vendredi 25 décembre 2015

Du hockey pour Noël 1972

Veille de Noël 1972. Cette journée-là, assez brumeuse au demeurant, pas d’école forcément puisque c’est un dimanche. La température, assez douce, a fait que j’ai passé pratiquement tout mon temps dehors, dans la cour à me creuser un fort dans l’épaisse couche de neige. Lorsque je suis rentré à l’heure du souper mon «suit» de ski-dou à lui seul pesait une tonne tellement il était mouillé.


Ça, c'était avant de sortir dehors.

J’étais assez fébrile, et pour cause, puisque je savais que j’allais déballer tous mes cadeaux à minuit (ou aux environs) en présence de la parenté. Malgré tout, pas d’exception pour le dodo et à huit heures j’étais sous la couette. Je ne sais pas comment j’ai pu faire mais je me suis finalement endormi. Clac!

Puis, je me suis fait réveiller par mon père. Parfaitement dans les vapes, j’avais quelque peu oublié l’occasion pour laquelle on me sortait comme ça de mon sommeil, et surtout, de mon lit bien chaud. Tout m’est revenu lorsque j’ai entendu tout le brouhaha provenant du salon. Mon père m’a pris dans ses bras en me disant qu’il y avait une surprise qui m’attendait. C’est vêtu de mon pyjama Patof et les cheveux tout à fait ébouriffés que j’ai découvert cela à l’entrée du salon :


Évidemment mon style parfaitement hirsute détonnait quelque peu d’avec toute la parenté, bien endimanchée qu’elle était mais moi, pour être bien honnête, ça faisait fichtrement mon affaire. Donc, voilà, j’avais sous les yeux un magnifique jeu de hockey Coléco que mon père et mon oncle avaient patiemment assemblé pendant que je ronflais. Fallait le faire. Pas besoin de dire que j’étais content. Quel gamin ne l’aurait pas été. Le jeu, dans son ensemble, avait de quoi impressionner et pour cause. Si la plupart des jeux de hockey se jouaient sur une table, le mien possédait ses propres pattes. Au-dessus de la patinoire, une arche supportait le panneau de jeu dans lequel il fallait glisser la rondelle pour les mises au jeu. Les côtés étaient décorés des équipes de la LNH de l’époque, alors beaucoup moins nombreuses qu’aujourd’hui. Il y avait même une baie vitrée qui, sans avoir de réelle utilité, ajoutait une petite touche de réalisme. Même la boîte avait un petit quelque chose d’excitant avec ses illustrations dynamiques. Ce sont là des cadeaux que l'on n'oublie pas de sitôt au point où on leur laisse encore une place d'honneur au salon.






Coléco, fabriquait à l’époque toute une série de jeux sportifs qui comprenait aussi le basket-ball et le football. Certains de ces jeux se jouaient sur table et d’autres, comme le mien, étaient montés sur leurs propres pattes. Ces jeux étaient tous fabriqués à partir de l’usine qui se trouvait alors au 4000 de la rue St-Ambroise, dans le quartier St-Henri, tout juste sur les abords du canal Lachine. Même si Coléco n’existe plus depuis 1989 le bâtiment quant à lui est toujours là et semble avoir majoritairement conservé son apparence d’origine.



Le saviez-vous? Coleco a commencé son existence en 1932 en tant que Connecticut Leather Company et commercialisait à l’époque des kits d’artisanat pour le cuir. Le plastique et les jeux ne sont arrivés que plus tard, durant les années 60. 

samedi 28 novembre 2015

Novembre

Enfin le samedi matin. Je l’ai attendu longtemps çui-là. Depuis le dimanche précédent en fait. Le store de ma chambre, bien descendu jusqu’au bas, garde la pièce dans une semi-obscurité apaisante De par la lueur qui émane de chaque côté par contre je devine bien qu’il ne fait pas soleil. Peut-être, avec un morceau de chance, est-ce qu’il a neigé cette nuit? Seul le filtreur de mon petit aquarium empêche la tranquillité absolue. Son faible ronron, accompagné du bruit de petite bulles qui éclatent à la surface de l’eau a tout de même un petit quelque chose de réconfortant. Parfois le soir j’aime bien laisser la petite lampe allumée et m’endormir en regardant mes poissons.

Bien au chaud sous les couvertures, je n’ai pas envie de me lever de suite. J’étends un bras pour prendre un Pif Gadget, celui de la semaine passée. Le numéro de cette semaine arrive ce matin et j’ai déjà bien hâte d’aller me le chercher. Je me demande bien d’ailleurs quel sera le gadget. Après avoir résolu de nouveau l’enquête de Ludo et relu l’aventure de Docteur Justice, je décide de me lever. J’allume la lumière de l’aquarium et j'en nourris ses locataires qui semblent avoir bien faim, tout comme moi.

En arrivant dans la cuisine je tire le rideau de la porte arrière et constate que, malheureusement, il n’a pas neigé. S’il se trouve un peu de neige, c’est très épart et il n’y en a certainement pas assez pour faire un bonhomme. Encore moins pour aller glisser à la pente. D’ailleurs la veille il a plu pas mal. Comme je l’avais deviné, le ciel est gris. D’ordinaire j’égaierais tout ça avec un bol de Count Chocula et un généreux sandwich au beurre d’arachides que j’emporterais dans ma chambre, avec infinies précautions bien entendu, pour déguster tout ça en regardant la télé. C’est que maintenant je dispose d’un petit téléviseur en noir et blanc, celui qui se trouvait dans la salle à manger auparavant et qui a maintenant été remplacé. Mais pas de déjeuner pour l’instant. Comme c’est samedi nous allons bientôt quitter pour aller aux Galeries d’Anjou pour aller déjeuner, après quoi nous allons faire l’épicerie chez Dominion.




