lundi 24 août 2026

Gagnon Automobile en 1912

En 1912, au 1950 boulevard St-Laurent, on retrouve le commerce St-Louis Automobile, propriété de Siméon Gagnon et où l'on peut faire l'acquisition de voitures de marque Rambler. Le garage offre aussi les services d'entretien et de réparations. La photo est intéressante, on y voit des gens posant devant le commerce et où l'un d'entre eux est fort probablement monsieur Gagnon lui-même. Au dessus du commerce se trouvent des logements et la personne assise au balcon tout en haut ne semble pas trop s'en faire avec ce qui se passe en bas.  

Une Rambler «Touring» de 1912, pour les promenades estivales, bien entendu. 

Toutefois en 1912 l'automobile était un produit de luxe qui était fort loin de la portée des bourses de l'ours moyen. En effet le prix d'une Rambler variait selon le modèle, entre 1 200 et 3 000 dollars, ce qui équivaut à environ 43 000 à 107 000 dollars aujourd'hui. On compte à cette époque approximativement 3,000 voitures en circulation à Montréal mais c'est l'apanage des riches. 

Sur cette photo on peut voir l'intérieur du commerce où se trouvent tous les agréments modernes afin de bien gérer le commerce; téléphone, système de communication interne, machine à dactylographier, fontaine d'eau et pièces. 

Comme mentionné au début de l'article, le commerce se trouvait au 1950 boulevard St-Laurent mais on ne peut utiliser cette adresse à l'emplacement actuel puisque la numérotation des rues n'était pas la même. Le 1950 boulevard St-Laurent à cette époque se situait un peu au nord de Laurier.  

En 1925 le garage n'existe plus. Il est difficile d'extrapoler sur la cause mais en 1919, un peu plus au sud, soit au 1545 boulevard St-Laurent , s'installe Légaré Automobile. Cette adresse place le commerce un peu au nord de l'avenue du Mont-Royal. Pas à côté mais pas bien loin non plus.

Légaré Automobile, succursalle au 596 Ste-Catherine Ouest. 
 
Comme on peut le voir sur cette représentation de la compagnie dans le Lovell de l'époque, la compagnie Légaré possédait 7 succursales à Montréal et offrait vente et service pour plusieurs marques de voitures du temps dont, ô surprise, les voitures Nash. 
 
Les voitures Rambler, que vendait Siméon Gagnon, étaient fabriquées par la Thomas B. Jeffery Company,l laquelle a produit des automobiles de 1900 jusqu'en 1914. Or, en 1916, Charles W. Nash, propriétaire de la compagnie de voitures du même nom, rachète celle de Thomas B. Jeffery. Monsieur Gagnon a pu certes continuer à vendre des Rambler mais la présence proche de Légaré Automobile lui a certainement envoyé un solide coup de coude dans les côtes, surtout avec plusieurs succursales. C'est ce qui a probablement fait dérailler le commerce de monsieur Gagnon. 
 
Il est bien difficile en 2025 de savoir où se trouvaient très exactement les commerces qui existaient là il y a cent ans car si il se trouve encore de vieux bâtiments plusieurs ont été remplacés par d'autres de facture plus moderne. Sans compter, comme mentionné plus haut, la numérotation des adresses qui différait grandement de celle d'aujourd'hui. 
 


Le saviez-vous? Nash Motors relança la marque Rambler sur le marché automobile de 1950 à 1954. En 1954 Nash fusionne avec la Hudson Motor Car Company pour former l'American Motors Corporation. La compagnie va d'ailleurs remettra d'ailleurs le Rambler sur les routes durant les années 60.   




Bien qu'il se passe bien des choses en 1912, l'évènement qui fera parler pendant des smeaines et voire plus, est sans aucun doute le baufrage du paquebot Titanic de la White Star Line dans les eaux glacées de l'Atlantique nord. À cette époque la télégraphie sans fil permet des communications rapides et parfois, malheureusement, trop rapides. En effet, dans son édition du 14 avril 1912, le journal La Patrie rapporte de façon erronée, que tous les passagers sont sains et saufs. Les faits, on le sait, sont décidément tout autre et on devra rajuster le tir dans les éeditions subséquentes et rapporter que le naufrage a causé la mort d'environ 1,500 personnes. 

L'édition du 14 avril 1915. Une communication hâtive rapporte une fausse bonne nouvelle. 

L'édition du 15 avril rectifie le tir. Le nombre de décès est encore à ce moment imprécis car le édcompte officiel n'est pas terminé. 

Et enfin, pour clore cet article, voici quelque publicités parues en 1912. Vous reconnaîtrez fort certainement certains produits qui sont encore disponibles aujourd'hui. 







lundi 10 août 2026

D'hier à aujourd'hui: Le monument aux pionniers de Montréal

Le monument aux pionniers de Montréal (date inconnue mais fort probablement à la fin du 19è siècle)


Si vous vous êtes déjà promené dans le Vieux-Montréal aux alentours du musée Pointe-à-Callière et de la Place Youville alors vous aurez certainement aperçu ce monument. Il a été érigé en 1893 par la Société historique de Montréal afin de commémorer les pionniers qui ont bâti Montréal et ce, depuis sa fondation en 1642 alors que la ville portait le nom de Ville-Marie. 

Membre de la Société historique de Montréal, l'architecte-arpenteur J.-A.-U. Baudry en est le concepteur et il faudra un bon nombre de chevaux (on parle d'une quarantaine) afin de l'amener sur place. Les plaques de bronze avec les inscriptions sont confiées à la maison Chanteloup. 

L'emplacement initiale du monument se trouve alors un peu à l'ouest de la rue Saint-Nicolas et l'inauguration se fait en 1894. LA ville de Montréal en prend possession en 1940 et un an plus tard elle fait déplacer l'obélisque à la Place Royale et va y demeurer jusqu'en 1983 où la Ville de Montréal va la relocaliser finalement à l'endroit où l'on peut l'admirer aujourd'hui. 

