jeudi 22 juin 2017

Les cartes Star Wars


Le film était encore pas mal frais dans nos mémoires alors que les sons et la musique nous tourbillonnaient dans la tête. Heureusement qu'il était sorti en salles durant l'été, autrement il aurait été assez difficile de se concentrer à l'école. Et encore, à l'époque, pas de lecteurs DVD, ni même de magnétoscopes. Si on voulait s'en faire mettre plein la vue de nouveau fallait retourner au cinéma et refaire la file. 

Un jour comme ça je m'en vais à l'épicerie du coin chercher quelque chose et, en entrant, voilà que je ne vois ti-pas, drette sur le comptoir pas loin des bonbons et cartes à échanger de toutes sortes, une boîte de cartes Star Wars. C'était tout nouveau mais je connaissais bien. J'avais déjà toute la série de cartes de Cosmos:1999 et presque la collection complète des cartes de monstres Topps.  

Chaque paquet coûtait 10 sous (comme pour Cosmos: 1999) et contenait, outre un certain nombre de cartes, un autocollant ainsi qu'une gomme à mâcher qui perdait sa saveur après vingt secondes. Ce n'était pas un prix exorbitant parce que 10 sous ajusté selon l'inflation représente quelque chose comme 60 sous aujourd'hui. J'ai donc entrepris de collectionner ces cartes afin d'avoir la série complète. 

Les cartes américaines étaient fabriquées aux États-Unis par la compagnie Topps alors qu'au Canada c'était O-Pee-Chee, dont les cartes étaient bilingues. L'utilisation du français sur les cartes était une obligation en raison de la législation fédérale de 1970. La mise en marché toutefois s'appuyait sur un bon vieux fond de commerce qui avait fait ses preuves, soit celui de vendre les cartes enveloppées dans du papier ciré opaque et les cartes qui se trouvaient à l'intérieur étaient insérées de façon aléatoires. Pour avoir une série complète fallait acheter plusieurs paquets et échanger celles que l'on avait en double, triple ou même quadruple. En bout de compte, et avec un peu de chance, on pouvait finir par obtenir la série complète. 

Il y a tout de même eu quelques légers obstacles. D'abord l'épicerie du coin a vite fait de voir sa boîte de carte se vider rapidement. Je n'étais évidemment pas le seul à collectionner ces cartes. Y'a donc fallu trouver d'autres points de vente car même si Star Wars était un phénomène populaire, ce ne sont pas toutes les épiceries et dépanneurs qui en avaient. Et puis les autres faisaient exactement comme moi. L'autre ennui était la malchance, qui faisait que je retrouvais pas mal toujours les mêmes cartes. J'ai donc dû m'armer de patience. La difficulté s'est retrouvée quelque peu augmentée lorsque la seconde série de cartes (bordure rouge) est apparue. Finalement, je suis parvenu à obtenir les deux premières séries au complet non sans avoir aperçu la troisième série (bordure orange) arriver mais à ce moment, pour mon très minuscule portefeuille du temps, c'était un luxe que je ne pouvais m'offrir. Déjà que pour avoir les deux premières séries j'avais investi pas mal de sous, un peu trop aux yeux de mes parents, il était hors de question pour moi d'attaquer la troisième série. 


Voici mes deux paquets de cartes de 1977, la première série en bleu et la seconde en rouge. La première série contenait 66 cartes (1 à 66) et la seconde 65 cartes (67 à 132). La troisième série (bordure orange), qui n'est pas ici pour les raisons sus-mentionnées, comptait quant à elle 131 cartes car elle comprenait les séries 4 et 5 américaines.


Il pouvait se trouver quatre choses différentes à l'endos des cartes; un sommaire «dramatique» sur une séquence du film, une vignette sur les acteurs du film, en l’occurrence ici la regrettée Carrie Fisher, une explication sur certains trucages utilisés ou encore un morceau de casse-tête à assembler. Ce qui est intéressant dans ces textes c'est que dans la version en français on conserve les noms originaux des personnages et non ces abominables traductions comme «Dark Vador» ou «Chiktabba»... Ces cartes demeurent un très bon souvenir d'une époque pas si lointaine où les p'tits plaisirs de la vie ne tenaient souvent que dans des paquets à dix sous. Cependant, si vous tenez à faire autographier une de ces cartes par Mark Hamill (Luke Skywalker), ne vous attendez pas à une simple signature. Hamill n'hésite aucunement à y gribouiller des phrases humoristiques.