Avant que l’on parte toutefois il y a quelque chose d’important que je dois faire absolument; aller me procurer le nouveau Pif. Je m’habille et compte ensuite les sous que j’ai en poche. Il m’en faut 75 car c’est ce qu’il coûte maintenant. Avant c’était 50. Heureusement j’ai fait quelques commissions, dont quelques-unes pour la vieille dame qui demeure en face et après recomptage j’en ai suffisamment. J’enfile mon manteau d’automne, peut-être pour une des dernières fois de la saison. Juste avant que je n’ouvre la porte de l’escalier qui mène en bas ma mère m’interpelle. Oui maman, je m’en vais juste au coin aller chercher mon Pif et je reviens tout de suite. Je descends l’escalier et en ouvrant la porte voilà que le catalogue Distribution aux Consommateurs, bien enveloppé dans sa pellicule de plastique, me tombe sur les pieds. Voilà qui vient de faire ma journée, c’est certain. Je le prends et le place sur une des marches de l’escalier. Je le reprendrai tantôt. Le lire tout de suite en revenant? Ah non. Je l’ai attendu toute l’année ce fichu catalogue et je compte bien le consulter bien tranquillement ce soir, étendu bien confortablement sur mon lit. En marchant vers l’épicerie je redoute cependant que le Pif ne soit pas encore là. C’est déjà arrivé dans le passé et je devais alors revenir plus tard. En ouvrant la porte mes yeux vont directement au présentoir. Pif est là. Fiou! Bon, qu’est-ce que c’est cette fois? Voyons voir… « Un gadget pour préparer la fête avec Supere Carlos.» Hum. Connais pas ce type. Il a l'air drôle.


En revenant à la maison voilà ma mère qui m’attend. Je laisse le catalogue Distribution aux Consommateurs ainsi que mon Pif sur mon lit et on part avec ma grand-mère. Rendu sur place on opte pour aller déjeuner au restaurant chez Simpson’s. Il me plait bien, surtout avec ses grandes fenêtres. Je choisis une omelette ainsi qu’un «ordre de toasts». C’est comme ça qu’on dit ça et j’sais pas pourquoi. Je m’assure que l’on ait suffisamment de «cups» de beurre d’arachides parce que moi, je tartine épais.

Le déjeuner terminé on s’engouffre dans les entrailles du centre commercial. J’aime bien les Galeries d’Anjou. J’apprécie l’élégance des allées, les nombreuses plantes qui les jalonnent ainsi que les belles fontaines. Les devantures de boutiques aussi ne manquent pas d’épater. Il s’en trouve une d’ailleurs avec une plate-forme avec des mannequins à l’intérieur qui tourne sur elle-même tout en montant et descendant. Les employés ont déjà installé les décorations de Noël. C’est tout de même le mois prochain.



En approchant le Dominion, bien campé juste devant le Steinberg, on passe l’arcade de jeux ainsi que l’animalerie. Tantôt faudra que j’y revienne. Tout comme au Toy World d’ailleurs. La raison pour laquelle je choisis d’accompagner ma mère c’est parce que ça me donne l’occaze non seulement de conduire le panier mais aussi de pouvoir glisser subrepticement quelques gâteries dans le panier alors que ma mère regarde ailleurs. À la caisse, pendant que je sifflote innocemment tout en regardant dans les airs, lesdites gâteries sont passées et bien souvent ma mère ne s’en rend compte qu’une fois à la maison. Je suis passé maître dans l’art. En payant on spécifie que ce sera pour cueillette à l’auto alors les sacs sont tout de suite mis dans des bacs et expédiés dans une salle froide avec une étiquette. Toute la commande va y rester jusqu’à ce que l’on aille la prendre plus tard.

Après l’épicerie c’est généralement le moment où ma mère et ma grand-mère en profitent pour aller magasiner des trucs de femmes. Rien d’intéressant pour moi là-dedans. Alors voilà, pendant qu'elles vont batifoler dans les robes et autres brassières (je crois), moi je file d’abord à l’animalerie, pour admirer les chatons surtout. J’en voudrais bien un mais on me dit toujours allergique. Moi je n’en suis pas certain. Puis, je me glisse à côté à l’arcade de jeu dont l’entrée est bien gardée par Zoltan. À l’intérieur les machines clignotent et pétaradent. Je ne joue pas cependant. Oh, pas parce que cela ne me tente pas, bien au contraire, mais j’ai dépensé mes sous pour mon Pif. S’ensuit une visite chez Toy World. Ce n’est pas très grand, et ça ne se compare certainement pas avec le rayon des jouets de chez Woolco ou Miracle Mart, mais c’est justement ce p’tit côté intime qui me plaît bien. Et parfois on peut y trouver des choses que l’on ne voit pas ailleurs. Comme mon Aigle de la série Cosmos 1999 d’ailleurs. Avant même que je ne m’en rende compte il est temps d’aller rejoindre ma mère et ma grand-mère. On doit s’attendre devant le Simpson’s et c’est là que je les trouve. En quittant on s’arrête au service de commande à l’auto du Dominion où toute l’épicerie que l’on a faite plus tôt nous attend. C’est vachement pratique ça. Chapeau à celui qui a pensé à cet ingénieux petit système. À la maison, après avoir monté tous les sacs d’épicerie, faut tout déballer. Pas exactement l'activité favorite des gens lorsqu'ils reviennent du supermarché. Voici un exemple de ce que l'on retrouvait dans l'un de ces sacs.




Voilà. On y trouve des pailles pour boire, parce que j'aime bien. Du Bon Ami, pour nettoyer (ça, ce n'est pas mon boulot, ha ha), de l'aspirine pour enfant, pour ces moments où je fais un peu de fièvre. Y'a aussi du détergent Domino, la marque maison de Dominion. Des Q-tips, une lampe de poche (pour éclairer l'intérieur de mes forts de neige le soir), le TV Hebdo, que je consulte religieusement afin d'y trouver des mots-clés comme «science-fiction» ou encore «Godzilla» et enfin une voiture Matchbox que j'ai glissée sans que ma mère ne voit. 

