samedi 3 mai 2025

L'hôpital Maisonneuve-Rosemont

 


L'hôpital Maisonneuve-Rosemont fait énormément parler ces temps-ci en raison de sa vétusté plus qu'apparente et qui récemment fait les manchettes durant les rafales qui se sont abattues dans le secteur il y a quelques jours. Sur la photo qui orne cet article on peut voir le bâtiment tel qu'il apparaissait à la fin des années 50. L'avion, d'où la photo a été prise, survolait l'axe nord-sud, et nous regardons ici vers l'est. 

Ce que l'on définit par hôpital Maisonneuve-Rosemont est en fait la fusion entre l'hôpital St-Joseph de Rosemont et l'hôpital de Rosemont qui s'est réalisée en 1971. L'hôpital St-Joseph de Rosemont a été inauguré en 1950 sur le boulevard Rosemont en 1950 par les Soeurs de la Miséricorde. Il s'agissait en fait d'un sanatorium pour traiter les nombreux cas de tuberculose qui existaient à cette époque. L'hôpital Rosemont quant a lui a été construit par les Soeurs Grises en 1954 en tant qu'hôpital généraliste. 

Au bas de la photo c'est le boulevard l'Assomption où le côté ouest comporte encore une bonne quantité de terrains à vendre pour la construction de maisons. Le boulevard Rosemont quant à lui s'arrête à l'actuel boulevard Lacordaire qui n'était alors qu'une chemin de terre qui suivait à peu de choses près l'ancien tracé de la voie ferroviaire qui rejoignait l'atelier sis au coin de l'Assomption et de la rue Sherbrooke. Plus loin, quelques maisons sur la rue de Monsabré et quelques autres plus loin, possiblement Duquesne. Le tracé des rues Bossuet, et de Cadillac ne sont pas encore tracées. La construction va toutefois s'accélérer durant les années 60 où l'on verra quantité de duplex semi-détachés sortir de terre ainsi que l'école secondaire Louis-Riel à la fin des années 60. L'aménagement du boulevard Rosemont et du boulevard Lacordaire vont accélérer ces construction durant les années 70 et 80. 

Le boisé que l'on voit derrière l'hôpital est ce que l'on appelle le Bois des Pères et l'on peut voir en haut à gauche le monastère des Franciscains. En fait, malgré le nom, la seule portion du boisé qui leur appartient est celle qui se trouve derrière leur monastère. L'autre partie appartenant à la ville. Le Bois des Pères est ce que l'on désigne comme boisé ancestral puisqu'il n'a jamais été rasé. 

L'hôpital Maisonneuve-Rosemont avait été construit en fonction de la population de l'époque mais la grande quantité d'habitations qui se construites ont fait gonfler considérablement le nombre de patients au fil des ans et d'autres bâtiments se sont rajoutés par la suite. Toutefois, l'édifice cruciforme original date d'il y a 70 ans et son état démontre plus que jamais le besoin  urgent d'investissements. 



Le saviez-vous? Le premier hôpital de Montréal fut l'Hôtel Dieu de Montréal, fondé par Jeanne Mance en 1642. La palme du premier hôpital du Québec revient toutefois à l'Hôtel Dieu de Québec, lequel fut fondé en 1639. 

vendredi 12 août 2022

Journée du livre Québécois

 Le 12 août est aujourd'hui connu dans la province comme étant la journée du livre Québécois. Mieux, c'est celle où l'on achète un ou des (encore mieux) livres provenant d'auteurs et autrices d'ici. Et croyez-moi, ce n'est pas le choix qui manque. Cette année mon choix s'est porté sur un livre tout à fait "esstradinaire" (ne le sont-ils tous pas?) et portant sur le patrimoine kitsch au Québec. 


Ce bouquin a été écrit par deux autrices aussi passionnées que passionnantes, Roxanne Arsenault et Caroline Dubuc. Telles des paléontologues chevronnées, elles ont creusé dans la culture pop, recherché dans des archives, rencontré quantité de gens, colligé des tonnes d'information et, avec une infinie patience, ont soigneusement reconstruit le portrait kitsch Québécois, aujourd'hui pratiquement disparu à peu de choses près, sous toutes ses coutures. Rien n'a été laissé au hasard, comme en témoignent les presque 300 pages de ce superbe bouquin. 


Le livre était encore à l'état d'ébauche lorsqu'un jour j'ai reçu un courriel des deux autrices. Elles voulaient me rencontrer afin j'apporte une modeste contribution à l'ouvrage. J'ai rencontré deux filles dynamique carburant à la passion et qui m'ont, d'entrée de jeu, fait une description de leur projet. comment pouvais-je dire non? Ainsi, nous avons passé un bel après-midi jalonné de souvenirs et d'anecdotes qu'elles n'ont pas manqué de conserver précieusement. 



Évidemment, dès le livre sorti en librairie, je n'ai pas tardé à bondir dessus et à le faire dédicacer par ces magnifiques personnes et autrices que sont Roxanne et Caroline! Je suis manifestement fier de mon humble contribution à cette bible du kitsch Québécois et ce livre, j'en suis persuadé, mérite une place de choix dans toute bibliothèque. Disponible dans toute bonne librairie quoique je recommande fortement les librairie locales avant les grandes chaînes, car les librairies locales ont aussi besoin d'amour et d'encouragement. 




Le saviez-vous? Le mot "kitsch" aurait son origine vers le milieu du 19è siècle et le Larousse en donne cette description assez amusante: "[kitsch] se dit d'un objet, d'un décor, d'une œuvre d'art dont le mauvais goût, voire la franche vulgarité, voulus ou non, réjouissent les uns, dégoûtent les autres."




samedi 11 février 2017

consilium

Ma mémoire peut me jouer un tour ou deux (ce n'est malheureusement pas infaillible ce truc) mais il me semble bien que j'ai pris cette photo dans l'église de St-Eustache. Attendez, je vais vérifier dans mes archives photo.

Yep.

C'est ça. L'église de St-Eustache, à St-Eustache tout juste en face des Habits St-Eustache.

On a vu ça dans les cours d'histoire au secondaire (mais pas beaucoup parce que le commerce de la poterie en Mésopotamie était tout aussi important que notre histoire. Enfin.). Alors vous vous souvenez? 

La bataille de St-Eustache? 

Les Patriotes? 

Bon, alors c'est cette église-là. En décembre 1837 des Patriotes s'y réfugient et dehors y'a le colonel John Colborne qui fait poivrer l'église de balles et d'obus. Puis, un peu tanné, il ordonne que l'église soit incendiée pour que les Patriotes en sortent. En tout et pour tout ce sont soixante-dix Patriotes qui meurent durant l'opération et tout l'intérieur de l'église, dont le toit, est complètement brûlé. Seule la structure extérieure a survécu. La reconstruction a été lente puisqu'elle s'est entièrement terminée en 1941.

Donc de l'intérieur j'ai pris en photo ce banc d'église avec un numéro dessus. Je ne suis pas très certain de l'utilité de la chose. Je sais par contre que dans le temps les bancs d'églises pouvaient être «loués» moyennant des sommes qui variaient. C'était une façon pour la Fabrique de faire des sous, en plus de la quête, des dîmes et des offrandes aussi. C'est peut-être pour ça les numéros. Peut-être pas aussi parce qu'il y a bien des églises qui n'en ont pas. Ce n'est pas très clair.