La première plaque porte les inscriptions suivantes

Le XVIII mai MDCXLII, près de cet obélisque, entre le fleuve et la rivière qui coule sous la rue des Commissaires, à L'endroit appelé Place Royale par Champlain le XXVIII mai MDCXI, Paul Chomedey de Maisonneuve jeta les fondements de la ville de Montréal. Il érigea les premières habitations, le fort, la chapelle, le cimetière, qu'il renferma dans une enceinte de pieux.

Le XXIII février MDCXLII, Montréal avait été consacré à la Sainte-Vierge sous le nom de Ville-Marie.

Le XIII février MDCXLIV, Louis XIV lui accorda sa première charte civique.

Le XXVI mars MDCXLIV, Chomedey de Maisonneuve en fut nommé premier gouverneur particulier.
 

 La seconde plaque: 

 Noms des fondateurs de Montréal

Jerôme Le Royer de La Dauversière et Jean-Jacques Olier, fondateur de Saint-Sulpice ont eu chacun séparément l'inspiration d'établir cette ville. Ils ont pourvu aux premières dépenses et travaillé de concert. La Dauversière apparait dans les transactions extérieures. Olier est l'âme de la société dont il excite le courage et la générosité. Ils réunissent autour d'eux P. Chevrier Baron de Fancamp ; N. Laisne de Barillon ; L'abbé Le Gauffre ; N. Bardin ; Jeanne Mance ; P. Chomedey de Maisonneuve ; Angélique Faure de Buillion ; Gaston de Renty, Baron de Renty ; Henri-Louis Habert de Montmor ; L'abbé Nicolas Jaubert de Barrault ; Roger du Pressis, Duc de Liancourt ; N. Laisne de Marguerie ; Louis Le prêtre de Fleury ; L'abbé Denis le Prêtre ; Isabelle Seguier de Livry ; Jean Galibal ; N. Quartoze ; Jean-Antoine de Mesmes d'Irval ; Philibert Brandon du Laurent ; Louis d'Ailleboust de Coulonge ; Isabelle Blondeau de Villesavin ; Louis Séguier, Baron de St-Frémin ; Balthazar Brandon de Bassancourt ; Madame Lachancelière Louise Fabry ; L'abbé Gabriel de Thuilières de Lévis-Queylus ; L'abbé Alexandre Le Ragois de Bretonvilliers ; Antoine Barillon de Morangis de Chaudebonne ; Christophe du Plessis, Baron de Montbar ; Bertrand Drouart, secrétaire ; et plusieurs autres dont les noms sont demeurés inconnus. 

La troisième plaque: 

Noms des premiers colons de Montréal

MDCXLII

Mai-Août

Paul de Chomedey de Maisonneuve ; R. P. Poncet, S. J. ; Pierre Puiseaux de Montrenault ; Jeanne Mance ; Catherine Barre ; Jean Gorry ; Isabeau Panie ; Augustin Hébert ; Adrienne Duvivier ; Antoine Damien ; Marie Joly ; Jean Caillot ; Pierre Laimery ; Nicolas Godé ; Françoise Gadois ; Françoise Godé ; Nicolas Godé ; Mathurine Godé ; Madeleine de Chavigny de La Peltrie ; et plusieurs autres dont les noms sont inconnus.

Août-Décembre

J.-B. Legardeur de Repentigny ; R. P. Joseph-Imbert Duperon, S.J. ; Louis D'Aillebourst de Coulonge ; Barbe de Boullogne ; Philippine de Boullogne ; Gilbert Barbier ; David de La Touze, Guillaume Boissier ; Bernard Berté ; Pierre Laforest ; César Léger ; Jean Caron ; Léonard Lucot-Barbeau ; Jacques Haudebert ; Jean Massé ; Mathurin Serrurier ; Jean-Baptiste Damien ; Jacques Boni ; Jean Philippes ; Pierre Didier ; Pierre Quesnel ; Julien Pothier ; N. Bellanger ; Louis Godé ; Jean Mattemasse ; Pierre Bigot ; Guillaume Lebeau ; Catherine Lezeau 

La quatrième plaque: 

Le XVIII mai MDCCCXCIII, ce monument a été érigé par la Société Historique de Montréal à la mémoire des généreux fondateurs de cette ville et des premiers colons arrivés ici.

En MDCXLII, ce que vous voyez ici, Messieurs, n'est qu'un grain de sénevé, mais... je ne doute nullement que ce petit grain ne produise un grand arbre, qu'il ne fasse un jour des progrès merveilleux, ne se multiplie et ne s'étende de toute part.

Paroles adressées aux colons, par le R.P. Vimont le XVIII mai, MDCXLII : "Ce projet de Montréal pourra être, un temps à venir, une grande gloire à Dieu, l'honneur de l'Église et une grande utilité à ce royaume." Paroles de M. Olier, "Les véritables motifs", etc. 

Le monument, tel qu'on peut l'admirer aujourd'hui. Les plaques sont des reproductions. 



Le saviez-vous? Jusqu'en 2012 la Ville de Montréal et les livres d'histoire ne reconnaissaient que Paul Chomeydey de Maisonneuve comme unique fondateur de Ville-Marie. Après des recherches, et un peu de bons sens, on s'est rendu compte que l'infirmière Jeanne Mance, fondatrice de l'Hôtel-Dieu de Montréal en 1645 avait contribué tout autant que Paul à fonder ce qui allait devenir Montréal. 


Vu:  Le dernier opus mettant en vedette Spider-Man (Spider-Man - Brand New Day). À l'âge de 60 ans il me fait toujours grand plaisir de pouvoir admirer les pirouettes de mon héros d'enfance. Un film que j'ai bien aimé et qui mérite pleinement les accolades qu'on lui attribue. 
 
Quoi? Le 8 août 2026 était la journée internationale des chats. Au Québec cette fête devrait être le 15 août. Pourquoi? Parce que c'est à ce moment que l'on est à la mi-août. Bodum-tshh!! 