Place aux choses sérieuses, soit la lecture de mon Pif. Je le sors de son cellophane. Après l’aventure de Pif j’en arrive aux lectures «sérieuses». Cette semaine j’ai droit à Loup Noir et Davy Crockett. Puis Corinne et Jeannot, série dont je me suis lassé il y a un bout parce que c’est toujours Jeannot qui en prend dans la tronche pendant que l’autre chipie s’esclaffe. Ah tiens, Érik le Rouge, une série que j’aime bien. La section des jeux maintenant. Voyons l’énigme de Ludo si je peux la résoudre. Hum. Pas facile. Je termine avec une aventure d’Arthur le fantôme et Horace, cheval de l’ouest. À la fin, comme toujours, un gag de Mordillo. Un coup d’œil à on cadran m’indique que l’heure de Bagatelle approche mais je dispose d’encore au moins trois quart d’heure. Allez hop, un peu de Lego. La tentation de feuilleter le catalogue Distribution aux Consommateurs rôde mais je résiste.

Arrive enfin Bagatelle et toute sa fricassée de bouts de films dépareillés, ce qui fait d’ailleurs son charme unique; de Bugs Bunny à un obscur court-métrage image par image venant d’un pays d’Europe. Puis, vient Déclic. Après le souper, alors qu’il fait presque noir dehors, je m’installe dans ma chambre et me prépare pour une émission que j’ai attendue toute la semaine. J’ai encore des frissons à penser au cauchemar de l’été dernier alors que les jeux olympiques au stade avaient carrément monopolisé les ondes et par conséquent, privé de mon émission fétiche. On dira que cela n’avait duré une semaine mais pour moi c’était une semaine de trop. Enfin.

Là, devant mon petit téléviseur, j’ajuste l’antenne pour obtenir la meilleure réception. Puis, j’insère dans mon petit magnétophone une cassette de 60 minutes vierge, ou une déjà enregistrée et que je suis prêt à sacrifier. Je glisse le magnétophone près du haut-parleur de la télé. J’appuie sur pause ensuite sur «play» et «record» simultanément. C’est que j’enregistre religieusement l’émission que je réécoute par la suite en construisant des Aigles et autres vaisseaux avec mes Lego. Dans la mesure du possible je tente de réduire les bruits ambiants mais le jappement du chien, la sécheuse qui barouette le linge ou le téléphone qui sonne sont parfois inévitables.

Une fois les vaisseaux terminés et les Lego rangés j’éteins le plafonnier pour ne garder que ma lampe de chevet. Là, en pyjama et étendu à plat ventre sur mon lit, j’entreprends la lecture méthodique du catalogue Distribution aux Consommateurs. Il est très méthodique ce catalogue car les catégories d’articles y sont toujours présentées dans le même ordre en se terminant par les jouets, gardant ainsi le meilleur pour la fin.

Après avoir passé la section des p’tits bébés arrive celle un peu plus sérieuse. J’y admire de magnifiques ensembles Lego et aussi Meccano. Tiens, le fameux Vertibird, sorte d’hélicoptère que l’on contrôle avec des manettes. Ça l’air amusant. Cette piste de course Matchbox aussi. Les Tonka ça ne manque pas. Incassables ceux-là mais j’avoue avoir quelque peu passé l’âge de jouer dans la terre avec des camions. Voilà les jeux de société et autres. J’en connais certains mais d’autres me sont parfaitement inconnus. Ah? Un jeu de Jaws, le fameux requin dans le film. Je note.

Hum. Ce camion pour figurines Big Jim semble bien intéressant. Ça vient avec plein d’accessoires. Je note. Je continue ma lecture attentive mais bientôt les yeux commencent à me fermer. Et puis je baille aux corneilles. Je donne la nourriture aux poissons et je ferme la lumière. Demain je pourrai déjeuner aux Count Chocula et un gros sandwich au beurre d’arachides. Avec un peu de chance je pourrai attraper Yogi à la télé ainsi que Temporel plus tard. Dans une semaine, peut-être deux, la neige arrivera et avec elle les bonhommes de neige, les forts et les glissades en même temps que les lumières festives que les gens vont installer dehors. Je ne manquerai pas de penser à ce que je vais bien trouver sous l’arbre. On verra, on verra. Ça viendra, ça viendra. 




Le saviez-vous? Les premiers catalogues ont fait leur apparition vers 1498 lorsque l'éditeur vénitien Aldus Manutius a distribué un catalogue contenant la liste des livres qu'il imprimait. Au Canada le premier catalogue commercial a été publié en 1884, c'était celui de la compagnie Timothy Eaton & Co. 

dimanche 25 octobre 2015

Petite histoire du prisonnier oublié

Les monstres à coller de la collection Aurora dans les années 60 et 70 étaient majoritairement fabriqués sous licence. En ce qui concerne Frankenstein, Dracula, le Loup-Garou et la Momie, et bien que ce soient des personnages issus du domaine publique, les représentations qu’en faisaient Aurora avaient été conceptualisées par les studios Universal avec leurs films classiques avec Karloff, Lugosi et Chaney jr., et celles-ci étaient protégées par des droitsd'auteur. Quant à Godzilla et King Ghidorah ils étaient la propriété de Toho, donc aussi fabriqués avec pleine autorisation. L'autre truc c'est que pour tous ces personnages on connaissait bien les histoires à l'exception de deux modèles bien précis: la sorcière ainsi que le prisonnier oublié (dont je vous ai parlé dans cet article-ci et également dans celui-là), ce dernier ayant été le modèle le plus populaires de la collection et celui qui est le plus prisé des collectionneurs aujourd'hui. Même les autres monstres s'amusaient à assembler le modèle.


