mercredi 31 octobre 2012

Rationalité ectoplasmique - II

Dans le dernier article je vous parlais des infrasons et comment ceux-ci pouvaient provoquer tout un tas de symptômes chez les gens comme la peur, la panique, le malaise, l'angoisse et même faire apparaître des formes «fantomatiques» à la périphérie de la vision. Mais les infrasons à eux seuls ne peuvent pas expliquer tout. Parfois il arrive que des phénomènes étranges ne puissent pas être expliqués, mais alors là pas pantoute, par des infrasons.

Il y a cette vieille histoire, que j'ai lu il y a longtemps. Vers la fin des années 50 un couple fait l'acquisition d'une vieille maison dans l'ouest de Montréal. C'était une de ces magnifiques demeures toutes en pierre si caractéristique de la fin du 19è siècle. Elle avait fière allure avec sa tourelle en coin et sa cheminée. Elle n'avait subi que très peu de modifications au fil des ans. L'électricité y avait été bien sûr été installée et une grosse fournaise à l'huile dans la cave servait pour le chauffage.



La maison était bien belle mais avait besoin de quelques réparations ici et là, aussi avant d'aménager officiellement, le couple prend soin d'embaucher des entrepreneurs qui effectuent un certain nombre de menues réparations ici et là comme le toît, les fenêtres et la maçonnerie.

Le couple s'installe dans la maison juste avant l'automne et retiennent les services d'une domestique qui aidera à s'occuper des enfants. Ils ne sont pas dans la maison depuis bien longtemps que d'étranges phénomènes commençent à se manifester. Il y a d'abord ces bruits de pas dont la provenance est incertaine et curieuse puisque les corridors sont munis de longs tapis épais. Un soir l'épouse entend ces fameux pas à l'étage supérieur et décide d'aller voir. Elle monte rapidement l'escalier et entre dans la pièce qui se trouvait juste au-dessus pour se rendre compte que personne ne s'y trouve. La domestique est à la cuisine en-bas et avoue elle aussi avoir entendu ces fameux bruits de pas à plusieurs reprises.

Quelques jours plus tard monsieur et madame sont au salon bien tranquilles et voilà que leur fille aînée, âgée d'une dizaine d'années descend l'escalier. Elle dit à ses parents qu'il y a quelque chose dans la chambre, comme une ombre étrange qui se promène sur le plancher et qui semble vouloir se glisser dans le lit. Intrigué le père monte à l'étage afin de voir de quoi il en retourne. S'agirait-il d'un jeu de lumière provenant de l'extérieur? Malheureusement ce n'est pas le cas. Le père va voir dans la chambre de son autre fille, un peu plus jeune, et celle-ci affirme quant à elle entendre des bruits venant du grenier. La mère dit à ses filles qu'elles sont probablement encore chamboulées par le déménagement et le changement d'école et que tout va rentrer dans l'ordre.

Le père décide tout de même d'aller faire un tour au grenier. Il s'y rend avec une lampe de poche car il n'y a pas de lumière là-haut. Il a beau éclairer partout il n'y voit que les boîtes entreposées là et qui contiennent tout un tas d'objets. Un petit animal se serait-il introduit? Un oiseau ou un rongeur? il a beau regarder partout, incluant autour de l'oeil de boeuf, rien n'y fait. Il dit à son épouse que le jour suivant il installera quelques trappes à souris et vérifiera pour des traces d'excréments.

Le matin suivant au petit déjeuner tout le monde entend des bruits de pas à l'étage. Le père décide d'en avoir le coeur net et monte voir. Il est suivi de son épouse, de la domestique et des deux enfants. Chaque pièce est ouverte et visiblement il n'y a personne.

Le père quitte alors pour le travail et la dame se rend chez sa soeur alors que les filles se rendent à l'école. Seule la domestique reste pour y effectuer ses tâches. Le soir venu tous retrouvent la domestique dans tous ses états. Elle avoue avoir ressenti à plusieurs reprises un présence qui l'observait alors qu'elle lavait le plancher de la cuisine. Elle décrit aussi un sentiment d'opression. La domestique est en effet assez blême.