N'oubliez pas!
Le 12 août c'est le jour du livre québécois. Rendez visite à une librairie indépendante et procurez-vous un ouvrage pondu par des gens d'ici afin de les encourager. Vous ne savez pas lequel choisir? Laissez-vous guider par les libraires, eux autre ils connaissent ça!

jeudi 30 juillet 2026

D'hier à aujourd'hui: La rue Ste-Catherine en 1971

 

Photo: Archives de la Ville de Montréal - VM94-A0697-006)

Nous voici au coin de Ste-Catherine et Mansfield le vendredi 11 juin 1971 sur l'heure du midi. Les piétons attendent patiemment que la lumière tourne au vert afin de pouvoir travers pendant qu'un Pontiac Catalina 1970 s'apprête à passer en direction nord. On y retrouve un mélange bigarré de gens travaillant aux alentours et de dames chasseuses d'aubaines. À ce moment-là, tout comme aujourd'hui, la rue Ste-Catherine était la rue de tous les commerces et services imaginables.

Du côté sud de Ste-Catherine on aperçoit, au coin, le théatre Capitol où l'on fait jouer «When Dinosaurs Ruled the Earth» où l'on voyait davantage Victoria Vetri en bikin que de dinosaures. Le titre du film refait surface dans le film «Le parc jurassique» où, à la fin lorsque le tyrannosaure triomphe, il tombe une bannière sur laquelle on voit le titre du film. 

Tout juste à côté, le fameux restaurant Dunn's où ma grand-mère m'amenait manger chaque fois que l'on venait au centre-ville. Un restaurant dont j'ai déjà parlé ici. S'ensuit le cinéma de Paris, avec sa grande devanture en ciment brun et ensuite l'opéra de Paris ainsi qu'une petite boutique d'importations. Tout juste à côté c'est Lanza Steak House puis le bijoutier Brault. Et enfin, le cinéma Pigalle. Du côté nord, là où se trouve aujourd'hui la place Montréal Trust, il y avait un magasin Reitman's dont on voit le «S» sur la marquise. À côté, et jusqu'à McGill College c'était un Woolworth, un magasin dont j'ai aussi parlé ici

En cette journée les amateurs de hockey parlent énormément de Jean Béliveau qui vient d'annoncer, deux jours auparavant, sa retraite mais on jase aussi d'un joueur prometteur et bourré de talent qui a signé un contrat avec le Canadien de Montréal la journée d'avant. Les connaisseurs lui prédisent beaucoup de succès et qui portera certainement le flambeau que lui a tendu le gros Bill. Ce joueur, c'est Guy Lafleur, fière nouvelle recrue et qui viendra à être surnommé le démon blond. Au même repêchage, Marcel Dionne, deuxième choix, s'en allait avec les Red Wings de Détroit. 

La politique aussi en fait jaser plus d'un, surtout en ce qui concerne la conférence de Victoria où Pierre-Eliott Trudeau envisage une réforme constitutionnelle. Si le premier ministre du Québec Robert Bourassa se range du côté de Trudeau il se ravisera plus tard et retirera son appui. 

 

Aujourd'hui ce même coin a bien changé. Reitmans et Woolworth sont disparus depuis bien longtemps et à leur emplacement de dresse aujourd'hui la place Montréal Trust. Tous les commerces mentionnés plus haut aussi sont disparus. Fini aussi les cinémas. En fait, tous les magnifiques salles qui longeaient la rue Ste-Catherine se sont évaporés; le Parisien, le Capitol, le Pigalle, Alouette, Palace, Loew's, York et combien d'autres. Les plus grosses bannières commerciales de l'époque; Dupuis Frères, Eaton's, Simpson's, La Baie, Kresge, Reitman's, Woolworth se sont aujourd'hui toutes évaporées, La Baie étant la dernière bannière sur cette liste. 
 
La trame urbaine du secteur a aussi changé. Un peu avant 1971 la rue Ste-Catherine était encore à double sens, chose que l'on avait alors changé mais l'automobile y avait préséance. Aujourd'hui les nouveaux aménagements apportés on considérablement agrandi l'espace piétonnier et du même coup réduit la largeur routière. 
 



Le saviez-vous? C'est en 1927 que Myer Dunn a fondé son premier restaurant, alors sis sur la rue Papineau. C'est en 1955 qu'il s'installe sur la rue Ste-Catherine et Dunn's a connu un succès immédiat. Aujourd'hui c'est le petit fils du fondateur qui gère le restaurant maintenant situé sur le rue Metcalfe. 

mardi 30 juin 2026

D'hier à aujourd'hui: coin Papineau et de Maisonneuve

 


Cette photo nous montre le coin nord-est de l'intersection de la rue Papineau et du boulevard de Maisonneuve. Là, sied une magnifique bâtisse qui semble abriter des logements multiples car il se trouve deux entrées latérales sur la rue Papineau. L'avant est doté d'un beau balcon en bois avec petit toit en pente. 

À droite du bâtiment on note la présence de maisons ouvrières avec toitures en fausse mansarde. Un modèle que l'on peut voir un peu partout à Montréal où se trouvaient autrefois les quartiers ouvriers populaires. Ces modèles de maisons permettaient aux familles de pouvoir se loger à peu de frais mais il fallait faire abstraction de toute forme de terrain sur le devant. 

Au nord on retrouve le Parc des vétérans, nommée en l'honneur des soldats de la première et de la seconde guerre mondiale. Toutefois, l'endroit avait d'abord été occupé par deux cimetières; le cimetière Papineau et au nord, jusqu'à Ontario c'était le St. Mary's Burial Ground pour les familles protestantes. Le patriote Charles Hindelang aurait été enterré, sans pierre tombale ni autre indication, dans le cimetière Papineau, dans un lot longeant la rue Papineau.  Les deux cimetières ont été ultimement été déménagés après que la ville ait fait l'acquisition du terrain vers 1944 pour le transformer en parc public. Comme les déménagements de cimetières ne sont pas une science exacte, il est fort possible qu'il réside encore des corps à cet endroit. Cette situation n'est pas sans rappeler le déménagement avorté du cimetière St-Antoine qui se trouvait à l'actuel square Dorchester et dont vous pouvez lire l'histoire ici

On ne peut pas dire que grand chose a changé depuis la prise de la photo originale en 1961, hormis que la première maison ouvrière a droite ait été démolie, probablement suite à un incendie. Quant à la maison sur le coin, elle est en tous points identique, ce qui témoigne du désir des propriétaires successifs de mener les travaux nécessaires à ce qu'elle conserve encore et toujours son apparence d'origine. 