Le saviez-vous? L'extérieur de l'église porte encore les traces des éclats des nombreux projectiles tirés par les Britanniques. En voici deux que j'ai photographiés. 






lundi 20 juillet 2015

quadratum

En 2017, année où l’on fêtera le cinquantième anniversaire d’Expo 67. La Place des Nations, dont je vous ai parlé abondamment ici, , ici, par , par ici et également , devrait, s’il faut en croire les nouvelles (ho ho hi) se refaire une beauté à temps pour que l’on puisse célébrer cet événement grandiose. Mis à part le pavillon de la Jamaïque, la Place des nations est le seul emplacement datant d'Expo 67 et qui ait un tant soit peu conservé son apparence d’origine. Maintenant il reste à savoir si effectivement les travaux de rénovation et de remise en valeur seront terminés (ho ho hi) dans le temps voulu (ho ho hi). Pour l'instant c'est clôturé, donc interdit au petit comme au grand public et l'endroit a l'air d'une soue à cochon. Typique de Montréal lorsque vient le temps du patrimoine bâti. 

Sur la photo d'aujourd'hui, prise en 2007, on voir le socle en béton qui a accueilli la torchère que l'on a allumée officieusement lors des cérémonies d'ouverture le jeudi 27 avril 1967. Après la fermeture d'Expo 67 on a enlevé la torchère, évidemment, et le socle est resté là. Lors de mon dernier passage c'était devenu une poubelle en béton, le trou étant farci d'ordures, chose qui ne m'étonne guère, au demeurant. Parfois, ce sont les citoyens eux-mêmes qui bousillent notre patrimoine bâti. Je me demande également à quel moment va-t-on corriger les informations sur la plaque commémorative qui se trouve à la base de la torchère. En y regardant attentivement on peut y lire qu’Expo 67 a duré jusqu’au 27 octobre alors qu’en réalité, suite à une demande spéciale au Bureau international des expositions à Paris, on a clôturé deux jours plus tard, soit le dimanche 29 octobre. 




Le saviez-vous? On dit souvent qu’Expo 67 a attiré 50 millions de visiteurs or c’est faux. On a enregistré plutôt 50 millions de visites, puisque plusieurs personnes avaient des passeports de saison et revenaient souvent. 

samedi 13 juin 2015

De mémoire et de rouille

Cette navrante observation me provient, d’une part, de plusieurs moments de réflexions suite à mes nombreuses visites dans les brocantes, ventes de garages, marchés aux puces et autres bazars. Dans ces lieux, où j’aime bien me perdre et flâner, on peut trouver à peu près n’importe quoi; des bibelots, des cadres, des objets de décoration, des livres, des articles de cuisine et tout un fourbi d’autres trucs. Au lieu d’aller engraisser les dépotoirs ces objets trouvent souvent une seconde et même une troisième vie.

D’une autre part, là où j’accroche considérablement, c’est lorsque j’aperçois, trop souvent malheureusement, ces boîtes de carton, déposées comme ça, où sont empilées quantité de vieilles photos de famille en noir et blanc. Se débarrasser d’une babiole quelconque est une chose mais de se désobstruer de ces souvenirs, par contre, en est une autre. Parfois je m’arrête devant l’une de ces boîtes et je farfouille un peu. J’y vois des moments heureux; des réceptions, des rigolades sur un balcon ou dans une cuisine, des gens souriants photographiés pour une occasion dont j’ignore tout. J’y vois la vie vécue à une autre époque. Et à ce moment-là je me demande comment se fait-il que ces photos sont là et pourquoi ces photos ne sont pas soigneusement conservées dans des archives familiales?
Il y a de cela plusieurs années j’ai connu un type qui avait une passion considérable pour la généalogie de sa famille. Au moment où il a commencé à s’y intéresser celle-ci était largement décousue et majoritairement inconnue. Pour lui il s’agissait là de quelque chose d’inconcevable. Aussi s’y est-il attaqué de front et a alors entrepris de reconstruire intégralement toute l’histoire de sa famille. Il a passé des journées entières passées devant les microfilms de la Grande Bibliothèque, à faire d’incessantes recherches dans d’autres archives. Soigneusement penché sur ses nombreuses notes, il a consacré un nombre incalculable de soirées à tout assembler, patiemment. Un véritable travail de moine qui a duré très longtemps. Et un jour il est parvenu à y mettre un point final. La généalogie de sa famille était désormais complète; qui s’était marié avec qui, quand et à quel endroit, les enfants engendrés et tout. Il est remonté jusqu’au premier ancêtre arrivé de France. C’est dire la quantité de travail que ça représentait.

Pas longtemps après, crac! Une crise cardiaque foudroyante. Vous savez, du genre qui ne pardonne pas. Une seconde vous êtes là et l’autre vous n’y êtes plus. Ce qui était d’autant plus con qu’il était encore loin de la retraite. Mais bon, la vie est parfois conne comme ça. L’ennui avec tout ça c’est que le type n’était pas en bons termes avec certains membres dominants de sa famille. On pourrait même avancer qu’il était, comment dire, conspué par eux. Mais voilà, après son décès ils n’ont pas eu le choix d’aller dans sa maison pour tout vider. Or, vous savez ce qu’ils ont fait de toutes les boîtes de généalogie de LEUR famille? Ils ont tout foutu sur le bord du chemin. Aussi bête et stupide que ça.

Et même pas sur le bord du chemin pour le recyclage, non, pour les ordures. Lorsque le camion a tourné le coin pour s’amener ce n’est pas que des boîtes de carton que l’on a balancé dans la benne pleine de jus de vidange, c’est toute l’histoire de leur famille qui a pris le bord de la dompe.

Je ne connais pas l’histoire qui se cache derrière toutes ces boîtes de photos de famille que j’ai croisé trop souvent mais il n’en demeure pas moins que je trouve ça d’une tristesse sans borne. Je ne peux m’empêcher d’y faire un parallèle avec la façon dont on traite notre patrimoine collectif, puisse-t-il être artistique, architectural ou autre. Combien de fois au fil des ans avons-nous assisté à la destruction sauvage de notre patrimoine bâti pour y voir s’ériger à sa place des autoroutes, des stationnements ou encore des condos? Combien d’œuvres d’art publiques sont présentement laissées à l’abandon le plus total dans l’irrespect le plus total des artistes impliqués? Et combien des chapitres de notre histoire sont carrément réduits à de simples petites plaques?

En janvier 2011, suite à la publication de mon article sur l’incendie du Laurier Palace où, je vous le rappelle, 78 enfants avaient trouvé la mort, j’ai décidé d’envoyer une lettre en bonne et due forme à la ville de Montréal. Ma missive était en fait une requête. En effet, il n’y a rien d’officiel pour rappeler la mémoire des enfants décédés dans cet incendie et c’était là, je l’ai souligné deux fois plutôt qu’une, une carence importante qu’il fallait corriger. Évidemment, la ville étant la ville, je n’ai pas espéré une réponse rapide alors j’ai attendu. Et j’ai attendu encore. Quelques six mois plus tard, n’ayant pas eu de réponse et encore moins un accusé de réception, j’ai décidé de réécrire une nouvelle lettre en l’adressant cette fois au maire de l’époque, Gérald Tremblay. Après une longue attente de plusieurs mois toujours, rien. Niet. Zip. Nada.

Entretemps, vers 2012, suite aux vaillants efforts de Sharon Share, la fille d’une des victimes de l’incendie du Blue Bird en 1972, la ville de Montréal a acquiescé à sa demande d’installer un mémorial à la mémoire des gens décédés durant cette tragédie. On a installé non seulement une magnifique plaque de granit avec tous les noms des victimes mais on a également organisé une exposition à l’hôtel de ville.

