dimanche 31 mai 2026

Marcia Lucas: point de Guerre des étoiles sans elle

 


Bien que George Lucas soit le père et créateur de La guerre des étoiles, son film n'aurait jamais (au grand jamais!) connu un tel succès planétaire sans la contribution exceptionnelle de celle qui fut son épouse à cette époque: Marcia Lucas et qui vient de nous quitter tout récemment. 

Une remise en contexte s'impose. 

La science-fiction avait connu ses heures de gloire surtout dans les années 50 avec une quantité non négligeable de films du genre, allant des navets comme Plan 9 From Outer Space à des chefs-d'œuvre comme Forbidden Planet (Planète interdite) et tout ce qui peut se trouver entre les deux, avec des effets spéciaux de papier mâché et de papier d'aluminium à ceux infiniment plus poussés, comme War of the Worlds. 

Durant les années 60, sans dire que la science-fiction avait disparu des cinoches il s'en trouvait pas mal moins mais le genre semblait connaître un certain succès à la télévision avec Star Trek (Patrouille du cosmos), une émission qui n'aurait jamais vu le jour au petit écran en 1966 sans l'intervention de Lucille Ball. Malgré tout, la série s'était éteinte après seulement trois ans. Les mauvaise (mauvaises!!) langues diront possiblement que le public n'était manifestement pas encore mûr pour un futur où des gens en uniformes multicolore règlent les problèmes de la galaxie avec des discours philosophiques et des coups de karaté approximatifs mais c'était autre chose; le créneau horaire avait fait fondre l'audimètre et la série s'était vu couper son budget. 

En 1968 Stanley Kubrick lance son premier film de science-fiction créé avec la collaboration de l'auteur à succès Arthur C. Clarke. Le film, visuellement était magistral et avait repoussé les limites des effets spéciaux maintes fois supérieurs à que Star Trek nous avait habitué. Par contre, les gens sortait des salles en se grattant la tête avec l'énergie d'un chimpanzé tentant de résoudre une équation différentielle et se demandaient bien qu'est-ce qu'ils venaient juste de voir. Un peu trop cérébral, disaient plusieurs. Peu être même un peu trop, rajoutaient d'autres. 

Mais voilà, pour Hollywood la science-fiction semblait être devenue un genre pas tout à fait rentable (à tout le moins aux yeux et portefeuille d'investisseurs). Malgré de bons efforts comme le film Silent Running (Et la terre survivra), The Andromeda Strain (Le mystère Andromède) ou Westworld (Le monde de l'ouest) faut admettre que les films de science-fiction ne semblaient plus avoir la cote. 

Imaginez lorsqu'un certain George Lucas s'est amené au milieu des années 70 avec son ébauche de film de science-fiction à la 20th Century Fox. À ce moment la compagnie connaissait de bien gros ennuis financiers mais avait finalement accepté de financer son film malgré que le tout ressemblait à une sorte de bouillabaisse où mijotent de la science-fiction, du western, des films de samouraïs et une généreuse louche de Donjons & Dragons avant même que celui-ci ne devienne un phénomène culturel.

Le pari était risqué. Ou complètement insensé. Selon l'étage où se trouvait votre bureau.

Le tournage n'avait certainement pas été de tout repos pour bien du monde et une mutinerie parmi les équipes de tournage s'était presque levée contre Lucas. Pire, le film accusait du retard. Dans une entrevue (bien plus tard) Lucas avait avoué qu'il ne savait absolument pas ce qu'il faisait. Imaginez aussi la tronche de certains administrateurs de la 20th Century Fox qui sont allés voir ce qui se passait dans les studios à proximité et ont vu des types laisser choir au sol un réfrigérateur pour savoir le bruit que ça faisait. À cet instant précis, certains ont probablement commencé à vérifier si leur assurance couvrait les crises de panique. Mettez en une autre beurrée lorsque Lucas a même demandé à la Fox d'allonger un petit peu plus le budget! 

