lundi 24 août 2026

Gagnon Automobile en 1912

En 1912, au 1950 boulevard St-Laurent, on retrouve le commerce St-Louis Automobile, propriété de Siméon Gagnon et où l'on peut faire l'acquisition de voitures de marque Rambler. Le garage offre aussi les services d'entretien et de réparations. La photo est intéressante, on y voit des gens posant devant le commerce et où l'un d'entre eux est fort probablement monsieur Gagnon lui-même. Au dessus du commerce se trouvent des logements et la personne assise au balcon tout en haut ne semble pas trop s'en faire avec ce qui se passe en bas.  

Une Rambler «Touring» de 1912, pour les promenades estivales, bien entendu. 

Toutefois en 1912 l'automobile était un produit de luxe qui était fort loin de la portée des bourses de l'ours moyen. En effet le prix d'une Rambler variait selon le modèle, entre 1 200 et 3 000 dollars, ce qui équivaut à environ 43 000 à 107 000 dollars aujourd'hui. On compte à cette époque approximativement 3,000 voitures en circulation à Montréal mais c'est l'apanage des riches. 

Sur cette photo on peut voir l'intérieur du commerce où se trouvent tous les agréments modernes afin de bien gérer le commerce; téléphone, système de communication interne, machine à dactylographier, fontaine d'eau et pièces. 

Comme mentionné au début de l'article, le commerce se trouvait au 1950 boulevard St-Laurent mais on ne peut utiliser cette adresse à l'emplacement actuel puisque la numérotation des rues n'était pas la même. Le 1950 boulevard St-Laurent à cette époque se situait un peu au nord de Laurier.  

En 1925 le garage n'existe plus. Il est difficile d'extrapoler sur la cause mais en 1919, un peu plus au sud, soit au 1545 boulevard St-Laurent , s'installe Légaré Automobile. Cette adresse place le commerce un peu au nord de l'avenue du Mont-Royal. Pas à côté mais pas bien loin non plus.

Légaré Automobile, succursalle au 596 Ste-Catherine Ouest. 
 
Comme on peut le voir sur cette représentation de la compagnie dans le Lovell de l'époque, la compagnie Légaré possédait 7 succursales à Montréal et offrait vente et service pour plusieurs marques de voitures du temps dont, ô surprise, les voitures Nash. 
 
Les voitures Rambler, que vendait Siméon Gagnon, étaient fabriquées par la Thomas B. Jeffery Company,l laquelle a produit des automobiles de 1900 jusqu'en 1914. Or, en 1916, Charles W. Nash, propriétaire de la compagnie de voitures du même nom, rachète celle de Thomas B. Jeffery. Monsieur Gagnon a pu certes continuer à vendre des Rambler mais la présence proche de Légaré Automobile lui a certainement envoyé un solide coup de coude dans les côtes, surtout avec plusieurs succursales. C'est ce qui a probablement fait dérailler le commerce de monsieur Gagnon. 
 
Il est bien difficile en 2025 de savoir où se trouvaient très exactement les commerces qui existaient là il y a cent ans car si il se trouve encore de vieux bâtiments plusieurs ont été remplacés par d'autres de facture plus moderne. Sans compter, comme mentionné plus haut, la numérotation des adresses qui différait grandement de celle d'aujourd'hui. 
 


Le saviez-vous? Nash Motors relança la marque Rambler sur le marché automobile de 1950 à 1954. En 1954 Nash fusionne avec la Hudson Motor Car Company pour former l'American Motors Corporation. La compagnie va d'ailleurs remettra d'ailleurs le Rambler sur les routes durant les années 60.   




Bien qu'il se passe bien des choses en 1912, l'évènement qui fera parler pendant des smeaines et voire plus, est sans aucun doute le baufrage du paquebot Titanic de la White Star Line dans les eaux glacées de l'Atlantique nord. À cette époque la télégraphie sans fil permet des communications rapides et parfois, malheureusement, trop rapides. En effet, dans son édition du 14 avril 1912, le journal La Patrie rapporte de façon erronée, que tous les passagers sont sains et saufs. Les faits, on le sait, sont décidément tout autre et on devra rajuster le tir dans les éeditions subséquentes et rapporter que le naufrage a causé la mort d'environ 1,500 personnes. 

L'édition du 14 avril 1915. Une communication hâtive rapporte une fausse bonne nouvelle. 

L'édition du 15 avril rectifie le tir. Le nombre de décès est encore à ce moment imprécis car le édcompte officiel n'est pas terminé. 

