samedi 15 août 2026

Par un 15 août 1975

 

(Photo: Jean-Yves Létourneau, « 11 août 1975 », Fonds La Presse 
 Archives nationales à Montréal, P833,S5,D1975-0318)

C'est le quinze août 1975. La bande de gamins sur la photo qu'a prise Jean-Yves Létourneau quatre jours auparavant, ça aurait pu être mes copains et moi. Mêmes styles, mêmes vêtements et même joie de vivre. L'ivresse de liberté qui nous habitait depuis la fin des classes  commence à s'estomper car au pas trop loin à l'horizon les sombres nuages de la rentrée scolaire se font voir et sentir. On va devoir dégriser de ladite liberté. Pour certains, les effets scolaires sont déjà achetés alors que pour d'autres ça va se faire dans les jours qui suivent. Un triste évènement pour plusieurs, comme j'en parlais ici
 
Alors on essaie d'étirer les jours, pédale au tapis et on tente d'extirper le plus que l'on peut de plaisir avec ce qui nous reste dans le réservoir. Déjà on sait, le soleil commence à se coucher plus de bonne heure et la nuit venue on ferme les fenêtres de nos chambres car le mercure descend une fois le soleil couché. 
 
Par ce vendredi matin c'est les vacances comme d'habitude. Ma grand-mère qui lit son journal parle d'un conflit entre l'Alliance des professeurs et la CECM (Commission des écoles catholiques de Montréal, aujourd'hui la CSDM). Ah, ce serait chouette que la rentrée soit repoussée! On pourrait continuer à s'amuser dehors au lieu d'aller en classes. Je n'y connais rien à rien et je fabule mais un enfant a bien droit de rêver, non? 
 
Après le p'tit déjeuner je sors dehors sur le balcon. Ma grand-mère me dit de ne pas aller trop loin et de revenir pour le dîner. C'était comme ça dans le temps, on partait dehors à l'aventure sans que les parents ou les grands-parents ne sachent où l'on était ou ce que l'on faisait. Je n'ai aucune idée de ce que je vais faire encore, je laisse ça à l'air du temps, comme toujours. Et parlant de temps, au ciel il fait soleil mais y'a des nuages qui passent souvent. C'est confortable au moins. 
 
Je m'en vais dans les ruelles avoisinantes et déjà y'a plein d'enfants qui s'amusent déjà. Les ruelles d'Hochelaga c'était notre terrain de jeu plus que n'importe quoi d'autre. Avec certains je me suis amusé tout l'été alors que certains autres me sont inconnus. Ça ne faisait pas un pli sur la différence. Connais, connais pas, ça n'avait aucune importance. Ce qui comptait c'était d'avoir du plaisir ensemble. Une idée de jeu n'attendait pas l'autre.
 
Puis, y'a Isabelle comme du miel qui s'amène. Un joli brin de fille aux cheveux noirs et au teint légèrement basané qui sent bon les fraises. On s'aime bien elle et moi. souvent, lorsque je jouais dans la cour elle s'amenait comme ça et embarquait dans mes jeux, même si c'était de mettre les deux mains dans la terre ou avec les Tonka. 

Fait un brin que l'on ne s'est pas vu. Plus que trois semaines. En juillet j'étais à Wildwood avec la famille et quand je suis revenu elle était partie dans un camp de vacances pour deux semaines. J'veux tout savoir de son camp et elle veut tout savoir de mon voyage. On s'installe pas loin, assis sur un vieux banc pas loin des autres enfants qui jouent. On jase et on rigole au son des ballons qui rebondissent, du «pow pow t'es mort», de jappement de chien et des cordes à linge. 
 
La première chose qu'on sait c'est l'heure du dîner. On sait parce que mères ont commencé à apparaître sur les balcons comme les souris dans Sourissimo. «Viens manger Nathalie, on mange du spagatte!!» lance l'une d'elle. «Carole, enweille à maison là, c'est l'temps de dîner!» tonne une autre. 
 
C'était comme ça dans 'Shlag à l'époque. Quand une mère voulait voir son enfant elle criait son nom à partir du balcon. Pas de réponse? Elle demandait aux enfants où sa progéniture était. Ça se propageait rapidement et en moins de cinq le message était passé. Un mauvais coup? Toutes les mères du coin le savaient cinq minutes après le méfait. Gare aux fesses! car oui, dans l'temps, la fessée, administrée à la main ou avec une tapette à mouche, était la norme. La punition corporelle était suivie de la phrase assassine: Attend que ton père arrive! 
 
Isabelle est retournée chez elle et ne sera pas malheureusement pas dans le paysage durant l'après-midi, sa mère devant l'amener acheter des nouveaux vêtements pour l'école. La pauvre. Toutefois elle ne semble pas avoir autant d'aversion pour l'école que moi. 

Pour ma part ma grand-mère m'a préparé un sandwich aux œufs comme je les aime bien, dégusté devant le canal 10 à regarder Les bout's chou. Après quoi je refile dehors, dans la cour cette fois car je me suis souvenu d'un projet d'excavation d'importance que j'avais entrepris plus tôt durant la semaine avec mes Tonka. Pas longtemps que j'ai les mais sales de terre que je vois arriver de par la ruelle, au travers les planches de la clôture, mon ami Alain, qui demeure plus bas sur Aylwin. Nous sommes de grands portes lui et moi. Toujours comme des larrons en foire. Il ouvre la porte de la cour comme celui qui ouvre les portes du saloon western et qui annonce quelque chose d'importance. Il me dit qu'il a trouvé quelque chose d'extraordinaire et me fait signe de le suivre. Pas besoin de dire que les Tonka ont vite prit le bord. 