Un jour Lucas procède au montage de son film et invite une audience test et certains de ses amis dont Steven Spielberg et Francis Ford Coppola. À la fin de la projection tout le monde dans la salle avait l'air aussi embêté que ceux qui avait vu 2001 Odyssée de l'espace en 1968. Ce n'tait pas joli. La patente était mal bâclée, à la limite incohérente et l'intrigue paraissait décousue sans bon sens.

C'est alors qu'arrive Marcia Lucas qui prend le montage du film en main. C'est que Marcia n'est pas une timorée. Elle possède de l'expérience dans l'édition et montage de films. Elle avait fait partie d'équipes de montages de films comme Taxi Driver, New York New York, THX 1138 ainsi que American Graffiti (les deux derniers ayant aussi été réalisés par son époux). 

En amorçant le travail d'édition et de montage, elle devait accessoirement accomplir un petit miracle : transformer plusieurs kilomètres de pellicule en un film compréhensible. La situation ressemblait à celle d'un éditeur recevant un roman de mille pages dont tous les chapitres auraient été lancés en l'air depuis le toit d'un immeuble avant d'être ramassés au hasard dans la rue.

Devant elle s'entassaient des milliers de pieds de bobines qu'il fallait trier, assembler, raccorder et, surtout, tenter de faire cohabiter dans un ordre qui ne donnerait pas envie au public de réclamer le remboursement de son billet. La tâche était colossale. Le calendrier avançait à toute vitesse tandis que les bonzes de la Fox tapaient du pied avec une énergie qui aurait pu alimenter une petite centrale électrique.

Il faut dire que les dirigeants du studio n'étaient pas exactement rassurés. Après avoir visionné un premier montage préparé par George Lucas, plusieurs avaient acquis la conviction que La Guerre des étoiles allait devenir un magnifique cratère financier. À leurs yeux, le film ressemblait davantage à une expérience de laboratoire ayant mal tourné qu'à un futur succès populaire. Certains se demandaient probablement si Lucas ne tentait pas secrètement de tester les limites psychologiques des cadres de studio.

À l'inverse, tous leurs espoirs reposaient sur The Other Side of Midnight (De l'autre côté de minuit), adaptation d'un best-seller qui, sur papier du moins, possédait tous les ingrédients d'un succès respectable. C'était ce film-là qui devait sauver les meubles, remplir les coffres et empêcher la Fox de devoir vendre les poignées de porte pour payer les factures.

Pendant ce temps, La Guerre des étoiles était perçu comme le projet bizarre du fond du corridor. Celui dont personne ne comprenait vraiment l'intrigue, où des chevaliers de l'espace se battaient avec des épées lumineuses, où des robots passaient leur temps à se chamailler et où un grand méchant respirait comme un aspirateur souffrant d'emphysème.

Le résultat du travail de Marcia? C'est ce que l'on a vu dans les salles de cinéma en mai 1977, dans sa version originale et bien avant qu'on lui accole le sous-titre d'épisode IV... . Le film avait enfin une cohérence dans son récit et les séquences d'action, surtout lors de l'attaque des rebelles sur l'Étoile noire à la fin du film et qui nous avaient fait tenir sur le bout de nos sièges. C'est aussi Marcia qui avait concocté les fameuses transitions entre les scènes et qui sont devenues si caractéristiques de la série. 

Au final, si ce n'avait été du travail de extraordinaire de Marcia Lucas, La guerre des étoiles, malgré toutes les bonnes intentions de son créateur, n'aurait été qu'un nanar qui aurait prouvé que la science-fiction ne passait plus et qui aurait probablement même reçu la plus haute distinction dans le TV Hebdo, un 7. Heureusement, le travail miraculeux de Marcia l'aura transformé en véritable phénomène cinématographique qui va non seulement ramener des montagnes de fric mais va remettre la science-fiction au menu, tant au cinoche qu'à la télévision. 



Le saviez-vous? Le travail de Marcia a été tel que lors de la cérémonie des Oscars en 1978 elle s'est vu remettre, avec ses compères Paul Hirsch et Richard Chew (bacca), l'Oscar pour le meilleur montage de film. Juste ça. 



