jeudi 30 juillet 2026

D'hier à aujourd'hui: La rue Ste-Catherine en 1971

 

Photo: Archives de la Ville de Montréal - VM94-A0697-006)

Nous voici au coin de Ste-Catherine et Mansfield le vendredi 11 juin 1971 sur l'heure du midi. Les piétons attendent patiemment que la lumière tourne au vert afin de pouvoir travers pendant qu'un Pontiac Catalina 1970 s'apprête à passer en direction nord. On y retrouve un mélange bigarré de gens travaillant aux alentours et de dames chasseuses d'aubaines. À ce moment-là, tout comme aujourd'hui, la rue Ste-Catherine était la rue de tous les commerces et services imaginables.

Du côté sud de Ste-Catherine on aperçoit, au coin, le théatre Capitol où l'on fait jouer «When Dinosaurs Ruled the Earth» où l'on voyait davantage Victoria Vetri en bikin que de dinosaures. Le titre du film refait surface dans le film «Le parc jurassique» où, à la fin lorsque le tyrannosaure triomphe, il tombe une bannière sur laquelle on voit le titre du film. 

Tout juste à côté, le fameux restaurant Dunn's où ma grand-mère m'amenait manger chaque fois que l'on venait au centre-ville. Un restaurant dont j'ai déjà parlé ici. S'ensuit le cinéma de Paris, avec sa grande devanture en ciment brun et ensuite l'opéra de Paris ainsi qu'une petite boutique d'importations. Tout juste à côté c'est Lanza Steak House puis le bijoutier Brault. Et enfin, le cinéma Pigalle. Du côté nord, là où se trouve aujourd'hui la place Montréal Trust, il y avait un magasin Reitman's dont on voit le «S» sur la marquise. À côté, et jusqu'à McGill College c'était un Woolworth, un magasin dont j'ai aussi parlé ici

En cette journée les amateurs de hockey parlent énormément de Jean Béliveau qui vient d'annoncer, deux jours auparavant, sa retraite mais on jase aussi d'un joueur prometteur et bourré de talent qui a signé un contrat avec le Canadien de Montréal la journée d'avant. Les connaisseurs lui prédisent beaucoup de succès et qui portera certainement le flambeau que lui a tendu le gros Bill. Ce joueur, c'est Guy Lafleur, fière nouvelle recrue et qui viendra à être surnommé le démon blond. Au même repêchage, Marcel Dionne, deuxième choix, s'en allait avec les Red Wings de Détroit. 

La politique aussi en fait jaser plus d'un, surtout en ce qui concerne la conférence de Victoria où Pierre-Eliott Trudeau envisage une réforme constitutionnelle. Si le premier ministre du Québec Robert Bourassa se range du côté de Trudeau il se ravisera plus tard et retirera son appui. 

 

Aujourd'hui ce même coin a bien changé. Reitmans et Woolworth sont disparus depuis bien longtemps et à leur emplacement de dresse aujourd'hui la place Montréal Trust. Tous les commerces mentionnés plus haut aussi sont disparus. Fini aussi les cinémas. En fait, tous les magnifiques salles qui longeaient la rue Ste-Catherine se sont évaporés; le Parisien, le Capitol, le Pigalle, Alouette, Palace, Loew's, York et combien d'autres. Les plus grosses bannières commerciales de l'époque; Dupuis Frères, Eaton's, Simpson's, La Baie, Kresge, Reitman's, Woolworth se sont aujourd'hui toutes évaporées, La Baie étant la dernière bannière sur cette liste. 
 
La trame urbaine du secteur a aussi changé. Un peu avant 1971 la rue Ste-Catherine était encore à double sens, chose que l'on avait alors changé mais l'automobile y avait préséance. Aujourd'hui les nouveaux aménagements apportés on considérablement agrandi l'espace piétonnier et du même coup réduit la largeur routière. 
 



Le saviez-vous? C'est en 1927 que Myer Dunn a fondé son premier restaurant, alors sis sur la rue Papineau. C'est en 1955 qu'il s'installe sur la rue Ste-Catherine et Dunn's a connu un succès immédiat. Aujourd'hui c'est le petit fils du fondateur qui gère le restaurant maintenant situé sur le rue Metcalfe. 

samedi 12 juillet 2025

Souvenirs de la rue Ste-Catherine

Ah, la rue Ste-Catherine! Durant les années 80 cette rue était presque ma deuxième maison tellement je la fréquentais. Je l'ai arpentée de long en large si souvent. Parfois seul ou avec des potes. J'y ai travaillé aussi; d'emplois d'été étudiants à d'autres emplois plus permanents. C'est aussi un rue qui a connu une transformation absolument incroyable; de rue résidentielle paisible avec jardins et vergers à une rue commerciale où s'enfilent des centaines de commerces. 