Au fil des jours qui suivent les phénomènes se poursuivent. Un soir monsieur est installé à la table de cuisine et, convaincu que son épouse, la domestique ou une de ses filles est derrière lui pour lui demander quelque chose il se retourne pour ne voir personne. Même ses nombreuses inspections dans le grenier ne donnent rien. Les trappes sont toujours là et n'ont pas été déclenchées. Il ne trouve pas non plus de traces d'excréments. Et sur la fine poussière du plancher du grenier il n'y a que ses propres traces à lui. Pourtant les filles affirment souvent entendre des bruits venant de là.

Quelques mois plus tard la famille ainsi que la domestique sont épuisés par tous ces phénomènes; bruits suspects, sensation d'opression, ombres mouvantes et étranges lueurs. Alors qu'ils sont au lit le couple entend un bruit inquiétant qui semble provenir de l'extérieur. Monsieur se lève et tasse le rideau pour ne rien apperçevoir du tout. La terrain devant la maison, tout comme la rue, est calme. Seul un monsieur passe avec son petit chien. S'il y aurait eu quelque chose, qu'il se dit, le chien aurait jappé, non? Et pourtant.

Le lendemain monsieur en profite pour annonçer que c'en est assez et qu'ils vont aller passer quelques jours à la campagne, histoire de se reposer. Il en profite pour donner un congé à la domestique, laquelle apprécie beaucoup. Leur séjour hors de la ville est magique. Tous dorment paisiblement et personne n'est incommodé d'aucune façon par quelquonques présences, bruits ou lueurs étranges. Mais dès le retour à la maison les phénomènes reprennent de plus belle. Chose curieuse ceux-ci s'aténuent automatiquement dès que l'on sort de la maison. Quelque chose se passe à l'intérieur, mais quoi?

Entretemps monsieur a embauché une nouvelle domestique qui n'a pas tardé après quelques jours à relater des expériences similaires à celle qui l'avait précédée. Durant la journée elle disait avoir la nette impression d'être suivie par une présence qu'elle n'arrivait jamais à identifier ni à voir. Un matin qu'elle passait l'aspirateur elle s'est même sentie prendre à la gorge par des mains invisibles. Elle raconte aussi cette grande femme habillée de noir qui a traversé le corridor à l'étage pour entrer dans la salle de jeu des enfants mais quand elle y est allée la pièce était vide. Elle dit avoir été prise de malaise, de nausées et de sensation de vertige, symptômes que les autres membres de la famille avaient aussi ressenti à plusieurs reprises.

Une nuit toute la maisonnée est brutalement réveillée par un hurlement. C'est la domestique. Monsieur se lève et, accompagné de son épouse, se rend aussitôt dans la chambre de la pauvre femme laquelle est assise dans son lit, le visage blanc de frayeur. Elle dit s'être réveillée soudainement et avoir vu un monsieur âgé qui se tenait debout au pied de son lit et qui la regardait sans broncher. Trop terrifiée elle est restée sous les couvertures et s'est assise brusquement lorsqu'elle a senti un main lui toucher l'épaule. C'est à ce moment qu'elle a crié.

Les phénomènes ne cessent pas, au contraire et un jour monsieur se rend à l'église de la paroisse pour en parler avec le prêtre. Intrigué ce dernier accepte d'aller faire un tour dans la maison. Sur place il en profite pour bénir chaque pièce de la maison sous le regard attentif de la famile et de la domestique. Mais le soir venu des bruits surgissent au grenier, comme si des gens déplacaient de lourdes charges. Monsieur monte rapidement mais quand il ouvre la porte il ne trouve rien sinon les boîtes qui n'ont pas changé de place ainsi que les trappes qui attendent toujours des rongeurs qui ne se manifestent visiblement pas.