Sous me yeux: 


Le lotus bleu tel que réédité par les Éditions Moulinsart et Casterman dans sa version originale sous le nom de Les Aventures de Tintin, reporter, en Extrême-Orient, tel que publié dans les pages du Petit Vingtième en 1936. Il s'agît d'une œuvre phare de Hergé et il est fort intéressant de la redécouvrir dans son format de 124 pages avant que l'édition de 1946 soit ramenée à 64. Hergé avait alors pu compter sur la collaboration d'Edgar P. Jacobs (Blake et Mortimer). 





Devant mes yeux: 


Le magnifique film western «The Magnificent Seven», inspiré du film de Kurosawa «Les sept samurais», on y suit les aventures d'habitants d'une village Mexicain terrorisé par une bande de bandits. Ils feront appel à sept flingueurs qui tenteront de libérer le village du joug des vilains. On ne s'ennuie pas avec Yul Brynner, Steve McQueen, Eli Wallach, Charles Bronson et James Coburn, entre autres. Un bon classique qu'il fait bon revoir. 




Dans mes oreilles:


Wish You Were Here (vinyle remastérisé) dont la sublime pièce en neuf parties «Shine on You Crazy Diamond» qui rend hommage à Syd Barrett, génie musical, pilier fondateur du groupe au destin tragique qui avait quitté le groupe en 1968. Du reste il s'agit d'un album qui m'a toujours plu et qui fait toujours du bien à réécouter. 

jeudi 21 mai 2026

À l'intersection de Charlevois et Notre-Dame en 1904

(Photo: Société de transport de Montréal, 3-904-005)

En 1904, un photographe dont le nom nous est inconnu s'installe à l'intersection des rues Notre-Dame et Charlevoix. Il s'installe et pointe sa caméra vers le sud et prend ce cliché. Le sud-ouest est à cette époque un quartier ouvrier et pauvre. D'un bord comme de l'autre on retrouve le modèle classique de ces quartiers : des commerces au rez-de-chaussée et des logis juste au-dessus. Parfois un étage, ou deux avec des corniches en bois ou en tôle entrecoupées de toitures en fausse mansarde. Certains propriétaires de commerces, soucieux du confort de leur clientèle, faisaient installer des auvents pliants qu'ils déployaient le matin et rembobinaient le soir. De gros poteaux de bois de part et d'autre soutiennent des fils de télégraphie et de téléphonie. Ça fait bien 26 ans qu'a eu lieu à Montréal la première démonstration téléphonique et bien que ce mode de communication soit lentement en hausse, la classe ouvrière n'y avait généralement pas trop accès. 

Dans c'temps-là les familles étaient nombreuses alors ça faisait pas mal de bouches à nourrir. L'école ? Pour bien des familles, fallait même pas y penser. Dès que l'enfant était en âge, c'était dans les usines environnantes qu'on les retrouvait avec tous les dangers que ça comportait. La santé et la sécurité des employés n'étaient pas une particularité bien préoccupante pour les patrons. De longues heures près de machines dépourvues de protections faisaient qu'un membre pouvait disparaître assez vite. Y'avait toutefois des exceptions, comme ce p'tit gars à droite près du poteau. Il s'en va ou revient de l'école parce qu'à un moment donné il nous faut bien des professeurs, des médecins, des dentistes, des avocats et tout ça. Toujours est-il que le gamin fait partie des chanceux qui vont pouvoir grandir (on l'espère bien) en santé. En 1904, la ville de Montréal a le plus haut taux de mortalité infantile au monde ! En 1904, ce sont 275 enfants sur 1000 qui décèdent en bas âge. La qualité de l'eau potable ainsi que celle du lait commencent à être désignées comme causes probables et l'on en viendra à créer « La goutte de lait », dont je vous ai parlé ici y'a un bout. La qualité de l'air ? Vous rigolez ? Dans ce coin de la ville, comme dans tous les autres où se retrouvent plein d'industries et manufactures de tous genres, la qualité de l'air n'est pas bonne. Les usines utilisent du charbon, les centrales électriques utilisent du charbon, le chauffage ? Yep ! les locomotives ? Absolument ! les maisons ? Vous l'avez deviné. Bref, l'affaire est charbon ! Je peux en rajouter une couche en mentionnant (comme ça) que tous les chevaux qui se promènent à Montréal et qui tirent des charrettes laissent choir leurs pommes de route directement dans la rue. 

