s'agit d'un concept modulaire d'unités d'habitations préfabriquées en béton précontraint et que l'on assemble tel un jeu de LEGO. L'objectif est de fournir des logements abordables tout en répondant au problème de la densité urbaine. Chaque unité est différente de par sa configuration et la luminosité y est abondante. Même Playboy a voulu faire une session photo dans une unité en toute discrétion mais l'affaire est parvenue aux oreilles du Commissaire général Pierre Dupuy qui a rapidement apposé un véto irrévocable. On aura tout de même réalisé une petite séance impromptue avec trois Playmates devant le pavillon des États Unis pour la couverture de VIP, le magazine officiel du Club Playboy (et non du magazine Playboy lui-même comme il est souvent rapporté). 


Architecturalement on peut s'entendre pour dire qu'Habitat 67 est impressionnant à voir, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur sauf que la vocation initiale de l'ensemble, soit des habitations à loyer modique, n'a pas réussi, au contraire. Acheter aujourd'hui une unité est un investissement variant de $375,00 à $2 millions, tout dépendant du nombre de cubes et de l'emplacement de ceux-ci. Étant donné son âge et sa complexité, l'ensemble doit être étroitement surveillé afin de s'assurer de l'intégrité de ce dernier. 

L'échec de Logexpo.

Logexpo était un système mis en place afin d'aider les visiteurs de l'extérieur à trouver un endroit où loger durant leur séjour. Le service relevait toutefois du gouvernement provincial, lequel inspectait et autorisait les gîtes offerts, qu'ils agisse d'un hôtel, d'un motel ou d'une propriété privée où quelques chambres libres étaient disponibles. Malheureusement Logexpo a été un désastre. Plusieurs endroits étaient parfaitement inadéquats voire des clapiers à lapin. Logexpo a été un oeil au beurre noir pour la compagnie de l'Expo mais, comme l'a si bien dit Philippe de Gaspé Beaubien, la compagnie de l'Expo n'était qu'un intermédiaire entre les visiteurs et les endroits préalablement approuvés par le gouvernement, lequel était le seul et unique responsable de ce cafouillage. 

Un moyen de transport qui dérange.


L'aéroglisseur était un moyen de transport assez unique sur le site d'Expo 67. Ce dernier promenait les gens à partir d'un quai de la Cité du Havre, à La Ronde et plus loin sur le fleuve, près de l'île Charron. Malheureusement, son passage près de la Place des nations coïncidait trop souvent pile poil avec des discours officiels prononcés à cet endroit. Le vrombissement de l'aéroglisseur noyait invariablement les discours en question et personne n'entendait rien, au grand dam de Pierre Dupuy qui maudissait l'engin.

L'art public extérieur. 

Avant Expo 67 il ne se trouvait que très peu de pièces d'art public, c'est à dire des oeuvres installées de ça et là dans la ville et visibles de tous. Partout sur le site de l'Expo se trouve une très grande quantité et variété d'oeuvres d'art, transformant les îles en musée à ciel ouvert. C'était là un concept assez nouveau pour les gens d'ici de contempler en plein air des sculptures  d'artistes contemporains comme Charles Daudelin, Michael Snow, Yves Trudeau, Jean Cartier, Étienne Martin, Henri-Georges Adam, Pablo Gargallo, Fritz Wotruba, Louis Archambault et plein d'autres. Expo 67 a donné le ton et peu après des pièces d'art public ont commencé à faire leur apparition à Montréal. 

Manger en plein air vous dites?

Avant Expo 67, et cela grâce à l'obstination de Jean Drapeau, les terrasses extérieures à Montréal étaient interdites. Raison de sécurité publique, disait monsieur le maire sans trop s'étirer sur lesdites raisons. Or Expo 67 foisonnait de terrasses extérieures où les gens pouvaient déguster un bon repas en plain air. Aussi, à cette époque les tavernes étaient encore strictement réservées à la gente masculine mais avec les terrasses de l'Expo les dames pouvaient elles aussi boire une bonne bière bien fraîche au soleil. Après de nombreuses pressions Drapeau a finalement lâché le morceau et autorisé, dès septembre 67, l'installation de terrasses en ville. Lorsque vous passerez un moment sur l'une des nombreuses terrasses de Montréal cet été, souvenez vous de ce legs d'Expo 67.  