Dans la ruelle plus loin, Alain me montre le trésor qu'il vient de trouver: une grosse boîte vide de réfrigérateur en carton. Toute neuve même! On se regarde comme si l'on avait trouvé un coffre rempli de pièces d'or. Et pour nous, c'était tout comme. On a vite ramené cette boîte dans ma cour, en plein milieu. On a tourné autour comme des scientifiques observant un drôle de phénomène. Un bateau? me lance Alain. Un sous-marin, pourquoi pas, que je lui répond. Hum. On tourne autour encore un peu. Il me soumet une autre idée: une capsule spatiale! Oui, que je lui répond avec empressement. On peut aller dans l'espace, sous l'eau, où l'on veut. Ça nous prend des panneaux de contrôle. Tout de suite on entre dans ma cuisine et je sors des feuilles de papier avec ma boîte de crayons de cire. On se met à barbouiller des écrans, des leviers, des boutons et plein d'autres choses que l'on croit utiles. On s'en va coller tout ça en-dedans de la boîte de carton. 
 
On décolle. Pour faire plus vrai on «bardasse» la boîte de carton avec nos pieds. Au bout d'une minute on s'échange des informations très techniques. C'est sérieux notre affaire. Une autre minute après on amorce l’atterrissage sur un planète éloignée et inconnue. C'est vite de même. On sort mais on se rend vite compte qu'il nous faudra des pilules d'oxygène. Ça on a chipé ça à Fusée XL-5. Comme il n'y a pas de ces pilules autour de nous on se dit qu'il doit bien y avoir un marchand qui acceptera de nous en vendre. Mais acceptera t-il l'argent Monopoly où les pièces de monnaie en plastique? Peut-être pas. L'idée nous vient de ramasser des cristaux que l'on pourra utiliser pour acheter nos pilules. On dit des cristaux mais dans le fond, ça veut dire trouver des bouteilles vides de boissons gazeuses. Alors on arpente, comme on l'a fait tant des dans le passé, les ruelles de cette planète étrange. Comme toujours, on en trouve, deux, quatre, cinq, sept. On a même un gros; c'est écrit Soda Mousse Denis. 

Nous sommes en affaire. 
 
Grâce à notre radar-o-tron patenté on devine rapidement l'emplacement du marchand (il est sur la rue Joliette mais nous on entre par l'arrière via la ruelle). Le boucher nous voit passer et nous envoie la main. Ça c'est dans le temps où les épiceries de quartiers employaient des bouchers à temps plein. On se rend à l'avant, près du long comptoir à bonbons tout en mettant nos «cristaux» dessus. Le marchand extra-terrestre dans le fond, on le connaissait bien et il nous connaissait tout autant. En échange de nos bouteilles on a droit chacun à un bon sac que l'on peut remplir avec ce que l'on veut. Les pilules d'oxygène, croyez-le ou non, étaient toutes en chocolat. Allez savoir. Ha, et ne pas oublier quelques tatouages temporaires
 
On revient dans la ruelle pour se rediriger vers notre capsule qui nous attend patiemment. En chemin l'ami Patrick retontit et s'en vient à notre rencontre. Hé vous jouez à quoi? qu'il nous demande. On est des astronautes et on explore une planète étrange, qu'on lui répond avec tout l'enthousiasme dont nous sommes capables. Cool! Je vais faire l'extra-terrestre. Et il part en trombe chez lui, qui était de biais avec chez-moi, donc un trajet fort court. Et là, on se demandait bien ce qu'il était allé chercher pour se donner un air extra-terrestre. Deux minutes plus tard il revient avec une serviette de plage en guise de cape et il s'est mis deux 45-tours dans les oreilles. On a bien ri! 
 
Puis, sur la rue Aylwin, devant la cour, nous sommes tous les trois à se demander quelle planète on ira visiter quand se fait entendre le sifflet où se trouve le chantier du métro Joliette. Douze coups! On sait ce que ça veut dire: un dynamitage s'en vient. On accoure au coin d'Hochelaga, pas très loin et on se tient sur le coin, un peu accroupis en attendant l'explosion parce que c'est comme ça qu'on la ressentait le mieux. 
 
BOUM! 

La station de métro Joliette en construction, 1975. 
Photo: Archives de la Ville de Montréal


Et c'était une bonne secousse. Depuis les débuts des travaux ils en avaient fait sauter pas mal de dynamite. Heureusement les maisons autour étaient solides! Mais des détonations, il y en avait pas mal moins et elles étaient même assez rares en 75 car le gros du dynamitage avait eu lieu en 74. Mais parfois il fallait un p'tit coup pour débloquer quelque chose. On ne s'en plaignait pas puisque ça nous amusait à tout coup. Ça faisait drôle tout de même de voir tout ça se faire construire. Avant même les premiers coups de pelle mécanique l'emplacement de l'édicule nord était Dupuis Marine où l'on vendait des bateaux alors qu'à l'édicule sud c'était un concessionnaire de voitures usagées. Mais une fois le métro terminé en 76 on pourra aller plus facilement au centre-ville. Jusque là, pour s'y rendre, on prenait l'autobus de la rue Ontario jusqu'à la station Frontenac laquelle était alors le terminus de la ligne verte à l'est. 

Une fois la poussière retombée nous sommes descendus sur la rue Aylwin. Plus bas, il y avait un terrain vacant avec les restes d'une maison en bois. Tous les enfants du coin se faisaient dire de ne pas aller y jouer, que c'était dangereux, mais notre curiosité était trop forte. Le pire qui nous soit arrivé a été de sortir de là avec des pique-piques. 
 