Mais toujours est-il que l’on ne savait absolument rien de ce prisonnier en question. Qui était-il? Depuis quand est-il là et surtout, comment s’est-il retrouvé dans une telle position? À cet égard, Aurora a donc voulu donner au personnage un peu de substance et on a confié à Robert Rosen la tâche d’imaginer l’histoire de l’infortuné squelette et à Tony William Sune le soin d’illustrer tout ça. Le récit a donc été publié vers la fin des années 60 en collaboration avec le magazine Creepy quoique je soupçonne possiblement aussi une parution dans Famous Monsters of Filmland.
Ce que l’on découvre c’est que le destin du prisonnier oublié découle d’une rivalité entre deux nobles italiens du moyen-âge qui se disputent le même territoire. Chacun exploite les habitants en les taxant à outrance mais ils en viennent à se rendre compte assez rapidement que ceux-ci, déjà pauvres, ne peuvent payer deux nobles. Ces derniers vont donc comploter pour s’éliminer l’un et l’autre. L’un des deux se retrouvera enchaîné au cachot et l’autre ne connaîtra pas de sort plus enviable.
L’histoire est tout de même assez courte et ces nobles qui taxent à outrance les habitants n’est pas sans rappeler ces fameux fermiers généraux de la France du 18è siècle et qui étaient décrits comme «…les sangsues du peuple, une peste qui infecte le royaume, une vermine qui dévore la nation1 

Personnellement j’aurais préféré une histoire qui nous aurait rendu le prisonnier sympathique à son sort plutôt que d’en faire les restes d’un sinistre félon. On aurait ainsi pu s’inspirer, par exemple, de la légende du fantôme du château de Duntrune. Plusieurs années plus tard, la compagnie Polar Lights, ayant acquis les moules (et les droits) d’Aurora, a fabriqué une sorte de suite au prisonnier oublié de Castel Mare : le fantôme de Castel Mare, un modèle intéressant pas pire du tout.




Quoiqu'elles aient réellement existé au moyen-âge, les véritables oubliettes ne sont en réalité que bien peu nombreuses. Un certain nombre d'entre elles ont souvent été confondues avec des caves profondes. Ce que les archéologues ont aussi constaté c'est que plusieurs étaient en réalité des latrines, parfois des celliers ou des endroits pour conserver au frais de la nourriture. 




1 Jean Kappel, « Les fermiers généraux », Nouvelle Revue d'Histoire, n°75 de novembre-décembre 2014, p. 51-53

lundi 24 août 2015

cristos

On y retrouve de ces amateurs d’art, calepins et crayons à la main qui scribouillent et barbouillent les statues. Par là, ce sont ceux que les fleurs attirent comme les abeilles, penchés consciencieusement sur un bouquet. Ils observent dans un sens comme dans l’autre. Une corbeille d’argent? Une cruciannelle? Une ipomée? Ils cherchent dans leur bouquin aux pages jaunies et retroussées dont les pages laissent parfois échapper une feuille sèche, mise là comme un marque-page de la vie, d’un moment, d’un amour passé, perdu. Il y a bien aussi les férus d’architecture qui ne manquent pas d’admirer un art de bâtir parfaitement révolu. On retrouve aussi ceux qui sont installés dans la quiétude, plongés dans un roman quelconque, pas le moins dérangés qu’ils sont par les ornithologues amateurs qui admirent un bruant chanteur alors qu’un colibri à gorge rubis chante plus loin. Au travers tout ce monde, plus discrets, sont les pieux, qui sont venus pour quémander une faveur en s’agenouillant devant une des douze stations. De ceux-là, il y en à moins qu’avant et sont souvent les derniers tenants de la génération dite tranquille, issus d’une époque bien différente de la nôtre. Ils ont connu les vêpres, les rosaires, les neuvaines et les messes interminables récitées en latin. Aujourd’hui on croit moins d’une part et on ne croit plus de l’autre, mais il s’en trouve encore qui s’y accrochent à leur foi comme les cirripèdes sur la coque des bateaux. Avec un peu de chance on peut même y croiser des gens de confessions religieuses différentes. Ah, et il ne faut pas oublier l’étrange énergumène hirsute qui déambule, caméra à la main (j'le connais çui-là). 

C’est dans le chemin de croix de l’oratoire St-Joseph que l’on risque de les apercevoir par jour de chance et qui se trouve aussi à être un jardin conçu par Frédérick G. Todd, un monsieur distingué avec sa moustache en brosse, ses lunettes rondes, ses cheveux bien lissés et à qui l’on doit également l’aménagement du lac aux Castors sur le Mont-Royal ainsi que le parc de l’île Ste-Hélène. Les travaux ont commencé en 1942 et le chemin a été inauguré et ouvert au public en 1951. À ce moment par contre il n’y avait pas encore de statues. Ces dernières étaient en cours de réalisation depuis 1943, un travail effectué par l’artiste québécois Louis Parent dans son atelier qui se trouvait tout près de l’Oratoire. En 1952 Ercolo Barbieri, selon les modelages de Louis Parent, a commencé à sculpter les personnages, quarante-deux en tout, et termina le travail en 1958. Sur la photo d’aujourd’hui c’est la statue du Christ que je vous présente, très imposante de par sa taille et qui se trouve près de l’entrée du jardin. À l'approche de l'hiver toutes les statues sont soigneusement recouvertes afin d'être protégées des affres de l'hiver. 