Centrale électrique d'Hochelaga au charbon qui alimentait  le réseau électrique de la Montreal Tramways Company en 1916. 

(Photo: Société de transport de Montréal, 2-916-035)

La rue Napoléon est boueuse (boue + pommes de route susmentionnées) et au milieu on retrouve des rails de tramway. Depuis 1892, y'a toute une nouveauté en ville : le tramway électrique. Le bidule, aujourd'hui exposé au musée ferroviaire de Saint-Constant, avançait aussi vite qu'une vieille picouille essoufflée, alors on lui avait donné le sobriquet tout à fait sérieux de « Rocket ». Mais attention ! Ce n'était pas tout le monde qui pouvait l'utiliser. Non pas parce que c'était réservé à une certaine élite, comme dans le temps des hippomobiles (où le chariot était tiré par des chevaux et dont le passage coûtait 5 sous), mais bien parce que plusieurs ouvriers n'en avaient tout simplement pas les moyens. 

Le tramway devait partager la rue avec des charrettes qui transportaient tantôt ceci et parfois cela, peut-être du foin pour le Horse Palace dans Griffintown, lequel est bien établi depuis 1860. souvent, des légumes et des fruits frais pour les marchés publics. Le marché Atwater ? Z'êtes trop tôt puisque ce dernier ne va ouvrir qu'en 1933. Par contre y'a le marché public Bonsecours dans la bâtisse du même nom ou le marché public de la place Jacques-Cartier. Quoi qu'il en soit, les charrettes bien bourrées qui vont par ici et par là sont nombreuses. Si on ne voit pas d'automobiles, ce n'est pas parce qu'elles ne rôdent pas quelque part. En 1904, y'a bien 48 véhicules automobiles dûment enregistrés à la ville de Montréal. Oui, parce que dans ce temps-là à Montréal c'était l'administration municipale qui s'occupait de ça. Un véhicule de promenade ? Votre plaque vous en coûtera dix dollars. Un véhicule pour usage commercial ? Ce sera quinze dollars. Les charrettes tirées par des chevaux vont continuer à être utilisées jusque dans les années 40 comme le faisait l'usine Lavo dans Hochelaga. 


Aujourd'hui l'intersection a changée. Les petits commerces de la rue Charlevoix sont disparus, tout comme les bâtisses qui longeaient la rue. Les tramways sont de l'histoire ancienne depuis 1959. Les usines qui peuplaient le quartier ont pris le bord aussi. On fait fabriquer ailleurs depuis bien longtemps. La rue est parfaitement résidentielle avec de la végétation, ce qu'il n'y avait pas dans le temps. Peut-être qu'en dessous du bitume y'a encore les vestiges des voies de tramway. Qui sait? Mais sachez que si la vieille rue Napoléon a bien changé, ce n'est pas le cas de la rue Notre-Dame à cette hauteur. D'un bord et de l'autre on y voit plein de ces commerces de proximité, logés dans de vieux bâtiments fort bien conservés, comme l'ancien théâtre Corona. 



Le saviez-vous? La rue Charlevoix porte ce nom depuis 1890. Avant elle s'est appelée du Pont, Napoléon et plus anciennement Brewster. Le nom de Charlevoix souligne la mémoire du père jésuite Pierre-François-Xavier de Charlevoix (1682-1761), historien et professeur. Ah, la station de métro et la région itou!

mercredi 6 mai 2026

Le disque compact, une histoire en dents de scie

Dans mon article précédent je vous ai parlé de la renaissance du disque en vinyle et du grand succès commercial, 19è année de croissance continue, que le vénérable connait actuellement. Aujourd'hui c'est le disque compact dont je vais vous parler un peu. Une technologie fort intéressante mais qui, comme le nom de l'article l'indique, mais dont l'histoire est en dents de scie. 