Sur cette rue où j'ai valsé de la galoche d'innombrables fois sans compter les pas, m'ont amené à avoir ces petits endroits préférés que j'aimais bien fréquenter de temps en temps. Sans autres tambours ni trompettes, je vous amène avec moi sur la rue Ste-Catherine des années 80 et mes p'tits coups de cœur.

Les arcades de jeu  

Si les arcades de jeu ont commencé à faire leur apparition durant les années 70, notamment dans certains centres commerciaux, c'est dans les années 80 qu'elles ont connu leur essor. En effet, durant cette période on a vu le nombre de ces salles exploser. La rue Ste-Catherine d'alors était la vétitable Mecque de l'amusement puisque l'on en retrouvait un nombre assez important et ce, d'un bout à l'autre. 

Ces temples de la machine à boules et du divertissement pixelisé étaient, surtout la fin de semaine, bourrées de jeunes qui s'amusaient devant tel ou tel jeu, tentant de battre le meilleur pointage. J'y ai certainement investi quelques trente sous dans ces arcades. 

Le restaurant Le Tramway 

Les plus vieux vont se rappeler de ce restaurant qui se trouvait près de Stanley. C'était un bon endroit, à mon avis, pour déguster un bon hamburger cuit à notre goût avec une bonne bière bien fraîche. L'aspect unique de ce restaurant était la thématique du tramway (vous l'aurez deviné) avec des décorations allant de grandes photos encadrées jusqu'à différents artéfacts issus de cette époque. Toutefois, il n'a pas survécu contrairement à son plus proche compétiteur; Mister Steer situé non loin de là. dommage, car j'aimais bien. 

Les Terrasses 


Situé à un jet de pierre de l'ancien grand magasin Eaton, Les Terrasses était cette espèce d'expérience architecturo-commerciale et dont l'intérieur était composé de différent paliers où l'on retrouvait tout plein de boutiques et restaurants où il y avait prédominance de béton et de verdure. J'aimais bien aller bouquiner à la librairie qui s'y trouvait ou encore aller prendre un bon repas au restaurant The Magic Pan. Cet espace a disparu et aujourd'hui une partie du centre Eaton occupe l'endroit. 
 
Mars
 

Mars était un commerce assez unique en son genre. Si quelque chose se publiait ou s'était publié c'était presque garanti que Mars l'avait. Quelque part par là. Ou peut-être là-bas. Il se trouvait un quantité impossible de boîtes de bois, un peu à la façon des disquaires, où l'on retrouvait des magazines et revues d'ici mais surtout d'ailleurs sur tous les sujets imaginables. Il y avait des disques aussi et des bédés de tous les genres. J'ai d'abord visité pour la curiosité de la chose mais lorsque je suis devenu étudiant en arts graphiques en 1982 j'ai revisité très souvent. Tous ces magazines représentaient une véritable mine d'or en matière de design. Je m'en procurais aussi pour y découper des photos que j'utilisais dans certains travaux. Mars était un véritable capharnaüm où l'on pouvait facilement se perdre pendant des heures. 
 
Sam the Record Man
 
Sam the Record Man était pour moi l'endroit de choix pour acheter des disques. La photo ci-haut, prise durant les années 60, montre l'emplacement original mais dans les années 70 Sam a occupé les deux bâtiments à gauche et ce, jusqu'au coin de la rue St-Alexandre, où se trouvait alors l'entrée. Des disques et des cassettes de tous les genres, souvent des éditions spéciales à pressages limités, il y en avait. Suffisait de chercher un tant soit peu. Autrement, les employés pouvaient répondre à toutes vos questions. J'ai acheté une quantité non négligeable de disques à cet endroit, dont Pink Floyd: The Wall en 1980 et quantité d'autres. 
 
Restaurant Dunn's
 

Je me souviens des moments où, quand j'étais gamin au début des années 70, ma grand-mère m'amenait au centre-ville. On y allait en métro, évidemment. Plus rapide mais aussi plus pratique. On passait par Eaton, Simpson's et autre commerces et on aboutissait presque toujours chez Dunn's pour un bon repas. On allait toujours au deuxième étage et c'était toujours particulier pour moi de manger un sandwich à la viande fumée avec ma grand-mère alors que pas très loin un pianiste se faisait aller les doigts sur un piano à queue. Durant les années 80 c'est avec des amis que j'y allais, souvent tard en soirée après avoir été voir un film au cinéma. 
 