Le saviez-vous? L’aiguille de Cléopâtre, un obélisque de l’Égypte antique provenant de Louxor, a été installée en 1881 à Central Park. Les hiéroglyphes y étaient alors dans un état impeccable. Aujourd’hui plus de la moitié d’entre eux ont été effacés par les éléments et surtout la pollution. 

samedi 1 août 2015

La maison de mon enfance

Avant d'aborder le sujet du jour il est vrai que le rythme des articles est très lent ces temps-ci et pour cause; j'ai opté de largement profiter de l'été en passant le plus de temps possible dehors qu'à l'intérieur devant un écran. Je parcours des distances appréciables à vélo et traîne toujours au minimum un appareil photo, ôcazou. En revanche, je suis déjà équipé de jambes de l'enfer avec tout ce vélo et j'avale les pentes avec une aisance qui me surprend!


Je ne manque jamais une occasion également d'éplucher, chemin faisant, quantité de vente de garage, de labourer marchés aux puces et d'arpenter les brocantes. À cet égard la récolte de mi-saison est très intéressante et j'aurais l'occasion de vous en reparler bientôt. 

Ceci étant dit, pour aujourd'hui, je vous propose une photo d'époque, tirée tout droit des archives familiales. Il s'agit de la maison que ma famille a occupée de 1945 jusqu'en 1975. Sise au coin des rues Hochelaga et Aylwin, cette maison a prit plus d'un an a être construite en raison des restrictions imposées par l'effort de guerre sur plusieurs matériaux, dont ceux de construction. Cette maison, comme d'autres qui poussaient aux alentours, a été bâtie sur un lot vierge. Il s'en trouvait d'ailleurs un bon nombre surtout au nord de la rue de Rouen. Le lotissement était classique; très peu d'espace à l'avant et cour arrière donnant sur la ruelle. Notre maison, étant sur un coin, donnait donc tant sur la ruelle que sur la rue Aylwin.

C'était une maison solide avec fondation en béton, agencement agréable de pierres aux formes irrégulières pour le rez-de-chaussé et brique commune pour le premier étage. Le rez-de-chaussé comportait 6 1/2 pièces ainsi qu'un sous-sol (communément appelée «la cave») où se trouvait, entre autres, la fameuse chambre à fournaise. À l'origine celle-ci fonctionnait au charbon et la chambre à charbon, adjacente, servait justement à l'entreposage de ce combustible. Cette pièce a conservé le vocable de «chambre à charbon» même après que la fournaise, durant les années 60 de mon enfance, ait été convertie pour utiliser de l'huile. La fournaise alimentait cinq calorifères en fonte répartis dans la maison et chose certaine, on ne grelottait nulle part même durant les plus froids moments de l'hiver. Le calorifère de la cuisine comportait un détail amusant; il se trouvait dans sa partie supérieure un petit robinet et mon grand-oncle Henri s'en servait parfois pour remplir sa tasse d'eau bien chaude pour ensuite y tremper son thé. La cave comportait également un plancher bétonné avec un drain. L'intérieur de la maison était bien divisé et il n'y avait aucun espace perdu. Les murs étaient en plâtre appliqué sur lattes de bois avec motifs décoratifs. Les portes étaient en bois verni avec moulures appliquées et munies de belles poignées en verre. Celles menant au salon, quant à elles, étaient serties de carreaux de vitre finement biseautés. Au premier étage il se trouvait deux appartements comptant 3 1/2 pièces chacun. Aujourd'hui le mur mitoyen a été abattu et les deux logements forment un loft.

En 2007 je suis retourné à cette maison et le propriétaire m'a alors gentiment, et bien gracieusement, offert de revisiter l'intérieur. Cela a certainement été un brin étrange. Les dimensions, bien entendu, me semblaient plus étroites, résultat de ma vision d'enfance où j'étais haut comme trois pommes et où tout me semblait bien grand. Mais c'est surtout la dimension humaine qui est venue me labourer; le souvenir de gens aujourd'hui disparus; mes grands-parents et mon grand-oncle. Petit pincement au cœur.

En outre, j'ai été agréablement surpris de constater que malgré quelques rénovations, peu de choses avaient changé. Les portes et leurs poignées de verre et les portes aux carreaux de vitre biseautés étaient toujours là, aussi belles qu'autrefois. Au sous-sol même le papier peint posé au milieu des années 50 était toujours là. Certaines choses toutefois avaient dues être changées, comme la vieille fournaise à l'huile, remplacée par quelque chose de plus contemporain, plus efficace et aussi plus économique. Au salon le propriétaire a profité de ma présence pour résoudre une énigme; sur le mur, m'a-t-il dit, se trouvent trois interrupteurs. Nous savons ce que les deux premiers font mais pas le troisième. À quoi sert-il? Il espérait bien que je lui donne une réponse car il était bien curieux de savoir. Il ne m'a suffit que d'un coup d'œil rapide au salon. Sur le mur, lui ai-je dit en pointant de la main, se trouvaient deux luminaires dont les fils étaient encastrés. Un jour on a décidé de les enlever, de boucher les trous et peinturer. Approximativement ici et là, si vous percez le mur, vous aller fort probablement trouver les fils qui s'y trouvent encore.  

Dehors, en terminant la visite, le propriétaire et moi avons marché sur le trottoir longeant la maison et où se trouve une ceinture d'arbustes qui va de la rue Aylwin jusqu'à l'entrée sur Hochelaga. Là, au coin, se trouve un bout où les arbustes ne poussent pas. Il se trouve là une explication amusante. Pour une raison qu'il est pratiquement impossible à expliquer, quantité de véhicules sont venus percuter le coin de la maison au fil des ans. Le dernier dont je me souvienne, en 1974, était un camion de Coca-Cola. À chaque fois que les arbustes semblaient vouloir repousser, pouf! un autre véhicule arrivait pour cogner le coin. Puis, probablement parce la Nature a compris que c'était parfaitement inutile, plus rien n'a poussé à cet endroit précis. La cour arrière a subi quelques modifications afin d'aménager un espace de stationnement. Le propriétaire m'a avoué qu'en faisant des travaux de réaménagement dans la cour il a trouvé, en creusant, un bon petit lot de voitures Matchbox qu'il n'a évidemment pas conservé.