Un monstre ennuyeux

Une des attractions les plus mises de l'avant à La Ronde était bien entendu le fameux Gyrotron. L'immense manège était facilement reconnaissable grâce à sa forme pyramidale au centre duquel se trouvait le monstre. Malheureusement le manège, malgré sa complexité et son coût élevé, n'a pas su captiver, ni impressionner, bien du monde. Il est quand même demeuré jusqu'en 1981 après quoi il a été complètement démantelé et enlevé du site. 

Plusieurs pays mais de curieux absents. 

Parvenir à attirer soixante pays est un exploit signé Pierre Dupuy, le commissaire général. Mais curieusement, il s'est trouvé des pays absents à Expo 67, tout spécialement de l'Amérique du sud comme l'Argentine, le Brésil, la Colombie, le Paraguay, la Bolivie, le Pérou, l'Uruguay et le Chili. De ce continent seul le Vénézuela a été présent à l'Expo mais pourquoi? Or, selon ce que m'a raconté Yves Jasmin, il n'y avait pas que les journalistes qui dénigraient Expo 67 mais aussi des gens des ambassades canadiennes et ces derniers auraient «conseillé» aux pays sus-mentionnés de ne pas se donner la peine de s'installer à Expo 67 car cet échec anticipé, selon eux, ne serait qu'un pur gaspillage d'argent. On peut imaginer leur regret et l'embarras de ceux qui les ont mal conseillé. 

Le passeport, de 1967 à 2017. 

Le fameux passeport, que l'on pouvait se procurer en différentes versions (pour la saison, pour une semaine ou encore pour une seule journée), était une idée géniale de gérer les entrées et de donner un sentiment d'appartenance à Expo 67 en pouvant le faire estampiller dans chacun des pavillons du site. À l'intérieur du passeport on invitait les gens à le garder précieusement en souvenir. Aussi, pour fêter tant les 375 ans de Montréal que les 50 ans d'Expo 67, la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal a réanimé le concept du bon vieux passeport de l'Expo. Ce dernier ressemble en tous points à celui de 1967 et contient des pages blanches à faire estampiller là où se trouvent les expositions participantes. Pour connaître les endroits où se tiennent ces activités, rendez-vous sur le site officiel et dans la champ de recherche entrez simplement «Expo 67». 



Le saviez-vous? Il subsiste très exactement sept pavillons d'Expo 67, soit le Canada, la Jamaïque, le Québec (quoique considéré détruit par l'un de ses architectes, Luc Durand), la France, la Tunisie, les États-Unis et la Corée (quoiqu'il n'en reste que la toiture et les colonnes). Parmi les autres structures restantes on compte la Place des nations ainsi que le soubassement du pavillon des Nations-unies. 

jeudi 4 mai 2017

Le 40è de Star Wars - L'histoire sur disque


Aujourd'hui c'est le 4 mai. Dans la culture populaire des «geeks» ce jour est celui de Star War; «May the Fourth be With You». Ça n'a pas été officiellement créé ni par George Lucas ni Disney mais bien par les amateurs eux-mêmes. Donc, en cette journée, j'y vais d'un autre petit article sur le sujet.

Si les magnétoscopes existent en 1977 ils sont loin, a) d'être abordables, b) d'être courants et c) il n'y a pas beaucoup de films préenregistrés disponibles, sinon pas du tout. En fait, si l'on aime un film qui joue au cinéma et que l'on a envie de le voir à nouveau la seule solution c'est de retourner le voir en salles. À moins d'être pas mal patient et d'attendre quelques années pour le voir retontir dans le TV Hebdo. 

Comme le racontais précédemment, j'ai vu Star Wars durant l'été de 1977 dans la salle bondée à capacité du cinéma Champlain par un dimanche après-midi. J'en suis sorti avec des étoiles plein la tête. Ah, j'aurais bien aimé ça revenir le voir cent fois plutôt qu'une mais ça coûtait des sous. 

Quelques semaines plus tard on se retrouve comme ça par une beau samedi matin en famille à faire des courses aux Galeries d'Anjou. L'épicerie chez Dominion d'abord puis du magasinage varié un peu partout. Pendant que mes parents s'en allaient du côté de Simpsons et de Eaton, je filais par l'animalerie, puis à l'arcade de jeux tout juste à côté. ensuite je passais par Toy World, une boutique de jouets disparue depuis longtemps, et finalement par Discus. Et c'est justement là, chez Discus, que mon regard a été accroché par quelque chose d'assez inattendu.