Pas de loin de chez-moi que j’entends ma grand-mère qui m'appelle. Y'a madame Langlois qui reste plus bas sur Aylwin qui aimerait que j'aille faire une commission pour elle à l'épicerie du coin. Pour les enfants de mon âge faire des commissions ça faisait partie de nos «tâches connexes». On nous envoyait au marché pour aller chercher ceci ou cela. Madame Langlois était une vieille dame, toujours souriante mais qui avait un peu de difficultés à marcher. Elle voulait simplement une pinte de lait, une boîte de sauce tomates et d'un billet de loterie. Ah si, parce que dans l'temps les enfants pouvaient acheter tout ce dont les «donneux de commissions» avaient besoin de; loto, cigarettes, bière, en plus de l'épicerie habituelle. Madame Langlois était généreuse avec ses pourboires: vingt-cinq sous! Une fortune à l'époque. En recevant ma pièce je remarque l'horloge sur son mur, il approchait 16 heures. 
 
En redescendant y'a Alain et Patrick qui m'attendent. «Yé presque quatre heures les gars.» On savait ce que ça voulait dire. On s'envoyait la main et on s'en allait tous chez-nous afin de pouvoir regarder Patofville au canal 10 et ça on ne voulait pas manquer pour rien au monde!


C'est que, voyez-vous, Patof (le regretté Jacques Desrosiers) c'était plus qu'une émission pour enfants, Patof c'était un phénomène culturel et l'émission allait certainement devenir encore plus intéressante avec l'arrivée d'un tout nouveau personnage, monsieur Tranquille (interprété par Roger Giguère) et dont j'ai parlé ici

Après l'émission je retournais dans la cour. Les amis, je les reverrais le lendemain mais pas avant d'avoir acheté et lu mon Pif Gadget parce que le samedi matin la première chose que je faisais était d'aller au magasin de variétés d'en face pour me procurer mon dernier numéro, ensuite sur le balcon, je prenais tout mon temps pour le lire (et tenter d'assembler le gadget). Mais aujourd'hui, je prend de l'avance. J'ai vu le nouveau numéro lorsque j'ai fait la commission pour madame Langlois alors je traverse la rue et m'en vais me le procurer. Le 25¢ que j'avais déjà plus celui que m'a donné madame Langlois va vite régler la facture. Et là, sur le balcon, je regarde mon Pif. J'ouvre ou j'attends demain matin... Dilemme. 

La question demeurait: ouvrir, ou pas?
(Photo: Collection personnelle) 

 


Le saviez-vous? La variété du sous-sol montréalais a obligé les constructeurs du métro à se plier à ses caprices. Parfois il y avait beaucoup de roc, et parfois très peu. Certaines stations sont fort profondes alors que d'autres sont très proches de la surface. Cette particularité explique pourquoi les tunnels sont souvent comme des mini-montagnes russes.  
 

 
 

mercredi 8 juillet 2026

Le format poche: quelle belle invention!

 

Les survivants de ma collection. 

Dans l'temps, comme on dit, faire de longs trajets en voiture lorsque l'on était enfant, nous amenait souvent à inventer toutes sortes de choses pour passer le temps. Parfois on comptait, par exemple, le nombre de voitures rouges venant en sens inverse durant une période donnée. La lecture était aussi une bonne façon de se tenir occupé. Faut souligner qu'à cette époque il n'y avait évidemment pas de cellulaires, de tablettes et encore moins des lecteurs DVD avec écrans au dos des sièges! 

En 1972 on m'annonce une semaine à l'avance que l'on passer des vacances à Wildwood, au New Jersey. Mes connaissances géographiques étaient assez sommaires et franchement je n'avais aucune idée où ça se trouvait ni à quelle distance. Mon grand oncle m'avait montré sur le globe terrestre l'endroit de notre destination. Mais c'est pas loin du tout! que je m'étais dis. 

Le matin du départ, par un samedi très tôt, j'avais filé au magasin de variétés de l'autre bord de la rue pour me procurer le Pif Gadget de la semaine. J'avais aussi emporté quelques numéros du Journal Tintin, assez convaincu que j'étais que toute cette lecture me tiendrait occupé jusqu'à ce que l'on arrive à Wildwood. 

Installé sur le siège arrière en cuirette et cuisant de chaleur où mes cuisses faisaient couic-couic nous sommes donc partis comme ça. Le trajet était familier; la rue Ontario, puis la rue Papineau vers le sud d'où l'on a prit le pont Jacques-Cartier. Ensuite le long trajet vers le lignes, après quoi on se retrouverait aux z'états. 

Ce n'est qu'une fois passés la frontière que j'ai décidé d'entamer ma lecture. J'ai lu lentement et une fois le numéro terminé j'ai fait la section des jeux et énigmes au complet. J'avais loupé l'enquête de Ludo et pour une bonne raison; on faisait référence à une particularité géographique de la France, que j'ignorais complètement. Ensuite, les exemplaires du Journal Tintin. Une fois les numéros terminés j'ai posé la question légendaire: est-ce qu'on est arrivé? Et ma grand-mère, assise à mes côtés de se pencher vers moi; non mon p'tit bonhomme, ça fait juste deux heures que l'on est parti et il nous au moins huit heures de route.


Nous avons fait un arrêt dans un restaurant quelque part pour le dîner. Dans le lobby du restaurant il y avait un présentoir avec plein de dépliants promotionnels pour telle ou telle attraction touristique. J'en avais pris plusieurs, histoire de me donner un petit peu de lecture mais ça n'a pas duré longtemps et la route jusqu'à Wildwood était encore longue. Et je vais vous épargner le long chemin du retour! Déjà il était question d'y retourner l'année suivante alors j'avais du temps pour me préparer. Comment? En faisant une bonne réserve de livres format poche. Pourquoi n'y avais-je pas pensé plus tôt? 

Ces livres compacts qui entraient sans difficulté dans nos poches étaient bourrés de bandes dessinées, de jeux, d'énigmes à résoudre, de blagues et de faits intéressants à apprendre. Plusieurs éditeurs dont Pif Gadget et Walt Disney en avaient plusieurs et chaque livre poche contenait en moyenne 200 pages au prix de cinquante sous. 