Une technologie d'avant-garde

En 1979, Philips, en partenariat avec Sony, commencent à plancher sur une révolution dans l'histoire de la musique et qui allait créer une révolution encore plus grande que celle qu'avait amené le 33 tours en 1948. Cette révolution était un disque non pas lu par une aiguille suivant un sillon gravé sur un disque en vinyle mais bien un laser lisant de la musique encodée en format binaire sur un support non seulement plus petit qu'un 33 tours, mais aussi d'un 45 tours. Comme il n'y avait pas de contact entre le disque et le lecteur alors il n'était plus question d'usure du médium, comme c'était le cas avec le vinyle où, à force de lectures répétées, les sillons en venaient à être endommagés causant ainsi une perte de qualité sonore. Les ingénieurs de chez Philips avaient une idée et un slogan: une musique parfaite, pour toujours. 


Le format digital, de par sa conception technique (44.1 Khz / 16 bits = 96 db) offrait une plage dynamique plus large que le vinyle. Lorsque le disque compact (et les lecteurs) ont envahi le marché lors de la sortie du format en 1983 il y a eu un peu plus qu'une révolution musicale. Tout ça ne tenant qu'à un faisceau laser plus mince qu'un cheveu humain. Beaucoup plus mince.  

Mais saviez-vous que ce format (44.1 Khz / 16 bits) provient en réalité des cassettes VHS ? Étonnant ! Avant la finalisation du disque compact, l’audio numérique était stocké sur des cassettes vidéo professionnelles. Pour intégrer l’audio numérique à un signal vidéo, le calcul devait correspondre au nombre de lignes d’un téléviseur de l’époque. Et ce calcul a abouti à 44 100 échantillons par seconde. Ce nombre est devenu la norme pour les disques compacts. Et la raison de ce 44,1 kHz ? Eh bien, c’est à cause de la technologie télévisuelle des années 1980.

Une particularité unique du disque compact était ce que l'on appelle la correction d'erreur Reed-Solomon. Disons, à titre d'exemple comme ça, que vous écoutez un disque compact. À cause de vos mains pleines de pouces et par nonchalance, la surface du disque est rayée empêchant le laser de lire une section particulière. Le lecteur, à travers son fourbi électronique, va tenter de «deviner», d'après l'information environnante, ce qu'est cette information manquante. Pour les rayures sommaires il suffit d'utiliser une surfaceuse mais pour les cas plus graves, comme les ceuzes qui font jouer leurs disques compact avec des sableuses ou s'en servent comme Frisbee avec pitou, c'est, comme disait la vieille pub, irréparable! Mais c'était quand même plus que le vinyle où une rayure faisait sauter le disque et là, l'artiste répétait toujours le même coup comme s'il avait le hoquet. Certains restaurants des années 60 et 70 utilisaient des disques en vinyle pour créer de l'ambiance musicale. C'était bien, jusqu'à ce que le disque saute et que le gérant devait courir jusqu'à son bureau pour corriger la situation... Quel bon temps c'était. Mais je divague et m'éloigne. 

Le disque compact apportait aussi une solution a un problème caractéristique du vinyle et j'ai nommé la révolution, ou RPM. Le disque en vinyle tourne toujours à 33 tours par minute que l'aiguille soit au tout début du disque ou sur le bord de l'étiquette au centre. Si la musique n'était pas trop affectée au début ça changeait certainement vers la fin et la qualité sonore sur le bord de l'étiquette en était affectée. Plusieurs groupes ont eu des «discussions» fort intéressantes à ce sujet lorsqu'ils choisissaient l'ordre des tounes sur le disque. On avait tendant à mettre des pièces médiocres (en anglais: filler) sur le bord de l'étiquette. 

