lundi 26 janvier 2026

D'hier à aujourd'hui: le téléviseur

Il n'y a pas si longtemps, un peu avant les Fêtes, j'ai publié un article sur l'évolution du téléphone en comparant l'appareil entre ce qu'il était en 1975 et ce qu'il est aujourd'hui. Maintenant, je vous propose le même exercice mais cette fois en mettant le téléviseur en vedette. 

Le téléviseur a fait sa première apparition  entre 1925 et 1926. John Logie Baird diffusa les premières images de silhouettes animées en 1925 et les premières images de visages humains animés en 1926 à l’aide d’un « téléviseur » mécanique. L'année suivante c'est la télévision électronique. Cette année-là Philo Farnsworth réalisa avec succès la première démonstration d’un système de télévision entièrement électronique, ouvrant la voie à la télévision moderne. 

Toutefois, si les premiers téléviseurs mécaniques furent commercialisés à la fin des années 1920, les téléviseurs électroniques en noir et blanc ne devinrent populaires et relativement abordables qu'après la Seconde Guerre mondiale.

Il est indéniable que l'appareil de télévision a eu un impact tout à fait extraordinaire de par le monde. Avant l'avènement du téléviseur il n'y avait que peu de moyens de se tenir au courant du fil de l'actualité autre que les journaux ou de la radio. La télévision, avec ses diffusions a littéralement changé la donne. 

En juillet 1969 ces vendeurs de chez Kmart aux États-Unis ont momentanément pris une pause afin d'observer l'alunissage d'Apollo 11 diffusé en direct. 

La télévison aujourd'hui


La télévision aujourd'hui est une réalisation technologique impensable au temps de ma jeunesse et encore moins à celui de mes grands-parents. Les résolutions élevées en 4K offrent une clarté et une qualité d'image étonnantes. Ces appareils se dénotent sous différentes coutures: 4K, UHD, OLED, QOLED, plasma et dont je laisse à d'autres le soin d'expliquer quelles sont les différences et avantages des uns et des autres. 

Les prix variant allègrement selon la taille et les technologies susmentionnées, du modeste 24 pouces à une centaine de dollars jusqu'à celui de 98 pouces ayant une étiquette de prix pouvant dépasser les $5,000. 

Les téléviseurs modernes ne peuvent servir qu'en étant connectés soit à des services de diffusion en ligne, de câblodistribution, à des consoles de jeu ou à des lecteurs soit en format DVD ou Blu Ray. Sans ces derniers le téléviseur n'offre que bien peu. Toutefois, bien connectés, ils nous donnent l'occasion de voir à peu près n'importe quel film ou télésérie sur demande.

Le grand désavantage de ces téléviseurs est intimement lié à leur complexité technologique; s'il y a un pépin technique il n'y a souvent peu d'options autre que de s'en débarrasser, de façon écologique bien entendu, et d'en racheter un nouveau.

La télévision en 1975

À cette époque tous les appareils de télévision sont cathodiques et les écrans sont carrés, contrairement au format rectangulaire d'aujourd'hui. Le format de l'image variait dépendamment des pays et des technologies utilisées mais variant entre 300 et 800 lignes horizontales. 

De la couleur? Il s'agit souvent d'un petit luxe. La charmante famille que l'on voit ci-dessus sort des chez Woolco avec, entre autres choses, un téléviseur portatif en noir et blanc. Au Québec, à cette époque, il y avait encore pas mal de gens qui utilisaient des appareils en noir et blanc malgré le fait que les diffuseurs comme Radio-Canada/CBC, Télé-Métropole, Radio-Québec et CFCF offraient tous des programmations en couleur, lesquelles avaient commencé à la rentrée télévisuelle de 1966 à Radio-Canada. Je vous invite d'ailleurs à voir ce magnifique petit documentaire sur cette page du site du diffuseur lui-même

En 1975 la miniaturisation et l'utilisation des transistors a pratiquement éliminé les fameuses lampes. Ceci permettait un mise en marche plus rapide et une meilleure fidélité soit au niveau visuel que de la réception. Les appareils étaient conçus pour durer et la nécessité de recourir à un réparateur n'était plus aussi fréquente. Cependant, un vieux téléviseur à lampes pouvait souvent être réparé sur place par un technicien, comme c'est arrivé en 1970 alors que le téléviseur a fait proutte alors que je regardais la Ribouldingue. Le lendemain un technicien, appelé à grand renfort par ma grand-mère était venu voir le malade. Après avoir tourné l'appareil de bord et enlevé le panneau arrière, il n'a suffi que de peu de temps avant qu'il ne trouve le coupable: une lampe avait brûlée! Il est allé cherché la lampe de remplacement dans son camion, l'a changée, effectué quelques tests et en un tournemain j'étais de nouveau assis devant le téléviseur à regarder mes émissions préférées. 