Je savais me débrouiller en anglais et j'ai donc su de quoi il en retournait en voyant le titre. Prière de ne pas confondre avec ce triste moment où, à la même époque, je n'avais pas porté attention à un détail très important d'un autre disque. Il s'agit essentiellement de l'histoire de Star Wars narrée, dans ce cas-ci par Roscoe Lee Brown, et à laquelle on a ajouté des séquences sonores du film. 


En arrivant à la maison je me suis bien installé dans ma chambre afin de voir d'un peu plus près de quoi il en retournait. Sachant que j'avais là un disque bien précieux, je l'ai tout de suite mis dans une enveloppe de plastique (et dans laquelle il se trouve toujours). 


L'album s'ouvrait au milieu, comme un album double mais ne comportait qu'un seul disque. À l'intérieur, un design sobre avec, sur la partie gauche, des renseignements semblables à ceux d'un générique et où apparaissent les noms des gens ayant œuvré sur le disque.


La première pochette ne contenait pas de disque mais plutôt, ô surprise, un livret bourré de photographies tirées du film et très agréable à regarder en écoutant le disque. C'est là quelque chose que j'ignorais complètement car il n'y avait aucune mention d'un tel livret sur la pochette. 










De dire que j'ai écouté ce disque des centaines de fois ne serait pas exagéré. C'était la seule façon à l'époque de pouvoir revivre un tant soit peu l'expérience Star Wars, mais pas avec des figurines, parce que celles-là, il a fallu attendre au printemps 1978 pour mettre la patte dessus. Merci Kenner! Entre temps, le disque fait toujours partie de ma petite collection, toujours dans son enveloppe et toujours en très bon état.





Le saviez-vous? En plus d'avoir produit ce disque, 20th Century Fox a aussi produit celui pour The Empire Strikes Back ainsi que Return of the Jedi dans le même format. 



N.B.: J'ai découvert que Blogger a apporté des modifications dans la gestion du blogue, notamment en ce qui concerne les commentaires des gens qui visitent. Avant j'étais avisé par courriel de chaque commentaire laissé pour modération mais avec les changements apportés cette fonction a disparu. Je croyais à tort que les gens ne laissaient pas de commentaires alors qu'en fait ils se trouvaient dans le répertoire des commentaires en attente mais sans avertissement aucun. J'ai découvert qu'il se trouvait tout un tas de commentaires de gens qui attendaient mon approbation. Alors voilà, les commentaires ont été approuvés, sauf trois spams et j'ai pris la peine d'y répondre. 

lundi 17 avril 2017

Le 40è de Star Wars - Le livre illustré


Cette année on fête les 40 ans de Star Wars, le film de George Lucas auquel personne ne croyait (même pas Lucas lui-même). L'immense succès du film a fait que tous les mioches, dont moi, voulaient des patentes de Star Wars. Un peu plus haut je dis que personne ne croyait au succès de Star Wars alors très peu de compagnies se sont grouillées le derrière pour produire lesdites patentes parce qu'elles étaient assurées de perdre de l'argent, alors à quoi bon? Bien entendu avec le succès planétaire du film on a décidé de finalement embrayer, avec pour résultat une bonne quantité de patentes qui ne se sont retrouvées sur les tablettes qu'en 1978, pratiquement un an après la sortie du film. 

C'est le cas de l'Article que je vous présente aujourd'hui. Il s'agit du livre illustré de la Guerre des étoiles, et publié chez Flammarion en 1978. C'était la version française du livre The Star Wars Storybook, publié lui aussi en 1978 par Random House. Il n'y avait pratiquement aucune différence entre les deux versions du livre sinon les textes car le design graphique et l'emplacement des photos étaient identiques. Voici la copie que j'ai reçu en 1978.


Pas besoin de vous dire que j'en ai fait des pirouettes lorsque j'ai déchiré l'emballage-cadeau. En 1978 les magnétoscopes ne faisaient pas encore partie du paysage, ou à tout le moins à grande échelle parce que c'était une dépense assez prodigieuse alors à défaut de pouvoir revoir le film, le livre illustré était pas mal la meilleure chose. 