À l'été de 1973 où nous sommes retournés à Wildwood, dans un motel proche du bord de la mer cette fois, le motel Attaché, j'avais une réserve d'environ une quinzaine de livres poche dans mon petit sac des Expos. Cette fois, le voyage a été beaucoup plus agréable et surtout, moins pénible. À partir de ce moment les livres poche ont fait partie de chaque déplacement longue durée que l'on faisait, soit en retournant au bord de la mer, à Frontier Town et même pour visiter mononcle Elzéar et matante Lorraine à Buckingham. 


Le saviez-vous? 
Le premier numéro de Pif Poche est paru en 1962 et a été créé afin d'offrir un recueil de gags en petit format. Les numéros de Pif poche ont connu une remarquable longévité jusqu'à ce qu'ils disparaissent en 1992. Le format a été aussi repris par Disney qui a débuté Mickey Poche en 1974 et même Radio-Canada y est allé avec ses propres numéros mettant en vedette, entre autres, Nic et Pic, dessinés par Henri Desclez. 

dimanche 15 mars 2026

Les dessins animés du samedi matin: une tempête parfaite

Jusqu'à la fin des années 50, voir des dessins animés signifiait accessoirement d'aller au cinéma car c'est là, et juste là, qu'on pouvait les voir, tant pour les films de Disney que pour les Looney Tunes. Mais durant cette période on peut assister à un immense changement socio-culturel au travers cet appareil qui devient de plus en plus abordable: 


Le boom n'est pas seulement l'apanage des bébés mais aussi de l'économie, qui a le vent dans les voiles comme jamais auparavant. Les gens disposent davantage de moyens financiers et les améliorations apportées dans les usines, entre autres celles où l'on fabriquait des appareils de télévision, rend ces derniers beaucoup plus accessibles. Les modèles et les formats sont nombreux et il y a un appareil de télévision pour tous les goûts et pour toutes les bourses. 

En 1957 entre en scène le studio Hanna-Barbera, nouvellement formé par William Hanna et Joseph Barbera. Ce ne sont pas des timorés en matière d'animation. Les deux ont travaillé pour MGM en créant The Tom & Jerry Show de 1938 à 1957. Ils savent fort bien que l'appareil de télévision est le médium de l'avenir par excellence. Le studio d'animation de MGM venait de fermer ses portes, considérant que la compagnie avait un catalogue assez fourni pour rediffuser ses dessins animés pour un bon bout. William Hanna et Joseph Barbera tentent donc leur chance avec leur propre studio et en 1957 arrive sur les petits écrans le premier dessin animé spécialement conçu pour ce médium: The Ruff and Reddy Show. 


Ce dessin animé connaît un succès fou et on le verra au Québec sous le nom de Pouf et Riqui. Les deux personnages sont doublés au Québec avec André Montmorency dans le rôle de Pouf et Ronald France dans celui de Riqui. La narration est confiée à Yves Massicotte (Centour). 

Hanna-Barbera créent alors d'autres séries et personnages qui feront le bonheur des enfants; The Huckleberry Hound Show (Roquet Belles Oreilles), Augie Doggy and Doggie Doggy (Jappy et Pappi Toutou), Snooper and Blabbler (Fouinard et Babillard) ainsi que leur grand succès qui arrive en 1960: The Flinstones (Les Pierrafeu, traduit ici avec les voix de Paul Berval, Huguette Proulx, Monique Miller et Claude Michaud). 

Les années 60 avancent et l'appareil de télévision se retrouve dans de plus en plus de foyers. Du même coup les percées dans la fabrication en série de jouets permet aux différentes compagnies de remplir les étalages de magasins avec un nombre de plus en plus élévé de jouets de toutes sortes. Kenner, Mattel, Ideal, Irwin, Marx, Tonka, Lego, Lesney, Milton Bradley et combien d'autres rivalisent d'audace et la télévision est l'endroit parfait pour diffuser des commerciaux vantant les mérites de leurs différentes créations. 

C'est alors que se prépare la tempête parfaite, cet espèce de Triangle des Bermudes du divertissement pour enfants. À l'une des pointes on retrouve les gros diffuseurs; les réseaux ABC, CBS et NBC ainsi que toutes leurs stations affiliées. La seconde pointe est celle des compagnies de jouets ci-haut mentionnées et la troisième pointe de ce triangle est l'ensemble des agences de publicités. Au centre, les enfants. 

Les studios de dessins animés veulent vendre leurs séries, les diffuseurs veulent vendre des espaces publicitaires et les agences de pubs ne demandent rien de mieux que connecter les deux précédents. 

Lors qu'une compagnie désire promouvoir son produit avec une publicité télévisée elle doit chercher à la diffuser au moment où l'on est pas mal certain que le public ciblé se retrouvera devant l'appareil de télévision. Des fabricants de voitures par exemple ne chercheront pas à payer pour des espaces publicitaires durant les journées de la semaine puisque les hommes, leur cible, est au travail. Durant les années 60 il y a encore quantité de ce que l'on appelait alors des ménagères ou des femmes au foyer. Comme elles regardaient des émissions durant l'avant et après-midi on retrouvait des publicités généralistes ainsi que des produits leur étant destinés comme des produits de beauté, des bas-culottes etc... Les publicité de voitures, rutilantes et vrombissantes on les retrouvait en soirée, tout spécialement durant les diffusion d'évènements sportifs comme les joutes du Canadien ou des Alouettes. Mais les enfants, on les retrouvaient quand au juste? 

On pouvait certes diffuser des pubs de jouets le matin alors que plusieurs enfants d'âge préscolaire étaient à la maison ou en fin d'après-midi avec le retour des enfants qui revenaient de l'école mais cela ne permettait pas de joindre leur public en masse. 

