dimanche 29 juin 2014

La bouteille de savon Mir

Quelque part au mois de juin. Peut-être 1972 ou 1973. L’école est finie. Plus de classes, plus de devoirs ni de leçons. Devant, y’a le grand tapis des vacances qui se déroule comme ça jusqu’à la fin de août. Deux mois et des poussières où chaque journée est une nouvelle aventure, où chaque sandwich avec chips est un banquet, où chaque moment passé avec les amis dehors est précieux comme l’or. Pas de farniente par contre, ça non. Se lever plus tard que sept heures du matin relève du pur gaspillage de temps de vacances. Du temps qui ne reviendra pas. Toutefois, les vacances sont pour les enfants car les adultes eux, doivent continuer d'aller travailler. 

Cet avant-midi-là, pendant que les parents bossent, je me trouve chez mes grands-parents dans la cuisine alors que ma grand-mère a les deux mains dans le lavabo et je l'observe avec attention. De dehors y’a cette brise chaude et agréable qui souffle alors que l’on entend le bruit caractéristique des cordes à linge qui se font aller et l'écho des voisines qui s'échangent les derniers potins. Une fois la vaisselle terminée ma grand-mère s’apprête à jeter la bouteille de savon vide aux poubelles.

Non non non!! Que je dis à ma grand-mère en la suppliant, la main tendue. Son regard résolument dubitatif passe de moi à cette bouteille vide puis me regarde encore. Elle réalise alors que c’est pour ça que je me tenais là près d’elle mais ne comprend pas ce qui peut être digne d’intérêt. Il ne s’agit, après tout que d’une vulgaire bouteille de savon à vaisselle vide. Toujours sans trop comprendre le pourquoi du comment elle me la tend et moi je la prends comme si c’était un lingot d’or pour ensuite disparaître dehors dans un nuage de boucane avec ma précieuse dans la main. En-bas dans la cour, j’ouvre le robinet auquel est vissé le boyau d’arrosage et entreprend de bien rincer la bouteille. J'en profite pour prendre quelques bonnes gorgées. 

Dans la cuisine ma grand-mère ouvre la porte d’armoire, prend une nouvelle bouteille et la regarde en se demandant bien ce que son bizarre de petit-mioche peut bien trouver d’intéressant là-dedans.

Pour mes amis et moi la question c’était autre chose. Est-ce que c’était leur forme? Les couleurs pastel jaune, rose ou turquoise dans lesquelles elles étaient moulées? Le relief? Les motifs? Leur design particulier? Qu’importe. Ce qu’on savait pour sûr c’est que contenir du savon à vaisselle n’était qu’une fonction bien temporaire qui n’avait que bien peu à voir avec les multiples usages que l’on réservait à ces bouteilles-là!

Ainsi, par exemple, elles complémentaient parfaitement les boîtes de réfrigérateur vide qu’on avait le bonheur de trouver dans la ruelle et qui, une fois bariolées de cadrans et de hublots crayonnés au feutre, devenaient des capsules spatiales. Les bouteilles de savon se transformaient en réserves d’eau potable pour nos lointaines explorations car les mondes lointains en étaient dépourvus, on le savait bien. Les rudes prospections de planètes étranges ça donnait soif. Les éructations à saveur de savon à vaisselle étaient simplement dues à l’atmosphère.

À d’autres occasions, lors de chaudes journées d’été, même les dernières que l’on tâchait d’étirer avant le retour en classe, elles servaient simplement à nous arroser mutuellement. Pourquoi prendre des pistolets à eau anémiques qui ne tiraient pas plus loin que le bout de notre nez et qui se vidaient en deux coups alors que l’on pouvait compter sur une pleine bouteille. C’était aussi bien pratique pour faire de la bouette dont on se servait pour faire des pâtés comme à la plage. Pour nettoyer les Matchbox aussi c’était pratique.

Après moult usages elles se retrouvaient ensuite dans le fin fond de la cour ou sur le rebord de la fenêtre de la cave, attendant que l’on s’en serve encore. Et si elles se brisaient au point où elles ne pouvaient plus contenir d’eau on les alignait sur une planche de bois soutenue par quelques briques et devenaient alors des cibles pour nos fusils à ventouses de caoutchouc. Ce n’est qu’après tout cela qu’elles se retrouvaient aux poubelles. C’est à ce moment-là que ma grand-mère, en faisant la vaisselle, se retrouvait avec un petit-fils à ses côtés et qui demandait s’il en restait encore beaucoup dans la bouteille.

Exemple présentoirs Mir que l'on retrouvait dans certains marchés d'alimentation. C'est tiré d'une publication destinée aux marchands afin de promouvoir et mousser (...) les ventes. On pouvait les acheter à l'unité, en paquet de deux, quatre ou six. 

Puis est arrivé le jour où ces fameuses bouteilles sont complètement disparues sans que l’on ne sache trop pourquoi. On s’est bien trouvé autre chose pour remplacer mais ce n’était pas la même chose. Si vous avez grandi dans les années 60 et 70 alors les chances sont bonnes pour que vous puissiez vous rappeler ces fameuses bouteilles, disparues du marché depuis bien longtemps. J'ai la chance d'en avoir quatre dans ma petite collection, chacune de couleur différente et je crois que c'était les couleurs disponibles. 

On note les couleurs encore très vibrantes ainsi que le modèle en jaune qui prédate les trois autres. Je l'utilise quotidiennement comme bouteille de savon à vaisselle, d'où la présence d'un peu de savon sur le bouchon. Autre fait intéressant, elles ont toutes un bouchon différent. 




Le saviez-vous? Il existe en Europe une marque de savon à vaisselle Mir, laquelle est détenue par Henkel mais qui n’a aucun lien avec le Mir qui fut vendu au Québec car celui-là était fabriqué par Myriad Détergents.