Ici on voit la présentation des personnages principaux. Les photos provenaient soit directement du film ou encore de photos promotionnelles du film. Y'a tout de même un truc qui m'a toujours égratigné la cornée: les noms traduits des personnages. Pourquoi diable Darth Vader est-il devenu Dark Vador, que Chewbacca est devenu Chiktabba, que C-3PO est devenu Sispéo et que Han Solo est devenu Yan Solo? Argh!! 


À cette page, où l'on commence à raconter l'histoire, un détail m'a fait sourcillé; la photo du bas où l'on voit Luke Skywalker en train de regarder dans le ciel diurne avec des jumelles. Dans le texte on explique qu'il observe la fameuse bataille spatiale que l'on voit dès l'ouverture du film. Vous savez, celle-là:


Évidemment du coup je me suis demandé si je n'avais pas manqué un bout du fil lorsque je l'avais vu en salles, parce que j'avais beau me creuser la mémoire, je ne me souvenais pas du tout de cette séquence. Or, cette séquence existe réellement, c'est tout simplement que Lucas, bien qu'il l'ait tournée, ne l'a pas intégrée dans la version finale du film. La voici d'ailleurs: 


Quelques pages plus loin se trouve d'autres photos tirées d'une séquence qui a fini sur le plancher de la salle de montage. Il s'agit de Luke Skywalker et de son pote Biggs qui lui mentionne son intérêt pour la Rébellion. 


On peut aussi voir une autre de ces traductions boboches où l'on a remplacé le nom de la planète Tatooine pour Dintouine. Enfin. Or, cette séquence aussi a été tournée et la scène se déroule à la station Tosche. C'est un peu dommage que ces scènes n'aient pas fait partie du film. Vous pouvez la voir ici:


Sur ces deux pages on voit la fameuse scène où les héros se sauvent de Mos Eisley après avoir loué les services de Han Solo et de Chewbacca. ce qui est intéressant ici c'est le jargon utilisé. On semblait pas mal se foutre des termes techniques alors on écrivait à peu près n'importe quoi. Ici, Han Solo explique la vitesse de son vaisseau en disant, et je cite; «Cet engin peut dépasser la vitesse de la lumière à Mach 5.» De quossé? J'avais n'avoir que douze ans, je savais très bien que la vitesse de la lumière équivaut à 300,000 km/seconde alors que Mach 5 n'équivaut qu'à 6174 kilomètre à l'heure. Mais bon, ça sonnait «cool» même si ça n'avait ni queue ni tête. 


Pour le reste du livre on suit assez bien le fil du récit cinématographique avec plein de belles photos. Ici, celle de gauche a été tirée du film alors que celle de droite en est une promotionnelle et qui est apparue sur des casse-têtes, des affiches ainsi que sur les boîtes à lunch. 


La dernière page représente la séquence finale du film et en lisant le texte et regardant l'image la musique de John Williams (The Throne Room) me jouait dans la tête. Dans le film, pour donner l'illusion que la salle était bondée de monde, Lucas avait fait fabriquer tout un tas de personnages découpés dans le bois. 


Rien de plus approprié pour la couverture arrière qu'une magnifique photo de Darth Vader tenant son sabre-laser en main. Il s'agit ici d'une autre photo promotionnelle que l'on a pu voir sur des posters et quantité d'autres produits dérivés. En outre, et pour l'époque, ce livre illustré est un excellent compagnon au film. Très agréable à lire dans la baignoire où le soir avant de dormir. Ça démontre tout de même comment le temps passe vite parce qu'il me semble que ce n'était hier qu'on me l'offrait en cadeau. 




Le saviez-vous? Après le succès d'American Graffiti, son film précédent, Lucas avait droit à un salaire d'un demi-million comme réalisateur. Il a décliné et conservé celui de $150,000 en échange des droits exclusifs sur tous les produits dérivés. 

dimanche 19 mars 2017

Insérez la monnaie

La période qui a suivi la seconde Guerre mondiale a été extraordinairement riche en innovations de toutes sortes qui ont complètement transformé le quotidien des gens. Les avions à réaction, les voitures aux lignes audacieuses, rappelant celles des fusées, l'avènement des couleurs vives pour quantité d'objets et éléments décoratifs, les centres commerciaux, les autoroutes et autres. C'était un monde entièrement différent.