Fort de cette initiative, et entrevoyant ici ce que je considérais alors une certaine ouverture de la ville en ce sens, j’ai de nouveau envoyé à la ville et au maire une nouvelle lettre car si celle-ci avait pu mettre en place un mémorial pour les victimes du Blue Bird alors certainement elles pouvaient aussi faire de même pour celles du Laurier Palace. Encore une fois ma lettre est demeurée sans réponse, un peu comme si j’envoyais mes lettres sur Mars. Peut-être se sont-elles rendues là et que ce sont les futurs explorateurs de la planète rouge qui vont les découvrir avec stupeur. Mais trêve de plaisanterie.

L’hiver dernier j’ai décidé de tirer une nouvelle salve, cette fois sous forme d’un courriel directement expédié au maire Denis Coderre. Après quelques mois, ô surprise, ma lettre a finalement trouvé oreille et l’on m’a demandé de fournir quelques renseignements supplémentaires quant à ce qui se trouve sur les lieux présentement. Or, voici de quoi il en retourne au moment où l’on se parle; le Laurier Palace en tant que bâtiment n’existe plus et à sa place aujourd’hui se dresse, un peu en retrait du trottoir, l’Église Évangélique Hispanique Bethel de l'Alliance Chrétienne & Missionnaire. Sur le mur de brique, un peu à gauche de l’entrée, il se trouve une toute petite plaque de rien du tout en plastique noir que voici, telle que vue de la rue. La voyez-vous?

La plaque est à gauche de l'escalier. C'est le truc en plastique noir défraîchi. J’ai donc fourni les renseignements et observations dans ma réponse et puis j’ai attendu que le tout passe dans la machinerie bureaucratique et pas longtemps après j’ai reçu une réponse, que je vous transmets intégralement.

Cette missive est la réponse caractéristique à laquelle je m’attendais et qui démontre, une fois de plus, de quelle façon la mémoire de notre passé est volontairement oblitérée, lentement mais sûrement, un peu comme ces vieilles publicités murales. Visiblement il est clair que la ville ne semble pas intéressée. Dans le troisième paragraphe on me dit, en parlant de la plaque, «...ne soit pas récente, elle a une valeur historique en tant que telle et est encore bien lisible.» D'abord, non, ce n'est pas une plaque officielle car il n'y aucune mention de la ville de Montréal ou de quelconque autre organisme. Ensuite on mentionne que la plaque est sur un édifice privé et que la ville ne peut intervenir. Dans ma lettre adressée au maire, je n'ai aucunement mentionné de modifier la plaque existante mais bien de créer un mémorial ailleurs, soit, comme pour le Blue Bird, avec une plaque au sol en bordure du trottoir avec les noms des victimes ou encore dans le parc qui se trouve en face. On me renvoie d’une part à l’atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve ainsi que sur le site du service des incendies de Montréal. On contourne ici habilement le but de ma lettre mais la ville referme habilement le couvercle. Cela signifie que si le bâtiment est un jour démoli pour être remplacé par des condos (fiez-vous sur moi là-dessus) presque plus rien ne subsistera de ce qui s’est passé en ce fatidique 9 janvier 1927. Rien.

La devise du Québec, «Je me souviens», on la doit à Eugène-Étienne Taché, lequel a fait graver ces trois mots dans la pierre sous les armoiries du Québec. De cette devise, l’historien Thomas Chapais a dit, et je cite; « [...] la province de Québec a une devise dont elle est fière et qu'elle aime à graver au fronton de ses monuments et de ses palais. Cette devise n'a que trois mots : « Je me souviens » ; mais ces trois mots, dans leur simple laconisme, valent le plus éloquent discours. Oui, nous nous souvenons. Nous nous souvenons du passé et de ses leçons, du passé et de ses malheurs, du passé et de ses gloires1 ».

Si la mémoire des victimes du Laurier Palace vous touche et vous importe, je vous prie de joindre votre voix à la mienne en demandant à ce que la ville de Montréal acquiesce à ma demande. En autant que je suis concerné cette reconnaissance est essentielle et je ne compte pas lâcher le morceau tant et aussi longtemps que la mémoire des enfants ne sera pas dûment, et officiellement, honorée parce qu'entre-temps ce n’est pas que notre Histoire, collective ou familiale que nous obnubilons, c’est aussi nous-mêmes.

1 ibid., consulté le 19 août 2008.

dimanche 6 juillet 2014

La place des Nations, un avenir toujours incertain


C’est passé dans le journal Métro du 3 juillet 2014 à la page 3 sous la plume de Laurence Houde-Roy. Alors qu’est-ce qui se passe donc avec la place des Nations? Ben voilà, il était prévu investir des sous pour retaper et remettre en ordre la mythique place. Si, parce qu’au fil des ans la négligence caractéristique de la ville par rapport à son patrimoine architectural ainsi que les éléments ont transformé la place en un lieu qui fait davantage penser à Pripiat.

La place des Nations je vous en ai parlé souvent ici, à plusieurs reprises même; ici, par-là, encore ici, là également, par ici, sans oublier ici également et aussi. C’est pratiquement un cheval de bataille. Pourquoi? Je vais piger dans l’article du Métro encore une fois et vous allez comprendre de suite. Ainsi, lors d’une réunion du comité exécutif à la ville, Denis Coderre y est allé de cette déclaration, et je cite :

«On ne peut pas dépenser de l’argent [inutilement]. Vous aurez à me convaincre [de la valeur de ce projet].

Ça, c’est le maire de Montréal qui dit ça. Allons plus loin où il rajoute, et je re-cite encore : «[La place des Nations] ça m’a plus l’air du festival de la manne [que d’autre chose]. Je ne suis pas sûr qu’on devrait faire ça». Mettre de la tourbe sur le parterre au milieu, pas de problème, le maire n’a pas l’air contre. Maintenant allons voir du côté de l’opposition officielle, dûment représentée par Richard Bergeron, le chef du parti Projet Montréal. Que dit-il à ce sujet?

«C’est du gaspillage d’argent. C’est un racoin, prisonnier entre un viaduc autoroutier et une sortie en descente».

Monsieur Bergeron, faut-il le souligner n’est pas convaincu mais alors pas du tout que l’endroit, une fois retapé, attirerait les gens. Maintenant, je vais y aller avec une question directe et crue : savez-vous pourquoi le patrimoine architectural de Montréal est sur le cul?

Relisez les déclarations de messieurs Coderre et Bergeron et vous allez tout comprendre. En fait, en retournant en arrière, on peut constater que les maires précédents ont à peu de choses près tenu un discours semblable sur le legs bâti de notre ville. C’est pour ça qu’on voit pousser partout d’insipides clapiers de béton aux noms tout aussi chiatiques en rasant tout ce qu’on peut sans se soucier de quoi. C’est de cette façon-là qu’on a perdu la maison Van Horne, Ben’s Deli, Orange Julep (sur Sherbrooke) et combien d’autres qu’il serait trop long d’énumérer ici. C’est aussi à cause de l’incurie des élus que des organismes comme Héritage Montréal et Sauvons Montréal ont vu le jour. Mais par-dessus tout, je le redis et le répète encore, ce ne sont pas que des bâtiments que l’on démolit mais aussi ce qu’ils représentent.

Idem pour la place des Nations.

Qu’est-ce que le monde entier connaissait de Montréal avant 1967? À vrai dire, pas grand-chose. D’accord, y’avait des voyageurs qui venaient de temps à autres mais la plupart des gens des autres pays n’avaient aucune idée de ce qu’était Montréal ni de ce que cette ville avait l’air. En d’autres mots nous n’étions pas vraiment sur la «map».