À la fin des années 60 on trouve la solution: il n'y pas de moment dans la semaine où les enfants  se retrouvent majoritairement devant la télévision? Alors nous allons créer ce moment et l'on choisit le samedi matin. Dès lors les réseaux commenceront à concentrer la diffusion de dessins animés et émissions pour enfants avec des acteurs durant cette période. Les compagnies de jouets savent dès lors où se retrouve son public cible et les agences de publicités sont bien contentes de pouvoir concocter d'extraordinaires pubs de jouets avec musique entraînante, enfants survoltés, une réalisation dynamique et une narrateur qui doit bourrer le tout en parlant très rapidement. 





La période du samedi matin devient donc pour les enfants un phénomène social en soi. Pour quantité d'enfants de la fin des années 60 et 70 s'installent en pyjama devant l'appareil de télévision avec leurs déjeuners, céréales sucrées et sandwich au beurre d'arachides avec un grand verre de lait au chocolat pour la plupart, afin de regarder leurs émissions favorites dont les diffusions pouvaient commencer aussi tôt qu'à six heure le matin jusqu'à l'heure du midi. C'était mon cas; pas levable pour aller à l'école la semaine j'étais de bonne heure sur le piton pour regarder les dessins animés. Et les pubs de jouets. Des tonnes de pub de jouets de tous les genres. À cette époque chaque diffusion de trente minutes comportait obligatoirement, en moyenne, huit minutes de publicité. Et comme chaque pub durait trente secondes alors cela signifiait seize publicités par tranche de 30 minutes et trente-deux par heure. Un véritable bombardement! Et les enfants en redemandaient! 

Au travers ce chaos fort bien organisé il y a cependant eu une sorte d'éclaircie, une sorte de phare permettant aux enfants de regarder des dessins animés tout en apprenant des choses utiles, enfin autre que de laisser tomber des enclumes du haut d'un gratte-ciel ou de donner des pétards bourrés à la dynamite. C'est ainsi que dès 1973 apparaît une émission que je vais particulièrement apprécier et aussi en venir à ne pas la manquer. 


Schoolhouse Rock fondait dans un même élément les notions de grammaire (Conjounction Junction), de mathématiques (The Magic Number), entre autres et d'autres sujets pédagogiques utiles. J'aimais les chansons entraînantes et faciles à apprendre même si j'étais néophyte dans la langue de Shakespeare. C'est avec cette émission que j'ai fait mes premières armes an anglais et qui m'a grandement aidé à avoir une longueur d'avance sur les autres dans ma classe lorsque les cours d'anglais sont arrivés au curriculum en cinquième secondaire. Et, en tant que passionné de bandes dessinées et dessins animés, dont j'étudiais les styles sans trop le savoir, j'admirais grandement le graphisme et le design des personnages.

Au début des années 80 le climat socio-culturel change avec l'arrivée, lente mais certaine tout comme l'appareil de télévision, du magnétoscope. Certes, le Beta de Sony était apparu en 1975 et le VHS de JVC en 1976 mais le prix exorbitant les rendaient hors de portée de l'ours moyen. Au début des années 80 la donne change. La miniaturisation des circuits, des grandes améliorations apportées au mécanismes ainsi que des méthodes de fabrication et de design peaufinés font que la bébelle devient moins grosse et aussi moins lourde. Les premiers modèles de magnétoscopes pesaient autour de 13,5 kg (30lbs). Mais au début des années 80 le prix est coupé de près de moitié, tout comme le prix et de plus en plus de gens adoptent l'appareil. 

L'arrivée du magnétoscope change la donne. On peut enregistrer une émission sur un poste pendant que l'on en regarde une autre sur un poste différent. Le format VHS qui gagne la lutte contre le Beta grâce à des cassettes vierges permettant des enregistrements de deux heures et plus. On rempli donc ces cassettes de dessins animés et autres émissions afin de les regarder plus tard. 

Les dessins animés du samedi matin sont toujours un phénomène mais afin de ne pas perdre l'auditoire infantile on change la donne dans la plus pure tradition capitaliste. Durant les années 70 les dessins animés du samedi matin et les pubs de jouets n'étaient pas liés. Durant un épisode de Scooby-Doo on pouvait voir des pubs pour les figurines Big Jim, Barbie, The Six Million Dollar Man et à partir de 1978 Star Wars. Hasbro, qui va éventuellement acquérir presque toutes sa compétition, va changer tout ça. 

La compagnie de jouets s'associe à des maisons de production afin de créer des bandes dessinées directement reliés avec les jouets que la compagnie fabrique. C'est le cas des Transformers. Ces jouets ont été créés par Hasbro à la suite d'une entente avec la compagnie japonaise Takara, laquelle avait conçu des jouets se transformant tant en robots que véhicules. Hasbro, propriétaire de G.I. Joe font renaître la franchise avec une remise à niveau qui transforme les personnages en faction purement militaire combattant des forces ennemies du nom de Cobra. 

Ces dessins animés deviennent alors de véritables infopubs. Chaque personnage de ces séries possède son équivalent en format jouet avec une quantité faramineuse d'accessoires de tous les genres. Et ça fonctionne! Hasbro fait des montagnes d'argent avec ces deux seules franchises. 

Toutefois, dans le portrait culturel, la pertinence des dessins animés du samedi matin commence à s'effriter. Durant les années 90 les enfants peuvent regarder, grâce au magnétoscope, la câblodistribution et canaux spécialisés, des dessins animés à tout moment de la semaine. durant les années 70, nous, les enfants de cette époque, n'avions pas ce privilège et le samedi matin était le seul moment de la semaine où l'on pouvait en voir en série comme ça. Ne parlons pas du dimanche matin. Je ne connaissais pas vraiment d'amis qui se levaient le dimanche matin pour regarder expressément les aventures du Roi Léo... 