Le saviez-vous? En anglais il existe deux mots pour définir un cimetière, soit «graveyard» et «cemetery». La différence? Le premier est un lieu d'inhumation associé à une église alors que le second ne l'est pas. Une différence qui n'a pas son équivalent dans la langue de Molière.

dimanche 21 juin 2026

D'hier à aujourd'hui: coin St-Jean et Notre-Dame

Le Pigeon Hole Parking, tel que photographié en 1957 
(Photo: Archives de la Ville de Montréal)

On regarde ici le coin sud-est de l'intersection des rue Saint-Jean et Notre-Dame. Le bâtiment que l'on voit est un stationnement intérieur mais avec une certaine particularité. Contrairement aux autres bâtisse du genre où les automobilistes conduisent leur voiture eux-mêmes jusqu'à l'endroit désiré, ici on laissait sa voiture au rez-de-chaussée et des employés activaient un habile mécanisme qui prenait votre voiture pour la caser parmi tant d'autres dans des sortes de cages en acier ou, si vous préférez, des nids à pigeons, d'où le nom. Voici le système, quoiqu'un peu plus petit, sans bâtiment autour:


Publicité pour le Pigeon Hole Parking, 1953, États Unis. 

Page publicitaire et promotionnelle pour le système, années 50, États Unis.

Ce système fort ingénieux a été inventé et mis au point aux États Unis en 1947 par les frères Vaughn et Leo Sanders (aucun lien de parenté avec le colonel). On laissait sa voiture et hop! elle se retrouvait casée en moins de deux. Et ça fonctionnait bien, sauf quand ça ne fonctionnait pas puisque le système n'était pas parfait. Mû par l'hydraulique il arrivait de temps en temps que le mécanisme fasse pétif-pétaf, laissant en plan (et dans les hauteurs) des voitures qui ne pouvaient plus être descendues, à tout le moins pas avant que des mécanos réparent la chose, au grand dam de ceux qui avaient besoin (absolu) de leur voiture. 

Qu'est-il arrivé avec cet édifice aux lignes modernes qui empruntent (directement) au style bauhaus? Il a été démoli en 2000, tout simplement. À sa place, et jusqu'en 2024, on y retrouvait un parc non officiel baptisé parc Pigeon-Hole avec des sentiers, des bancs et des œuvres d'arts. 

Le parc Pigeon-Hole vers 2023. On y retrouvait aussi de jeunes pousses d'arbres. 

Cet espace vert, s'il avait été laissé tranquille, et intégré au réseau de parcs publics de la Ville de Montréal, aurait été un p'tit poumon fort apprécié pour les résidents et gens travaillant dans ce secteur. Ça dégageait la vue et permettait d'amirer l'architecture de l'édifice Lewis (ou l'édifice Cunard Line, Cunard House, New Lewis, ou Édifice Cunard, dépendamment de l'humeur du jour) et qui a été construit en 1912-13. Bref, ça permettait de respirer un peu. Mais bon, si je parle comme ça vous savez probablement pourquoi, hein? 


En 2024 le terrain s'est retrouvé entre les mains du privé, lequel qui n'a pas tardé à développer l'emplacement du parc afin d'y construire un immeuble qui remplit chaque centimètre carré disponible. Des commerces au rez de chaussée et des condos aux étages. C'est un peu dommage car les espaces verts dans ce secteur ne courent pas les rues. 




Le saviez-vous? La rue Saint-Jean remonte à l'époque du régime français et a toujours porté ce nom. Elle n'honore pas la mémoire de l'évangéliste mais bien celle de Jean-Jacques Olier de Verneuil (1608-1657) et fondateur de l'ordre des Sulpiciens. 



Devant mes yeux:

 


 


Je viens tout juste de commencer ce merveilleux livre écrit par cet extraordinaire anthropologue bien de chez nous, et fort regretté, Serge Bouchard. J'ai entamé les deux premiers d'une soixantaine de textes qui traite d'humanité et de mémoire. Une merveilleuse lecture d'été, s'il en est une. 





Dans mes oreilles: 



En écrivant cet article je me suis laissé bercer par The Living Road, sorti en 2003, par Lhasa de Sala, une artiste éthérée, envoûtante qui nous a quitté vraiment, mais alors là vraiment trop tôt. Douze chansons qui se suivent comme les gorgées d'un bon café bien chaud. 




dimanche 7 juin 2026

Le garage UAS en 1929

 

(Photo: Archives du Musée McCord)

Ah, 1929! On se trouve ici sur le côté sud de la rue Sherbrooke tout juste à quelques pas à l'ouest de St Laurent. La magnifique bâtisse que l'on voit devant nous est le garage automobile UAS (United Auto Service) avec, comme on peut le voir, un service de remorquage gratuit (à l'époque et jusque dans les années 70 on préférait majoritairement le terme «gratis»). Mais ce remorquage sans frais était le bienvenue parce que, si vous connaissez votre histoire, c'est l'année où a débuté, en octobre, le krach économique, lequel qui allait plonger tout le monde dans le caca (financièrement parlant). Beaucoup de gens ont perdu leurs emplois, le chômage a explosé et plusieurs ont tout perdu durant cet écrasement dont les effets se sont faits sentir jusqu'en 1939. 

Dans le superbe bâtiment complètement à droite, de l'autre côté de la rue St Laurent, on retrouve plusieurs locataires dont, entre autres, la New York Frame & Glass Co, Standard Tobacco Co. et et la McGill Fur Co. Il ne reste rien de ce bâtiment mais ce type d'architecture commerciale/industrielle se retrouve ailleurs sur Saint-Laurent et il en subsiste d'ailleurs de biens beaux exemples. 