Quelques jours plus tard monsieur est dehors et discute avec un voisin à propos de ce qui se passe chez-lui. Le voisin, qui habite la maison d'à côté depuis une vingtaine d'années affirme n'avoir jamais fait l'expérience de phénomènes étranges chez-lui mais que les gens qui habitaient la maison de monsieur avant en avaient souvent parlé. C'était une des raisons qui les avaient poussé à s'en aller. Monsieur décide donc de les contacter afin d'en savoir plus et découvre avec stupéfaction qu'ils avaient vécu les mêmes expériences. Ils n'avaient pas parlé d'histoires de fantômes car ils avaient eu peur de passer pour des fous.

Est-ce que la maison aurait été le théatre d'un crime sordide? Aurait-elle été construite là où il se serait passé quelque chose d'horrible? Un ancien cimetière peut-être? Malgré les recherches rien ne put confirmer de telles choses. Monsieur considérait lui-même vendre la maison car toutes ces nuits agitées étaient en train de saper la santé de toute la famille. Et c'était là quelque chose d'indéniable: toute la famille incluant la domestique étaient témoins de tous ces phénomènes.

Un soir monsieur entend un bruit soudain dans la cave, il ouvre la porte y menant et allume la lumière. En descendant l'escalier il est pris de vertige et se sent mal au point où il considère ne pas descendre jusqu'en bas. Pourtant il lui faut bien vérifier. En-bas il s'apperçoit qu'il commence à tituber et qu'il ressent une main invisible lui serrer la gorge. Pris de panique, il remonte. Son épouse le trouve afalé sur une chaise de la salle à manger, le teint pâle et livide. Pour l'épouse cette fois est de trop. Elle contacte le médecin de famille et lui raconte l'état dans lequel se trouve son mari. Ce dernier arrive et après un examen sommaire conclut que monsieur est empoisoné au monoxide de carbone. Le médecin demande à la dame s'il se trouve un appareil à combustion dans la maison. La dame lui dit que le poêle est électrique mais la fournaise dans la cave fonctionne à l'huile. Il recommande alors de la faire vérifier par un réparateur car il est possible qu'il émane de cette fournaise une certaine quantité de monoxide de carbone.



Monsieur et madame sont quelque peu perplexes. Se pourrait-il que tous ces phénomènes étranges puissent être dûs à une simple exposition au CO²? Et le couple entreprend d'expliquer au médecin tout ce qu'ils ont vécu depuis qu'ils ont aménagé dans cette maison.

Tout ce que vous ressentez depuis que vous êtes ici, leur dit-il, est fort probablement dû à une trop grande présence de monoxide de carbone, un gaz inodore et incolore dont l'exposition provoque toute une série de symptômes qui s'apparentent fort bien à tout ce que vous avez pu attribuer à l'inexpliquable.

Le lendemain un réparateur se pointe avec son coffre à outils et descend dans la cave, suivi de monsieur qui est, on peut le deviner, très curieux. Puis le type se met au travail. Après avoir fait le tour de la fournaise il regarde monsieur et lui dit que sa famille et lui ont dû en avoir des maux de tête... Devant le regard un peu perplexe de monsieur le réparateur affirme que la fournaise n'a pas été entretenue adéquatement et ce, depuis un bon bout de temps. Elle fuit à quelques endroits et libère une certaine quantité de monoxide de carbone partout dans la maison alors, rajoute t-il, si vous avez eu des migraines et autres trucs du genre ne cherchez pas plus loin. 

Une fois le travail terminé il remet sa facture et s'en va et recommande d'ouvrir un peu partout afin de bien faire aérer. Comme par miracle tous les phénomènes ont cessé brusquement, permettant à la famille de reprendre une vite normale.

Des fantômes? Surtout pas!