Mais il y a autre chose aussi; en 1980 au Québec la Loi sur la protection du consommateur rend illégal les publicités de jouets destinées au enfants. Toutefois, cette disposition ne s'applique qu'aux diffuseurs d'ici et non aux diffuseurs étrangers. Sur les canaux américains disponibles sur le câble les publicités sont toujours légales et les règles du FTC assouplies permettent à des compagnies comme Hasbro de faire le plein de sous, comme mentionné plus haut. L'équivalent de la loi québécoise interdisant les pubs destinées aux enfants arrive aux États Unis en 1991 avec le Children Television Act. Cette nouvelle législation, qui s'aligne avec celle entrée en vigueur au Québec en 1980 va au-delà des pubs pour enfants mais oblige les diffuseurs à avoir davantage de contenu éducatif, tassant ainsi les dessins animés traditionnels. 

Au final, il ne faut pas oublier que toute cette aventure, née à la fin des années 60 et raffinée durant les années 70, n'était, en bout de ligne, qu'un Triangle des Bermudes mercantile où les diffuseurs, les compagnies de jouets et les agences de pubs qui le formait avait été érigé dans le simple but de faire du fric. Avec les nouvelles législations, l'arrivée des magnétoscopes, des canaux spécialisés et de la câblodistribution ont progressivement éliminé la pertinence des dessins animés du samedi matin. Alors un jour l'on a pas eu le choix et on a tiré la plogue, comme on dit, et il n'en reste aujourd'hui que les souvenirs que nous, les enfants de cette époque «glorieuse» avons conservé  de cette période. 



Le saviez-vous? The Flinstones avait deux versions françaises; l'une en France et l'autre au Québec. En France Fred s'appelle Fred Pierrafeu alors qu'au Québec il prend le nom de Fred Caillou. 

mercredi 24 décembre 2025

Le Réveillon en 1971


Nous voici donc le 24 décembre, le fameux jour du Réveillon de Noël. La photo ci-haut me ramène en ce fameux jour, en 1971, Ma couturière de grand-mère m'avait confectionné cet habit mais si je ne détestais pas le style, il était inconfortable, pas au niveau de l'impeccable couple, mais à cause du tissu utilisé.

Ma grand-mère, avec qui j'ai grandi, avait son petit lot de traditions. Ainsi, pas question de monter l'arbre avant au moins le début de la première semaine de décembre. Je piaffais toujours d'impatience de la voir, un soir après le souper, descendre au sous-sol et remonter avec la boîte du sapin. Celui qui est sur la photo en était à sa dernière apparition. Ces sapins ont fait fureur à la fin des années 60 et début des années 70 et étaient fort simples; une tige de bois peinte en vert et des tiges recouvertes de brindilles d'aluminium de différentes longueurs. Il ne prenait que quelques minutes à monter. Un gros cinq pour y accrocher les boules, toutes rouges pendant que jouait, dans le meuble stéréo, de la musique de Noël avec Johnny Mathis et l'incontournable Jingle Bell Rocks interprété par Bobby Helms

L'année suivante c'est un gros sapin vert en plastique, dégotté par ma grand-mère chez Eaton, qui l'a remplacé. Lorsqu'elle est décédée durant les années 90 j'ai bien espéré pouvoir le retrouver car je l'aimais bien mais malheureusement je crois qu'elle l'a soit donné à quelqu'un ou bien balancé aux ordures souche par dessus cime. 

Entre le moment où l'on montait le sapin et je réveillon il y avait bien entendu une visite chez le Père Noël et celui chez Dupuis Frères faisait très bien l'affaire. Toutefois, j'ai commencé à voir des craques dans la légende du personnage quand, une semaine plus tard aux Galeries d'Anjou, j'ai revu le personnage et ma foi, il n'était pas pareil du tout. Pas exactement la même tronche et aussi des différences dans le costume. 

Quand à la crèche, elle avait trouvé ça chez Fantaisie Cut Rate quelque part au début des années 50. Le commerce de variétés était situé juste en face et les propriétaires, monsieur et madame Chénier, étaient de bons amis de la famille. Les personnages en sorte de papier mâché peint complétaient le tout, sauf le p'tit Jésus de cire parce que ma grand-mère était pointilleuse à ce sujet: pas de p'tit Jésus dans la crèche avant minuit! À l'âge où j'avais cette crèche était comme un petit ensemble de jeu et je m'amusait avec comme avec des figurine et le héros était le soldat romain à qui je faisais vivre plein d'aventures autour de la cabane. 

Au réveillon, la parenté était là. Ma grand-mère avait popoté toute la journée et comme elle était une cuisinière hors pair je peux garantir que ça sentait pas mal bon dans la maison. Une fois tout le monde au salon avec son p'tit drink c'est l'échange qui commençait. J'avais pas mal de difficulté à tenir en place mais j'aimais bien voir ce que tout le monde recevait et surtout voir les expressions de tous et chacun en développant leurs cadeaux. Et qu'est-ce que le Père Noël m'a apporté en ce réveillon de 1971?


Pour mon anniversaire l'été précédent j'avais reçu ma figurine G.I. Joe Adventure Team, celui avec les cheveux avec la barbe noire et qui, en tirant un ficelle sur sa poitrine, disait plein de choses amusantes. Pour me permettre à Joe d'élargir l'horizon de ses aventures, j'ai reçu ce magnifique hélicoptère et dont les pales tournaient en appuyant sur un bouton. Le personnage dedans en est un que j'ai acheté dans une brocante il y a environ vingt ans. J'avais aussi reçu quelques livres-disques de Disney et que l'on aperçoit tout juste derrière.  


L'autre gros cadeau a été la piste de course Hot Wheels Super Charger que l'on voit à l'arrière. Il y a plusieurs années j'ai restauré la fenêtre au travers laquelle on voit la voiture qui venait avec ainsi que le bouton de collection affichant la même voiture. Le Super Charger, que l'on voit en base à gauche, fonctionnait encore très bien lorsque je l'ai essayé il y a quelques années. 