Le câble, pas encore universel

En 1975 les services de câblodistribution existaient certainement dont Vidéotron qui avait débuté en 1966 et c'était le fondateur de l'entreprise, André Chagnon lui-même, qui montait dans les poteaux pour effectuer les connections. Il y avait aussi Câblevision, service auquel nous nous sommes abonnés vers 1978. Mais un tel service n'était absolument pas obligatoire puisque les stations de télévision diffusaient en ondes libres VHF, lesquelles étaient captées par les antennes des télévisions ou celles installées sur les toits. Le désavantage était que la réception des signaux pouvaient être affectées par une température maussade ou par quelqu'un dans la maison qui utilisait un appareil comme une perceuse, une moulinette ou un couteau électrique. D'ailleurs je me souviens fort bien de ces temps d'orage où ma grand-mère m'interdisait de regarder la télévision. Pas de téléphone non plus car c'était considéré dangereux. On peut le constater en observant la page 3 de l'album de Tintin L'affaire Tournesol. Était ce un danger réel? Oui, car il y avait des risque de recevoir un choc électrique. 

Si aujourd'hui regarder des évènements sportifs ou culturels diffusés de l'autre bout de la planète est monnaie courante il s'agissait de quelque chose extraordinaire en 1975. Deux années plus tôt Elvis Presley avait été la vedette du spectacle Aloha! diffusé en direct via satellite et c'était là tout un évènement. 

Un divertissement presque sur demande

En 1975 les premiers magnétoscopes avaient fait leur apparition mais il s'agissait d'appareils fort coûteux (et lourds!) qui étaient assez loin d'être à la portée du portefeuille de l'ours moyen. Si aujourd'hui on peut regarder n'importe quoi n'importe quand ce n'était pas le cas alors. Vous vouliez voir une telle émission, ou série? Fallait devant être devant le téléviseur au bon moment sinon fallait se contenter de demander à quelqu'un ce qui s'était passé pour se mettre à jour. Les films? Pas de chance. Si l'on voulait voir tel ou tel film il fallait s'armer de patience et attendre que les diffuseurs l'intègre dans sa grille horaire. À cette époque tous les films étaient sur pellicule et après avoir été projetés sur des écrans pendant des semaines les pellicules étaient, comme on dit, maganées avec des éraflures, des taches et autres. C'étaient ces bobines usées que les stations de télévision utilisaient pour les diffuser au petit écran. De plus, les dimensions n'étaient pas les mêmes, de rectangulaire au cinoche à carré pour la télévision alors ils devaient être reformatés pour mieux s'intégrer aux écrans de l'époque. Ah, et rajoutez les pauses publicitaires. Et contrairement à aujourd'hui les diffusions d'émissions se terminaient vers minuit ou une heure du matin avec l'hymne national. Ensuite, c'était l'écran-test avec sa tonalité en continu jusqu'au lendemain, généralement vers six heures où, après l'hymne national, un narrateur récitait la programmation du jour. 

Au Québec il se vendait des appareils de télévision depuis le début des années 50 et l'on pouvait en trouver chez quantité de détaillants de meubles, les commerces voués exclusivement à la ventre d'appareils électroniques n'étaient pas monnaie courante. Radio-Canada/CBC avait d'ailleurs commencé leurs diffusions en 1952. Les programmations n'étaient pas continuelles à cette époque. Combien coûtait un appareil à cette époque? Regardons ensemble quelques publicités de 1952 ainsi que les prix. La comparaison des prix entre 1952 et aujourd'hui a été effectuée avec la Feuille de calcul de l'inflation de la Banque du Canada. 

$279 dollars en 1952 = $3,300 aujourd'hui. 

$329 en 1952 = $3,850 en dollars d'aujourd'hui.

$369 en 1952 = $4,300 en dollars d'aujourd'hui. 

$699 et $579 en 1952 = $8,180 et $6,775 en dollars d'aujourd'hui. 

$329 en 1952 = $3,850 en dollars d'aujourd'hui. 