À peu de choses près, le secteur n'a que bien peu changé. La bonne vieille taverne Morelli est toujours en face, tout comme la buanderie, tout juste à côté. Sur le coin opposé de notre maison, le commerce de variétés Raymond (l'ancien commerce de monsieur Chénier dont je vous ai parlé ici) existe toujours quoiqu'il s'agisse aujourd'hui d'un dépanneur dont le propriétaire a évidemment changé. En face, où se trouvait la station-service Fina, il y a une pharmacie et une clinique médicale. Plus loin à l'est, Dominion Automobiles a été remplacé par l'édicule sud de la station Joliette, que j'ai vu construire. Quant à l'édicule nord c'était Dupuis Marine, où l'on vendait des bateaux. D'autres commerces aussi ont disparu, comme le cordonnier au coin de Joliette et Hochelaga.


Le saviez-vous? Le nom Hochelaga provient d'une bourgade iroquoienne (aucun lien avec les Iroquois) située près du mont Royal et que Jacques Cartier avait visité en octobre 1535. Encore aujourd'hui il n'y a pas de consensus quant à la localisation exacte de ce village puisqu'il a été abandonné vers 1600. Une plaque commémorative a toutefois été placée à gauche de l'entrée principale de l'université McGill.

lundi 20 juillet 2015

quadratum

En 2017, année où l’on fêtera le cinquantième anniversaire d’Expo 67. La Place des Nations, dont je vous ai parlé abondamment ici, , ici, par , par ici et également , devrait, s’il faut en croire les nouvelles (ho ho hi) se refaire une beauté à temps pour que l’on puisse célébrer cet événement grandiose. Mis à part le pavillon de la Jamaïque, la Place des nations est le seul emplacement datant d'Expo 67 et qui ait un tant soit peu conservé son apparence d’origine. Maintenant il reste à savoir si effectivement les travaux de rénovation et de remise en valeur seront terminés (ho ho hi) dans le temps voulu (ho ho hi). Pour l'instant c'est clôturé, donc interdit au petit comme au grand public et l'endroit a l'air d'une soue à cochon. Typique de Montréal lorsque vient le temps du patrimoine bâti. 

Sur la photo d'aujourd'hui, prise en 2007, on voir le socle en béton qui a accueilli la torchère que l'on a allumée officieusement lors des cérémonies d'ouverture le jeudi 27 avril 1967. Après la fermeture d'Expo 67 on a enlevé la torchère, évidemment, et le socle est resté là. Lors de mon dernier passage c'était devenu une poubelle en béton, le trou étant farci d'ordures, chose qui ne m'étonne guère, au demeurant. Parfois, ce sont les citoyens eux-mêmes qui bousillent notre patrimoine bâti. Je me demande également à quel moment va-t-on corriger les informations sur la plaque commémorative qui se trouve à la base de la torchère. En y regardant attentivement on peut y lire qu’Expo 67 a duré jusqu’au 27 octobre alors qu’en réalité, suite à une demande spéciale au Bureau international des expositions à Paris, on a clôturé deux jours plus tard, soit le dimanche 29 octobre. 




Le saviez-vous? On dit souvent qu’Expo 67 a attiré 50 millions de visiteurs or c’est faux. On a enregistré plutôt 50 millions de visites, puisque plusieurs personnes avaient des passeports de saison et revenaient souvent. 

samedi 11 juillet 2015

aranea

Comme vous avez pu le constater, les mises à jour sont moins fréquentes ces temps-ci et pour cause, lorsque l'été est là j'en profite le plus possible. Je me ballade à vélo, parcourt différents quartiers en fouinant de magnifiques petits coins qui me sont encore inconnus, renifle les ventes de garage, farfouine les bazars et prend des photos. 


Ah ben voilà, y’en a plusieurs qui, en voyant la photo d’aujourd’hui, ont fait le saut et ont peut-être même laissé échapper un cri d’effroi. Allons donc. D’où peut bien provenir cette peur irraisonnée de ces petites bêtes? Vous saviez que les araignées sont non seulement très utiles mais qu'elles passent l’essentiel de leurs vies à avoir faim et peur? Ben voilà.

Selon le Guide d’identification des araignées du Québec il y aurait dans la province quelque chose comme 677 espèces réparties dans 28 familles. De certains diront que c’est 677 espèces de trop mais encore ici il s’agit de la voix des incoercibles qui hurlent comme des enfants de cinq ans à la vue d’une araignée mais se pourlèchent les babines à la vue d’un homard. Allez comprendre.

L’été il s’en trouve quelques-unes chez-moi et je ne fais aucun effort pour m’en débarrasser, préférant les laisser batifoler là où bon leur semble. Cela m’évite de rencontrer des insectes indésirables. Si ces moustiques, drosophiles et autres maringouins s’aventurent trop près du sol ce sont mes chats qui s’en occupent et croyez-moi, ils ont l’œil.

L'araignée que je vous présente aujourd'hui a été croquée, photographiquement parlant, à l’arrière de chez-moi par une belle journée nuageuse d’été. N’étant pas arachnologue je serais bien mal pris pour vous dire de quelle espèce il s’agit mais elle était tout de même d'assez bonne taille, quelque chose entre une pièce d'un dollar et de deux dollars. Il m’a fallu un brin de patience parce qu’une brise constante faisait toujours vibrer la toile et cette vaillante tisseuse a dû en mettre du temps pour la fabriquer. Il ne s’y trouvait d’ailleurs que quelques prises seulement, indiquant que la toile était relativement récente. Il y a résolument quelque chose de fascinant à observer ces petites bêtes.