Le cinéma Palace
 

 Ouvert en 1921 sous le nom de cinéma Allen, il prend le nom de Palace en 1923. Il n'y avait à l'époque qu'une seule salle. C'est en 1980 que le cinéma ferme temporairement et que d'importants travaux sont réalisés puisque l'on passe d'une salle à six. D'autres cinémas faisaient la même chose comme le Parisien ou le Loews. Mais pour moi, le Palace était mon endroit préféré pour y voir des films, parfois en matinée mais la plupart du temps en soirée avec des amis et il arrivait souvent que l'on y reste pour voir un second film. Le bâtiment a par la suite abrité le Mirafloria, puis un restaurant Five Guys qui a par la suite fermé ses portes. Aujourd'hui il n'y a plus rien de ce cinéma. Chose certaine, les portes du cinéma Palace que vous voyez sur la photo, eh bien je les ai passées plus souvent qu'à mon tour!
 
Omer DeSerres
 

Lorsque j'ai commencé ma formation en arts graphiques en 1982 il s'est vite avéré qu'Omer était un commerce inévitable pour tous le matériel requis (quoique Dessie, qui se trouvait en face, avait de très bons spéciaux). Il y avait aussi le Pavillon des arts, mais ça c'était sur St-Denis près d'Ontario donc ça ne compte pas. Que ce soit pour table à dessin, les pinceaux, l'encre, l'acrylique, les plumes techniques de type rapidographes, rubilith, mallettes de transport et autres, c'était la place. J'ai de bons souvenirs de mes visites à cet endroit dont ce jour où j'ai acheté de grandes feuilles cartonnées de 50 pouces par 50 pour un projet et où ventait à écorner les bœufs... 
 
Le Spectrum
 

(Crédit photo: La Presse)

Ah le Spectrum! Ouvert il y a de cela fort longtemps sous le nom de théâtre Alouette, l'espace a été reconverti en salle de spectacles qui a connu un immense succès pendant des années. Combien de fois suis-je allé voir de spectacles à cet endroit, allant de Paul Piché à Slayer en passant par quantité d'artistes des Francopholies, The Police, Primus, et combien d'autres! Le dernier spectacle que j'y ai vu a été celui de l'humoriste JiCi Lauzon. La disparition et subséquemment la démolition de cette salle mythique et certainement intimiste, a fait un trou dans le cœur, c'est certain. 

Le forum de Montréal
 
(Crédit photo: Archives de la ville de Montréal)
 
Que ce soit pour des parties du Canadien ou pour assister à différents concerts de grande envergure le Forum était un incontournable! Ouvert en 1924 sous sa forme architecturale initiale, le bâtiment s'est vu se moderniser en 1949 puis sous sa facture moderne telle qu'on la voit sur la photo, en 1968. Je me souviens avoir assisté à des spectacles de Rush, Queen, Black Sabbath, Madonna, David Bowie, Bryan Adams, Metallica et plusieurs autres. Quels souvenirs impérissables! L'ambiance de hockey y était aussi imcomparable; de la clameur de la foule, aux bruits de rondelles bien frappées et des employés se promenant dans les gradins en annonçant à haute voix "Bièèèère froide coooold beer!!". Sa fermeture en 1996 en a attristé plusieurs. Les fameux fantômes suivraient-ils jusqu'au centre Bell? Les avis sont encore partagés. 


 

Le saviez-vous? On ne connaît pas avec certitude l'origine toponymique de la rue Ste-Catherine. Il se peut que'elle ait été nommée ainsi par Jacques Viger en l'honneur de sa fille Catherine Élizabeth comme il se pourrait que la rue, qui aussi porté le nom de Ste-Geneviève et St-Gabriel, ait été nommée pour commémorer la fête de la Ste-Catherine. 

 
Dans mes oreilles: Le décès récent de Serge Fiori m'a fait ressortir de ma collection de disques ma copie de l'Heptade, un disque phare non seulement dans l'histoire musicale du Québec mais aussi du rock progressif. 
 

Sous mes yeux: J'ai ressorti un classique de la littérature, The Grapes of Wrath de John Steinbeck, et qui nous replonge dans l'Amérique des années 30 durant le tristement célèbre "dustbowl". C'est un livre que j'avais lu durant mes cours de philo au cégep dans sa version française. Cette fois c'est dans sa version originale. 

  

dimanche 2 mars 2025

D'hier à aujourd'hui: à l'intersections de Ste-Catherine et St-Laurent

 


Nous voici à l'intersection de Ste-Catherine et de St-Laurent, qui était autrefois le cœur de ce que l'on appelait le quartier "Red Light". La photo du haut a été prise en 1976 par un matin de printemps car on voit encore un peu de neige aux abords des trottoirs. On y voit le fameux restaurant Ben Ash, un delicatessen qui a occupé cet emplacement pendant de nombreuses années. À côté c'est la maison Napoléon qui vendait des vêtements pour hommes, une boutique souvenir ainsi que Top Mart. Sur St-Laurent on remarque la grosse enseigne de Shiller's, une mercerie pour hommes. 