Comme on peut le constater, les prix étaient assez élevés et donc, hors de portée des acheteurs moyens. Les gens pouvaient alors se prévaloir d'options de paiement étalés sur 24 mois ou encore se tourner vers des services de location d'appareils de télévision. Ceux qui comme moi ont grandi durant les années 60 se souviendront certainement, avec nostalgie, d'une camionnette Matchbox de service de télévison sur laquelle on voyait l'inscription Rentaset. Il s'agissait alors d'une véritable compagnie de location et réparation d'appareils radio et de télévision. 



Le saviez-vous? Le premier téléroman québécois a être diffusé a été Les Plouffe de Roger Lemelin et qui est apparu sur les petits écrans en 1953. Le Survenant a suivi l'année suivante. 





vendredi 15 juillet 2016

La belle d'Hawaï

Hawaï 5-0 est une série policière de télévision créée par Leonard Freeman, produite par le réseau CBS et qui a été diffusée de 1968 à 1980 ce qui, pour une série télé, est très long. Elle mettait en vedette Jack Lord, qui jouait le rôle d'un policier à la tête d'une équipe et qui comprenait entre autres Danny Williams, Chin Ho Kelly ainsi que Kono Kalakaua. 

La série a apporté son lot de clichés populaires dont le fameux «Book 'em Danno!» mais c'est surtout la séquence d'ouverture sur une musique de Morton Stevens qui est demeuré dans la mémoire populaire et qui en a fait un des génériques les plus reconnus de l’histoire de la télé. De l'avis de certains il s'agît du meilleur générique de l'histoire de la télé, que voici d'ailleurs:



On se souvient bien sûr de la fameuse vague du début (dont la séquence apparut aussi dans le film Surfari en 1967). Ce type de vague, parce qu'il y en a plusieurs soit dit en passant, s'appelle un «Banzaï Pipeline». S'ensuit un enfilade de séquences aériennes où l'on peut voir les plages qui s'étendent de Honolulu Harbour jusqu'à Waikiki et qui se termine par une vue de la tour Aloha. Puis vient l'apparition de l'acteur principal, Jack Lord, lequel se tient en haut de l'hôtel Hilikai. Cet hôtel, qui existe encore, a partiellement été converti en unité de condos. Ensuite, quelques séquences de voitures  en mouvement ainsi qu'une magnifique vahiné qui court sur la plage en enlevant son chapeau. La statue que l'on voit ensuite porte le nom de Lady Columbia et surplombe encore aujourd'hui le National Memorial Cemetery of the Pacific. Quelques plans de la belle vahiné, un jeune garçon (Mel Kinney) et ensuite une énergique danseuse hula (Helen Kuoha-Torco) dont la séquence est tirée d'un segment plus long qui fut tourné pour le pilote de l'émission. S'ensuivent les autres acteurs de la série, James MacArthur, Zulu et Kam Fong. Mais au travers tout cette séquence un personnage en a fasciné plus d'un, soit cette magnifique vahiné qui court sur la plage en ôtant son chapeau et que l'on revoit un peu après se tournant vers la caméra avec un regard à faire fondre. Mais qui est-elle au juste?





Il s’agit d’Elizabeth Logue, de son vrai nom Elizabeth Louise Malamalamaokalini White Logue est un hawaïenne née en 1941 et dont le nom hawaïen veut dire «soleil qui se lève au paradis». En 1959, alors qu'elle est âgée de seulement 18 ans, elle est couronnée Miss Air Force. En 1961 elle joue dans le film Odissea Nuda, du réalisateur italien Franco Rossi où un homme épuisé par la vie moderne se réfugie à Tahiti. Là, il fait la rencontre de magnifiques vahinés, dont la charmante Elizabeth, et le bonhomme en viendra à se demander s’il sera capable de quitter cette île que Gauguin trouvait si envoûtante. On a tiré de ce film la bande sonore et que l'on a publié en album 33 tours où Elizabeth figure sur la pochette.



En 1965 Elizabeth se retrouve sur la page couverture du magazine LIFE qui fait la promotion d’Hawaï dans son édition du 8 octobre alors qu’elle est photographiée sur l’île de Kauai, elle a alors 24 ans. Elle paraît de nouveau sur la page couverture de LIFE International dans son édition de novembre qui fait également la promotion des îles.