Cette situation n'a jamais affecté le disque compact puisque la vitesse change selon la position du laser sur le disque. À près de 500 RPM près du centre et à une vitesse ralentissant lorsque le laser se déplace vers l'extérieur.  Aussi, là où se trouve l'information binaire l'espace n'est que de 2 microns alors qu'un cheveu humain a 100 microns de largeur. 

Rappellez-vous: Cette technologie a été mise au point au début des années 80! 

Sauf qu'en 1983 (et pendant quelques années après) les disques compacts n'offraient pourtant pas la panacée annoncée et la réponse des audiophiles était... mitigée et plusieurs, non convaincus se sont dit, ben coudonc, j'vais rester avec le vinyle j'cré ben! 

À cette époque les lecteurs de disques compact utilisaient une puce à 14 bits plutôt que 16. Techniquement ça peut ne pas vouloir dire grand chose pour vous mais ce qu'il convient de retenir est que le son était froid, distant et ma foi du bonyeu, pas convaincant. 

Je me souviens, en 1984 je crois, âtre entré dans un de ces commerces d'électroniques typiques de l'époque où j'ai été reçu par un de ces vendeurs typiques du temps; habit trop grand, cravate pincée, manches de veston retroussées et une permanente qui rivalisait avec les cheveux de Tina Turner t'accueillait avec un gros «Salut capitaine!». J'ai essayé le bidule avec des écouteurs. Le vendeur était assuré de faire une belle grosse vente bien grasse. Non. Pas convaincu du son. 

La situation est restée comme ça jusqu'à ce que Philips (encore eux!) reviennent à la charge avec une nouvelle puce qui va vraiment changer la donne: la fameuse TDA 1541. tout d'un coup, avec cette puce 16 bits, le son des disques compacts avait vraiment changé et se rapprochait pas mal des ambitions initiales du format. 

Il n'a pas fallu longtemps pour les studios d'enregistrement délaissent les rubans magnétiques pour se convertir au digital. À partir de là, une fois l'enregistrement sonore terminé, les ingénieurs de son pouvaient manipuler les pistes encore davantage incluant la compression. Le but étant de garder les moments plus calmes parfaitement audibles et des basses qui n'allaient pas détruire les hauts parleurs. Ils ont pu aussi pousser la musiques jusqu'aux limites de ce que l'oreille humaine pouvait entendre. 

Du marketing, comme de raison...

La grande qualité sonore du disque compact était maintenant établie (avec la nouvelle puce) et les gens qui en faisaient alors l'écoute dans des commerces d'électroniques (avec ou sans ressemblance avec celle décrite plus haut) étaient maintenant impressionnés. Les disques sont apparus chez les disquaires de façon discrète d'abord puisque le format était non seulement nouveau mais aussi parce que les lecteurs laser étaient des bibittes dispendieuses, comme les premiers magnétoscopes au milieu des années 70. Au fur et à mesure que la technologie et la fabrication se sont améliorées le prix des appareils a diminué au point où le prix était devenu abordable. Ca représentait toujours un investissement, comme pour n'importe quelle composante d'un système de son qui se respecte mais au moins l'ours moyen pouvait se permettre le joujou. 

Toutefois, pour mieux inciter les gens à acheter tel ou tel disque compact, on a mis au point un p'tit truc de marketing qui semblait vouloir dire quelque chose mais qui, dans le fond, ne voulait rien dire pantoute. Voyons l'image ci-dessous:


En 1988 j'ai fait le saut au numérique en me procurant un lecteur de disque compact Technics chez Fillion Électronique et c'est l'actuel patron, mon bon ami Bernard, qui me l'avait vendu. Il m'avait même offert, en bonus ajouté, un disque dit "Sampler" de Telarc. Il s'agissait d'une compilation de différentes pièces musicales permettant d'apprécier toutes les subtilités du format. Maintenant, regardez le disque. À gauche sous le logo Compact Disc se trouvent trois lettres D dans des carrés. On pouait aussi retrouver une autre lettre, le A

De quossé? 