On remarque aussi le tramway 77 qui desservait St Laurent quoique d'autres lignes empruntait la rue également comme le 55, 54 et le 52, et qui leur permettait de connecter avec des rues transversales. En 1929 le réseau de la Montreal Tramways Company est immense et va bientôt atteindre 500 kilomètres de voies. 

*   *   *

«Mercèdes avait rencontré Béatrice dans le tramway 52 qui partait du petit terminus au coin de Mont-Royal et Fullum pour descendre jusqu'à Atwater et  Sainte-Catherine. C'était la plus longue ride en ville et les ménagères du Plateau Mont-Royal en profitaient largement. Tant que le tramway longeait la rue Mont-Royal, elles étaient chez-elles. Mais quand le tramway tournait sur la rue Saint-Laurent, vers le sud,  elles se calmaient d'un coup et se renfonçaient dans leur banc de paille tressée: toutes sans exception, elles devaient de l'argent au Juifs de la rue Saint-Laurent.»

Extrait de «La grosse femme d'à côté est enceinte», Michel Tremblay, Leméac, 1978, page 22. 

*   *   *

Toujours est-il qu'on regarde le bâtiment blanc et on risque de se demander qu'il s'agit là d'une bien curieuse architecture pour un garage. L'affaire c'est le bâtiment n'a pas été originalement construit pour abriter un garage automobile. En 1915 un certain Thomas Terrance achète le terrain et y fait construire le bâtiment (qu'il va nommer Belmont Hall), tel qu'on le voit sur la photo (à quelques menus détails près) afin d'y demeurer, loin de la ville, des tracas et d'un peu de tout, en fait. C'est que dans ce temps-là il ne se trouvait pas grand chose dans ce coin. Les gens s'étaient un peu moqué de Terrance en surnommant sa bâtisse «La folie de Terrance». Malheureusement la bâtisse a été la proie des flammes en 1937 et on a bien été obligé de démolir complètement ce qui restait. Aujourd'hui c'est une station d'essence Esso qui occupe la place (il n'y a plus de garage de mécanique et encore moins de service de remorquage gratuit). 



Le saviez-vous? Ouverte vers 1680, le boulevard, qui portait alors le nom de rue Saint-Lambert (en l'honneur de Lambert Closse), est la plus ancienne voie partant des fortifications en direction nord. C'est en 1905 que le conseil municipal de la ville de Montréal lui donne le nom de boulevard Saint-Laurent. 



Sous mes yeux: 



Édité conjointement par les Éditions Moulinsart et Casterman, Éric Verhoest raconte l'extraordinaire histoire des liens qu'on tissé deux géants de la bande dessinée et spécialistes de la ligne claire; George Rémi (Hergé), le créateur de Tintin ainsi que Edgar Pierre Jacobs, créateur de Blake et Mortimer. Le tout est généreusement garni de photos d'époque et de lettres qu'ils ont échangé, parfois entre eux ou avec d'autres. Un petit bijou de 167 pages. 






Dans mes oreilles: 


Je n'ai pas pu résister. À l'âge vénérable de 83 ans le légendaire Macca vient de pondre un nouvel album. Sans s'éloigner (trop) du style qui lui est propre, The Boys of Dungeon Lane est un album introspectif où l'artiste revisite son enfance à Liverpool, ses souvenirs avec John Lennon et George Harrison, ainsi que les années qui ont précédé la célébrité des Beatles. C'est un hommage chaleureux à la mémoire, à l'amitié et au temps qui passe.





Devant mes yeux:



Une série télé tout à fait extraordinaire où l'on suit les grandeurs et misères de la Rome antique avec une distribution du tonnerre. On a le bonheur de voir défiler quantité de grands personnages de cette époque; de Vercingétorix à César, Pompée, Marc-Antoine, Jules César (extraordinaire Ciarán Hinds) et Cléopâtre (flamboyante Lyndsey Marshal) et Titus (émouvant Rey Stevenson). 




lundi 26 janvier 2026

D'hier à aujourd'hui: le téléviseur

Il n'y a pas si longtemps, un peu avant les Fêtes, j'ai publié un article sur l'évolution du téléphone en comparant l'appareil entre ce qu'il était en 1975 et ce qu'il est aujourd'hui. Maintenant, je vous propose le même exercice mais cette fois en mettant le téléviseur en vedette. 

Le téléviseur a fait sa première apparition  entre 1925 et 1926. John Logie Baird diffusa les premières images de silhouettes animées en 1925 et les premières images de visages humains animés en 1926 à l’aide d’un « téléviseur » mécanique. L'année suivante c'est la télévision électronique. Cette année-là Philo Farnsworth réalisa avec succès la première démonstration d’un système de télévision entièrement électronique, ouvrant la voie à la télévision moderne. 

Toutefois, si les premiers téléviseurs mécaniques furent commercialisés à la fin des années 1920, les téléviseurs électroniques en noir et blanc ne devinrent populaires et relativement abordables qu'après la Seconde Guerre mondiale.

Il est indéniable que l'appareil de télévision a eu un impact tout à fait extraordinaire de par le monde. Avant l'avènement du téléviseur il n'y avait que peu de moyens de se tenir au courant du fil de l'actualité autre que les journaux ou de la radio. La télévision, avec ses diffusions a littéralement changé la donne. 

En juillet 1969 ces vendeurs de chez Kmart aux États-Unis ont momentanément pris une pause afin d'observer l'alunissage d'Apollo 11 diffusé en direct. 

La télévison aujourd'hui


La télévision aujourd'hui est une réalisation technologique impensable au temps de ma jeunesse et encore moins à celui de mes grands-parents. Les résolutions élevées en 4K offrent une clarté et une qualité d'image étonnantes. Ces appareils se dénotent sous différentes coutures: 4K, UHD, OLED, QOLED, plasma et dont je laisse à d'autres le soin d'expliquer quelles sont les différences et avantages des uns et des autres. 

Les prix variant allègrement selon la taille et les technologies susmentionnées, du modeste 24 pouces à une centaine de dollars jusqu'à celui de 98 pouces ayant une étiquette de prix pouvant dépasser les $5,000. 