Au moment où la photo a été prise les travaux pour la construction du stade et du village olympique avançaient. Si le village allait être prêt, ce n'était pas exactement le cas du stade où le mât n'était même pas au quart terminé et surmonté de grues lors de l'inauguration des jeux. 

Le printemps de 1976 sera aussi marqué par l'incendie qui a ravagé l'ancien pavillon des États Unis, rebaptisé la biosphère, sur l'île Ste-Hélène. Des travaux ont déclenché un brasier qui a entièrement brûlé la coque en acrylique qui recouvrait le bâtiment, ne laissant derrière que l'ossature en aluminium. Le panache de fumée âcre était visible à des kilomètres à la ronde. 

Bien entendu, aucun de ces commerces n'a subsisté jusqu'à nos jours, remplacés depuis par d'autres mais ce qui est intéressant c'est de constater que le bâtiment original n'a subi que très peu de transformations au fil des années. La différence notable est bien entendu la présence d'arbres le long de St-Laurent, une initiative qui aide à tempérer les îlots de chaleur et procure un peu d'ombre par ces journées ensoleillées. 



Le saviez-vous? le boulevard St-Laurent tient son nom chemin qui reliait autrefois le village de St-Laurent à Montréal. Le nom a été officiellement donné en 1905. Quant à Ste-Catherine, qui autrefois porté les noms de Ste-Geneviève et St-Gabriel, son origine est plus nébuleuse; soit nommée par Jacques Viger pour sa belle-fille Catherine Élizabeth ou pour la fête de la Ste-Catherine. 

mercredi 11 octobre 2017

Montréal d'autrefois: la rue Ste-Catherine en 1973

Nous voilà sur la rue Ste-Catherine par une fin d'avant-midi pluvieuse et frisquette de 1973. Nous sommes ici sur le trottoir sud, près de l'édifice Dominion Square, entre les rues Peel et Metcalfe, et nous regardons du côté nord. 

À gauche on reconnaît le magasin de chaussures Bata, lequel existe encore. On y offrait même un service de pédicure. Tout juste à côté se trouve la bijouterie Peoples, laquelle n'existe plus au Québec mais qui est toujours en affaires en Ontario. Le National Trust, tout comme Bata, existe encore lui aussi. Puis, on retrouve la boutique de vêtements pour dames Zazap, évaporé depuis longtemps. Au-dessus on ne peut manquer l'immense publicité pour la station de radio CJMS, et dont les lettres veulent dire Canada Je Me Souviens. Cette station avait débuté ses opérations en 1954 pour se terminer en septembre 1994 alors qu'elle avait été fusionnée avec CKAC. CJMS se trouvait à la fréquence 128 sur la bande AM.

Il est intéressant de noter qu'à ce moment-là la grande majorité des magnifiques enseignes au néon qui bordaient la rue Ste-Catherine de part et d'autre avaient disparu. Elles avaient été remplacées par d'autre enseignes installées quant à elles à plat sur les devantures. La circulation aussi avait été changée. De double-sens, elle était devenue à sens unique vers l'est. Et, parlant de circulation, on peut voir deux magnifiques exemple de gloutons à essence avec, à gauche, un Ford LTD alors qu'à droite c'est un Chevrolet Bel Air surmontée d'un dôme de taxi. À titre comparatif, voici le même endroit vu sur la photo du haut et tel qu'il apparaît aujourd'hui.





Le saviez-vous? À la fin du 19è siècle, la rue Ste-Catherine était une voie paisible avec de belles maisons, des jardins ainsi que des vergers. C'est Henry Morgan qui va bouleverser tout ça lorsqu'il va faire construire son immense magasin face au square Phillips. 

dimanche 7 décembre 2014

La rue Ste-Catherine en 1952


Dans l’article précédent il était question de la rue Ste-Catherine telle que vue dans le centre-ville en 1969. Aujourd’hui je vous propose encore une fois la rue Ste-Catherine, toujours dans le centre-ville mais cette fois en 1952 et ma foi, pas tout à fait loin de la photo de 1969. La différence étant qu’ici on se trouve entre les rues University et McGill College et on regarde vers l’ouest.