Un an plus tard elle renoue avec le métier d’actrice alors qu’elle  joue dans le film Hawaï et qui met également en vedette Julie Andrews, Max Von Sydow, Gene Hackman et Richard Harris.
Alors qu’elle travaille comme agent de réservation pour Hawaiian Air Lines, le journal à vocation touristique The Hawaiian Tourist News la fait paraître en première page d’une édition de 1967. D'ailleurs, lorsque le Hawaii Visitors Bureau fait produire un film promotionnel afin d'inviter les gens à venir visiter Hawaï, c'est de nouveau la belle Elizabeth qui y tient la vedette. Cette dernière était décidément la «poster girl» d’Hawaï. Ce n’est probablement pas pour rien qu’on l’a fait apparaître au générique d’Hawaï 5-0.





Autrement, peu de choses sont connues sur Elizabeth. Selon une ancienne collègue de l'université d'Hawaï et Manoa où elle a connu Elizabeth en 1959, elle la décrite comme étant très gentille et aussi très humble tant de sa personne que de sa beauté. Elle aurait éventuellement marié une certain George Logue pour ensuite aller vivre à Tahiti mais le mariage n'aurait pas duré. Par contre il y a eu cette rumeur qui longtemps circulé à l’effet qu’Elizabeth était décédée du cancer en 1988. Il s’agit d’une erreur, c’est tout simplement qu’on l’a confondue avec une actrice et danseuse du même nom qui se produisait souvent sur Broadway, Elizabeth Duggan, née Logue en 1932. Cette information a été confirmée par l'une de ses filles. Quand à la charmante jeune fille qui fait l'objet de cet article elle aurait décidé de se retirer de la vie publique et de vivre dans le plus strict anonymat.



Le saviez-vous? L’île de Kauai, où fut photographiée Elizabeth en 1967, a servi à tourner de nombreuses scènes extérieures du film Jurassic Park. Kauai présentait une géographie et un climat très similaire à l’île fictive d’Isla Nublar telle que décrite par Michael Crighton dans le roman.

mardi 19 janvier 2016

Monsieur Tranquille

Est-ce que monsieur Tranquille, Lesley de son prénom, (la poignez-vous?) a encore besoin de présentations? Bon, pour le bénéfice des plus jeunes générations allons-y donc avec une brève introduction. Allons-y tout de même, si vous le voulez bien. 

En 1975 donc, Télé-Métropole (canal 10 au cadran ou 7 sur le câble et ancêtre de TVA) diffuse une émission pour enfants appelée Patof raconte et créée par Gilbert Chénier, Patof étant bien entendu ce clown russe interprété par l’excellent Jacques Desrosiers. Agissant à titre de bruiteur se trouve, hors-caméra, Roger Giguère et que Patof désigne comme étant monsieur Tranquille.


Un an plus tard Éric Mérinat et Daniel Tremblay créent la marionnette de monsieur Tranquille, représenté comme un vieux monsieur à lunettes et à la calvitie galopante. La marionnette est bien entendu manipulée par Roger Giguère qui lui prête aussi sa voix. Monsieur Tranquille enregistre alors pour endisquer un 33-tours; Faut pas m’chercher, lequel se vend à plus de 40,000 exemplaires. On y retrouve entre autres des chansons qui sont devenues très populaires comme Madame Thibault, Ça va pas dans l’soulier, Faut pas m’chercher, ces deux dernières devenant même des expressions qui sont entrées dans le patois des Québécois.


En 1977 on en profite aussi pour lancer sur le marché une marionnette à l’effigie de monsieur Tranquille, un peu comme l'avait fait Radio-Canada quelques années auparavant avec Bobinette ainsi que Nic et Pic. La fabrication est confiée à l’entreprise taïwanaise Entreprises NSB et les Promotions Atlantique s’assurent de la distribution. Il y a de cela un certain temps j’ai eu la chance de dégoter une de ces marionnettes dans une brocante. En parfait état et ne montrant pratiquement aucun signe d’usure, je n’ai pas eu besoin de me faire prier pour l’acquérir.






Le saviez-vous? Malgré le grand succès du personnage, la carrière de monsieur Tranquille aura tout de même été de courte durée. En 1978 son émission Le monde de monsieur Tranquille, loin d’obtenir du succès, est retirée des ondes à la mi-saison et monsieur Tranquille disparaît alors du paysage. 

jeudi 30 octobre 2014

The Munsters

Aucune période dans l’histoire de la télévision n’a été aussi fertile que les années 60 quant à la quantité et la variété d’émission proposées. Outre les sitcoms traditionnels et shows de vedettes, on a exploré des concepts parfaitement nouveaux; des voyages dans le temps (The Time Tunnel), des explorations sous-marines (Voyage to The bottom of The Sea), des sorcières (Bewitched), des génies (I Dream of Jeannie), des mondes de géants (Land of the Giants), la science-fiction (Lost in Space, Star Trek), des aventures africaines (Tarzan, Daktari), de l’espionnage (Get Smart, The Man From U.N.C.L.E., Mission : Impossible), du western (Gunsmoke, Bonanza), du fantastique (The Outer Limits, The Twilight Zone), des aventuriers masqués (Batman, The Green Hornet), de la fantaisie (My Living Doll), pour n’en nommer que quelques-uns.