Cette histoire de monoxide de carbone, comme celle des infrasons, nous met en face de deux phénomènes tout à fait naturels mais qui tous les deux sont parfaitement invisibles et inodores mais qui peuvent certainement provoquer toute une floppée de symptômes que les plus imaginatifs attribueront probablement de nouveau aux fantômes mais qui pourront, encore une fois, être résolus en appelant ce gars-là:

samedi 27 octobre 2012

Rationalité ectoplasmique

Des histoires de fantômes au Québec, en voulez-vous en v'la. Presque chaque famille possède son petit lot de faits étranges et (supposément( inexpliqués. Du fantôme de matante Georgette qui se berce dans sa chaise de cuisine à papi Gédéon qui marche dans le grenier toute la nuit, aux sensations de malaise dans la cave près de la fournaise parce que supposément il se serait un jour/une nuit passé des choses... étraaaanges. Il y a fort à parier que vous ayez déjà entendu des histoires de ce genre à un moment ou un autre, et chose certaine, beaucoup de gens croient dur comme fer à ces phénomènes. Beaucoup!

Toutefois, lorsque l'on y regarde de plus près, et en faisant preuve d'un peu de jugement rationnel, on se rend compte qu'il se trouve derrière ces phénomènes des explications logiques qui n'ont rien d'ésotérique. On aime ça se faire des peurs, que voulez-vous? D'ailleurs, pourquoi pensez-vous que ces histoires sont presque toujours racontées le soir ou à la lueur d'un feu de camp?


Au Québec nous avons notre petit lot de fantômes célèbres, comme celui de la Corriveau, cette femme accusée du meurtre de son deuxième mari et qui fut condamnée à la pendaison par une cour martiale britannique. Suite à sa pendaison sur les Buutes-à-Nepveu (sensiblement à l'endroit où se trouve l'actuel Assemblée Nationale), le corps a été déposé dans une cage en fer au vu et au su de tout le monde et exposé à Pointe-Lévy, à l'intersection la rue Saint-Joseph et le Boulevard de l'Entente pendant cinq semaines. Après quoi le corps fut tout simplement enterré.

Au fil du temps on a tellement exagéré et amplifié cette histoire que non seulement le nombre de victimes s'est vu multiplié mais c'était rendu que le squelette de la Corriveau, toujours dans sa cage, courait après le monde, toujours dans sa cage. 

Et puis comment elle fait pour courir avec les deux pieds dans la cage?

C'est de la foutaise, bien entendu. D'abord cinq semaines n'est pas assez pour qu'un corps se décompose au point de ne plus être qu'un squelette, même si exposé aux quatre vents. Et si l'on poussait un peu, lorsque les tissus disparaissent, les os se disloquent et la Corriveau se serait ramassée en morceaux au pied du gibet. Pas exactement facile de courir après le monde amanché comme ça, surtout si l'on considère à quoi ressemblait effectivement la cage en question:

Je ne sais pas pour vous mais ça ne semble pas trop flexible pour courir ce machin...

La légende Mary Gallagher est très populaire aussi. Vous vous en souvenez sûrement, il s'agit de cette femme aux mœurs légères qui fut assassinée à Griffintown en 1879 (dont j'ai parlé ici) et dont le fantôme se promènerait aux alentours des lieux du crime tous les sept ans, recherchant supposément sa tête. Je me suis rendu à plusieurs reprises sur les lieux en question et je vous avoue en toute sincérité n'avoir jamais aperçu quoi que ce soit d'anormal, le terrain ou se trouvait la maison étant aujourd'hui un banal stationnement. Et puis je me demande bien pourquoi la Gallagher chercherait sa tête puisque celle dernière a été enterrée avec le reste de son corps au cimetière Notre-Dame-des-Neiges (dans une section non-consacrée parce qu'elle était une prostituée).

Pensons aussi à la légende du pont de Québec dont l'effondrement avait été attribué dans un conte à un personnage diabolique qui avait exigé l'âme du premier passeur du pont, quand dans le fond ce n'était dû qu'aux ingénieurs qui avaient calculé leurs affaires tout croche.

Et pourquoi pas un p'tit mot sur la fameuse tour hantée de Trafalgar sur le mont Royal. Pendant des années quantité de gens étaient parfaitement convaincus qu'ils s'agissait d'une véritable histoire, qu'un couple y avait été assassiné et que leurs fantômes terrorisaient les gens qui s'aventuraient alors que dans le fond il ne s'agissait que d'un conte inventé de toute pièce.