Et enfin, pour clore cet article, voici quelque publicités parues en 1912. Vous reconnaîtrez fort certainement certains produits qui sont encore disponibles aujourd'hui. 







mercredi 21 novembre 2012

Ford en 1953

 Qu'avons-nous ici dans cette publicité de 1953? Ah, mais c'est la Ford Sedan Customline équipée du fameux moteur V8! Ce moteur-là, que l'on a aussi connu sous le nom de Ford Flathead, a été introduit en 1932 et fut à ce moment-là le premier moteur à 8 cylindres à être produit en quantité suffisante à l'usine pour équiper les voitures fabriquées en série. Ce développement fut aussi l'un des plus importants pour la compagnie. Ce moteur a connu un succès phénoménal et est rapidement devenu le moteur de choix pour ceux qui aimaient bizouner là-dedans et que l'on appelait «hot rodders». On pourrait presque dire que le Flathead a donné naissance au hot-rodding.



Dans la pub on prend bien soin de mentionner la facilité de roulement et la docilité du moteur et c'est bien beau mais c'est quand même curieux que l'on ne fasse pas mention de ces grandes nouveauté pour les modèles Ford en 1953: freins et direction assistés, des particularités qui avaient réservées aux modèles plus luxueux Lincoln et Mercury. On dit aussi au milieu à gauche, en peut-être un peu trop petit malheureusement, que l'on fête ici les cinquante ans de Ford. On néglige aussi de préciser que toutes les Ford 53 sont livrées avec un volant spécial commémoratif marquant justement le 50è anniversaire de la compagnie.


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Maintenant que se passe t-il en 1953 par chez-nous? Il y en a bien des choses mais celle qui retient pas mal l'attention est la fameuse affaire Coffin où trois américains, venus chasser l'ours en Gaspésie, sont retrouvés morts. Dans cette sinistre histoire on en viendra à accuser leur guide, Wilbert Coffin,  de les avoir tué tous les trois et, dans un procès qui sera très médiatisé Coffin sera trouvé coupable. L'affaire est très controversée, au point où même encore aujourd'hui les opinions sont fortement divisés quant à la culpabilité de Coffin, lequel fut pendu en 1956. Le procès eut d'importantes répercussions dans le monde judiciaire du pays puisqu'il fut en grande partie responsable de l'abolition de la peine de mort en 1976.

jeudi 17 mai 2012

Design automobile: l'audace des années 50

Les années 50 sont assez dichotomiques, socialement parlant. C'était une période où la guerre froide avec l'Union Soviétique laissait présager qu'une pétarade atomique allait tout vaporiser d'une minute à l'autre et que personne ou presque ne verrait un tant soit peu l'ombre des années 60. Dans le ciel on voyait passer des bombardiers, à la radio ou à la télévision des messages étaient diffusés quant aux mesures à prendre en cas d'attaque nucléaire. Dans le Nevada et dans quelques atolls du Pacifique on faisait péter bombe atomique par-dessus bombe atomique. Les abris atomiques étaient clairement affichés et on publiait quantité d'information sur l'art de construire son propre abri dans la cour arrière.

On serait évidemment porté à penser que la vie était morne et déprimante à la tonne mais vous savez quoi? c'était tout à fait le contraire. Jamais dans tout le vingtième siècle n'a t-on vécu avec une joie de vivre aussi féroce. 

Il y avait d'abord la couleur. Fini le brun caca, le vert malade, le gris déprime, le blanc institutionnel aseptisé et le noir mortuaire. Bienvenue au jaune serin pétant, le rose nanane, le turquoise éclatant et le bleu azur! Et on utilisait ces couleurs sur tout! Électro-ménagers, meubles, maisons, objets décoratifs, couvre-planchers...

La musique aussi s'était ramassée avec une dose massive d'adrénaline: on dansait maintenant aux rythmes endiablés d'Elvis Presley, Little Richard, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Bill Haley & the Comets...  Bref, dans toutes les sphères de la vie on semblait vivre à 500% comme si la fin du monde était quelque chose d'imminent.

Un autre manifestation significative de cette explosion créative fut le design automobile. Outre l'utilisation massive des couleurs décrites ci-haut les concepteurs carrément lâchés lousse et c'est certainement durant cette période qu'on a vu apparaître les modèles les plus audacieux jamais conçus.