Les téléviseurs modernes ne peuvent servir qu'en étant connectés soit à des services de diffusion en ligne, de câblodistribution, à des consoles de jeu ou à des lecteurs soit en format DVD ou Blu Ray. Sans ces derniers le téléviseur n'offre que bien peu. Toutefois, bien connectés, ils nous donnent l'occasion de voir à peu près n'importe quel film ou télésérie sur demande.

Le grand désavantage de ces téléviseurs est intimement lié à leur complexité technologique; s'il y a un pépin technique il n'y a souvent peu d'options autre que de s'en débarrasser, de façon écologique bien entendu, et d'en racheter un nouveau.

La télévision en 1975

À cette époque tous les appareils de télévision sont cathodiques et les écrans sont carrés, contrairement au format rectangulaire d'aujourd'hui. Le format de l'image variait dépendamment des pays et des technologies utilisées mais variant entre 300 et 800 lignes horizontales. 

De la couleur? Il s'agit souvent d'un petit luxe. La charmante famille que l'on voit ci-dessus sort des chez Woolco avec, entre autres choses, un téléviseur portatif en noir et blanc. Au Québec, à cette époque, il y avait encore pas mal de gens qui utilisaient des appareils en noir et blanc malgré le fait que les diffuseurs comme Radio-Canada/CBC, Télé-Métropole, Radio-Québec et CFCF offraient tous des programmations en couleur, lesquelles avaient commencé à la rentrée télévisuelle de 1966 à Radio-Canada. Je vous invite d'ailleurs à voir ce magnifique petit documentaire sur cette page du site du diffuseur lui-même

En 1975 la miniaturisation et l'utilisation des transistors a pratiquement éliminé les fameuses lampes. Ceci permettait un mise en marche plus rapide et une meilleure fidélité soit au niveau visuel que de la réception. Les appareils étaient conçus pour durer et la nécessité de recourir à un réparateur n'était plus aussi fréquente. Cependant, un vieux téléviseur à lampes pouvait souvent être réparé sur place par un technicien, comme c'est arrivé en 1970 alors que le téléviseur a fait proutte alors que je regardais la Ribouldingue. Le lendemain un technicien, appelé à grand renfort par ma grand-mère était venu voir le malade. Après avoir tourné l'appareil de bord et enlevé le panneau arrière, il n'a suffi que de peu de temps avant qu'il ne trouve le coupable: une lampe avait brûlée! Il est allé cherché la lampe de remplacement dans son camion, l'a changée, effectué quelques tests et en un tournemain j'étais de nouveau assis devant le téléviseur à regarder mes émissions préférées. 

Le câble, pas encore universel

En 1975 les services de câblodistribution existaient certainement dont Vidéotron qui avait débuté en 1966 et c'était le fondateur de l'entreprise, André Chagnon lui-même, qui montait dans les poteaux pour effectuer les connections. Il y avait aussi Câblevision, service auquel nous nous sommes abonnés vers 1978. Mais un tel service n'était absolument pas obligatoire puisque les stations de télévision diffusaient en ondes libres VHF, lesquelles étaient captées par les antennes des télévisions ou celles installées sur les toits. Le désavantage était que la réception des signaux pouvaient être affectées par une température maussade ou par quelqu'un dans la maison qui utilisait un appareil comme une perceuse, une moulinette ou un couteau électrique. D'ailleurs je me souviens fort bien de ces temps d'orage où ma grand-mère m'interdisait de regarder la télévision. Pas de téléphone non plus car c'était considéré dangereux. On peut le constater en observant la page 3 de l'album de Tintin L'affaire Tournesol. Était ce un danger réel? Oui, car il y avait des risque de recevoir un choc électrique. 

Si aujourd'hui regarder des évènements sportifs ou culturels diffusés de l'autre bout de la planète est monnaie courante il s'agissait de quelque chose extraordinaire en 1975. Deux années plus tôt Elvis Presley avait été la vedette du spectacle Aloha! diffusé en direct via satellite et c'était là tout un évènement. 

Un divertissement presque sur demande

En 1975 les premiers magnétoscopes avaient fait leur apparition mais il s'agissait d'appareils fort coûteux (et lourds!) qui étaient assez loin d'être à la portée du portefeuille de l'ours moyen. Si aujourd'hui on peut regarder n'importe quoi n'importe quand ce n'était pas le cas alors. Vous vouliez voir une telle émission, ou série? Fallait devant être devant le téléviseur au bon moment sinon fallait se contenter de demander à quelqu'un ce qui s'était passé pour se mettre à jour. Les films? Pas de chance. Si l'on voulait voir tel ou tel film il fallait s'armer de patience et attendre que les diffuseurs l'intègre dans sa grille horaire. À cette époque tous les films étaient sur pellicule et après avoir été projetés sur des écrans pendant des semaines les pellicules étaient, comme on dit, maganées avec des éraflures, des taches et autres. C'étaient ces bobines usées que les stations de télévision utilisaient pour les diffuser au petit écran. De plus, les dimensions n'étaient pas les mêmes, de rectangulaire au cinoche à carré pour la télévision alors ils devaient être reformatés pour mieux s'intégrer aux écrans de l'époque. Ah, et rajoutez les pauses publicitaires. Et contrairement à aujourd'hui les diffusions d'émissions se terminaient vers minuit ou une heure du matin avec l'hymne national. Ensuite, c'était l'écran-test avec sa tonalité en continu jusqu'au lendemain, généralement vers six heures où, après l'hymne national, un narrateur récitait la programmation du jour. 

Au Québec il se vendait des appareils de télévision depuis le début des années 50 et l'on pouvait en trouver chez quantité de détaillants de meubles, les commerces voués exclusivement à la ventre d'appareils électroniques n'étaient pas monnaie courante. Radio-Canada/CBC avait d'ailleurs commencé leurs diffusions en 1952. Les programmations n'étaient pas continuelles à cette époque. Combien coûtait un appareil à cette époque? Regardons ensemble quelques publicités de 1952 ainsi que les prix. La comparaison des prix entre 1952 et aujourd'hui a été effectuée avec la Feuille de calcul de l'inflation de la Banque du Canada. 

