samedi 24 août 2013

domina lateres


De par la rue Murray, il y a cette maison modeste d’ouvrier qui se tient aujourd’hui là comme dans le temps, ce temps où tout était différent. C’était avant l’automobile poussive et les camions tonitruants alors que le facteur vous connaissait et s'arrêtait parfois pour piquer jasette, une minute peut-être plus.

La maison ne faisait pas dans la fioriture. Avec ses linteaux en brique elle était coiffée d’une corniche en bois ouvré qui servait à lui donner un peu de cet air coquet et distingué. C'était là tout ce qu'elle pouvait se permettre. Un tout petit balcon, tout juste assez grand pour y mettre la chaise berçante, donnait sur la rue. Il faisait sûrement bon se dodeliner dessus après avoir trimé et sué toute la journée, peut-être en fumant une pipe de terre cuite au son des sabots de chevaux qui passaient et des moineaux, juste au-dessus, qui logeaient là où ils le pouvaient.

Aujourd’hui il n’y a plus d’ouvriers et presque plus de ces usines aux cheminées cracheuses d’encre. Même le balcon est parti on ne sait où et bien que vide, la vieille dame de brique se dresse encore là comme au jour de sa naissance en se demandant bien ce qui va lui arriver alors que le quartier change et mue peut-être un peu trop vite à son goût.


Le saviez-vous? Au début des années 60 le maire Drapeau s’est arrangé pour faire changer le zonage de Griffintown pour le faisant passer de résidentiel à industriel. Monsieur le maire n’appréciait pas les vieilles choses et encore moins les vieilles dames de brique à corniches. Encore s’en est-il fallu de peu pour que toutes les maisons du quartier y passent. Aujourd’hui elles ne sont plus qu’une poignée ici et là pouvant raconter ces histoires du temps jadis qu’on a un peu oublié.

mardi 23 avril 2013

vetus aedificium


Vieux bâtiment industriel situé sur la rue Murray dans Griffintown, tout juste au sud de William et à deux pas de l’endroit où fut assassinée Mary Gallagher. L’architecture est ici est simple et fonctionnelle mais solidement construite. Au début du siècle les frères Bissonnette y tenaient leur commerce de bois de chauffage et de charbon, combustibles alors largement utilisés surtout dans les maisons. À cette époque soyez assuré que l’électricité dans Griffintown était un luxe.

 
Saviez-vous ça vous autres? Les charbons ont beau se ressembler (dans une certaine mesure, on s’entend) mais sont pas toutes pareils. On a l’anthracite, le bitumineux, le sub-bitumineux pis le lignite. Sans compter toutes les… prenez-vous des notes là ou bedon on dit ça pour rien? Comme on disait, y'a plein de sous-catégories comme le méta-anthracite, le semi-anthracite, le sub-bitum… Bon ok, on a compris.

lundi 6 août 2012

Le chalet du square Gallery

La population majoritaire irlandaise de Griffintown, ont le sait, était une communauté dynamique et très vivante en dépit de sa pauvreté. Outre l'église Sainte-Anne, les manifestations les plus colorées se déroulaient pas très loin, au square Gallery. C'était au temps où l'on traversait le canal Lachine de par le pont Wellington.

 En 1907 le terrain où sera construit le futur square est encore occupé par un espace vert. La ligne tout juste à droite en noir et blanc est la vieille ligne de chemin de fer dont il ne reste que le pont tournant sur le canal Lachine.

Au début c'est un triangle de terrain un peu à l'étroit entre les rues Wellington, McCord et St-Léon, si l'on se fie à une carte de 1907. Une autre carte, de 1914, nous montre une configuration quelque peu différente où le square semble un peu plus grand. Le mot square ici est trompeur car le terrain est en fait triangulaire. Quoiqu'il en soit c'est un endroit populaire et très fréquenté. Pour les gens qui trimmaient dur pendant de longues heures dans les usines emboucannées, un tel endroit était très apprécié.

Le 15 août 1932 le bâtiment est presque terminé.

Le début des années 30 marque de grands changements pour ce soin. D'abord, il y a la construction du fameux tunnel Wellington (dont je vous ai déjà parlé dans un autre article) et aussi celle du chalet du square Gallery. Le chalet fait partie, comme d'autres bâtiments tels le Jardin Botanique et le chalet du Mont-Royal, d'une série de travaux publics lançés par le maire Camillien Houde pour venir en aide aux nombreux chômeurs affectés par la crise économique de 1929.