En 1929 le krach boursier plombe sérieusement les marchés financiers et, par conséquent, ceux de l’emploi et du commerce. Résultat : privations, chômage et récession. Pratiquement tout le monde y goûte. Les conséquences de la crise ne s’estompent pas du jour au lendemain, malheureusement et dès que l’on entrevoit un tant soit peu la lumière au bout du tunnel, arrive la Seconde guerre mondiale. Montréal connait alors une autre période de vaches maigres en raison de l’économie dite de guerre. Ce n’est pas que l’emploi manque, au contraire car quantité d’usines fabriquaient toutes sortes de choses destinées au conflit d’outre-mer; uniformes, parachutes, moteurs, véhicules, munitions et autres mais la majorité des biens de consommation sont rationnés et/ou réquisitionnés. Avec la fin de la guerre en 1945 l’économie de guerre transige lentement mais sûrement en une économie de paix. Le Montréal du début des années 50 est alors marqué par une vigueur économique sans précédent qui tire presque du conte de fées. Les grandes artères sont alors illuminées d’une véritable forêt d’enseignes lumineuse qui clignotent dans tous les sens. À cette époque le nightlife de Montréal est légendaire et il pratiquement possible, à toute heure du jour ou de la nuit, de prendre un repas quelque part et d’assister à quantité de spectacles variés. Il n’est pas rare non plus d’y croiser de grandes vedettes américaines et européennes du cinéma et de la chanson. Restaurants, salles de spectacles, cafés, cabarets et cinémas, tout le monde y trouve son compte. C'est aussi l'époque où la rue Ste-Catherine est à double-sens et toujours parcourue par des tramways et pour le secteur que l’on voit sur la photo c'est le circuit 33. La ville est alors sous l’administration du maire Camillien Houde alors que pour la province c’est Maurice Duplessis qui tient le volant. Les deux hommes se connaissent bien et s’ils ont des divergences d’opinion sur bien des choses ils partagent néanmoins plusieurs choses dont l’art de parler la langue du peuple. D’ailleurs en juillet 1948 Houde a publiquement apporté son soutien au parti de l’Union Nationale. Ceci étant dit, voyons un peu ce que l’on peut décortiquer de l’image d’aujourd’hui.

Tout d’abord, le lieu de la photo. Nous sommes ici ici sur le côté nord de la rue Ste-Catherine entre Université et l’avenue McGill College, et on regarde vers l’ouest. Ensuite, le moment où cette photo a été prise, début du mois d’août 1952. Très facile à déterminer grâce au film Lydia Bailey, mettant en vedette la jeune et jolie Anne Francis, et annoncé sur la marquise du cinéma Palace. À gauche complètement on aperçoit le café Astor, où, en plus de pouvoir assister à des spectacles variés, on peut prendre un verre, siroter un café et même danser. Tout juste à côté c’est le cinéma de Paris où l’on présente Toâ, un film tourné par Sasha Guitry en 1949 et adapté de son œuvre, Florence. S’ensuit le Palace, dont je vous ai parlé plus haut. Ce cinéma ne compte alors qu’une seule salle. On retrouve ensuite un petit magasin pour machines à coudre Singer. Ce dernier ne doit pas manquer de clientèle puisque la couture est très populaire chez la gente féminine. À côté c’est le magasin de chaussures Beck, suivi de Jean’s Nut Store où l’on ne vend pas des boulons mais bien des noix de toutes sortes; de macadamia, de Grenoble, du Brésil, de cajou, de muscade, de pécane ou tout simplement des amandes, des pistaches ou des arachides. Allergiques s’abstenir. S’affichant fièrement lui aussi avec sa grande enseigne verticale, le restaurant Cosy accueille avec un menu varié et vous sert également vins et bière. À côté, et parfaitement invisible, le magasin de chaussures Gold. Puis, surmonté d’une enseigne sobre mais élégante avec une canne et un chapeau haut-de-forme, il y a le café Top Hat qui est immédiatement suivi de Tiffany’s Men Shop, une boutique pour hommes. Envie d’un autre café? Passez donc au Honey Dew! Et puisqu’il s’agit d’une division de Canadian Food Products il se trouve d’autres ailleurs en ville. Imperceptible également, Belgium Stores et tout de suite après une succursale de la Banque Royale. Au coin de McGill College c’est la pharmacie Ward’s qui se trouve là. L’avenue McGill College nous sépare des commerces suivants et que l’on distingue un peu dont United Cigar Stores dont le toit est surmonté d’une immense affiche publicitaire lumineuse qui vante les mérites des électroménagers Westinghouse. On peut aussi voir l’enseigne du cinéma Capitol qui met alors à l’affiche le western australien Kangaroo avec Peter Lawford. Quant au Loews, lequel se trouve à la limite de ce que l’on peut distinguer sur la photo, on projette le film Lovely to Look at, une adaptation cinématographique du spectacle musical de Broadway, Roberta.