Tout ça a changé le 28 avril 1967 lorsque les caméras de plusieurs diffuseurs télé d’ici et d’ailleurs ont capté la cérémonie d’ouverture d’Expo 67, laquelle se tenait, justement, à la place des Nations où s’étaient rassemblé 7,000 invités tant dans les gradins qu’au parterre. Pour quantité de gens de plusieurs pays dans le monde, lorsqu’ils ont regardé tout ça à la télé, les premières images qu’ils ont eues de Montréal étaient celles de la place des Nations. Au fil de l’évènement les dirigeants des pays qui participaient à Expo 67 se sont tous succédé à la tribune et quantité de vedettes s’y sont produites. Il se trouvait toujours quelque chose de différent à y voir et entendre.

Mais voilà, nos élus contemporains ne considèrent pas ou peu, que d’investir de l’argent dans la réfection de la place des Nations soit quelque chose d’utile. Denis Coderre parle de dépense plutôt que d’investissement et Richard Bergeron utilise le mot «gaspillage», ni plus ni moins. Dernière question : que nous reste-t-il d’Expo 67?

  • La biosphère? Elle n’a plus son aspect d’origine depuis l’incendie de mai 1976 et présentement son sort est nébuleux.
  • Le pavillon de la Corée? Soyons sérieux, il ne s’agit plus que d’un condo à siffleux et pigeons doublé d’un abribus glorifié dont il ne reste que les colonnes et le toit.
  • Le pavillon de la Tunisie? Il ne ressemble en rien à ce qu’il avait l’air en 1967. C’est devenu un espace tout à fait morne et parfaitement ordinaire. Mention citron pour avoir placé la mosaïque de l’artiste Tunisien Zoubeir Turki à un bien mauvais endroit (indice: chasse d'eau).
  • Le pavillon de la France? Ne me faites pas rire. On l’a défiguré pour agrandir cette abomination qu’est le casino.
  • Le pavillon du Québec? Un de ses architectes, Luc Durand, m’a confié que le pavillon a tellement été modifié qu’on peut tout simplement dire qu’il a été détruit.
  • Le pavillon de la Jamaïque? Il a été restauré mais il sert à quoi au juste?
  • Le pavillon du Canada? Il loge l’administration du parc Jean-Drapeau.
  • Les canaux qui faisaient le charme de l’île Notre-Dame? On les a remplis de terre.
  • Le stabile de Calder? Non seulement il n’occupe plus son emplacement originale mais il s’en est fallu de peu pour que l’immense sculpture se retrouve au milieu d'une intersection de Montréal, quelque chose qui aurait eu autant de sens qu’un poisson dans un arbre.

Voyez? Physiquement il ne reste presque rien de cet événement qui nous a amené 50 millions de visites et qui a fait permis à Montréal de s’ouvrir sur le monde et vice-versa. Même la mémoire de l’événement est tronquée puisqu’il se trouve encore quantité de gens qui confondent Expo 67 et Terre des Hommes. Pourquoi? Parce qu’on semble avoir sciemment choisi d’envoyer aux poubelles tout ce qu’Expo 67 a été et a représenté.

Y’a aussi un autre bout qui faisait partie intégrante d’Expo 67 et qui s’appelait la Cité du Havre. Vous savez, c’est là qu’on a construit Habitat 67 et où se trouvait aussi de magnifiques pavillons. Évidemment on a tout rasé. Ne reste que les fragments asphaltés des allées piétonnières ainsi que les moignons de lampadaires que l’on a décidé de couper à la torche. Plus à l’ouest, laissé à l’abandon dans la négligence la plus totale, la Giboulée de l’artiste Jean Cartier, gît telle une épave.

Mieux, ou pire c’est selon, il se trouve à la place des Nations, bien fixée sur le socle de béton où se trouvait la torchère, une plaque qui commémore Expo 67 mais qui comporte une erreur notable; en effet il y est indiqué qu’Expo 67 s’est terminée le 27 octobre alors qu’en réalité elle s’est terminée le 29 octobre. Cette erreur est tout simplement due au fait que pour inscrire la date de clôture on s’est fié au guide officiel, lequel a été conçu et imprimé en 1966. Les dirigeants d’Expo 67 se sont rendu compte que clore l’évènement le 27 octobre, soit un vendredi, ne faisait pas de sens alors on a présenté une demande spéciale au Bureau International des Expositions pour repousser la fermeture de deux jours afin que ça puisse tomber un dimanche. Ce qui, faut l’avouer, avait plus de sens.

Sur le site d’Archives Canada ce n’est pas diable mieux puisque l’on apprend, avec stupéfaction, qu’il se trouvait dans le pavillon américain, bien exposé, les parachutes… de la navette spatiale. Non, je ne rigole pas, allez voir par vous-mêmes. C’est ici. Sérieux! La navette spatiale, bordel! Un bidule dont le budget de développement n’a été approuvé par Nixon qu’en 1972. On se serait attendu d’un peu plus de rigueur de la part d’un organisme officiel chargé de conserver la mémoire de notre Histoire.

La place des Nations, telle qu’elle se trouve dans l’estime de nos politiciens actuels, s’inscrit dans cette longue liste où la mémoire d’Expo 67 est malmenée. Mais bon, je m’égare un peu mais n’en reste pas moins que je ne comprends d’aucune façon la réaction de nos dirigeants politique par rapport au sort de la place des Nations. Plutôt que de parler de dépenses ou de gaspillage, pourquoi ne pas parler d’investissement? Pourquoi ne pas profiter de cette occasion unique pour faire de la place des Nations un mémorial d’Expo 67 couplé d’un centre commémoratif ou centre d’interprétation? Parce que voilà le truc: nous n’avons pratiquement aucun mémorial sur cet événement, le plus important et le plus significatif du 20è siècle au pays. L’information, comme je vous l’ai montré, comporte des erreurs flagrantes quand ce n’est pas du galvaudage pur et simple. Ce qui en résulte est un enfouissement graduel de la mémoire d’Expo 67 et, comme bien d’autres pans de notre Histoire, on en viendra un jour à ne plus se souvenir. Cela viendra, encore une fois, confirmer ce que je dis depuis des lustres; que la devise du Québec devrait être : Je me souviens… de rien. 

«Aussi, avec une ferveur égale à celle qui m’a toujours personnellement animée, je conserve l’espoir qu’il sera possible de préserver de la destruction, des bâtiments et des éléments, qui devraient continuer de rappeler d’une façon permanente en terre d’Amérique, la réalité d’une civilisation universelle, reconstituée quant au passé, des choses qui ont résisté à l’usure du temps, de celles qui ont triomphé des haines et des guerres, et quant à l’avenir, exprimée par des formes architecturales ou graphiques, nouvelles ou renouvelées, des états actuels de la science ou de l’art, et surtout, par des indications claires et précises, du recul des frontières de la misère et de la faim, de l’ignorance et de la pauvreté

Jean Drapeau
Extrait de discours, 1967
Place des nations







Le saviez-vous? Lors d’Expo 67 les dirigeants de nombreux pays donnaient des discours à la place des Nations mais malheureusement cela coïncidait avec le passage de l’aéroglisseur dont le vacarme enterrait l’allocution, ce qui ne manquait jamais de faire rager le commissaire-général d’Expo 67, Pierre Dupuy.

samedi 21 juin 2014

Medical Arts Building


À l’intersection des rues Sherbrooke et Guy se dresse le Medical Arts Building, un imposant édifice construit en 1923 selon les plans des architectes Ross et MacDonald. Ce bâtiment a la particularité d’avoir été le premier à Montréal à avoir une vocation entièrement médicale, d’où son nom. On comptait, répartis sur dix étages, pas moins de 35 médecins (dont une femme), 4 dentistes ainsi qu’un laboratoire radiologique. La clientèle, on le devine, était celle fortunée du Golden Square Mile, ce secteur de la ville où se trouvaient les gens les plus riches de Montréal. C’était bien entendu l’époque où tous les services médicaux étaient payants et facturés aux patients. Par contre, en raison du règlement municipal alors en vigueur, on ne pouvait pas construire plus de dix étages. Ce règlement est modifié en 1924 puis en 1929 où la limite est alors fixée à 33 étages. Aujourd'hui le bâtiment a retrouvé sa vocation originale puisque l'on y retrouve une clinique médicale, une clinique radiologique et une pharmacie. 