 Les armoiries de Montréal taillées dans le granit.

Bas-relief Art Déco sur le côté.

Le chalet, avec son style Art Déco est très joli, mais l'emplacement du tunnel Wellington, tout juste devant, le coupe sur le bord du toupet pas mal. Avec tout son traffic de camions, voitures et tramways le tunnel enlève toute la quiétude de l'endroit et le dézonage subséquent, auquel s'ajoute la démolition de l'église Sainte-Anne, rend le lieu passablement étrange au niveau de l'urbanisme, mais bon, Montréal n'en est pas à une «étrangeté» près au niveau dudit urbanisme.



Le chalet est aujourd'hui toujours là, bardé de banderoles publicitaires. Devant se trouve encore l'entrée condamnée du tunnel Wellington alors que l'arrière, où se trouvait avant un garage d'entretien d'autobus style «coach» est maintenant en train d'être préparé pour la construction de... condos. Mais ça, vous l'aviez probablement déjà deviné.

Le garage d'autobus, à gauche du chalet est maintenant démoli. Là comme derrière on prépare la venue des condos.

Dans un quartier qui subit de plus en plus de transformations, le sort du patrimoine architectural de Griffintown, pour le peu qui en reste, est plus que jamais incertain.

dimanche 5 février 2012

Griffintown au début du XXè siècle

En 1903 William McFarlane Notman, fils célèbre photographe William Notman et très bon photographe lui-même, a pris plusieurs clichés dans Griffintown pour le compte d'un certain monsieur Meredith, dont on ne sait pas grand chose. Les résidents de Griffintown, on le sait bien, ont été parmis les plus pauvres de Montréal, mais ce qui est intéressant ici c'est justement de voir quel était cette pauvreté dans laquelle ils vivaient.

Fig. 1: Rue de l'Aqueduc, 1903. Crédit photo: Musée McCord

On commence avec cette bicoque, parce que c'en est une. Comme on peut le voir, le luxe n'est pas au rendez-vous. Cette maison (fig.1) sur la rue de l'Aqueduc est réduite à sa plus simple expression. Hormis la cheminée, elle est entièrement faite de bois, la brique même si elle était bon marché, était trop dispendieuse pour ces gens. Le terrain, visiblement en pente, a fait travailler la structure de la maison qui compte au minimum trois locataires; deux au rez-de-chaussé dont les portes se situent à gauche et à droite, et un autre en-haut dont l'entrée est au milieu. La rue est terre battue et les trottoirs en bois. Les fils électriques qui passent en-haut ne servent pas à alimenter les maisons, qui n'en ont pas, mais bien le réseau de la Montreal Street Railways, dont la centrale qui fonctionne au charbon (bonjour la qualité de l'air) n'était pas très loin.


Fig. 2: Rue Barré, 1903. Crédit photo: Musée McCord

Une autre demeure de bois (fig. 2) dont la cheminée, si elle existe, se trouve probablement derrière. Ses bardeaux, tout comme la toiture, ont vu de meilleurs jours. Deux familles y logent; l'une en-bas et l'autre en-haut. On remarque aussi l'absence complète de fondations, la maison repose directement sur le sol. Encore ici les fils électriques de la Montreal Street Railways qui semblent narguer les résidents.

Fig. 3: Rue Barré, 1903. Crédit photo: Musée McCord

La pauvreté de Griffintown ne pourrait pas mieux s'exprimer que par cette maison (fig. 3) sur la rue Barré. Sa structure entièrement de bois semble vouloir affaisser de par la toiture. Les planches de bois sur le devant semblent se tordre et la cheminée en pierre n'inspire visiblement pas confiance. Une porte rudimentaire donne accès à une cour sans aucun doute très petite. Cette maison, comme les autres du quartier, n'avaient aucune isolation et les hivers rigoureux devaient être assez éprouvants. Quelques autres détails attirent l'attention; il y a les nombreux fils de la Montreal Street Railways à l'arrière et l'autre maison derrière, dont on se demande si l'échelle posée sur la cheminée n'a pas été placée là pour empêcher cette dernière de tomber.