$279 dollars en 1952 = $3,300 aujourd'hui. 

$329 en 1952 = $3,850 en dollars d'aujourd'hui.

$369 en 1952 = $4,300 en dollars d'aujourd'hui. 

$699 et $579 en 1952 = $8,180 et $6,775 en dollars d'aujourd'hui. 

$329 en 1952 = $3,850 en dollars d'aujourd'hui. 

Comme on peut le constater, les prix étaient assez élevés et donc, hors de portée des acheteurs moyens. Les gens pouvaient alors se prévaloir d'options de paiement étalés sur 24 mois ou encore se tourner vers des services de location d'appareils de télévision. Ceux qui comme moi ont grandi durant les années 60 se souviendront certainement, avec nostalgie, d'une camionnette Matchbox de service de télévison sur laquelle on voyait l'inscription Rentaset. Il s'agissait alors d'une véritable compagnie de location et réparation d'appareils radio et de télévision. 



Le saviez-vous? Le premier téléroman québécois a être diffusé a été Les Plouffe de Roger Lemelin et qui est apparu sur les petits écrans en 1953. Le Survenant a suivi l'année suivante. 





mardi 16 décembre 2025

D'hier à aujourd'hui: le téléphone

Né au milieu des années 60, j’ai eu la chance de traverser six décennies, chacune marquée par son identité propre. J’ai été témoin de nombreux bouleversements, portés par des innovations qui promettaient d’améliorer notre quotidien. Le mot « progrès » revenait sans cesse, et je peux affirmer en avoir vu les manifestations à bien des niveaux. Ce qui relevait autrefois de la science-fiction fait désormais partie intégrante de notre vie de tous les jours.

Mais au fond, avons-nous réellement progressé? Notre routine s’est-elle transformée autant qu’on nous l’avait annoncé, ou seulement selon le discours enjôleur des marchands du temple? Je vous propose aujourd’hui un petit exercice de comparaison pour y voir plus clair : mettre face à face 2025 et 1975. Pourquoi 1975? Parce que, même si cette date semble lointaine, elle ne l’est pas tant que ça. C’était avant la grande révolution informatique des années 80, une époque qui n'était pas si loin, à peu de choses près, des années 60. Bref, le 2025 numérique et le 1975 analogique. 

Aujourd'hui, le téléphone


2025: Aujourd'hui le téléphone fait partie intégrante de notre quotidien puisque la grande majorité des gens le transportent avec eux partout où il vont et il serait impensable, voire impossible pour des millions de personnes de par le monde de s'en passer. 

Mais le téléphone de 2025 est plus qu'un téléphone. Ce petit rectangle connecte son utilisateur avec le monde entier via différentes applications qui permettent de faire des réservations, connaître la météo, effectuer des transactions bancaires, envoyer des messages texte, connecter sur les réseaux sociaux, avoir les dernières nouvelles ou même prendre un rendez-vous. Et bien entendu, faire des appels. 

Les téléphones intelligents sont aussi pourvus de caméras pouvant non seulement prendre de magnifiques photos en tous genres mais aussi de filmer en haute résolution. Quelque chose se passe quelque part? soyez assurés d'y voir des gens, téléphones à la main en train d'enregistrer ce qui se passe.

Toutefois, il est assez limpide que trop de gens sont résolument accros à leur téléphone. Il suffit de voir tous ces gens un peu partout qui ont les yeux vissés sur l'écran et qui ne le lâchent pas pour rien au monde. Même pour aller aux toilettes. Plusieurs personnes sont tellement absorbées qu'elles en viennent à oublier ce qui se passe autour d'elles. 

Aussi, de nombreux accidents automobiles impliquent des personnes qui conduisaient le téléphone à l'oreille ou à la main. d'où l'interdiction d'en utiliser un au volant mais, on le sait, il y a toujours des récalcitrants. Le gouvernement a aussi instauré un règlement, mis en place en septembre dernier, visant à interdire les téléphones durant les heures de classe. Plusieurs articles ont été publiés sur le sujet de l'utilisation du téléphone, dont celui-ci de Radio-Canada. Ici, La Presse parle des dangers reliés à son utilisation. Le magazine Protègez-Vous en parlait aussi ici

La fin du monopole de Bell sur la téléphonie et les nombreuses innovations technologiques ont permis de lentement, mais sûrement, au téléphone qui ne faisait que des appels (gratuits après 19 heures pour ceux qui se souviennent) aux modèles que l'on connaît présentement. Il est intéressant de noter la grande variété de modèles qui existaient avant que tous les fabricants en viennent à "adopter" le style du iPhone d'Apple. 

Outre les modèles qui se ressemblent tous, on estime le nombre de téléphones en opération dans le monde à 7,21 milliards d'appareils. Le côté moins reluisant sont tous les appareils qui ne sont plus utilisés et qui se retrouvent en très grand nombre dans les dépotoirs, relâchant dans le sol des matières hautement toxiques. Il existe toutefois des endroits où ils peuvent être déposés afin qu'ils soient adéquatement recyclés ou, s'ils ne sont pas si vieux, remis à neuf pour être revendus. 

Un des avantages indéniables du téléphone cellulaire est qu'il nous permet d'effectuer des appels d'à peu près n'importe où et sur de grandes distances sans avoir à défrayer des coûts supplémentaires. Pouvoir aussi composer le 9-1-1 rapidement permet aux services d'urgences bien plus rapidement. 

Quoiqu'il en soi, le téléphone de 2025 transcende profondément l'invention d'Alexander Graham Bell et ce dernier risquerait d'être certainement estomaqué de voir comment le simple appareil de communication qu'il a mit au point a évolué. 