Le saviez-vous? Les gratte-ciels n’auraient jamais existé sans cette invention bien particulière qu’est l’élévateur. La première compagnie de ce genre à Montréal fut la Montreal Steam Elevating Co. Elle a été rapidement suivie par d’autres tels Boyd & H.W., Miller Bros & Toms, Elevator Works, Otis et Turnbull.

samedi 27 avril 2013

domum atholstan


Détail du portique d’entrée de la maison Atholstan sur la rue Sherbrooke ouest. Lord Atholstan n’est pas le nom d’un vilain de la série Batman mais le titre de noblesse de Hugh Graham. Ce monsieur, avec George T. Lanigan et Marshall Scott, a fondé le journal Evening Star en 1869 et qui se vendait à l’époque 1 sou. C’est ce journal qui deviendra plus tard le Montreal Star. Graham devient chevalier en 1908 de par le roi Édouard VII, puis lord Atholstan en 1917 de par le roi George V.

Graham était un supporter de la conscription, cette mesure d’enrôlement militaire obligatoire. La conscription n’est pas une mesure populaire et puis bon, y’a des types, quelque peu radicaux, qui ne partagent pas tout à fait la prise de position de Graham et lui font savoir en faisant sauter sa maison de villégiature. Boum! Heureusement le personnage n’y était pas, mais tout de même.

Quant à sa résidence principale les plans ont été confiés aux architectes Dunlop et Heriot. Les travaux ont commencé en 1894 pour se terminer un an plus tard. Des modifications ont été apportées en 1905 par les architectes Heriot et MacVicar et les derniers ont été apportés en 1978 par George F. Eber. Le magnifique bâtiment en grès, a heureusement été épargnée de toutes sortes d’ajouts et de modification modernes de sorte qu’il se trouve aujourd’hui assez identique à ce qu’elle avait l’air dans le temps. On l'a intégré au complexe de la maison Alcan en 1983.

 
Saviez-vous ça vous autres? Hugh Graham là, ben yé mort en 1938 pis avec lui, le titre de baron. Pourquoi? Ah ben ça c’est à cause d’la bonne vieille tradition patriarcale. Voyez-vous, Graham a eu une fille mais pas de garçon pis l’affaire, pour qu’un titre de noblesse soit transmit faut que ça soit un ti-gars autrement vous allez chesser su'a corde comme une vieille débarbouillette. Faque, on soupire pis on roule des yeux tout l’monde en même temps.

jeudi 18 avril 2013

Splish splash

Dites, vous avez une baignoire chez-vous?

Question idiote, vous allez me dire. Qui c'est qui n'a pas de bain aujourd'hui à la maison. On va donc reculer de quelques cases par en-arrière. Juste assez pour revenir au début du vingtième siècle.

Maintenant, combien de gens possèdent des choses aussi rudimentaires que l'eau chaude et une baignoire?

Pas beaucoup.


Les gens aisés financièrement en ont, possiblement avec un chauffe-eau Gurney tel qu'annoncé dans cette publicité de 1889, mais les pauvres, qui constituaient une bonne partie de la population n'en avaient pas du tout. Fallait donc faire preuve d'ingéniosité pour ne pas sentir le p'tit canard. Une des méthodes utilisées était de l'eau chauffée sur le poêle et qu'on versait dans une cuve, souvent en fer blanc. On changeait l'eau entre chacun, non?

Pas vraiment. Chez les gens pauvres ou de la classe ouvrière l'eau était une commodité de luxe, parfois achetée d'un porteur d'eau qui la puisait quelque part comme le fleuve, la mettait en tonneau et parcourait les rues pour la vendre.

Il y avait d'autres façons de se garder propre; on allait directement dans le fleuve ou sur les abords du canal Lachine par exemple (si, si). Les gens s'y jetaient complètement à poil. Souvent, pas trop loin de la rue. Assez proche pour que, si vous étiez un homme, l'on sache de quelle religion vous étiez. On a voté des lois contre ça. Deux fois même. En 1865 et 1870 mais ça demeurait un «sport» populaire. Au grand dam des dames qui s'en faisaient parfois mettre un peu trop dans la vue.

Avant de souhaiter aller vivre dans le passé où se baigner à poil à Montréal semblait coutume, sachez que si vous vous faisiez pogner ça risquait de vous coûter gros. Parlez-en à ces six hommes et femmes qui se sont fait prendre à complètement à poil en 1889 alors qu'ils se baignaient à l'île Ronde (aujourd'hui le lac des Dauphins et dont le parc d'amusement tire son nom). Ils ont été condamnés à payer $5 d'amende, qui était une sorte de petite fortune dans le temps. Dans les cas de récidive le montant pouvait grimper à $40 et deux mois de prison.

Autre affaire à retenir: l'eau du canal Lachine n'était probablement pas la meilleure pour s'y baigner. Sûrement que toute la concentration d'industries de toutes sortes n'y est pas étrangère... Les normes environnementales dans ce temps-là étaient à toute fins pratiques inexistantes.

C'est pour ça que l'on a construit tout un tas de bains publics un peu partout. Il en existe encore un certain nombre, quoi qu’aujourd’hui on les appelle tout simplement des piscines. Mais si vous ouvrez l’œil vous verrez sur ces bâtiment les anciennes appellations. C'est le cas du Bain Quintal, du Bain Mathieu et aussi le Bain Maisonneuve. Prenons ce dernier comme exemple, si vous le voulez bien.

La ville de Maisonneuve est une municipalité qui a le vent dans les voiles et pour l'élite qui en mène la destinée, y'a rien de trop beau pour la classe ouvrière et c'est le cas de le dire. On veut faire de Maisonneuve un ville moderne, dotée de ce qu'il y a de mieux et de plus beau. Incluant un bain public qui ferait des jaloux. L'idée d'un tel bain est venue du maire de la ville de Maisonneuve, Alexandre Michaud ainsi que des frères Dufresne (propriétaires du château du même nom sur la rue Sherbrooke).

 (Crédit photo: Musée McCord)

Les plans du bain sont dessinés par Marius Dufresne qui s'adonne justement à être architecte. Et Marius ne lésine pas sur le style. Remarquez il aurait pu faire une simple boîte en brique tout à fait banale pour que ca ne coûte pas trop de sous mais il a plutôt opté pour le style beaux-arts. Et avec la pédale dans le tapis à part cela. C'est d'ailleurs un peu pour cette raison que le budget initial de $30,000 ($610,000 aujourd'hui) a été légèrement dépassé pour se chiffrer, sur la facture finale, à près de $300,000 ($6 millions aujourd'hui) comme quoi les dépassements de coûts faramineux ne sont pas une invention récente.