 Fig. 4: Rue Barré, 1903. Crédit photo: Musée McCord

Toujours sur la rue Barré on aperçoit ici une maison (fig. 4) d'allure coquette faite de bois et de bardeaux qui compte une cheminée en pierre de taille. Son «luxe» apparent est ici un balcon avec rampe. Cependant j'ose imaginer qu'en raison de la forte dénivellation de ce dernier, se bercer était hors de question. Ou, à tout le moins, tout un sport. Au deuxième étage de la maison voisine une personne regarde le photographe à l'oeuvre où peut-être les fils de la Montreal Tramways Company en se disant que ce serait bien d'en avoir un peu de cette électricité...

Fig. 5: Arrière de maison, rue Barré, 1903. Crédit photo: Musée McCord

Voici la même maison mais vue de l'arrière et ici quelques éléments deviennent rapidement intéressants. Nous avons affaire ici à la résidence d'un forgeron. On peut voir une sorte de remise dont le toit légèrement en pente est transpercé d'une longue cheminée. De cheminées de ce type étaient souvent utilisées afin d'éviter que des étincelles ne sortent pour aller mettre le feu partout. Le tonneau, qui n'est pas là pour récupérer l'eau de pluie, laisse deviner qu'il était utilisé pour y tremper des pièces de métal chauffées. Il y a fort à parier que l'on y ferrait probablement les chevaux et d'ailleurs on comptait sur la rue Barré deux forgerons; Alfred Normandeau et John Fitzpatrick, se pourrait-il qu'il s'agisse ici de la maison de l'un des ces deux-là? L'adresse de la maison, au-dessus de la porte sur la photo précédente, est malheureusement trop petite pour pouvoir la déchiffrer avec exactitude. Mon interprétation est donc purement spéculative.

Fig. 6: Rue Barré, 1903. Crédit photo: Musée McCord

Sur la rue Barré également voici qu'apparaît cette petite maison (fig. 6) que l'on pourrait qualifier d'unifamiliale. Faite en bois elle aussi elle est toutefois dotée d'une toiture en fer-blanc et d'une large cheminée. Elle semble en meilleure condition que les autres malgré un gonflement du mur sur le côté. Derrière on peut apercevoir un bâtiment complètement en brique avec fondation de pierre. Hormis deux maisons près de la rue Lusignan, toutes les résidences de la rue Barré ont disparu.




Le saviez-vous? La relocalisation d'industries d'après-guerre et le changement de zonage apportés par Drapeau en 1963 ont littéralement saigné Griffintown de sa population. En 1970 il ne restait qu'environ 800 personnes dans tout le quartier. 

dimanche 15 janvier 2012

L'église Sainte-Anne

Le milieu du 19è siècle amène son lot d'immigrants à Montréal, des Irlandais en majeure partie, qui s'installent dans un coin que l'on connaît sous le nom de Griffintown. Ils forment l'essentiel de la force ouvrière de ce secteur. Les maisons qu'ils habitent sont rudimentaires, construites en bois et réduites pour la plupart à leur plus simple expression. Elles sont souvent tassées les unes sur les autres et se retrouvent bien souvent à proximité d'une usine. La vie de quartier se passe sous la fumée des grosses cheminées industrielles avec en prime tout le boucan qui vient avec. 

Vue d'une partie de Griffintown à la fin du XIXè siècle. Au premier plan dans le centre on voit l'église Sainte-Anne, le canal Lachine juste derrière et plus loin le fleuve Saint-Laurent et le pont Victoria.

Mais faut pas se le cacher, Griffintown c'est un coin pauvre, très pauvre. Les maisons n'ont même pas de toilettes intérieures alors les gens doivent utiliser la fameuse bécosse (de l'anglais back house). Les égoûts? Pensez-y même pas. Sauf peut-être lors de l’inondation de 1886, dont je vous ai déjà parlé, et qui a fait se déborder toutes les bécosses qui ont transformé les rues en égout à ciel ouvert.

Les Irlandais, très catholiques, pouvaient toutefois compter sur le clergé de l'église Sainte-Anne pour les aider dans l'adversité. Le magnifique bâtiment fut construit tout près du canal Lachine en 1854 et faisait partie intégrante de la vie communautaire. L'église parvenait d'ailleurs à fournir des vêtements et de la nourriture à ceux dans le besoin.

L'église Sainte-Anne, alors le cœur du quartier.

L'intérieur de l'église. 