Et de quoi parle-t-on en ce début d’août 1952? Y’a certainement le conflit de travail au magasin Dupuis Frères. Le grand magasin de la rue Ste-Catherine a été secoué par une grève des employés qui désiraient une augmentation de salaire. Heureusement, à la fin juillet les employés ont accepté les nouvelles offres et leur salaire hebdomadaire est passé de $4 à $6. Au début d’août le conflit est terminé mais on en parle encore, surtout du maire Houde qui, durant la parade de la St-Jean-Baptiste, s’était fait poivrer d’œufs pourris parce qu’il avait critiqué la grève. Dans les tramways il s’en trouve plusieurs pour regarder de travers la comédienne Lucie Mitchell, laquelle avait tenu le rôle de la marâtre dans le film La Petite Aurore, l’enfant martyre. Certains vont même jusqu’à l’invectiver en la traitant de tous les noms car elle est identifiée comme étant la «méchante». Comédienne de talent, Lucie Mitchell a dit que ce rôle avait signifié la fin de sa carrière et n’a pu retrouver une certaine grâce aux yeux du public dans d’autres rôles. Dans un autre ordre d’idée il se trouve encore des gens qui se pointent au théâtre Gayety dans l’espoir d’y voir un des beaux spectacles de Lili St-Cyr mais la strip-teaseuse américaine, Mary Van Schaack de son vrai nom, est retournée poursuivre sa carrière aux États-Unis. 













Côté littérature la première version en anglais du journal d’Anne Frank, The Diary of a Young Girl, arrive sur les tablettes des librairies. D’autres versions, dont en français, sont aussi prévues dans un avenir rapproché. Le livre va devenir l’un des plus lus dans le monde. Aux États-Unis le transatlantique SS United States effectue sa première traversée. Aujourd’hui en 2014 le navire est toujours ancré à Philadelphie et son statut oscille entre la préservation et la mise à la ferraille.


Hydro-Québec annonce qu’elle va investir cent millions de dollars pour le développement de la rivière Bersimis. L’industrie minière s’inquiète un peu car le prix de l’or atteint alors son prix le plus bas depuis 18 ans, soit près de $33 l’once. Peut-être que les patrons des minières sont allés rejoindre les milliers de pèlerins massés à l’Oratoire St-Joseph pour la messe d’action de grâces, suivi d’un chemin de croix prêché par le chanoine Deffrains de la cathédrale de Rennes. Si vous ne pouvez-vous y rendre alors syntonisez CKAC, 73 au cadran, où la cérémonie sera entièrement diffusée en direct. Parlant de diffusion on attend aussi impatiemment l’inauguration officielle de Radio-Canada quoique les diffusions aient déjà commencé de façon non-officielle depuis le début d’août. Toutefois, le téléviseur, objet relativement nouveau dans le paysage, demeure un meuble dispendieux et pas à la portée de tous.

Quant à la photo d'en haut, qu'en est-il du même secteur aujourd'hui? Voyons un peu...


Comme on peut le voir, fini les belles enseignes lumineuses de l'époque. Les cinémas et commerces du temps aussi ont disparu, même ceux du coin que l'on croyait immuables, comme Simpsons et Eaton. Aucun d'eux n'a survécu de nos jours, c'est pour dire. On a tout de même conservé le nom Eaton pour nommer le centre commercial que l'on a aménagé en face.  





Le saviez-vous? L’une des premières émissions diffusées par Radio-Canada, en août 1952, est Pépinot et Capucine. Fabriquées de papier mâché par Edmondo Chiodini et Jeanne Auclair, les comédiennes Charolotte Boisjoli et Marie-Ève Liénard prêtent leurs voix aux deux marionnettes.

vendredi 28 novembre 2014

La rue Ste-Catherine en 1969

Tout de même étrange de considérer qu’il n’y a quand même pas si longtemps que ça la rue Ste-Catherine avait une toute autre allure. Évidemment c’est une observation qui est plus facile à réaliser pour ceux et celles qui ont connu ladite époque et qui était, faut l’avouer, bien différente. Certains vont même jusqu’à dire que l’artère d’autrefois et d’aujourd’hui sont pratiquement aux antipodes l’une de l’autre.

La photographie que l’on voit à l’entête de l’article, que l’on pouvait se procurer d’ailleurs en format carte postale un peu partout, nous montre un petit bout de ladite rue Ste-Catherine, du côté sud, tout près de l’intersection de la rue Mansfield. Il y a eu plusieurs spéculations sur la date où elle a été prise. Je vais donc vous épargner toute autre recherche : été 1969.

Comment?

Un détail tout simple. Vous allez voir.

En 1969 les magnifiques enseignes lumineuses que l’on peut voir, affichant une très belle diversité de styles et de couleurs, s’illuminaient le soir venu et rendaient les rues extraordinairement vivantes. Par contre elles n’en avaient plus pour longtemps puisque le maire Drapeau les détestait profondément. Au fil des années qui vont suivre elles vont toutes disparaître les unes après les autres, tant sur Ste-Catherine que sur d’autres rues, comme St-Denis et St-Hubert, entre autres. Allez, crac!