 Aujourd'hui cette petite tour décorative n'existe plus et il s'y trouve la cour arrière d'une maison où il ne se passe rien de surnaturel...

Pourtant il existe bel et bien des témoignages on ne peut plus sérieux de personnes qui ont rapporté, par exemple, avoir ressenti des sensations de crainte, d'oppression et d'angoisse profonde à certains endroits bien spécifiques. Il suffit d'y rajouter d'une pincée de présomption, d'un soupçon d'imagination et qu'on laisse couvrir à feu doux pour que l'on obtienne quelquonques explications surnaturelles. Et des légendes urbaines aussi.

Avant toute chose je crois qu'il serait approprié d'établir qu'ici, au Studio Pluche, la croyance envers les spectres, fantômes et autres apparitions ectoplasmiques est à peu près nulle et il est peu probable que le numéro de téléphone 555-2368 soit composé.  

Passons maintenant aux choses sérieuses, si vous le voulez bien. 

Présentement autour de vous, au moment où vous lisez ceci, il y a probablement du bruit. Je ne sais pas; des autos qui passent, la musique d'un poste de radio, des conversations, un chien qui jappe, un chat coincé dans un tuba, la voix nasillarde et terriblement désagréable d'une caissière de supermarché qui appelle un emballeur dans le haut-parleur, bref.

Tout ce que vous entendez via vos deux oreilles est composé de fréquences et mesuré hertz ou Hz, unité de mesure des fréquences (attention, je ne parles pas de volume, qui est lui mesuré en décibels, prière de ne pas confondre). Plus le nombre de hertz est élevé, plus le son vibre rapidement. A 1000 Hz vous devenez un megahertz et à 1000 megahertz vous devenez un gigahertz, unité de mesure dont on se sert fréquemment en informatique.


Les ondes sonores, donc composées de différentes fréquences, sont perçues différemment par les êtres vivants. Les humains dont vous faites partie (enfin je l'espère) peuvent entendre une gamme qui s'étend (approximativement) de 16 Hz jusqu'à 20,000 Hz. Le chien quant à lui peut entendre jusqu'à 40 000 Hz. C'est pour ça que quand vous sifflez dans un sifflet à chiens vous n'entendez rien mais que pitou, lui, est tout excité. Le dauphin peut entendre jusqu'à 80 000 Hz et la chauve-souris jusqu'à 100 000 Hz.

Nous avons défini que la gamme des fréquences perçues par l'être humain (16~20 000 Hz) fait partie de ce que nous appelons les sons. Au-delà de 20 000 Hz les fréquences deviennent des ultrasons.

Je sais, vous allez me de demander c'est quoi le lien entre les sons et les lieux «hantés».

Hé hé.

Le début du vingtième siècle, on le sait, a été très fertile en expériences de toutes sortes. Elles pouvaient être farfelues, idiotes, dangereuses ou carrément étranges. Bon nombre d'entres elles ont tout de même conduit à des découvertes assez étonnantes. C'est le cas des infrasons.

De quossé?

Les infrasons. C'est-à-dire la gamme des sons en bas de 16 Hz et qui sont parfaitement inaudibles par l'oreille humaine. Des scientifiques ont découvert que les infrasons pouvaient être captés par les oreilles sans toutefois être «entendues» comme tel mais avec des conséquences, comment dire, intéressantes.

 Vladimir Gavreau.

Retrouvons-nous maintenant en 1957 dans le laboratoire d'électro-acoustique du docteur Vladimir Gavreau à Marseille. Un des assistants du docteur se mit un jour à saigner des oreilles. Curieux, Gavreau se mit à faire quelques recherches afin de savoir ce qui pouvait bien causer ce désagrément. Après avoir écarté certains goûts musicaux douteux il trouva que des vibrations causées par des tuyaux d'une certaine longueur et circonférence (...) pouvaient causer des effets qui allaient de déplaisants à carrément douloureux. Des études plus poussées ont permis d'établir que les sons entre 7 et 19 Hz pouvaient déclencher des sentiments d'angoisse, de crainte et même de panique. Ce qui est autant plus intéressant dans tout ça c'est que la nature elle-même produit énormément d'infrasons; les volcans, le tonnerre, des vagues massives... 