Malgré que Marius semble avoir été fortement inspiré par le bain public situé sur la 23è avenue à New York le résultat a de quoi impressionner; colonnades, portique, grand escalier, fronton et statues imposantes. C'est d'ailleurs un des plus beaux bâtiments de ce genre en Amérique du Nord. 


La construction a commencé en 1914 et l'année suivante on s'y lavait et on s'y baignait. En 1920 la police de Montréal s'est servi du gymnase a des fins d'entraînement et ça, jusqu'en 1960. Aujourd'hui le bain Maisonneuve ne sert plus de bain public, évidemment, et les anciens bains privés dans lesquels les ouvriers se lavaient ont été enlevés vers 1962. Par contre la piscine y est toujours et on peut y patauger allègrement. 

 
Saviez-vous ça vous autres? Quand une famille dans l'temps devait s'laver c'était un après l'autre, du père jusqu'au plus jeune. Dans cet ordre-là. Faque veut, veut pas, après trois ou quatre «lavages» l'eau commençait à avoir l'air d'la Rivière-des-Prairies pis rendu à bébé l'eau était rendu noire comme de l'encre. Fallait faire attention pour pas vider la cuve par la fenêtre sans vérifier si l'bébé en question était pas dedans. Connaissez l'expression «Ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain?». Ça vient de là. 

vendredi 11 janvier 2013

Encore de belles ruines


Tiens, il me semble qu'il y a un bout que je ne vous ai pas égratigné la cornée avec mes photos. Je rectifie donc celà dès aujourd'hui avec, en vedette, ce cliché pris à la Place des Nations à la fin d'avril 2007. Il s'agit du gradin nord, ou plutôt de la partie arrière. Incidemment on aurait souligner dans les médias qu'il y a cinquante ans, en décembre 1962, le gouvernement canadien créait officiellement la Compagnie canadienne de l'Exposition universelle de 1967 la société d'État dont le mandat fut de créer Expo 67 de toutes pièces. 

Cette photo illustre très bien à mon sens toute l'importance que l'on accorde à Expo 67 et la très grande portée de son rôle dans notre ouverture collective au monde entier. Travaillons encore un peu plus fort et dans peu de temps il ne nous restera plus rien sinon que quelques cartes postales aux coins abîmés.

dimanche 14 octobre 2012

Hôtel Ste-Marie au tournant du siècle



Déterminer à quelle endroit cette photo a été prise à été relativement facile. Et rapide. Le truc? le quatrième et dernier bâtiment, qui est incidemment le seul a avoir survécu. Vous le reconnaissez? Je le mentionne dans cet article où je parle de l'innondation de 1886.

Allez-y, je vais vous attendre ici.

Voilà, vous l'avez reconnu cet édifice? Il s'agit de la station de pompage Craig. On lui a donné ce nom parce que dans ce temps-là la rue St-Antoine s'appelait comme ca. Elle se terminait à De Lorimier où elle rejoingnait Notre-Dame.

Dater une photo d'époque est parfois un peu plus compliqué. Dans ce cas-ci je ne suis pas arrivé à déterminer l'année exacte quoique je suis arrivé à cerner une période relativement précise. Comment?

Avec le bâtiment sur le coin de la rue, celui où l'on affiche des publicités pour la bière Molson, Frontenac et Dow. Contrairement à ce qu'on pourrait penser il ne s'agit pas d'une taverne mais bien d'un hôtel. L'hôtel Ste-Marie, plus précisément. Le nom est partiellement visible sur la devanture. On peut y lire «Hôtel Ste....». Une consultation dans les Lovell m'a permis de constater que l'hôtel Ste-Marie, propirété d'un certain monsieur P.P. Raby, n'a eu pignon sur rue que de 1900 à 1910. Avant 1900 et après 1910 il n'y a aucun hôtel sur Craig. Curieux tout de même que l'hôtel ait été inscrit dans la liste alphabétique mais pas dans l'index des rues où les inscriptions sur la rue Craig ne se rendent pas jusqu'à De Lorimier. Enfin.



Le secteur a évidemment changé. La petite rue Erié, tout juste au nord de Craig existe encore aujourd'hui mais la rue Shaw a disparu, tout comme le poste de pompiers #8 qui se trouvait au coin de cette rue sur Craig. La partie ouest de la Canadian Rubber aussi y a goûté tout comme l'ancien hôtel Ste-Marie et les trois maisons voisines. Ces espaces étant aujourd'hui occupés par les piliers du pont Jacques-Cartier. A l'ouest on a précédé à une démolition massive du quartier Ville-Marie pour faire place d'abord à Radio-Canada et, plus tard, à l'autoroute Ville-Marie. Seule la vieille station de pompage est encore là. Ah, et la bière Molson itou! Voici maintenant de quoi a l'air l'endroit aujourd'hui.


Mise à jour (6.01.2014): Un lecteur m'a fait part de la mention Craig ouest, que l'on peut lire sur l'image du Lovell, ce qui aurait placé l'hôtel Ste-Marie beaucoup plus à l'ouest mais il s'agit d'une erreur de l'imprimeur et la faute revient ici au typographe qui tout simplement mit un W au lieu d'un E. En consultant ce même Lovell de 1905 dans la liste alphabétique des résidents, on peut y voir monsieur Raby et son hôtel, bien identifiés à l'adresse véritable, soit au 912 Craig est.

 

lundi 6 août 2012

Le chalet du square Gallery

La population majoritaire irlandaise de Griffintown, ont le sait, était une communauté dynamique et très vivante en dépit de sa pauvreté. Outre l'église Sainte-Anne, les manifestations les plus colorées se déroulaient pas très loin, au square Gallery. C'était au temps où l'on traversait le canal Lachine de par le pont Wellington.

 En 1907 le terrain où sera construit le futur square est encore occupé par un espace vert. La ligne tout juste à droite en noir et blanc est la vieille ligne de chemin de fer dont il ne reste que le pont tournant sur le canal Lachine.

Au début c'est un triangle de terrain un peu à l'étroit entre les rues Wellington, McCord et St-Léon, si l'on se fie à une carte de 1907. Une autre carte, de 1914, nous montre une configuration quelque peu différente où le square semble un peu plus grand. Le mot square ici est trompeur car le terrain est en fait triangulaire. Quoiqu'il en soit c'est un endroit populaire et très fréquenté. Pour les gens qui trimmaient dur pendant de longues heures dans les usines emboucannées, un tel endroit était très apprécié.

Le 15 août 1932 le bâtiment est presque terminé.

Le début des années 30 marque de grands changements pour ce soin. D'abord, il y a la construction du fameux tunnel Wellington (dont je vous ai déjà parlé dans un autre article) et aussi celle du chalet du square Gallery. Le chalet fait partie, comme d'autres bâtiments tels le Jardin Botanique et le chalet du Mont-Royal, d'une série de travaux publics lançés par le maire Camillien Houde pour venir en aide aux nombreux chômeurs affectés par la crise économique de 1929.

 Les armoiries de Montréal taillées dans le granit.

Bas-relief Art Déco sur le côté.

Le chalet, avec son style Art Déco est très joli, mais l'emplacement du tunnel Wellington, tout juste devant, le coupe sur le bord du toupet pas mal. Avec tout son traffic de camions, voitures et tramways le tunnel enlève toute la quiétude de l'endroit et le dézonage subséquent, auquel s'ajoute la démolition de l'église Sainte-Anne, rend le lieu passablement étrange au niveau de l'urbanisme, mais bon, Montréal n'en est pas à une «étrangeté» près au niveau dudit urbanisme.