Sur ce, je vous souhaite à tous de passer un merveilleux temps des fêtes et vous propose d'avoir une petite pensée pour ceux qui vont passer cette période seuls et qui n'ont pas de famille avec qui festoyer. 





samedi 7 juin 2025

Les espadrilles de mon enfance

 

Être gamin durant les années 70 signifiait que l'on passait l'essentiel de notre temps dehors, du matin jusqu'au soir. Dans le temps, les parents, dans mon cas mes grands-parents, ne nous demandaient pas de se rapporter. Ou vas-tu? nous demandait-on. Dans la ruelle, que l'on répondait alors que l'on était déjà en train de disparaître dans ladite ruelle en question. Ok, nous lançait-on, oublie pas de revenir pour le dîner! Mais nous étions déjà hors de portée de voix. 

Dans les quartiers ouvriers populaires, comme celui d'Hochelaga où j'ai grandi, l'on jouait à toutes sortes de choses; au ballon, au policiers et voleurs, ou aux cowboys. L'on grimpait sur le toit des garages pour récupérer nos balles et y'avait aussi cette maison abandonnée et partiellement détruite sur Aylwin où l'on allait s'amuser. Toutes ces activités usaient nos espadrilles, surtout les miennes et l'on se désolait de les voir toutes abîmées parfois quelques semaines seulement après les avoir achetées. Mais voilà, les espadrilles que j'usais comme ça étaient généralement soit des North Stars, (surnommées les Adidas des pauvres) ou des marques bon marché que l'on m'achetait durant les jours à $1,44 chez Woolco. On ne les payaient pas ce prix, certes, mais durant ces jours d'aubaines il se trouvaient beaucoup d'articles à prix réduits. Des Adidas? On ne voulait pas m'en procurer. Tu vas les détruire, me disait-on, d'où l'habitude de m'en acheter de moins bonne qualité, mais l'on me faisais les gros yeux parce que passais au travers.  


Mais alors, me demandait-on, parfois avec un sincère ton de découragement, comment fais-tu pour les abîmer de cette façon et aussi rapidement. Tes amis se font-ils acheter des espadrilles aussi souvent que toi? me demandait ma grand-mère. En fait, non. Mes amis Alain et Patrick eux ne portaient pas de North Stars ou de marques génériques, non, eux ce qu'ils portaient était bien différent alors j'ai demandé à ma grand-mère de m'acheter la même sorte que celles portées par mes amis. 


Ta-Daaam! Ça mes amis c'étaient de vraies espadrilles pour les enfants actifs, super-actifs et même turbo-actifs! L'on s'est donc rendu au même Woolco, dans le même département de chaussures où l'on m'achetait les North Stars et autres godasseries, mais cette fois pour sélectionner une belle paire de Converse noirs. Et ces galoches ne coûtaient pourtant pas plus cher que les autres. Fabriquées de toile solide et de caoutchouc breveté BF Goodrich, ces espadrilles, sans être indestructibles, étaient un peu comme de véritables Tonka pour les pieds (d'autres diront que c'étaient des limousines). Chose surprenante, ou pas, il s'est avéré, tout d'un coup, que l'on n'avait plus besoin de m'acheter des espadrilles aux trois semaines. Ma grand-mère n'en revenait pas. Ses yeux n'en croyaient pas ses oreilles! En fait, la seule raison pour laquelle on devait m'en acheter d'autres c'est parce que je grandissais. 


Aujourd'hui le modèle classique Chuck Taylor existe encore bien que la production ait été déménagées des États Unis au Vietnam mais le charme et le bon vieux confort sont toujours au rendez-vous. Je possède deux paires de Converse que j'ai depuis maintenant presque une dizaine d'années. Une paire a nécessité une réparation mineure chez mon cordonnier. Elles sont sales? Hop! un petit tous dans la laveuse et puis suspendues pour qu'elles sèchent à l'air. 
 
Si les Converse Chuck Taylor sont toujours vendus aujourd'hui dans nos magasins on ne peut en dire autant de North Star. Bien que la compagnie existe toujours, les espadrilles qu'elle fabrique ne semblent qu'être disponible que dans certaines régions du monde mais qui n'inclut pas le Canada, tout comme les États Unis, la France et plusieurs autres pays. 


 

Le saviez-vous? Les espadrilles Converse classiques ont vu le jour en 1917 et destinées aux joueurs de basketball. Chuck Taylor a rejoint la compagnie en 1921 et son influence a fait de cette chaussure en une icône culturelle que l'on retrouve encore dans les commerces. L'espadrille a été renommée Chuck Taylor en 1932.  

 

 

Sous mes yeux:  L'étranger, d'Albert Camus. Un classique que j'avais lu à l'adolescence et que j'avais relu au cégep alors que c'était une lecture obligatoire.

Dans mes oreilles: L'album Keep me Fed du groupe rock mexicain The Warning. Trois frangines originaires de Monterrey qui jouent un rock puissant et décapant. La relève rock est assurée

 

 

jeudi 23 janvier 2025

Cherry Blossom, c'est la fin

 


J'avais six ans et des miettes. Un gamin poussiéreux aux vêtements d'été tout sales s'amusant dans les ruelles d'Hochelaga. Dans mes poches il y avait quelques pièces, sonnantes et trébuchantes qui brûlaient d'être dépensé. Puis, l'idée me vient d'aller à l'épicerie du coin, tenu par des amis de mes grands-parents, la famille Chénier. C'est là que l'on m'achetait mon Pif Gadget de la semaine. J'entre à l'intérieur et je commence à reluquer l'étalage des tablettes de chocolat. Y'a des fois où je me laisse tenter par une Coffee Crisp, ou encore Aero, mais pour aujourd'hui, c'est Cherry Blossom, cette délicieuse cerise marasquin dans un sirop et enrobée d'une cloche au chocolat où se trouvent également des pépites d'arachides et de noix de coco.