En 1963 le maire Jean Drapeau, qui avait en horreur les vieux quartiers, décida tout simplement de faire disparaître Griffintown. Évidemment il ne pouvait pas arriver avec une armée de bulldozers (quoiqu'il n'aurait pas détesté l'idée), alors il s'y est pris de façon beaucoup plus pernicieuse: il a commencé par changer le zonage de Griffintown, le faisant passer de résidentiel à industriel. Ce faisant, la construction de résidences était alors interdite advenant une démolition ou incendie d'un immeuble. Les écoles, faute d'enfants ferment. Peu à peu, des résidents ont entrepris de migrer vers d'autres quartiers mais malheureusement le quartier se saigne inexorablement de ses résidents. L'église Sainte-Anne n'a pas pu subvenir à ses besoins bien longtemps et en 1970 les bulldozers sont à pied d'oeuvre et l'église est tout simplement démolie, et le secteur est pratiquement mort, certainement à la grande joie du maire Drapeau. 

Le parc, vu du haut des airs. On voit très bien les fondations de l'ancienne église.

Que reste t-il de l'église Sainte-Anne aujourd'hui? Assez curieusement, plutôt que de bâtir des condos (malgré que le voisinage n'échappera pas à ce sort j'en suis certain) on a aménagé un espace vert qui porte le nom de parc Griffintown-St-Ann où l'on a laissé une bonne partie des fondations originales de l'église. Dans ces ruines on a installé des bancs de parc quelque peu orientés comme l'étaient les bancs d'église dans le temps. On peut y voir un bout d'escalier par-ci, des morceaux de pierre avec bas-reliefs par-là. Et bien entendu, une plaque près de ce qui fut l'entrée et qui explique un peu ce qui fut là dans le temps. Voici d'ailleurs quelques photos du parc et ses vestiges, prises en 2010.








Le saviez-vous? Le nom de Griffintown est dû à Mary Griffin, épouse de Robert Griffin, un savonnier et dont le partenaire Patrick Langan profite de l'absence de ce dernier pour vendre illégalement le fief à Mary, laquelle fait développer le secteur. 

mercredi 17 novembre 2010

On pompe!

depuis sa fondation Montréal a connu son lot d’inondations, lesquelles survenaient généralement au printemps avec la fonte des embâcles sur le fleuve. Le fleuve, comme tout cours d'eau important, avait ses sautes d’humeur printanières que les pauvres résidents des secteurs avoisinant ses rivages devaient endurer. Le développement urbain important du 19è siècle n'a pas échappé aux soubresauts du Saint-Laurent, de loin s'en faut. Incidemment, un quartier, plus que tout autre secteur riverain, a particulièrement touché à chacune de ces inondations; Griffintown est quelque peu assis sur une partie de ce que l'on appelait autrefois le Faubourg aux Récollets. 



(Source: Université McGill)

La communauté irlandaise largement ouvrière qui peuplait largement ce quartier vivait dans un état permanent de grande pauvreté. Les maisons, généralement bâties en bois, l'étaient à même le sol et la plomberie rudimentaire ne permettait pas d'avoir de toilettes intérieures. Les gens devaient donc utiliser la fameuse «back house» (francisée en bécosse), cette toilette sèche qui trônait dans la cour, hiver comme été, avec les inconvénients que l'on imagine. Donc, chaque inondation faisait s'engouffrer dans les fosses d'aisance une grande quantité d'eau qui les faisaient évidemment refouler abondamment, transformant ainsi le quartier en un gigantesque égout à ciel ouvert.

Il a fallu attendre 1887 pour que la ville de Montréal se décide à prendre les grands moyens afin d’éradiquer ce très sérieux problème. En effet, le refoulement apportait avec lui tout ce qu’il fallait pour gravement contaminer les gens avec des maladies infectieuses. Rien de bien plaisant, avouons-le. Et dans un quartier pauvre comme Griffintown, qui avait les moyens de se payer un médecin? 

Alors que se passe-t-il en 1887 pour que la ville se grouille enfin?

Pour mieux le comprendre nous allons reculer d’une année, soit en 1886, plus exactement le 18 avril. En cette journée, le fleuve se gonfle pour une énième fois et l’eau s’en va aussi loin qu’au square Victoria alors imaginez Griffintown. 




Les deux photos ci-haut nous montrent dans quel état se trouvaient les environs de la gare Bonaventure. Observez les wagons dont la moitié se trouve sous l'eau. On peut facilement se rendre compte que les inondations de l’époque, c’était du sérieux! 