Il y a de celà quelques années des chercheurs du Riverbanks Zoological Park à Columbia en Caroline du Sud ont enregistré des vocalisations de tigres pour ensuite les analyser. Et devinez ce qu'ils ont trouvés: les tigres pouvaient facilement produire des sons à... 18 Hz, dont nous avons vu les effets plus haut. Un des chercheurs a conclu que le rugissement d'un tigre pouvait saisir et paralyser un être humain (ce qui facilite grandement la capture et la dégustation).

Et les maisons hantées dans tout ça?!?!

Eh bien voilà. Des infrasons, tout simplement. Voilà un phénomène entièrement naturel, tout à fait invisible, parfaitement imperceptible, qui peut à tout hasard vous foutre la grand-mère de toutes les trouilles, vous enlève toute joie de vivre et qui vous donne l'envie de vous enfuir à toute vitesse.

Mais qu'en est-il des fameuses «apparitions»?

Eh bien voilà. Il y a de celà quelques années un ingénieur britannique du nom de Vic Tandy travaillait pour une firme qui fabriquait de l'équipement médical. Ce n'était pas très grand, quelque chose comme 30 pieds par 10 pieds. Puis est venu ce moment où les gens qui travaillaient dans ce labo ont commençé à ressentir des sensations d'opression, d'inconfortet aussi cette étrange impression d'être «surveillé». Tandy en fut même témoin. Un soir il appercut même une forme grise qui se déplaçait à la périphérie de sa vision. La forme resta muette. Tandy affirma qu'il fut soudain prit de frissons et qu'il devint carrément terrifié. Quand il se retourna pour voir la forme elle disparut. Le niveau d'inconfort continua de plus belle sans que l'on ne puisse expliquer pourquoi.

 Vic Tandy.

Un soir Tandy était en train d'ajuster une épée d'escrime (après les heures de travail on assume) dont il avait besoin pour une compétition. Il avait placé celle-ci dans un étau et nota que l'extrémité de la lame vibrait comme ça sans raison apparente. Il a eu la chienne, évidemment. Toutefois, étant ingénieur, il a décidé d'utiliser son esprit rationnel pour tenter de comprendre ce phénomène.

Si la lame vibrait c'est qu'elle recevait de l'énergie qui devait varier en intensité à une fréquence identique à la fréquence résonnante de la lame. Après une expérience il se rendit compte que le centre de la pièce était soumis à une fréquence faible d'ondes stationnaires.

Huh?

Les sons que l'on entend sont en réalité des variations dans la pression de l'air autour de nous. On représente graphiquement celles-ci sous forme de ligne sinueuse sur un écran. si vous parlez à quelqu'un, par exemple, les ondes de votre voix se propagent jusqu'à l'oreille de votre interlocuteur (la théorie semble toutefois s'effondrer quand une femme parle à son conjoint). Autre exemple, il vous est probablement arrivé en montagne de crier quelque chose très fort pour ensuite le réentendre une seconde ou deux plus tard sous forme d'écho. L'onde de votre cri a voyagé, a rencontré des obstacles et est revenue vers vous.

 Graphique d'une onde sonore.

C'est un peu ce qui s'est passé dans le labo de Tandy; on s'est rendu compte que l'onde qui faisait vibrer la lame de l'épée était d'une fréquence qui faisait qu'elle était parfaitement réfléchie par les murs et revenait au centre sans ne pouvoir aller nulle part. Mais qu'elle était cette fréquence?

C'est ici que les mathématiques et la logique font fuir les fantômes de terreur:

f = v/λ où λ = 2xl (et pouf!)

À savoir:

f = fréquence du son
v = vélocité du son (soit 1,139 pieds par seconde)
λ = onde sonore (lx2=60 pieds)
l = longueur de la pièce (30 pieds)

Nous obtenons ceci: f = 1,139 / 60 = 18.98 Hz (avec une variation de ±10% si on tient compte de facteurs comme la température ambiante et la pression de l'air.