Le saviez-vous? Il existe une carte quelque peu spéciale, soit celle où l'on voit C-3PO et lequel semble affublé d'un membre assez imposant. On a longtemps élaboré sur les causes et, bien entendu, la version officielle prétend que c'est un «accident». Or, selon Gary Gerani, lequel a écrit le livre sur les cartes Star Wars, on se serait plutôt amusé sur le plateau de tournage au moment où la photo a été prise. Chez Topps on a préféré corriger l'image. 





mardi 21 décembre 2010

Pas de p'tits bonhommes Star Wars pour Noël

Pas tout à fait le printemps de 1977. À Hollywood le cinéaste (parce qu’il a déjà été cinéaste) George Lucas est en train de mettre les touches finales au montage de son dernier opus : Star Wars. C’est un film sur lequel 20th Century Fox a beaucoup misé et si ça plante, Fox va planter aussi parce que la compagnie est sur le bord de la faillite.

Beaucoup de gens dans l'industrie du cinéma sont d’ailleurs parfaitement convaincus que Star Wars va être un flop magistral. La science-fiction au cinoche, ça ne marche pas et ça ne fait pas d’argent. Le sentiment est partagé par le fabricant de jouets Kenner, lequel a réussi à obtenir la part du lion quant à la mise en marché de produits dérivés. Comme le film ne marchera pas les jouets ne se vendront pas et ce sera alors de la pure perte. D’ailleurs, à sa sortie, seule une poignée de salles aux États-Unis, 32 pour être plus précis, projettent le film sur leurs écrans. Le problème est que Star Wars est loin d'avoir été ce feu de paille tant de fois prédit. Au contraire, ce feu est bientôt hors de contrôle et Fox n'en finit plus de faire des copies du film tellement la demande est forte. 


Star Wars devient un succès cinématographique sans précédent. Les cinémas qui décident alors de projeter le film augmentent à un rythme exponentiel et les files d’attentes ne semblent pas vouloir s’atténuer. Les gamins (dont moi) sont évidemment survoltés à l’idée de pouvoir s’amuser avec des jouets à l’effigie des différents personnages mais Kenner, qui s’est pogné le derrière à deux mains, s'est carrément fait prendre les culottes à terre et vient soudainement de réaliser qu’elle était assise sur la plus grosse franchise cinématographique et, par le fait même, des ventes astronomiques.

Arrive l’automne et toujours pas de figurines. Je me souviens avoir arpenté les allées du Miracle Mart et du Woolco dans l’espoir de, mais sans ne jamais apercevoir quoi que ce soit. Même le catalogue Distribution aux Consommateurs de Noël n’avait rien dans ses pages. Faut pas se le cacher, Kenner est dans la marde. 

Pour s'en sortir la compagnie décide d'offrir pour Noël 1977, en catastrophe bien évidemment, le Early Bird Certificate Package, essentiellement une boîte vide tout à fait ordinaire devant servir à y placer des figurines qui n'étaient pas encore sur le marché et que Kenner promettait de rendre disponible bientôt.Pendant ce temps, à l'autre bout du monde, dans une petite usine de Hong Kong, on met la pédale dans le tapis pour produire les figurines.


Le truc s'est vendu comme des p'tits pains chauds. Des dizaines de milliers d'enfants ont trouvé sous l'arbre une enveloppe aux couleurs de Star Wars qui devenait un présentoir assez inutile (puisque les figurines n'étaient pas là) et dans laquelle on retrouvait une carte de membre Star Wars sans grande valeur (dans le temps) et quelques autocollants anémiques. On y retrouvait aussi un coupon à remplir et à mettre dans la boîte aux lettres en retour duquel, plusieurs mois plus tard, les quatre premières figurines arriveraient par le courrier avec des petits bouts de plastique permettant de fixer lesdites figurines sur le présentoir. L’idée, sans être celle du siècle, n’est certainement pas mauvaise puisqu’elle permet de garder au chaud l’intérêt des enfants pour les figurines. Par contre, la déception des enfants, j’vous dis pas. combien d'entre eux ont vidé la boîte en la secouant, espérant y faire sortir ne serait-ce qu'une malheureuse petite figurine. 

Il y a de cela un certain temps on a vu apparaître sur les tablettes des reproductions de ce fameux Early Bird Certificate Package en tout point identique à l'original hormis quelques détails. Star Wars étant devenu ce qu'il est, plusieurs sont devenus nostalgiques. Certains se sont mâchés les doigts de l'avoir jeté et d'autres se sont dit que finalement ce serait cool d'en avoir une copie. On peut facilement le trouver sur Ebay à prix assez raisonnable d'ailleurs. Par contre, les originaux valent une véritable petite fortune. Même les coupons commandent des prix qui ont de quoi surprendre.