En 1964 le réseau ABC (American Broadcasting Company) lance la série The Addams Family, adaptée de la bande dessinée du même nom de Charles Addams. Afin de la concurrencer sur le même créneau, le réseau CBS (Columbia Broadcasting System) décide de créer sa propre série de «comédie d’horreur». L’idée n’est cependant pas nouvelle puisqu’elle a d’abord été initialement suggérée à Universal par Bob Clampett à la fin des années 40. Clampett est un animateur, producteur et réalisateur connu pour son travail avec Warner Bros pour les Looney Tunes et Merry Melodies ainsi que pour avoir créé les personnages du dessin animé Beanny and Cecil. Les choses en sont demeurées là, enfin, jusqu’au début des années 60 alors qu’une idée similaire à celle de Clampett est alors proposée par les scénaristes de Rocky & Bullwinkle, Allan Burns et Chris Hayward. L’idée fait son chemin jusqu’à deux autres scénaristes Norm Leibman et Ed Haas, lesquels pondent alors un script intitulé Love Thy Monster avec des personnages directement inspirés des fameux monstres de Universal et qui ont connu leurs heures de gloire dans les années 30 et 40; Frankenstein, Dracula, The Mummy, The Wolfman et Creature from the Black Lagoon.


À partir de là Liebman et Hass imaginent alors une famille de monstres qui habite une maison délabrée dans une banlieue imaginaire de Los Angeles mais, au lieu de terroriser tout le monde, ils vivent simplement comme tout le monde. Enfin, presque. Et c’est là tout ce qui fait la différence d’avec The Addams Family, laquelle ne met pas en scène des monstres mais bien des personnages excentriques ayant un sérieux penchant pour le sinistre et le macabre et qui se plaisent à être différents. Pour un temps certains bonzes sont convaincus qu’il faudrait en faire un dessin animé alors que d’autres penchent pour une série avec de vrais acteurs costumés. C’est cette dernière option qui sera éventuellement retenue. Maintenant que le concept de l’émission est conçu il ne reste qu’à procéder à la distribution des rôles.

Le patriarche de la famille Munster se prénomme Herman dont le look est directement calqué sur le Frankenstein de Karloff. Aucun danger quant aux droits d’auteurs quant à l’apparence puisque ceux-ci sont détenus par Universal qui produit la série. Le rôle a certaines exigences. Outre le physique il faut un acteur capable de jouer le caractère particulier d’Herman car bien qu’il soit à la tête de la famille il agit parfois comme un enfant et n’hésite pas à recourir à des crises de colère infantiles en tapant du pied et des mains. Il a bon cœur mais il est aussi naïf, ce qui l’empêche souvent de bien comprendre les situations et de percevoir les mauvaises intentions des gens. Très fort physiquement, il peut soulever des poids énormes et un coffre-fort reçu sur la tête ne l’affecte aucunement. Sa laideur fait aussi craquer les miroirs et se faire enfuir non seulement des gens mais aussi des choses inanimées comme des statues ou encore des animaux empaillés. Il faut donc un acteur de grande taille ayant assez de talent pour interpréter un «Frankenstein» drôle. Heureusement les producteurs n’ont pas à chercher longtemps et leur choix s’arrête sur Fred Gwynne, que l’on a pu voir entre autres dans la série policière Car 54, Where Are You? Non seulement Gwynne possède le talent mais à près de six pieds cinq pouces et un faciès tout à fait particulier, il est tout à fait taillé pour le rôle d’Herman.


L’épouse d’Herman s’appelle initialement Phoebe. Elle est aussi une femme au foyer (nous sommes dans les années 60 après tout). Elle est la matriarche de la famille mais également la voix de la raison, celle qui règle les problèmes et qui agit comme médiatrice lorsqu’il y a de la chicane dans la cabane. Phoebe est cependant dotée de tout un caractère et, bien qu’elle soit en amour avec son Herman, peut facilement se mettre en colère contre lui. Parmi ses tâches ménagères on peut mentionner répandre des ordures dans la maison et vaporiser de la poussière partout. On confie le rôle à la très jolie Joan Marshall que l’on avait alors pu voir dans différentes séries TV dont The Twilight Zone, Gunsmoke et plus tard Star Trek.