Le saviez-vous? La substance la plus forte dans le monde est la soie que l’araignée produit pour ses toiles. Toutes proportions gardées cette soie est plus résistante que l’acier et les scientifiques ne sont jamais parvenus à recréer cette solidité même avec les technologies d’aujourd’hui. 

samedi 4 juillet 2015

Remorqueuse Holmes de Corgi

Corgi est une marque britannique de voitures miniatures qui a fait son apparition en 1956 afin d’offrir un peu de compétition à deux autres compagnies tout aussi britanniques, soit Dinky Toys, établie en 1934 ainsi qu’à Lesney dont les voitures Matchbox se trouvaient sur les tablettes depuis 1953.

L’arrivée de Corgi sur le marché des voitures en métal moulé a été très bénéfique, surtout pour la région de Northampton puisque Mettoy, la compagnie-mère, a offert moins de six ans après sa fondation de l’emploi à plus de 600 personnes. Comme les affaires allaient pas mal bien on a construit une autre usine, à Fforestfach cette fois, dans le sud de l’Angleterre, afin de fabriquer de nouveaux modèles. Ces nouvelles installations ont fait le bonheur des gens de la région, majoritairement aux travailleurs des mines de charbon dont les opérations étaient alors en baisse.

Par la suite Corgi, Dinky et Matchbox ont connu des années fastes et ont pu ainsi dominer le marché européen. C’est d’ailleurs un truc intéressant; les trois compagnies fabriquaient des produits similaires mais s’étaient respectivement creusé des niches distinctives, ce qui leur a permis d’avoir du succès sans se piler sur les pieds.


En 1947 Dinky s’est lancée sur le marché une série de camions appelée Supertoys à l’échelle 1/48 et qui a connu un très bon succès. Pour faire suite à ce succès Corgi a décidé, dès 1957, de lancer elle aussi une série de camion frand format baptisée Corgi Major. Évidemment, en raison de leur taille et de toutes leurs intéressantes particularités, les véhicules de cette série, tout comme les Dinky, étaient plus dispendieuses que celles de plus petite échelle. Vers 1970 un Corgi Major se vendait autour de $2.75, ce qui représente aujourd’hui en valeur ajustée quelque chose comme une bonne quinzaine de dollars. Quoiqu’il en soit, voyons voir de quoi il en retournait avec les Corgi Major avec cette dépanneuse Holmes (#1142 au catalogue) et sortie tout droit de ma collection pour l’occasion, une trouvaille de vente de garage qui date de quelques années.

Ce modèle-là est arrivé sur le marché quelque part en 1967 et venait initialement avec deux figurines représentant des garagistes. Il comprend de véritables roues de caoutchouc montées sur jantes en métal, deux pneus de secours, deux crochets attachés à des câbles de nylon que l’on pouvait monter ou descendre en tournant les roues sur le côté, des miroirs latéraux pivotants, un klaxon à trois flûtes sur le toit ainsi qu’une cabine qui bascule vers l’avant, permettant ainsi d’accéder à un moteur très détaillé.
  
Il faut bien comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un jouet pour collectionneur à édition limitée mais bien d’un véhicule que l’on pouvait aisément retrouver à peu près partout où l’on vendait des jouets. Cela témoigne aussi du souci qu’avaient les compagnies d’offrir des produits solides, de qualité et sertis de tout plein de fonctionnalités, contrairement à aujourd’hui où la majorité des jouets en plastique de piètre qualité ne durent jamais bien longtemps. Aujourd’hui un tel camion se trouve facilement et les prix peuvent varier grandement, tout dépendant de la condition. De quelques dollars pour un camion qui a eu la vie dure à quelques centaines s’il est intact dans sa boîte d’origine. C’est selon.



Le saviez-vous? Le nom de Corgi fut choisi par le patron de Mettoy lorsque la compagnie s’est installé à Fforetfach puisque la race de chien Corgi est originaire de cette région. Et lorsque Mettoy lança sa série de voitures de taille similaire aux Matchbox en 1964, elle choisit le nom de… Husky. 

dimanche 28 juin 2015

luminis obscura II

Comme pour la photo de nu j’aime bien aussi à l’occasion utiliser un clair-obscur profond pour certains sujets, comme par exemple de l’architecture. Ici, une bonne sous-exposition me permet de plonger cette maison du mile-end dans le noir total, ne laissant la lumière d’un ciel nuageux n’éclairer que la partie supérieure, créant ainsi un effet dramatique qui me plaît bien.

Il s’agit ici de maisons dans le Mile-End où l’on retrouve quantité de ces belles résidences assez cossues toutes de pierre de taille bâties dont les façades sont très différentes les unes des autres. Affublées de corniches élaborées, de tourelles, appareillages décoratifs de brique, carreaux ornementaux et autres éléments, ces maisons témoignaient en quelque sorte de la richesse de leurs propriétaires. La crise économique de 1929 en ébranlera plusieurs qui seront obligés de se départir de leurs maisons et migrer ailleurs, souvent dans les quartiers ouvriers pour y vivre dans des conditions de misère. Heureusement les nombreux développements urbains ont largement épargné ce secteur et c’est pourquoi nous pouvons encore aujourd’hui admirer ces belles résidences dont une grande quantité ont été restaurées à leurs apparences d’origine.