Le saviez-vous? Au lieu d’accepter le salaire de $500,000 auquel il avait droit pour réaliser Star Wars, Lucas s’est contenté de $150,000 en échange des droits sur la commercialisation et sur toute suite potentielle au film. Ces deux petites clauses, apparemment inoffensives pour Fox et qu’elle a accepté en gloussant comme un dindon, a fait de Lucas l’un des hommes les plus riches au monde.


dimanche 15 août 2010

Un été pas comme les autres

Vous savez que je fais de la photo? Peut-être. Peut-être pas. Possible que vous vous en battiez l’œil. Enfin. Comme je fais beaucoup de photo d'architecture il m'arrive assez souvent de me perdre dans la ville, cherchant un peu de nourriture ici et là pour ma caméra. Il y a un certain temps de cela je me trouvais sur Ste-Catherine près du pont Jacques-Cartier. Entre Papineau et Cartier, du côté nord, y'a un bâtiment, assez gros. On regarde sur la façade et on peut y lire encore "Église Vie et Réveil". Ce n'est plus une église depuis pas mal longtemps. En fait c'est complètement placardé et abandonné. Savez quoi? Avant d'être une église abandonnée c'était un cinoche. Le Champlain que ça s'appelait. Je me suis arrêté. En prenant quelques photos j'ai senti le courant d'air qui venait de l'intérieur. Ça puait l'humidité et le renfermé. C’est que ça fait un bout que c’est à l’abandon c’te place.

Puis, des choses se sont mises à changer.

Le bâtiment n'était plus abandonné mais semblait tout neuf. Des gens se sont mis à apparaître, formant une longue file qui attendait pour entrer et l'odeur qui émanait de l'intérieur était celle caractéristique du pop-corn. Quant à moi, je n'avais pas changé de place mais j'étais redevenu un gamin. Dix ans, presque onze. Dans mes mains ma caméra numérique avait été changée pour un billet de cinéma.  

C'était un dimanche ensoleillée de 1977. Une journée que n'importe quel gamin de mon âge aurait passé dehors à pédaler ou jouer au parc. Pas moi. Pas ce jour-là. Il était aux alentours de midi trente lorsque je suis allé prendre place au bout de la file avec mon père et ma cousine. Une attente interminable. Puis, on s'est mis à bouger. Pas vite cependant. Vraiment pas vite. Derrière d’autres personnes s’étaient ajoutées. Devant, loin devant, pendant que les gens s’engouffraient au compte-gouttes, j'ai observé le poster du film où apparaissaient certains personnages et j'essayais de deviner qui ils étaient et qu’est-ce qu’ils faisaient dans le film. Nous étions sur le point d'entrer quand l'employé du cinéma leva la main. Plus de place, dit-il. 

Va chier. Non, je lui ai pas dit mais j’ai trimé dur pour ne pas qu’ils sortent. Mon père, ma cousine et moi avions tous nos billets et si on nous les avait vendu c'est parce que forcément, quelque part dans la salle, y'avait des fauteuils vides correspondants! L'employé est alors parti vérifier. Deux minutes plus tard il est revenu.

Y'avait effectivement trois fauteuils vides, mais séparés.

Il a déchiré nos billets et nous sommes allés dans la salle rapidement parce que l'on attendait que tout le monde soit assis avant de démarrer la projection. À l’intérieur un placier muni d’une lampe de poche nous a aidés à trouver nos places. Mon père s’est retrouvé dans la section du bas et ma cousine et moi dans celle du haut, séparés de deux sièges. Malgré tout j’avais une vue imprenable sur l'écran. Me suis calé confortablement. J'avais l'cœur qui battait la chamade. Dans la salle s'élevait le murmure caractéristique des multiples conversations portant surtout sur le film qui allait bientôt commencer. Les lumières se sont graduellement éteintes et les murmures ont immédiatement cessé. Dans le silence presque religieux les rideaux se sont ouverts avec le clicka-click familier. Puis? Et puis y'a eu ça:


Pas besoin de vous dire que j'avais été impressionné. Pas mal impressionné même. Je ne crois même pas avoir respiré durant la séquence d'introduction ou le destroyer impérial poursuit la petite corvette... Pas besoin de dire que je suis sorti du cinéma complètement sur le cul (au sens figuré).

J'aurai l'occasion de vous en reparler.





Le saviez-vous? Lorsque le film est sorti il n’a été projeté que dans une poignée de salles aux États-Unis. Avant la fin de l’été il était devenu un succès planétaire (ha!) et les profits engrangés en 1977 pour les États-Unis et le Canada se sont chiffrés à $307,263,857 (et quelques sous).