Le troisième personnage est celui de Grandpa, le père de Phoebe et vampire de son état. Il peut donc à loisir se changer en loup ou en chauve-souris. Son passe-temps favori est d’inventer toutes sortes de bidules dans le donjon qui se trouve au sous-sol de la résidence familiale. Même s’il est considéré comme le plus avisé de la famille il a un caractère sarcastique doublé d’une tête de mule redoutable. Il n’hésitera d’ailleurs aucunement à bouder pour démontrer son mécontentement. Pour jouer ce rôle les producteurs choisissent Al Lewis, un vétéran du vaudeville et du burlesque qui a joué à de nombreuses reprises sur Broadway. À la télé on l’a aussi vu dans Car 54, Where Are You? où Lewis et Gwynne s’étaient liés d’une grande amitié. 


Herman et Phoebe sont les heureux parents d’Eddie qui lui, est un loup-garou quoiqu’il démontre à certains moments des caractéristiques de vampire. Il dort dans un tiroir et son toutou, Woof-Woof, ressemble beaucoup au loup-garou interprété par Lon Chaney jr. Il va à l’école primaire et malgré son apparence et son costume de petit Lord Flaunteroy, rien ne le distingue des autres écoliers à part qu’il soit relativement tannant. Pour le rôle d’Eddie le choix original était Billy Mumy (Lost in Space) mais ses parents n’ont pas approuvé les longues séances de maquillage auquel il aurait dû se soumettre quotidiennement. Mumy est toutefois apparu dans un épisode; Come back, Little Googie. Le rôle d’Eddie est allé à Nate «Happy» Derman, lequel a joué dans d’autres séries télé comme Mister Ed et The Beverly Hillbillies.


Le dernier personnage et non le moindre est Marilyn, la nièce de Phoebe. Elle demeure avec les Munster pendant qu’elle étudie au collège et sa grande particularité vient du fait est qu’elle est la seule de la famille à ne pas avoir une apparence de ghoule; par conséquent, selon les standards de beauté de la famille Munster, elle est considérée comme laide et non-attirante. Conséquemment ils la voient comme affligée et la traitent avec douceur et amour. Elle ne peut avoir d’amoureux parce que tous ceux qu’elle ramène à la maison s’enfuient de frayeur en voyant Herman, Grandpa et Phoebe. Elle n’est pas, outre-mesure, décontenancée ou horrifiée par l’apparence de la maison, des recettes putrides de Lily et croit sincèrement que tout ce qui l’entoure est parfaitement normal. Pour jouer le rôle de Marilyn on choisit une jeune actrice du nom de Beverley Owen qui a joué, entre autres choses, dans le téléroman-savon As The World Turns. Pour les besoins du personnage par contre on l’affuble d’une perruque blonde.


Alors, voilà pour les personnages et la distribution des rôles. Tout ça est bien beau mais encore faut-il vendre la série. Pour cela on s’affaire à tourner ce que l’on appelle une émission-pilote afin d’évaluer toute la patente. Une émission-pilote est généralement un épisode complet qui n’est pas spécifiquement destinée à la diffusion publique mais bien souvent aux exécutifs d’un réseau dans le but de vendre la série et de jauger son succès potentiel. Sa durée est plus courte et on s’arrange pour mettre en scène les éléments essentiels qui donnent une idée générale du produit. Certains pilotes, une fois acceptés, sont alors réédités afin de pouvoir être diffusés. Et, comme c’est souvent le cas, de nombreuses modifications sont apportées parfois aux scénarios, aux contextes, aux décors ou encore aux personnages eux-mêmes. C’est le cas pour The Munsters dont voici la séquence d’introduction originale.