Un aspect amusant de cette modernité qui s'installait un peu partout a été la prolifération de machines automatisées conçues pour différents usages mais surtout pour délester les gens de leur menue monnaie. Voyons un peu quelques-unes de ces machines qui ont fait partie de la vie de tous les jours.

Le photomaton.

Évidemment, le photomaton prédate la Seconde guerre, mais c'est après cette dernière que la quantité de ces appareils a explosé partout en Amérique du nord. C,était la «machine à sel fie» avant le temps. On les retrouvait partout; dans les gares, les centres commerciaux, les parcs d'amusement, les terminaux d'autobus, trappes à touristes et aussi les stations de métro, comme celles que l'on voit sur la photo ci-haut que j'ai prise à Berri-UQAM, il y a de cela quelques années. 

Durant les années 60, 70 et 80 ces machines ont été très populaires, surtout chez les jeunes. Qui ne se souvient pas dans ce temps-là s'être empilé cinq ou six dans un photomaton pour y déconner et ensuite rire aux éclats en voyant les résultats. Et combien de couples naissants se sont engouffrés dans ces photomatons afin d'y prendre quelques photos «romantiques» qui étaient ensuite conservées dans des portefeuilles.

L'automatisation à l'intérieur de ces cabines était absolument géniale et les gens qui s'en servaient n'avaient que bien peu à faire sinon régler la hauteur du banc et de choisir l'arrière-plan, soit un rideau mal foutu ou encore une photographie de l'endroit que l'on visitait. Les photos étaient prises à raison d'une à chaque quatre ou cinq secondes avec un flash automatique, le papier se plaçait tout seul et était acheminé ensuite dans les trois solutions chimiques pour le développement. Ensuite la bande était expulsée, encore humide du fixateur, dans la trappe de réception. On pouvait aussi choisir le type de photo que l'on désirait, soit plusieurs photos ou une seule de plus grand format. Ces machines ne demandaient qu'un entretien minimal qui consistait en un technicien qui venait vérifier le niveau des liquides et de faire quelques ajustements au besoin. Au début ces machines ne faisaient que des photos en noir et blanc mais par la suite on en a vu apparaître en couleurs. Les dernières générations de photomatons utilisaient un procédé numérique tant pour la prise de photo que pour l'impression mais aujourd'hui, avec les appareils photo intégrés aux téléphones, la pertinence des photomatons peut certainement être mise en doute. Il existe possiblement quelques-unes de ces machines encore en liberté quelque part.

Les jukebox de tables.

Durant les années 60 et 70 il se trouvait quantité de restaurants où chaque table possédait un de ces petits jukebox. Le fonctionnement de ces petites machines était également ingénieux. Une molette sur le dessus permettait de faire défiler des cartons verticaux sur lesquels étaient inscrits les propositions musicales. Une fois le choix fait, il suffisait d'insérer de la monnaie, généralement cinq sous, et de peser sur les boutons correspondants, par exemple B5 pour faire endurer à vos voisins de tables vos goûts musicaux douteux. Heureusement les morceaux de musiques étaient généralement les gros succès de l'heure. Le jukebox de table était connecté avec un appareil central, situé hors de vue des clients, et dans lequel se trouvait tous les 45 tours, un peu comme les bons vieux jukebox Wurlitzer. Lorsque la popularité de ces appareils a cessé et que les restaurants ont soit fermé ou été vendu, quantité d'entre eux se sont retrouvés aux poubelles mais plusieurs ont été achetés et conservés. On peut s'en procurer pour des sommes variées, tout dépendant de la condition. 

Les toilettes payantes.

Essayez d'imaginer une époque où le mercantilisme avait poussé les propriétaires de centres commerciaux et autres immeubles du genre à doter les portes de toilette de mécanismes ne permettant l'accès qu'après avoir payé. Le coût était généralement de dix sous. Vous êtes un homme et avez envie de pisser? Pas de coût, pas de problème. Vous êtes une femme avec une même envie? 10 sous. Toutefois, peu importe le sexe, fallait pas être pris d'un vas-vite! Pas besoin de dire que quantité de gens passaient sous la porte pour éviter de payer. 

Les cafétérias automatiques. 