Le saviez-vous? Le nom de Mile End tire son origine d'un champ de course qui occupa au siècle dernier à peu près l'espace aujourd'hui compris entre le boulevard Saint-Joseph, la rue de Mentana, l'avenue du Mont-Royal et la rue Berri. Or, entre cette piste et la limite du Montréal d'alors, qui est à la hauteur de la rue Bagg actuelle, il y a exactement un mille, d'où le nom de Mile End ou « fin du mille». 

lundi 22 juin 2015

ostium IV

Entrée d’un triplex photographié l’été dernier. Ce petit immeuble possède une architecture caractéristique du milieu des années 40 soit une façade en pierres naturelles taillées pour s’agencer ensembles. En se promenant dans le quartier on retrouve facilement d’autres maisons qui présentent une telle devanture. Ici, la porte en bois d’origine est flanquée de blocs de verre derrières lesquels sont enchâssés des néons verticaux qui s’allument une fois le soir venu où lorsqu’il fait trop sombre dehors. Les côtés sont en pierre artificielle et la marche en terrazo, matériau courant à l’époque. Par contre la petite corniche en acier inoxydable, ou peut-être est-ce de l’aluminium, est une addition récente qui, malgré tout, n’enlève pas au cachet de la résidence.



Le saviez-vous? À Montréal, durant la Seconde guerre, quantité de matériaux étaient réquisitionnés pour l’effort de guerre. La construction des maisons s’est donc faite très au ralenti et plusieurs d’entre elles ont pris de très longs mois avant d’être terminées. 

mercredi 17 juin 2015

James Last

C'était au début des années 70 alors que je mesurais deux pommes et quart. Jouer dehors était bien plus qu'une simple occupation, c'était une vocation. Dehors au lever du soleil et presqu’impossible à faire rentrer le soir. S’il pleuvait alors je me réfugiais sous le balcon où, assis sur ma petite balançoire, je demeurais immobile à regarder et écouter la pluie qui tombait. J’étais pluviophile sans le savoir. Mais parfois la pluie était accompagnée d’une chute de température et à ce moment, plutôt que de me les geler, je préférais rentrer.

Toutefois, à l’extérieur comme à l’intérieur, le mot ennui ne faisait ni partie de mon vocabulaire ou de mon quotidien. Une de mes occupations favorites durant ces longues journées d’averses était de m’asseoir au milieu de ma chambre et de jouer avec mes Lego. Avec la quantité que j’avais je pouvais me permettre de construire à peu près n’importe quoi. Mais ce que j’aimais bien aussi était d’accompagner mes sessions de constructions massives avec de la musique. Pour ça je disposais d’un petit tourne-disque un peu vieillot dont la sonorité était un brin au-dessus de celle d’une boîte de conserve, détail amusant mais qui ne me dérangeait guère.

À cette époque ma collection de disque était certainement modeste; quelques livre-disques de Disney, La Souris Verte, Babar et, je crois bien aussi, Bobino. J’aimais bien mais je savais néanmoins apprécier un peu de changement et ce changement provenait de la grosse pile de 33-tours qui appartenaient à ma mère et qu’elle avait en grosse partie achetés durant les années 60 et comme elle ne les écoutait presque plus… Avec le temps j’ai commencé à apprécier certains albums plus que d’autres. Puis, un jour en regardant les différentes pochettes, je suis tombé sur celle-ci :

J’ai retiré le disque de sa pochette et placé l’aiguille sur le disque. En écoutant la première chanson j’ai trouvé que le chanteur, un dénommé James Last, en prenait du temps pour commencer à chanter. Ah non, c’était une pièce purement instrumentale. Peut-être chanterait-il à la deuxième? Non plus. Ben coudonc! Puis, en écoutant ses autres disques j’ai finalement réalisé que le bonhomme ne faisait que de l’instrumental. Mais quel instrumental!
James Last, Hans de son vrai prénomréarrangeait les partitions de chansons existantes pour qu’elles soient jouées par son orchestre avec emphase sur la basse et les cuivres. Certaines pièces étaient jouées séparément mais pour d’autres il préférait les enfiler les unes après les autres avec une sorte de trait d’union musical entre chacune d’entre elles. Certains puristes ont souvent décrit Last comme le roi de la musique «quétaine» d’ascenseur ou de bouillie musicale mais pour mes petites oreilles ces tounes joyeuses, vivantes et rythmées contrebalançaient parfaitement la grisaille de dehors et faisaient mon plus grand bonheur. Même à l'adolescence, durant les années 70, je continuais parfois d'écouter du James Last et si ce n'était pas via les 33-tours de ma mère c'était de par les cassettes que mon père achetait à ce moment-là.

De dire que James Last a connu une prolifique carrière est un euphémisme. Dans les années 60 et 70 sa musique était l’archétype de n’importe quel party et au moment de sa dernière tournée il était évalué que Last, ou Hansi pour ses fans, avait vendu plus de 100 millions d’albums de par le monde. Au fil des ans je n’ai jamais vraiment cessé d’écouter James Last parce sa musique m’a toujours fait le même effet et du même coup me rappelle ces journées d’enfance à jouer dans ma chambre. J’ai toujours aimé aussi dégotter de ces vieux albums de James Last dans les marchés aux puces et autres brocantes. Dernièrement, alors que j’étais de passage chez Beatick, un de mes antres préférés de disques usagés, j’ai trouvé un autre album de Last datant des années 60 et m’est alors passé en tête l’idée de finalement écrire un article sur le personnage qui, il n’y a pas si longtemps, continuait de faire des tournées avec son band. Bien assis avec ma Bobinette sur les genoux, j’ai commencé à rassembler mes notes pour la rédaction de l’article lorsque je suis tombé sur une nouvelle qui a complètement passé sous mon radar et qui m’a terriblement peiné; James Last est décédé le 9 juin dernier à l’âge vénérable de 86 ans, soit peu de temps après son concert d’adieu qui a eu lieu le 26 avril 2016 à Cologne. Salut Hansi, et merci pour toute ces années de belle musique!





Le saviez-vous? James Last a aussi composé des chansons qui ont été très populaires dont Happy Heart interprétée par Andy Williams ainsi que Fool, interprétée quant à elle par Elvis Presley.

1) Le prénom de James lui a été donné par la compagnie de disques Polydor qui considérait que «James» était plus approprié pour le marché international.