Le chalet est aujourd'hui toujours là, bardé de banderoles publicitaires. Devant se trouve encore l'entrée condamnée du tunnel Wellington alors que l'arrière, où se trouvait avant un garage d'entretien d'autobus style «coach» est maintenant en train d'être préparé pour la construction de... condos. Mais ça, vous l'aviez probablement déjà deviné.

Le garage d'autobus, à gauche du chalet est maintenant démoli. Là comme derrière on prépare la venue des condos.

Dans un quartier qui subit de plus en plus de transformations, le sort du patrimoine architectural de Griffintown, pour le peu qui en reste, est plus que jamais incertain.

vendredi 11 mai 2012

pelem


Intérieur de la Biosphère, qui fut le pavillon des États-Unis lors d'Expo 67. Conçu par Buckminster Fuller le dôme en aluminium était recouvert d'une coquille en acrylique. Celle-ci a brûlé en mai 1976 ne laissant derrière que l'ossature métallique.

samedi 20 août 2011

L'Église et ses symboles

Il fut un temps, on le sait fort bien, où l'Église catholique au Québec était omniprésente et certainement omnipotente. Outre la religion, l'Église régissait aussi deux châteaux-forts, soit l'éducation et la santé. De par sa position dominante elle imposait la croyance et le respect. Elle était active ailleurs aussi; la Jeunesse Ouvrière Catholique, la Ligue Ouvrière Catholique, Jeunesse Agricole Catholique et la Jeunesse Indépendante Catholique en sont quelques exemples. De par sa position elle forçait les gens à être soumis. L'Église enrobait le tout avec des costumes sacerdotaux impressionnants, des rituels en latin mais aussi avec une foule d'imageries et de symboles que l'on retrouvait dans toutes les églises et qui servaient à impressionner. A faire peur aussi. Parce que faire planer le risque que s'abatte la colère divine était un moyen sûr de s'assurer que les gens marchaient les fesses serrées.

Prenons les anges par exemple. L'image classique de l'ange est bien connue. Il s'agit généralement d'un figure élégante et svelte, vêtue d'une longue robe et affublée de grandes ailes dans le dos. Les anges sont aussi représentés avec des traits doux, d'où l'expression «visage angélique». C'est comme ça qu'on les retrouvait sur des peintures, des sculptures, des bas-reliefs, des pierres tombales et cartons illustrés. Et pendant longtemps les gens ont cru que les anges avaient l'air de ça. De certains diront qu'ils apparaissent dans la Bible, certes. Mais la description que l'on en fait est loin d'être celle que l'Église a toujours véhiculée, surtout celle des anges jouant de la harpe assis sur une poffe de nuage. On peut en voir comme ça dans les églises et dans les cimetières aussi.

Représentation classique de l'ange. Hum... Mignon, mais pas vraiment ancré dans les descriptions bibliques.

Un séraphin par exemple, n'est qu'une tête entourée de six ailes. Ezechiel décrit un ange comme étant une roue dans une roue avec des yeux tout le tour. Il remet ça dans le chapitre 10, verset 14: «Chacun avait quatre faces; la face du premier était une face de chérubin, la face du second une face d'homme, celle du troisième une face de lion, et celle du quatrième une face d'aigle». 

 Un ange, selon Ézéchiel.

Un séraphin, tel que décrit dans la Bible.

 
Chérubin, toujours selon la Bible.

Comme on peut le voir, on est loin des représentations classiques que nous ont servi les artistes de tout genre depuis des centaines d'années et pour lesquelles ils ont abondamment usé de libertés artistiques. Les chérubins en sont un bon exemple puisqu'ils sont devenus des p'tits bouts d'choux, tout nus, avec de petites ailes. Les archanges Michel et Gabriel ont été un peu plus chanceux, se voyant même affublés d'armures de la renaissance. D'autres croyances sans fondement bibliques, comme les anges gardiens, ont aussi perduré. Par contre, on sait, toujours selon la Bible, que leur arrivée causait la crainte, et c'est pourquoi la première chose qu'ils disaient lorsqu'ils apparaissaient aux gens était de ne pas avoir peur.

L'ennemi juré de tout catholique, les curés criaient-ils du haut de leurs chaires, étaient bien entendu Satan, aussi connu comme Belzébuth, Lucifer ou le Ministère du Revenu. Quand les gens entendait parler du diable ils étaient sérieusement apeurés. Le Vilain, on le savait bien, avait la peau rouge, une queue (celle d'en arrière) en fourche, deux cornes sur le crâne, la proverbiale barbiche et qui transportait un trident avec lequel il piquait les pauvres damnés. Représentation classique qui a transcendé tous les médias. Que ce soit dans les films, les livres ou les dessins animés, observez comment le diable est représenté...


La Bible et les textes hébreux ne font aucune mention du serpent dans le jardin d'Éden en tant que Satan. Le Nouveau Testament non plus d'ailleurs. +En fait on ne le retrouve pas avant la littérature gréco-romaine et juive et Ézékiel 28 n'est pas une exception car il s'agit d'une référence au roi de Tyr, qui n'est pas non plus référé comme étant le serpent. Dans Enoch 1:69 nous avons Gadreel le troisième ange en importance et identifié comme le serpent du jardin d'Éden et ne l'identifie pas non plus à Satan. Certains spécialistes pourraient faire référence à Solomon 2:29 en référence au personnage où il est mentionné: un diable ou un ennemi qui est entré dans le monde et que plusieurs interprètent comme étant Satan mais certains ouvrages font état de l'utilisation répétée du mot "diabolos" durant cette période et qui pourrait faire référence à un adversaire bien humain mais qui pourrait fort probablement n'être que Caïn qui tua Abel en raison de l'envie. Comme mentionné le Nouveau testament ne fait aucune mention ni référence au serpent du jardin comme étant Satan, à tout le moins pas très clairement mais certains spécialistes avancent que cela se produit dans Révélations 12:9, 20 ou dans Romains 16:20 mais ce ne sont pas les seules représentations. 

En regardant Révélations 12 et 20 nous voyons un grand dragon rouge qui a sept têtes mais qui est aussi un serpent, ce qui fait évidemment allusion à Léviathan. Il s'agit de la seule créature retrouvée dans les traductions Grecques de la Bible hébraïque définie comme étant à la fois un dragon et un serpent et qui possède de multiples têtes. Dans Psaumes 74 nous avons une référence qui définit Léviathan comme étant, dans le texte original, "drakonta" et qui a ne nombreuses têtes. Dans Isaïe 27:1 où Léviathan sera puni avec une grande épée. Ceci nous ramène à une ancienne tradition datant de plusieurs siècles auparavant dans la littérature Ugaritique où c'est Baal, le dieu du tonnerre qui détruit Litan le serpent, le dragon à sept têtes alors l'imagerie dans Révélations ne fait pas de sens en ce qui concerne le serpent du jadin. Dans Romains 16:20 on mentionne que le Dieu de la paix va écraser Satan sous ses pieds et cela fait écho, pour certains, à la malédiction qui est imposée au serpent dans la Génèse 3:15. La meilleure identification que nous pouvons avoir du serpent dans le jardin nous provient de l'Apocalypse d'Abraham et qui a probablement été composé à la fin du premier siècle ou au début du deuxième siècle après J.-C. et qui n'a pas été inclus dans le Nouveau testament mais dans le chapitre 23 nous avons une indication claire à propos de l'identité de ce serpent et qui ne serait autre qu'Azazel. En regardant dans le livre d'Enoch au chapitre 54 nous avons Azazel décrit comme étant celui à la tête des anges maudits et dans un autre passage le mot Satan est utilisé pour l'identifier.