1975: Le téléphone sert à deux choses? Appeler quelqu'un qui n'est pas dans la maison ou recevoir un appel de quelqu'un qui n'est également pas dans la maison. Les téléphones qui se trouvent dans toutes les maisons du Québec appartiennent tous à Bell Canada. Ne cherchez pas la compétition; il n'y en a pas. Bell Canada possède le monopole et en 1975 Bell est l'un des plus importants employeurs du Canada. Pour le téléphone le prix de la location est inclus dans la facture. 

Un aspect intéressant du téléphone de 1975 est la fonction spéciale du zéro, à la toute fin de la roulette. En composant le zéro l'on parlait directement avec une opératrice. Oui, au féminin parce que toutes les personnes travaillant à ce service étaient des femmes. Avec son aide vous pouviez avoir accès, par exemple, au numéro de téléphone d'une personne dont vous avez oublié le numéro, ou effectuer un appel à frais viré. Ce service permettait à une personne utilisant un téléphone public de pouvoir appeler, via l'opératrice, une personne mais sans avoir la monnaie pour mettre dans l'appareil. Lorsque l'opératrice entrait en contact avec la personne voulue elle lui demandait si elle acceptait l'appel à frais viré, ce qui ajoutait au compte de cette personne le montant requis. 

Le service de l'opératrice était non seulement disponible sur tous les téléphones de maison mais aussi sur les téléphones publics.  Aujourd'hui ce service n'existe plus. 

Les téléphones de Bell, surtout le modèle 500 que l'on retrouvait dans presque toutes les maisons étaient construits comme des enclumes et pouvaient durer des années. Si un appareil en venait à faire défaut un technicien de Bell le remplaçait sans frais. 

(Photo: Collection personnelle)

Vous voulez un deuxième téléphone? peut-être pour la salle de séjour, la chambre ou dans le bureau? Bell peut vous arranger ça en vous fournissant l'appareil désiré mais encore faut-il qu'un technicien viennent installer la prise dans ladite pièce et, bien entendu, le téléphone extra signifie un extra sur la facture. Est-ce que le téléphone avait amené une petite révolution en soi?


D'une certaine façon, oui. Prenez le petit meuble que l'on voit sur la photo ci-haut. Cela permettait aux mères au foyer de s'installer confortablement afin de papoter avec une amie pendant un bon bout. Vous avez probablement connu quelqu'un dans votre famille qui avait un de ces meubles. Mais était ce là l'étendue des innovations?

(Photo: Collection personnelle)

En fait, non. Depuis 1967 Bell Canada offrait aux clients un tout nouveau modèle que je considères l'un des plus beaux designs de téléphones: le Contempra. Ce téléphone aux lignes audacieuses voyait le cadran, à roulette bien entendu, intégré directement au combiné. Il avait de plus la versatilité d'être utilisé sur une table ou au mur avec des trous à l'arrière. auparavant il y avait deux modèles de Bell; l'un pour le mur et l'autre pour une table. En 1975 ces téléphones étaient offerts également avec le nouveau concept dit "Touch Tone" mais il arrivait que les gens, en parlant, accrochaient un des pitons. 

Toutefois, le téléphone était fixe et il fallait l'utiliser là où il se trouvait. Dans bien des familles il était mal vu de placoter sans fin et nécessitait parfois l'intervention des parents pour dire aux enfants de lâcher ça. Dans ce temps-là il n'y avait pas de répondeurs alors si l'on attendait un appel important il valait mieux de laisser la ligne libre.

Toutefois, contrairement au téléphone cellulaire, appeler en dehors de la ville signifiait que l'on devait utiliser le service dit interurbain. Par exemple, pour téléphoner à de la parenté qui se trouvait à Québec l'on devait obligatoirement l'utiliser et ce n'était pas gratuit. Il ne s'agissait pas non plus d'un frais fixe, que non. Plus l'on parlait longtemps plus la facture augmentait. Et si l'on avait pas mal de choses à se dire, valait peut-être mieux abréger ou, au mieux, envoyer une simple lettre par la poste. 

L'un des avantages du téléphone de 1975 et de son réseau est que les systèmes de réponses automatisés n'existaient pas. Lorsque l'on appelait en quelque part il y avait toujours une personne pour nous répondre. Pas de "pesez sur 1 pour ceci, pesez sur 2 pour cela". Prendre un rendez-vous à la clinique médicale? Composez le numéro et pouf! vous allez immédiatement parler avec la secrétaire. 

Si le téléphone cellulaire permet des appels d'à peu près partout il était néanmoins possible d'effectuer des appels si l'on ne se trouvait pas à la maison. Bell, bénéficiant de son monopole, avait installé à peu près partout des cabines téléphoniques où l'on pouvait faire des appels pour quelques sous. 

En 1975 il n'y avait pas d'internet alors comment faisait on pour recourir, par exemple, aux services d'un plombier, d'un électricien, commander une bien bonne pizza ou bien appeler une personne dont on n'avait pas les coordonnées? Il existait deux bouquins: les Pages blanches et les Pages jaunes. Le premier était un compendium de tous les abonnés de Bell, inscrits par ordre alphabétique et qui incluait l'adresse et le numéro de téléphone. Pour un service professionnel c'était les Pages jaunes, nommé ainsi parce que les pages étaient jaunes. Dans ce bottin on retrouvait tous les services imaginables regroupés par ordre alphabétiques. Contrairement aux Pages blanches, les Pages jaunes affichaient les services avec des annonces dont la taille variait selon ce que les entreprises étaient prêtes à payer; d'une simple ligne à une demie page. Les deux bottins étaient distribués gratuitement une fois l'an directement aux domiciles et on les retrouvaient aussi dans les cabines téléphoniques. Les Pajes jaunes existent encore mais en version numérique. 

(Crédit photo: La Presse)

La téléphonie de 1975 était un service bien apprécié, bâti sur un réseau solide mais n'était pas le centre de l'univers des utilisateurs. C'était simplement un outil de communication et rien d'autre. 



Le saviez-vous? Bien que l'on attribue l'invention du téléphone à Alexander Graham Bell, le premier téléphone fonctionnel a été mis au point en 1861 par Johan Philipp Reis. Bell a apporté quelques améliorations au design de Reis et a ensuite déposé sa demande brevet.