En attendant, voyons un peu ce qu’il y a sur cette photo. En partant de la gauche, donc de l’Est, et à la limite de ce que l’on peut distinguer, on peut voir clairement l’enseigne du cinéma Capitol où l’on présente le western Heaven With a Gun. Tout juste à côté il y a le restaurant Dunn’s Famous. Il comporte alors deux étages et au deuxième, avec un peu de chance, on peut déguster un sandwich à la viande fumée au son d’un pianiste qui joue sur un magnifique piano à queue. Essayez de trouver ça aujourd’hui pour voir. S’ensuit le Cinéma de Paris, malheureusement peu visible, et qui présente le film J’ai tué Raspoutine.


Puis c’est le bijoutier Opera Diamond après quoi c’est un autre restaurant, le Lanza Steak House. Il est suivi de Brault Watch Shop où l’on peut se procurer toute une variété de belles montres. C’est encore la période où des commerçants canadiens-français ont des commerces en anglais. Ah, voici ensuite le cinéma Pigalle où l’on projette ces deux «excellents» films qui, ultérieurement ont probablement reçu la plus haute cote dans le TV Hebdo; un 7 :


Peut-être cela en étonne-t-il plusieurs de voir qu’à cette époque, surtout celle de l’ère Drapeau, des films érotiques étaient présentés dans des cinémas ayant pignon sur une rue comme Ste-Catherine. Mais qu’on se le dise bien : 1969 était une période non seulement de révolution culturelle mais aussi sexuelle. C’est d’ailleurs c’est en mai de cette année-là que Denis Héroux a tourné le premier film érotique au Québec, Valérie, avec la sémillante Danielle Ouimet. Nous sommes loin de l’époque pourtant pas si lointaine où Alfred Hitchcock avait tourné I Confess à Québec sous la loupe constante de l’omniprésent clergé qui se réservait le droit divin d’autoriser ou non ce qui était filmé. Plus jamais je ne tournerai de film au Québec, avait-il dit, parfaitement dégoûté de cette censure cléricale. En ’69 par contre le pouvoir de l’Église s’amenuise comme peau de chagrin et déjà les églises se vident.

Passé la rue Mansfield se trouve une succursale de la Banque de Montréal avec sa belle façade en grès rouge d’Écosse mais qu’on voit très peu puisque le bâtiment est caché par le cinéma Loews où le film The Extraordinary Seaman avec David Niven est projeté. C’est le titre de ce film, visible sur la marquise qui m’a aiguillé sur la date de prise de la photo puisque le film n’a été projeté qu’au début du mois d’août. C’était le temps où les cinémas changeaient de films presqu’à toutes les semaines. En 1969 le Loews, dont l’intérieur a été magnifiquement décoré par Emmanuel Briffa, ne comporte toujours qu’une seule salle. L’ajout de salles supplémentaires se fera au cours des années à venir. Tout juste à côté du Loews on retrouve la célèbre mercerie A. Gold & Sons où ces messieurs peuvent se procurer habits et vêtements à la mode. Le restaurant Murray’s se trouve tout juste à côté et pour ceux qui n’ont peut-être pas si faim, le café Honey Dew vous accueille. Pour ces dames qui désirent une nouvelle coiffure alors c’est au salon de beauté Séville qu’elles doivent aller. Et ensuite, pourquoi pas un arrêt au lounge cocktail Vénus de Milo situé au deuxième étage? Et finalement, il y a le restaurant Ville-Marie qui en plus d’offrir un menu varié peut vous servir bières et vins. Voici le même secteur tel que vu aujourd'hui:


Comme on peut le voir, le changement est drastique. Plus aucun des commerces de l’époque n’a survécu sauf Dunn’s Famous mais il n’occupe plus son emplacement original. Quelques bâtiments l’on prit dans la tronche aussi, comme le Pigalle, gracieuseté des démolitions sauvages des années 70. Le Cinéma de Paris, tout comme le Loews dont l’entrée est aujourd’hui occupée par une boutique de souliers de sport. L’ancienne salle de projection est aujourd’hui un vaste club sportif, Le Mansfield, mais on pourra applaudir les promoteurs d’avoir conservé les fresques de Briffa. Certaines anciennes façades ont été également préservées mais de façon inégale, offrant ainsi une trame architecturale décousue qui n’a plus d’unité.

Et qu’est-ce qui retient l’attention durant cet été de 1969? Évidemment le passage en mai à l’hôtel Reine-Élizabeth de John Lennon et Yoko Ono pour leur bed-in pour la paix n’a pas manqué de faire jaser. La rue Ste-Catherine a aussi vu défiler, en mai, les joueurs du Canadien qui ont remporté la coupe Stanley face aux Blues de St-Louis qu’ils ont parfaitement tondu en quatre parties gagnées d’affilée. 