Satan revient dans le Nouveau Testament, cette fois pour tenter Jésus qui se trouve dans le désert. Là encore on se garde bien de nous dire à quoi il ressemble. Il pourrait certainement n'être qu'une voix désincarnée en autant que l'on est concerné si l'on se fie au récit. Ce même Jésus, à qui l'on doit le Notre Père, mentionne dans la prière «Et délivre nous du mal», et non «Et délivre-nous de Satan».

Alors d'où provient l'image classique? Comme on vient de le voir la Bible est très avare de description et vous pourriez passer des heures à farfouiller la Bible sans y trouver une seule description du diable. Les artistes de l'époque médiévale sont allé puiser leur inspiration dans les légendes païennes, empruntant très largement au dieu Pan et aux satyres, entre autres. Comme ceux-ci avaient l'air particulièrement vilains on s'en est largement servi comme base. Il ne suffisait que de très minimes retouches et les gens n'y verraient que du feu (jeu de mot, ha ha).

Un satyre, tel que décrit dans la mythologie grecque.

A la lecture du livre de Job on serait certainement enclin à se poser une question: comment se fait-il que Satan arrive comme ça aux côtés de Dieu? N'a t-il pas été balancé cul-par-dessus-tête avec sa vilaine cohorte d'anges pas-fins parce qu'il a voulu prendre la place de Dieu? Détrompez-vous. Jamais dans la Bible n'est-il question de cela. Tout ça est la faute de Dante Alighieri. Son prénom vous est probablement plus familier. Surtout si vous avez lu la Divine Comédie, ce poème épique qu'il a écrit au 14è siècle et dont l'Enfer est la première des trois parties. Aussi, Satan n'est pas celui qui est buté en-bas des cieux. Ce rôle est joué par Lucifer qui, dans la Bible n'apparaît que dans le livre d'Isaïe et qui de plus, n'est même pas un démon, il n'est qu'un homme, roi de Babylone qui veut s'élever au-dessus de sa condition d'homme et dépasser Dieu. Donc, Lucifer et Satan sont deux entités tout à fait distinctes l'une de l'autre. Sans lien de parenté. Et si vous regardez le livre d'Enoch, apocryphe du 2è siècle, le chef des anges déchus jeté en enfer n'est pas Lucifer mais bien Azazel.

L'enfer, justement, était le mot tout à fait désigné pour faire trembler les fidèles. Si vous ne faites pas ceci ou cela (ou l'inverse) vous brûlerez en enfer pour l'éternité. Le seul endroit dans la Bible où l'enfer est sommairement décrit est dans l'évangile de Mathieu, chapitre 13, verset 42: «...et ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents». Pas vraiment plus spécifique que cela.

Mais alors, l'immense caverne infernale, ça vient d'où? Cette fois, faites la rencontre de Hieronymus Bosch que vous connaissez sûrement mieux comme Jérôme Bosch. Sans vouloir insinuer que le peintre néerlandais consommait quelconque substance hallucinogène (peut-être n'était-ce que du fromage passé date?) il faut avouer qu'au niveau de la peinture surréaliste, Bosch ne faisait pas dans la dentelle. C'est de sa conception de l'enfer qu'est venue l’interprétation traditionnelle et qui fut véhiculée pendant si longtemps par nos curés.

Bosch. 

Pour ces mêmes curés, l'enfer qu'ils décrivaient avec tellement de verve, était dominé par Satan. Une autre belle conception erronée qu'il faut attribuer cette fois à John Milton et son poème Le Paradis perdu qu'il composa en 1667 et dont une seconde édition parut en 1674. C'est dans ce récit que Satan prononce ce vers célèbre «Mieux vaut régner en enfer que servir au paradis» (Livre I pp.263-264 ; dans la traduction de Chateaubriand, évidemment). Dans la Bible on dit (Pierre, chapitre 2, verset 4) «Car, si Dieu n'a pas épargné les anges qui ont péché, mais s'il les a précipités dans les abîmes de ténèbres et les réserve pour le jugement.» Pas de flammes, pas de lac de feu, pas de diablotins qui tourmentent les âmes et même pas de Satan qui gère le pénitencier assis sur un trône de fémurs et de crânes.

Illustration du Paradis Perdu de Milton.

Certains curés allaient aussi loin que prévenir très sérieusement leurs ouailles de ne pas vendre leur âme au diable sans réaliser qu'encore une fois ça ne venait pas de la Bible mais plutôt du conte allemand Faust, publié au 16è siècle.

Une autre chose que l'on remarque assez fréquemment dans les églises catholiques (d'ici et d'ailleurs) est la représentation de Jésus. Or, que ce soit en sculpture, peinture ou image quelconque ce dernier est à peu près toujours représenté de la même façon; race blanche, grand, élancé, cheveux clairs et petite barbe assortie. Dans tous les films et émissions de télévision il a été représenté par des acteurs répondant bien à cette description. Jim Caviezel ou encore Robert Powell en sont de bons exemples.

Tel que vu dans toutes les églises du Québec.

Tout ça est bien beau sauf que Jésus n'a jamais ressemblé à ça. Tout ce qu'on peut voir de Jésus n'est que pure spéculation artistique. Un jour des spécialistes de l'Université de Manchester en Angleterre se sont penché sur ce problème. En partant d'un crâne israélien remontant au 1er siècle, ils ont utilisé des programmes informatiques complexes, de la peau simulée, de l'argile et les connaissances acquises sur le peuple Juif de l'époque afin de reconstruire la forme du visage, la couleur de la peau et des yeux.

Les résultats ont de quoi étonner. D'abord Jésus n'aurait mesuré que cinq pieds un pouce, soit la grandeur tout à fait moyenne des gens de ce temps-là. Comme tous ceux vivant au Moyen-Orient il aurait eu la peau basanée probablement avec une teinte d'olive. Ses cheveux aurait été très noirs, frisés et son nez aurait été assez visible. Bien que ce ne soit pas la représentation exacte de Jésus, laquelle fut tout de même obtenue à l'aide de la science archéologique et anatomique, ça donne tout de même une excellente référence. Si Jésus avait été un grand bonhomme de six pieds avec de longs cheveux blonds et des yeux bleus, sûrement les Évangiles l'aurait décrit avec tout le contraste qu'il aurait représenté par rapport aux autres. Or, dans l'Évangile de St-Mathieu, quand Jésus se fait arrêter dans le jardin de Gethsémani peu avant la crucifixion, Judas Iscariote doit indiquer aux soldats romains lequel du groupe est Jésus parce qu'ils ne pouvaient le distinguer de ses disciples.
Tel qu'il devrait plutôt apparaître si l'on se fie à la science.

L'Église n'a probablement pas été trop d'accord avec le fait de représenter le Fils de Dieu, triomphant et tout, comme étant un petit homme brun d'à peine cinq pieds avec un pif comme ça. Au temps des Croisades on s'est alors appliqué déjà à ce moment-là à effectuer quelques changement esthétiques. Pour les peintre des la Renaissance, ils ne faisaient que continuer dans cette veine, représentant surtout Jésus sous les traits d'un italien relativement élégant, comme on pouvait en voir dans plusieurs de leurs peintures.

En conclusion, on peut se rendre compte que les symboles représentés dans les églises du Québec et ailleurs n'ont très peu de fondements sinon la liberté prise par d'innombrables artistes au fil des siècles. Quant aux énoncés véhiculés du haut des chaires par les curés, là encore il y a matière à se demander si les gens lisaient réellement la Bible...





Le saviez-vous? On estime que les Évangiles ont été originalement écrits entre l'an 60 et 150, mais ont été recopiés plusieurs fois, tant en hébreu qu'en grec.