18,98 Hz.

Vous vous souvenez des expériences du docteur Gavreau et de celles avec les tigres?

Uh uh.

Mais alors, qu'est-ce qui causait cette foutue fréquence dans le labo de Tandy? La réponse vint rapidement et fut plus simple et stupide qu'on aurait pu le croire. Le chef d'équipe avait tout simplement installé un nouveau ventilateur dans le labo pour aspirer l'air à l'extérieur. Le son qu'elle produisait quand elle fonctionnait émettait justement une onde sonore stationnaire qui créait tous les malaises dans le labo. Quand le ventilateur fut éteint toutes les impressions d'angoisse, de peur et de panique disparurent comme par enchantement. Tout comme les «visions», essentiellement dûes elle aussi à la fréquence de 18.98 Hz puisque l'on a prouvé dans une autre expérience que des vibrations entre 12 et 27 Hz affectaient principalement les mains, la bouche et surtout les yeux. La NASA s'y est penché et la conclusion fut qu'une vibration de l'ordre de 18 Hz de la membrane oculaire (l'oeil) pouvait effectivement donner l'impression de voir des formes «fantômatiques» en coin de l'oeil, ce qu'avait justement perçu Tandy.

Tiens donc.

Le bonhomme voulu tester cette théorie dans un cellier datant du 14è siècle au 38/39 Bayley Lane à Coventry. La légende locale voulait que le cellier soit hanté et que bon nombre de ceux qui y entraient figeaient sur place, apercevaient des formes spectrales grises et se devaient de quitter rapidement, soudain pris de nausées. Tandy utilisa de nombreux appareils; un mesureur d'ondes sonores Bruel & Kjaer type 2209, un microphone pouvant enregistrer jusqu'à 1 Hz, un analyseur Zonic AND type 3525 Dual Channel FFT (pour les curieux de la technique) et prit plusieurs mesures afin d'avoir un bon échantillonnage des fréquences.

Incidemment, la forme du cellier, le corridor y menant et les vibrations des usines se trouvant à proximité se conjuguaient tous pour faire du cellier une chambre de résonnance parfaite et la fréquence enregistrée à l'endroit où les gens ressentaient toujours des sensations de malaise, d'angoisse et de peur était de... 18.9 Hz.

Dun dun dun DUN!!!

Les effets des infrasons ont même été sérieusement étudié par l'armée américaine durant la guerre du Viet-Nam et par les Allemands durant le seconde guerre. D'ailleurs le sujet avait été abordé par Leslie E. Neilson dans son livre German Research in World War II et qui servit d'inspiration à Hergé pour l'album L'affaire Tournesol.

L'oeil attentif aura aussi remarqué une autre inspiration pour Hergé: la fusée de l'album Objectif Lune (oy!),

Cette image vous sera familière si vous avez lu L'Affaire Tournesol.

Alors si vous avez le goût de foutre la trouille à vos invités vous savez quoi faire; il ne vous suffit que d'installer chez-vous un générateur d'infrasons. Et si vous vous demandez à quoi peut bien ressembler une telle machine vous n'avez qu'à visiter une église et ça va vous sauter aux yeux.

Ta-daaaaam! 

Il se trouve tout simplement que les tuyaux d'orgues sont généralement très bien conçus pour générer ces fameux infrasons en bas de 20 Hz causant toutes ces impressions étranges que les gens ont dans les églises. Ils ont fait l'expérience en Angleterre.

Alors voilà, la prochaine fois que vous entendrez des sons étranges, appercevrez des formes bizarres et sentirez des sensations d'angoisse, de crainte et de peur, au lieu d'appeler un exorciste de carnaval ou encore Ghostbusters, appelez donc ce gars-là:







Le saviez-vous? Une des plus anciennes histoires de fantômes nous vient de Pline le jeune, un Romain, qui décrit une maison hantée par un fantôme enchaîné, d'où la représentation classique qui va nous perdurer dans les contes classiques et jusqu'à aujourd'hui.