 

Je dépose mon trente sous sur le comptoir et m'en vais avec la petite boîte jaune, fier de ma transaction. Je traverse à nouveau la rue et m'installe dans les marches menant au balcon de la maison pour déguster la friandise. Y'a pas à dire, c'est le gros luxe que je viens de m'offrir là. D'ordinaire, et lorsque ma couturière de grand-mère est affairée dans le sous-sol à sa machine à coudre, je m'affaire, tel un explorateur, à farfouiner dans la dépense*, recherchant l'endroit où ma grand-mère avait caché son chocolat. Plus elle travaillait fort pour le cacher à mes yeux, plus je rivalisais d'audace et d'ingéniosité pour les trouver. 

Mais pas aujourd'hui. 

Sous le soleil d'été bien campé au-dessus de ma tête, je déguste, un brin maladroitement, ma Cherry Blossom, non sans tacher mon chandail d'une quantité incertaine de sirop. Faut dire que dans le temps les Cherry Blossom étaient plus grosses qu'aujourd'hui. Si j'avais en tête de ne rien dire à ma grand-mère concernant ma petite dégustation ben c'était peine perdue. La tache de sirop m'enlevait toute forme d'alibi quant à sa présence. Puis, après avoir avalé le dernier morceau, je rebondissais dans la ruelle paré à vivre des aventures comme seuls les gamins de six ans peuvent en imaginer. 

L'histoire de Lowney est celle de Walter M. Lowney lequel a fondé, dans les années 1880, la Walter M. Lowney Company, une entreprise de confection de chocolat et de bonbons à Boston. Les affaires vont rondement pour le confiseur, tellement qu'il fait construire une usine en 1903 à Mansfield au Massachusset. La proximité immédiate des voies ferrées a grandement facilité l'entreprise tout en favorisant les ventes. 

C'est incidemment ce qui a mené Walter Lowney à ouvrir très peu de temps après une filiale canadienne en faisant ériger une usine à Montréal sise au 1015 de la rue Williams, à un minuscule jet de pierre de la brasserie Dow. Là comme à son usine à Mansfield, on y fabrique toute une variété de friandises chocolatées dont la fameuse Cherry Blossom. Une promenade dans le Montréal d'antan garantissait d'y voir à un moment ou un autre une grande publicité vantant les mérites de la création de Lowney. 


Sur la photo ci-haut, on peut voir une autre publicité murale vantant la Cherry Blossom. Cette photo a été prise alors que se préparait le plan Dozois, prévoyant une démolition massive de certains pans de quartiers et dont les demeures étaient considérées désuètes et  angereuses. La ville de Montréal y a pris une quantité assez imposantes de photos et qui incluaient toujours, comme on peut le voir en bas à gauche, une pancarte avec des numéros interchangeables servant au catalogue. 

En 1968 la compagnie Lowney est achetée par Standard Brands et du coup Lowney en devient une filiale. En 1981 Standard Brand et Nabisco (National Biscuit Company) fusionnent afin de former une nouvelle entité à laquelle appartient toujours Lowney. En 1987 Hershey Canada achète la division des bonbons de Nabisco, qui incluait évidemment Lowney. 

Depuis un bon bout Lowney avait déménagé son usine de Montréal à Sherbrooke où elle y est demeurée jusqu'en 1989, année où Hershey a décidé de fermer l'usine et de déménager la production à son usine de Smiths Falls en Ontario. 

Ce qui nous amène aujourd'hui, en janvier 2025 où l'on appris de Hershey que la compagnie allait cesser la production de la Cherry Blossom sans toutefois mentionner de raison spécifique. Ceci a bien entendu fait courir les gens, à la recherche de quelques boîtes de la friandise qui a marqué l'histoire du Québec. 

Une récolte échelonnée sur environ deux semaines. Dans le dernier dépanneur où je suis allé il ne restait que la boîte vide, que le commerçant a bien voulu me donner. 



Le saviez-vous? Le sirop à l'intérieur n'en est pas réellement puisqu'il s'agit d'invertase, une glycoside hydrolase qui catalyse l'hydrolyse du saccharose alimentaire (sucre) en fructose et en glucose. Ce mélange de fructose et glucose est appelé sucre inverti, d'où le nom de l'enzyme.

jeudi 28 novembre 2024

L'art des illustrations Matchbox

Les plus vieux se souviendront certainement du temps où les voitures Matchbox étaient vendues dans des boîtes (l'origine de ces boîtes et du nom Matchbox dans cet article-ci). Lesney aurait pu imiter une autre compagnie britannique qui fabriquait des voitures en métal moulé, Husky, et n'utiliser qu'un emballage générique pour tous ses véhicules pour sauver des sous, mais ils ont préféré faire les choses autrement. Ainsi, ils ont opté de mandater des illustrateurs afin qu'ils reproduisent fidèlement les véhicules se trouvant à l'intérieur. On retrouvait aussi ces mêmes illustrations dans le catalogue annuel, lequel était gratuit sur demande en magasin, ou par la poste. 

Il y a, je crois fermement, quelque chose de particulier avec ces illustrations faites à la main, ce petit plus que l'on ne retrouve pas dans celles d'aujourd'hui, lesquelles sont entièrement faites via des logiciels comme Adobe Illustrator, Photoshop ou autres. On y perçoit ici le trait de l'artiste fait au pinceau en utilisant différents médiums, ce qui avait certainement son charme. 

Lorsque ma grand-mère m'en achetait une je n'avais pas le droit d'ouvrir la boîte durant le chemin du retour à la maison. Tu vas la perdre, me disait-elle. Alors, je me contentais d'admirer les illustrations sur la boîte. Et justement, j'ai préparé pour vous une petite galerie de ces illustrations. 













































































Le saviez-vous? On estime que depuis 1953 il s'est fabriqué pas moins de trois milliard de véhicules Matchbox.