Voici un autre exemple assez amusant de l'automatisation: les cafétérias où l'intervention humaine ne se résume qu'à quelques employés qui remplissent les machines de nourriture. Par contre, les clients ne voient que très peu, sinon pas du tout ces employés. Tout le long d'un comptoir se trouvent différentes machines distributrices, chacune proposant des mets et breuvages chauds ou froids ainsi que des desserts assortis. Le tout derrière des vitres qui ne s'ouvrent qu'après avoir inséré la monnaie. Une fois le mets sorti la vitre se verrouillait de nouveau et un nouveau met prenait la place automatiquement. Pour les breuvages ceux-ci étaient soit en contenants ou encore versés à même un réservoir, comme le café par exemple. 

Les sièges-télé. 

Bien avant l'arrivée des téléphones et autres tablettes il n'y avait que bien peu de divertissement lorsque les gens attendaient leur autobus longue-distance dans un terminal, leur train dans une gare ou leur avion dans un aéroport. On pouvait lire un livre, un magazine ou un journal, mais pour les ceuzes peu attirés par la chose littéraire (les pauvres), il n'y avait pas grand chose à faire. Donc, avant l'ère digitale le médium de divertissement par excellence était la télévision. Durant les années 50 et 60 on avait fait de remarquables progrès quant à la miniaturisation et on pouvait maintenant fabriquer des appareils en noir et blanc de petit format, assez petits pour qu'ils puissent être intégrés à ces sièges d'attente que l'on retrouvait dans les aéroports, gares et terminaux. Par contre, mercantilisme oblige, fallait y engloutir quelques sous (le temps d'écoute était minuté) pour en profiter. La Gare centrale de Montréal possédait plusieurs de ces sièges, de même que l'aéroport de Dorval et le terminus d'autobus sur la rue Berri. 

Les jumelles.

Les jumelles d'observation sont en quelque sorte un vestige de cette époque où les bidules gobe-sous pullulaient. On en retrouve quelques uns entre autres au belvedère du mont Royal et, je crois, au Vieux-Port mais je n'en suis pas certain. Partout où il y avait quelque chose de scénique à voir il y avait des jumelles qui fonctionnaient à coup de 25 sous et la période d'utilisation, comme pour les télés, était minutée. Ici, zéro entretien puisque le mécanisme est d'une simplicité désarmante; une bande de métal cache l'obturation une fois le temps écoulé. Comme pour les autres appareils, il ne suffit que d'un employé qui passe périodiquement pour les vider de tous ces sous que les gens ont mis dedans. 

Les moules à figurines. 

Voici une invention tout à fait extraordinaire; le moule à figurines automatisé. Je ne suis pas certain qu'il y ait eu grande quantité de ces machines ici au Québec mais une de celles-là a fait son apparition durant Expo 67. après avoir inséré de la monnaie, il suffisait de choisir ce que l'on désirait obtenir soit un personnage Disney, une tour Eiffel ou le logo d'Expo 67 sur une feuille d'érable. Durant un voyage dans les environs des chutes du Niagara à la fin des années 70 j'en ai vu plusieurs. Une fois la sélection du jouet faite la machine se mettait en branle et le jouet était fabriqué directement sous nos yeux; injection de plastique dans le moule, refroidissement et éjection dans le bac. Par contre ces machines nécessitaient un entretien régulier et rigoureux, tout comme un renouvellement de matière première autrement la machine n'avait pas grand chose à offrir. 

Ici au Québec la folie des machines distributrices ne nous a pas frappé autant que chez nos voisins du sud où l'on retrouvait des machines où l'on pouvait se procurer des patates, des oeufs, du whisky, des cigarettes pré-allumées, du parfum vaporisé, des pommes, des tartes variées, des hot dogs, des 45-tours, de la soupe, des vers pour la pêche, de l'assurance-voyage et même des costumes de bain. On a même tenté l'expérience du supermarché automatisé, c'est tout dire!

Évidemment il existe encore plusieurs types de machines automatisées autour de nous. On retrouve bon nombre de ces machines dans les endroits touristiques où l'on peut avoir café, croustilles, jus, boissons gazeuses et autres. Certaines seront probablement appelées à disparaître, comme les cabines téléphoniques par exemple. Le temps nous le dira bien. 



Le saviez-vous? La première machine distributrice a été inventée par le britannique Percival Everitt en 1883. La machine proposait des cartes postales, des blocs de papier à écrire et des enveloppes. Le succès a été instantané.