  • Carré 1: Source Analogue ou Digitale. C'est à dire ce qu'on appelle en anglais le «master», soit l'enregistrement original de la pièce musicale. 
  • Carré 2: Mixage  Analogue ou Digital. Ça, c'est la portion où l'ingénieur de son effectue le mixage ou le re-mixage (selon le cas) à partir de la source. 
  • Carré trois: Toujours Digital puisque le disque compact est par définition digital. 
Ce que le marketing essayait de dire aux gens c'est les disques compacts avec la mention DDD étaient bien meilleurs que ceux estampillés AAD ou même ADD. Or c'était pas mal de l'huile de serpent. Pour la production d'un disque compact (comme pour un disque en vinyle) la clé est l'ingénieur de son qui va procéder au mixage. Au final, la qualité de l'interprétation originale et le savoir-faire de l'ingénieur du son sont plus importants que l'étiquette DDD ou ADD. 

On voit cette stratégie de marketing refaire surface avec les disques en vinyle avec moults mentions sur les pochettes comportant la mention «Remaster». Je suis sincèrement désolé mais certains de ces disques dit «Remastered» sont de qualité assez médiocres peu importe l'équipement que vous possédez. Avant d'acheter, comme mentionné dans mon article précédent sur le vinyle, consultez Discogs afin de ne pas vous faire avoir et vous assurer que l'édition dite «re-mastérisée» ne sonnera pas comme un chœur de cochons qui toussent. 

Durant les années 80 le disque compact n'a cessé de grimper en popularité et lentement mais sûrement il poussait le vinyle vers les oubliettes. Durant les années 90 le disque compact a connu son apogée et a même fait des p'tits; les disques compacts que l'on pouvait graver chez soi avec son ordinateur personnel. Les programmes d'ordinateurs ont aussi migré de la disquette au CD-ROM. 

Y'a un bémol. Important çui-là. Vers la fin des années 90 on a commencé à compresser davantage les chansons sur les disques compacts. Par là j'veux pas dire mettre plus de tunes, mais bien compresser l'audio, rendent l'écoute presque neutre. Pas bon. En écoutant un disque compact en 1988 (mettons) et écouter le même album réédité en 2008 (mettons encore) et on pouvait noter une différence assez nette. 

Au début des années 2000 le disque compact était confortablement assis au sommet (malgré tout) et presqu'assuré d'y rester. Mais voilà, est apparu Apple avec son iMachin, petit rectangle sur lequel on pouvait y mettre toute la musique que l'on voulait. Ça paraissait sophistiqué mais en réalité c'était un petit disque dur avec un logiciel. Mais voilà, l'idée d'avoir une tonne de chansons sur ce petit rectangle avait plu au consommateurs qui voyaient déjà le disque compact comme dépassé. Ce n'était certes pas nouveau puisque Sony avait déjà introduit le concept de la musique portative en 1979 avec son légendaire Walkman. Apple n'avait certainement rien inventé! Puis, en 2006, est arrivé Spotify, créé en Suède, ce système de diffusion musicale en ligne. À partir de ce moment les ventes de disques compacts ont ralenti. 

Un retour... tiède

Pendant un temps, on a cru que le disque compact, avec toutes ses qualités, allait effectuer un retour. Plusieurs discussions sur le sujet se sont intensifiées, l'intérêt pour le disque compact a augmenté et certains médias ont même présenté le ralentissement du déclin comme un véritable retournement de situation. 

Toutefois, les chiffres racontent une toute autre histoire. 

Aux États-Unis, les revenus de disques compacts ont chuté de 7,8 % pour atteindre 312,4 millions de dollars en 2025, tandis que ceux du vinyle ont progressé de 9,3 % à 1,04 milliard de dollars, avec 46,8 millions d'exemplaires vendus contre 29,5 millions de CD. Cet écart en dit plus long sur l'avenir des supports physiques que tous les engouements médiatiques. 