Le hockey est peut-être terminé mais les amateurs de sports montréalais se découvrent une passion pour leur nouvelle équipe de baseball : les Expos, lesquels disputent leurs parties au parc Jarry. Les nouveaux héros se nomment alors Mack Jones, Rusty Staub, Coco Laboy, Bill Stoneman ainsi qu’un québécois, Claude Raymond. 


Sur la scène politique il y a un congrès au leadership à l’Union Nationale et Jean-Jacques Bertrand, qui succédait à Daniel Johnson, est élu chef du parti. Bertrand a soutiré 58% des votes mais tout n’est pas rose puisque plusieurs membres du parti, d’allégeance nationaliste, quittent ou songent à quitter le parti. Au sud de la rue Ste-Catherine, sur le fleuve, y’a embouteillage de navires puisque les employés de la Voie maritime sont en grève. On espère un dénouement rapide. Dans les journaux on apprend que le pays est maintenant assujetti à la loi sur les langues officielles. On s’attend à ce que ladite loi entre officiellement en vigueur au début de septembre.

À la radio les succès québécois s’enfilent les uns après les autres. Éloïse de Donald Lautrec, Comme un garçon de Chantal Renaud, Le sable et la mer du duo Ginette Reno et Jacques Boulanger. On se souvient aussi du fameux Lindberg de Robert Charlebois et Louise Forestier. Renée Claude y va avec C’est notre fête aujourd’hui et Le tour de la terre, entre autres. Et que dire de ce classique des Milady’s qui a tourné presque sans arrêt :



Du côté de la chanson française, toujours très populaire ici, on peut entendre Vesoul de Jacques Brel, C’est extra de Léo Ferré, Le Métèque de Georges Moustaki, Ma France de Jean Ferrat, Que je t’aime de Johnny Halliday, Les Champs-Élysées de Joe Dassin, Petit Bonheur d’Adamo et également Je t’aime… moi non plus du couple formé par Jane Birkin et Serge Gainsbourg.

En langue anglaise on apprécie Get Back des Beatles, Honky Tonk Woman des Rolling Stones, Sugar, Sugar des Archies, Suspicious Minds d’Elvis Presley mais ce qui détonne plus que tout en musique durant l’été de 1969 est sans contredit le légendaire festival de Woodstock lequel se déroule sur le terrain d’une ferme laitière dans l’état de New York. Pendant trois jours ce sont près de 400,000 personnes qui vont s’y rendre pour assister, presque sans relâche, à des spectacles mettant en vedette Janis Joplin, Jimi Hendrix, les Rolling Stones, Creedence Clearwater Revival, The Grateful Dead et de nombreux autres. 


Par contre, au-delà l’aura «Peace & Love» et du «tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil», Woodstock est en réalité un gros «cash grab» capitaliste de la part des organisateurs mais également de la plupart des artistes. D’ailleurs Joplin, The Grateful Dead, The Who et Hendrix (surtout lui) ont carrément refusé de se présenter et même de toucher à leurs instruments avant que l’argent ne soit bien étalé sur la table.

L’été de 1969 est aussi tristement marqué par l’assassinat de Sharon Tate, alors enceinte de huit mois, ainsi que quatre autres personnes par Charles Manson et sa «famille». Il sera subséquemment arrêté et condamné à mort mais la peine sera substituée pour une incarcération à vie. Au moment d'écrire ces lignes Manson est toujours vivant et vient de se marier.



Toujours au début du mois d’août Disneyland procède à l’ouverture officielle du Haunted Mansion en Californie alors qu’au même moment les Beatles se font photographier à traverser Abbey Road (à plusieurs reprises) pour la pochette de leur album. Mais l’évènement majeur pour 1969 demeure sans contredit le plus grand exploit scientifique du siècle :

 

 

 

Le 20 juillet, le module lunaire Eagle de la mission Apollo 11 se pose sur la surface lunaire, dans la Mer de la Tranquillité. À 22 :56 heure de l’est, plus d’un demi-milliard de personnes regardent en direct à la télévision les premiers pas de l’astronaute Neil Armstrong sur la Lune, suivi peu de temps après par Buzz Aldrin alors que Michael Collins orbite patiemment autour. Ils reviennent le 24 juillet sains et saufs, la mission est couronnée de succès et ouvre la voie à d’autres missions lunaires.

Quelques pubs de l'été 1969:




Le saviez-vous? C’est à l’automne 1969 qu’est apparu pour la première fois dans les rues le Dodge Challenger. Cette voiture sport se voulait l’équivalente chez Dodge du Plymouth Barracuda, lequel avait été conçu en guise de réponse à la Ford Mustang et à la Chevrolet Camaro. Le Dodge Challenger connaît depuis quelques années un regain de popularité avec la troisième génération qui se veut, esthétiquement, un beau clin d’œil à l’original.