L’émission-pilote est bien reçue et CBS donne le feu vert pour la production, laquelle sera assurée par Joe Connelly et Bob Mosher, bien connus avoir créé Leave it to Beaver. Par contre on décide d’apporter certains changements importants. En premier lieu on estime que le personnage de Joan Marshall, Phoebe, ressemble trop à Morticia Addams de la série The Addams Family. Phoebe devient donc Lily mais plutôt que de simplement changer le costume et le maquillage de Joan Marshall les exécutifs de CBS décident de confier le rôle à Yvonne DeCarlo, une actrice ayant connu une carrière florissante dans les années 40 et 50, entre autres pour son rôle de Sephora dans The Ten Commandements. On en profite également pour changer le costume, passant d’une longue robe noire à une autre, claire avec des motifs rappelant une toile d’araignée. Al Lewis et Fred Gwynne ont tous deux protesté contre l’arrivée d’Yvonne De Carlo mais ont plus tard changé leur fusil d’épaule en admettant que De Carlo avait un grand talent pour la comédie. Fait intéressant, même s’il jouait le père de Lily, Al Lewis n’était en fait qu’un an plus vieux qu’Yvonne De Carlo.


On estime aussi que le personnage d’Eddie est trop garnement détestable. On décide d’en faire un gamin agréable et obéissant. On évacue Happy Derman pour le remplacer par Butch Patrick, lequel en est à ses premières armes comme acteur.


La série débute le 24 septembre 1964. À ce moment, le contexte et les personnalités sont établies plus solidement. Outre les changements mentionnés plus haut, le contexte de la série demeure essentiellement le même. Voyons maintenant la séquence d'introduction officielle de l’émission comparativement avec celle du pilote. On pourra noter qu'elle est mieux chorégraphiée, qu'il n'y a aucun temps mort entre l’arrivée des personnages et que la musique s'inscrit beaucoup mieux dans le contexte «lugubre» de l'émission. Si vous y voyez une certaine ressemblance avec la séquence d’ouverture de l’émission The Donna Reed Show c’est qu’on a tout simplement décidé de parodier.



On avait initialement conçu The Munsters pour être diffusée en couleurs mais ultimement on a choisi d’y aller avec le noir et blanc. Les producteurs étaient convaincus que la version en couleurs ferait peur aux enfants quoique le véritable motif en fût un d’ordre monétaire; en filmant en noir et blanc plutôt qu’en couleurs on économisait $10,000 par épisode. Durant la production de la première saison on a aussi apporté d’autres changements, notamment en ce qui concerne le maquillage des acteurs. La figure d’Herman a été élargie via une nouvelle prothèse, ceci afin de lui donner un air d’andouille plus prononcé. Gwynne a aussi remanié quelque peu l’interprétation de son personnage pour le rendre plus comique, comme le faire bégayer à la Porky Pig lorsqu’il est en colère. On ajoute aussi un personnage secondaire, le corbeau, qui niche dans l’horloge. La voix de l’oiseau, qui cite souvent Shakespeare (nevermore!) n’était autre que celle de Mel Blanc, qui n’a malheureusement pas été crédité. À quelques occasions c’était Bob Hastings qui jouait le rôle. Quelques autres membres de la famille vont faire certaines apparitions dont oncle Gilbert, qui se trouve à n’être nul autre que la bibitte du film Creature from the Black Lagoon. Une autre personnage, unique lui aussi, est le dragon Spot, qui vit sous l’escalier.




Parmi les éléments tout à fait inédits de l’émission, on peut noter deux voitures très distinctes et résolument originales soit la Drag-U-La (un cercueil roulant) ainsi que le Munster Koach. Les voitures ont été construites par le légendaire George Barris, connu pour avoir aussi construit la fameuse Batmobile (1966).



D’autre part il a souvent été mention, à tort, que Lily et Herman ont été le premier couple à être vus à la télévision en train de partager un lit. En réalité cette «distinction» revient à l’émission Mary Kay and Johnny durant un épisode diffusé en 1947. Les deux acteurs jouant le couple étaient toutefois mariés dans la vraie vie. Le premier couple non-marié à apparaître à la télé dans le même lit a été celui de Samantha et Darrin dans la série Bewitched en 1964. En dessins animés cet honneur revient à Délima et Fred Flintstone.





Pause pendant le tournage de la première saison. On y voit Beverley Owen qui tricote, Fred Gwynne perdu dans ses pensées et Yvonne De Carlo qui s'entretient avec une assistante.

Durant la fameuse parade Macy's à New York. Gwynne a plus tard avoué avoir prit quelques verres avant le départ parce qu'il considérait qu'être un brin pompette était le seul moyen d'envoyer la main aux enfants durant tout le long du trajet.

Gwynne et Lewis après une longue journée de tournage. Les deux acteurs étaient de grands amis hors des plateaux. 

Durant un épisode loufoque, Herman se fait frapper par la foudre, ce qui a pour conséquence de lui donner une apparence... normale, à son grand effroi!