Le rapport de fin d'année 2025 de la RIAA complète les données. Les revenus de ventes de disques compacts ont chuté de 7,8 % pour atteindre 312,4 millions de dollars. Les ventes d'unités ont diminué encore plus rapidement, de 11,6 %, à 29,5 millions d'exemplaires. À son apogée, le disque compact générait environ 27 milliards de dollars de ventes annuelles (corrigées de l'inflation), représentant la quasi-totalité des revenus de l'industrie musicale. Aujourd'hui, ce format représente 2,7 % d'un marché de 11,535 milliards de dollars, dont 9,474 milliards (82 %) sont dominés par la diffusion en ligne (streaming). 

Ces dernières années, en lisant certains médias, l'on parlait du regain de popularité du disque compact. Vers 2022, les ventes de CD ont enrayé leur chute rapide, et certains journalistes ont interprété ce palier comme le début d'un retour en force du format, à l'instar du vinyle qui luit, en 2025, affichait une 19è année de ventes en hausse. 

D'un point de vue technique, le disque compact représente un avantage certain. Il offre une restitution sonore plus nette, une plage dynamique plus étendue et une meilleure séparation des canaux que le vinyle, tout en étant beaucoup moins cher à l'achat et à l'entretien. De plus, il est nettement moins cher : son prix neuf se situe généralement entre 10 et 15 dollars, peut-être jusqu'à 30 dollars pour certaines éditions, contre 25 à 40 dollars, voire plus, pour le vinyle, sans compter les frais supplémentaires liés à l'entretien, au remplacement de l'aiguille/cartouche diamant ainsi qu'à la calibration de la table tournante. 

Le CD perd non pas en qualité sonore, mais en présentation. Un disque compact est un petit objet visuellement banal, rangé dans un boîtier en plastique. Il n'offre pas le même attrait visuel, le même rituel de déballage, ni la même valeur sur les réseaux sociaux qu'un grand vinyle avec une pochette surdimensionnée, des pressages colorés ou des éditions numérotées... 

Comme je le soulignais, encore une fois dans mon précédent article sur le vinyle, la possession de ce format transforme la possession de musique en une forme visible d'appartenance. Chaque tirage limité, chaque variante de couleur et chaque édition spéciale ou «re-mastérisée» (souvenez-vous que c'est du marketing après tout) ajoute un sentiment de rareté que les marchés des collectionneurs savent exploiter (bien entendu). 

Au final... 

Tout ceci étant dit, la question se pose: est-ce le disque compact a encore un avenir? C'est incertain car souvent ce sont les bonzes du marketing qui dirigent les consommateurs (je refuse de comparer au berger qui dirige ses moutons mais bon) vers un produit donné. Durant les années 80 ils ont déployé d'immenses efforts pour mousser les ventes de disques compacts en vantant les mérites uniques du format alors que les fabricants d'appareils y allaient à grands coups de pubs. Aujourd'hui ces mêmes bonzes du marketing sonnent à nouveau la charge mais en faveur du vinyle. 

Certes, acheter un disque en vinyle est quelque chose d'agréable et donne le sentiment que l'on a vraiment quelque chose de concret entre les mains mais il faut bien prendre garde de ne pas suivre les modes simplement que pour suivre les modes. Plutôt, avant d'opter pour un format ou un autre, fiez vous à vos oreilles. Celles-ci sont les meilleures juges pour déterminer quel format vous convient le mieux. Et rien d'autre! 

Pour l'instant, en visitant plusieurs commerces où l'on vend de la musique, j'ai noté que la répartition vinyle/disque compact semble, comme on dit, kif-kif. Je parle d'endroits comme Archambault ou Sunrise Records. 

En terminant, malgré la variance des pourcentages de vente, je crois que le disque compact va demeurer parce qu'il se trouvera toujours un bon nombre d'audiophiles qui préféreront demeurer fidèles à ce format. 




Le saviez-vous? Le premier disque compact commercial a été produit le 17 août 1982, un enregistrement de 1979 de valses de Chopin interprétées par Claudio Arrau.