Ici il s'agit du Square Chaboillez et on aperçoit. à l'arrière, le commerce de Thomas Gauthier, un épicer de détail qui vend aussi en gros et qui fait aussi, très légalement, le commerce d'alcools. Sans que l'on ne puisse l'identifier sur la photo, à côté de l'épicier Gauthier se trouve la boutique de vêtements pour hommes de Joseph Myers. Le bâtiment à l'extrême-droite est l'hôtel tenu par Kelly Owens. 



Voici la rue Notre-Dame qui prend ici des allures de Venise. Le premier commerce que l'on voit à gauche est celui de madame H. Poitras, chapelière. Elle y vend des chapeaux pour tous et pour tous les goûts. Elle a probablement acheté le commerce de Charles Berthiaume, lequel faisait le même métier l'année précédente. À côté se trouve le London Saloon dont un occupant du premier étage, peut-être le propriétaire, observe le photographe. Tout juste après, devant les canotiers de fortune, il y a la boutique de vêtements pour hommes des Frères Brault, dont Arthur Brault est tailleur. D'autres commerces, que l'on peine à distinguer, s'ensuivent dont le tabaconniste William L. Ross. Un tabaconniste, terme qui n'est plus utilisé aujourd'hui, désigne simplement un marchand de tabac. À droite on voit l'enseigne de Z.C. Jolicœur où l'on vend du tissu. L'enseigne où l'on ne voit que les initiales F.X. est celle de François-Xavier Guérin, tailleur. Malheureusement tous ces gens, tant propriétaires de commerces que locataires vont devoir éponger cet immense dégât et comptabiliser des pertes matérielles considérables.  



Voici le Square Victoria. Le photographe se trouve sur la rue Craig (aujourd'hui St-Antoine) un peu à l'ouest de McGill. Cela démontre jusqu'où l'eau du fleuve s'est retrouvée. Toujours est-il que la ville prend les grands moyens et décide non seulement de mettre [finalement] en place des digues mais entreprend également de construire deux stations de pompage qui auront la tâche de refouler les caprices du fleuve et empêcher d'autres inondations de ce genre de se reproduire. Ces deux stations ont été construites à bonne distance l'une de l'autre et, au moment d'écrire ces lignes, on peut encore les voir.





La plus imposante des deux, la station Craig (du nom de la rue qui porte aujourd'hui le nom de Viger) se trouve sur tout juste au-dessous du pont Jacques-Cartier et elle est facilement repérable non seulement parce que c'est le seul bâtiment à cet endroit mais aussi en raison de sa haute cheminée. Au coin inférieur gauche on a ajouté une cartouche sur laquelle est inscrite «A1887D», soit l'année de sa construction. Les lettres A et D signifient Anno Domini, vieux terme en latin remontant au moyen-âge et qui signifie simplement «après Jésus-Christ». Elle n'est pas occupée et son avenir est incertain. 





La seconde station de pompage porte le nom de Riverside, d'après la très courte rue sur laquelle elle se trouve. Comme sa grande sœur, la station Craig, elle a eu également le bonheur de ne pas avoir été démolie et elle est aujourd'hui occupée par une entreprise. ces deux stations, inutile de le préciser, ne sont plus fonctionnelles depuis fort longtemps mais sont néanmoins des témoins importants d'une époque où la fonte des glaces sur le fleuve donnait bien des aux de tête aux citoyens. Il existe un troisième témoin, plus discret çui-là, et qui se trouve dans le Vieux-Montréal à l'angle des rues de la Commune et Saint-Pierre, près de la statue de John Young. 



John Young est ce type ingénieux à qui le port de Montréal doit énormément. Mais ce qui nous intéresse se trouve à droite de l'entrée du bâtiment derrière. Si vous vous y arrêtez un moment vous y verrez, gravé dans la pierre avec des lettres peintes en noir, l'inscription suivante:



Lorsque vous serez devant cette inscription, observez le ligne par rapport à vous, puis au niveau actuel du fleuve u peu plus loin, cela vous donnera une idée des inondations de l'époque. 




Le saviez-vous? L’estacade du pont Champlain, a été mise en place en 1964-65 afin contrôler la formation et le mouvement des glaces sur le fleuve et éviter des dommages considérables au site d’Expo 67, alors en construction.