La série a connu assez de succès pour que CBS commande une seconde saison. Par contre Beverley Owen n’était pas heureuse avec son rôle et elle a alors demandé aux producteurs d’annuler son contrat, ce que Universal a accepté. Par contre on ne pouvait pas trop tarder à trouver une remplaçante. C’est finalement Pat Priest qui a obtenu le rôle. On lui a fait passer une audition un mercredi, les producteurs l’ont appelé le vendredi pour signer le contrat alors que le tournage de la seconde saison s’est amorcé le lundi suivant.


Par contre le départ d’Owen a obligé à les producteurs refaire toute la séquence d’introduction originale de l’émission puisqu’elle avait été tournée en une seule séquence avec Beverley Owen. On en a profité pour non seulement refaire la dynamique mais aussi pour utiliser une nouvelle version, plus rock, de la chanson-thème qui avait été composée par Jack Marshall.



Malheureusement CBS a décidé de ne pas renouveler pour une troisième saison. Cette décision est largement attribuée à l’immense succès de la série Batman, du réseau concurrent ABC et laquelle était en couleurs. Mais comme c’est souvent le cas pour d’autres émissions, The Munsters ont gagné en popularité lorsque la série a été reprise par différentes stations de télévision pour être diffusée de nouveau. On aura tout de même tourné un film, Munster, go Home, en couleurs mais cette fois avec Debbie Watson dans le rôle de Marilyn, une décision de Universal qui est loin d’avoir plu à Pat Priest.



Les Munsters sont toutefois revenus, en 1981 soit quinze ans plus tard pour un téléfilm intitulé The Munster’s Revenge où le propriétaire d’un musée de cire utilise des robots à l’image de Herman et Grandpa pour voler des antiquités égyptiennes. Gwynne, Lewis et De Carlo ont repris leurs rôles respectifs mais ceux d’Eddie et Marilyn ont été respectivement joué par K.C. Martel et Jo McDonnell.


Prouvant une fois de plus que Hollywood peine à concevoir de nouvelles choses, on a décidé de tourner, en 1988, un remake des Munsters avec une nouvelle série appelée The Munsters Today et cette fois avec une toute nouvelle brochette d’acteurs. Cette série a duré trois saisons et les avis ont été très partagés. Plusieurs ont manifesté leur déception non pas à cause des acteurs qui tentaient de tirer leur épingle du jeu mais bien parce que la magie n’était plus là.

Non.

Parce que les concepteurs n’ont plus une seule once d’imagination, on a déterré de nouveau les Munsters en 2012 avec un projet de série télé intitulé Mockingbird Lane. Au niveau du concept on a complètement évacué les costumes et les maquillages qui avaient contribué au charme de l’émission originale. Le personnage de Herman n’avait plus rien du Herman original et ressemblait plutôt à une personne normale hormis quelques cicatrices. L’ensemble s’est avéré extraordinairement mal cousu et NBC a finalement décidé de ne pas donner le feu vert.


Au moment d’écrire ceci il ne reste que trois des acteurs de la série qui sont encore parmi nous soit Beverley Owens, Pat Priest et Butch Patrick. Fred Gwynne (Herman) est décédé le 2 juillet 1993 des suites d’un cancer du pancréas. Al Lewis quant à lui est mort de causes naturelles le 3 février 2006 mais il avait connu de sérieux problèmes de santé qui avaient nécessité une angioplastie ainsi que l’amputation d’une jambe. Gwynne et Lewis étaient reconnus pour fumer comme de véritables cheminées. Yvonne De Carlo est décédée quant à elle de causes naturelles le 8 janvier 2007 à l’âge de 84 ans. Elle avait préalablement été traitée pour des problèmes cardiaques.


Al Lewis et Fred Gwynne à la fin des années 80. 

Fred Gwynne dans l'un de ses derniers rôles; celui du juge Haller dans le film My Cousin Vinny (1992).


Beverley Owen, il y a de cela quelques années. 

Butch Patrick et Pat Priest durant une convention dédiée aux Munsters.



Le saviez-vous? Le costume de Fred Gwynne était très lourd et aussi très chaud, ce qui le faisait transpirer abondamment au point où il avait perdu beaucoup de poids. La prothèse qu’il portait à la tête, mise en place avec de gros élastiques, lui a valu de redoutables céphalées ainsi que des douleurs cervicales qui ont perduré pendant de nombreuses années.