Lorsque vous vous promenez dans la rue aujourd'hui et que vous regardez les différentes automobiles, êtes-vous vraiment impressionné par les designs? Peut-être est-ce que vous êtes comme moi et avez cette impression que toutes les voitures sont taillées d'après le même moule. En anglais on parle de design «cookie cutter», qui veut dire «manque d'originalité ou de distinction», faisant référence à l'uniformité qui ressort de l'utilisation d'un moule à biscuits.

J'ose poser la question: où est l'audace dans le design automobile d'aujourd'hui? Où est cette imagination débridée qui a permis de voir, dans les années cinquante, des voitures comme celles-ci:

La Pontiac Club de Mer fut conçue en 1956 par Harley Earl comme voiture sport deux places et munie d'un moteur de 287 pouces cube V-8. Malheureusement la voiture ne fut jamais mise en production et le prototype a été vendu en 2007 à un collectionneur pour la somme de $75,000.






La Firebird III est une autre voiture-concept tout à fait époustouflante et conçue en 1958 par General Motors. Avec une carrosserie entièrement faite en titane avec pas moins de sept ailerons, son aérodynamisme fut testée de façon exhaustive. Comportant deux sièges, visiblement séparés, la voiture était alimentée par une turbine au gaz Whirlfire d'une puissance de 225 chevaux ainsi que d'un moteur plus petit à essence de 10 chevaux pour alimenter les différents instruments innovateurs comme un régulateur de vitesse et l'air climatisé. La voiture avait d'étranges similitudes avec les avions dont le freinage (air drag brakes) ainsi qu'un joystick situé entre les deux sièges au lieu d'un volant conventionnel.



Le Dodge Dart-Diablo Concept fut conçu par Dodge en 1957 dans un style qui n'est pas sans rappeler les concepts de Bertone en Italie, quoiqu'en version plus américanisée, donc plus large. Dotée d'un aérodynamisme éprouvé en usine elle était dotée d'une peinture en deux tons qui lui donnait un style racé.


La Ford Nucleon, qui fait penser à un El Camino, fut développée en 1958 par Ford et digne d'un film de science-fiction puisqu'elle était mue non pas par un moteur à essence mais bien par... un réacteur nucléaire. C'est le truc rond que l'on voit à l'arrière et qui ressemble à une roue de secours. Il s'agissait en fait d'un moteur à vapeur fonctionnant grâce à la fission de l'uranium, système utilisé dans les sous-marins. Chez Ford on était convaincu que la miniaturisation permettrait éventuellement d'installer ce type de moteur dans des voitures. 



La Cadillac Cyclone, mise au point par la division Cadillac de General Motors (duh!) s'inscrit parmi les voitures directement inspirées par l'aviation, non seulement à cause de son aérodynamisme de missile mais aussi avec ses ailerons ressemblant à des stabilisateurs. Elle comportait aussi, et tenez-vous bien, un système de détection de collision par radar installé dans les deux cônes noirs situés à l'avant. La canopée était traitée pour protéger des rayons UV et glissait électriquement dans le compartiment arrière en même temps que les portières qui elles, se rétractaient automatiquement.


La Ford X2000 semble tout droit sortie d'un épisode des Jetsons et pour cause puisqu'il s'agissait d'une voiture-concept inventée en 1958 par le département de design de Ford en prévision de ce que les voitures de l'an 2000. En terme de design le devant semblait être une version modernisée de celui de l'Edsel alors que l'arrière était quelque peu typique des
voitures du temps mais dont les ailes semblaient surmontées de fusées d'appoint. La voiture n'a jamais été mise en production ni même construite grandeur nature mais le fut cependant par Andy Saunders, un enthousiaste très... enthousiaste.




En 1956 les gens de la division Oldsmobile de General Motors ont pondu la Golden Rocket, un véhicule sport deux places muni d'un puissant moteur V8 de 234 pouces cubes qui produisait pas moins de 275 chevaux. La voiture, dotée d'une carrosserie entièrement faite en fibre de verre, comportait des éléments très intéressants dont un mécanisme qui faisait lever le toit tout en faisant pivoter le siège du conducteur vers l'extérieur dès que la portière s'ouvrait.


Le Mercury D-528 n'a jamais été conçu pour la production (malheureusement) mais s'est plutôt inscrit dans le cadre d'un projet de recherche. La voiture dont l'origine remonte à 1953~1954 devait essentiellement servir à tester des éléments comme l'air climatisé, positionnement des sièges et absorption d'impact.


La Ford La Tosca, qui tire probablement son nom de l'opéra de Pucini, fut conçue en 1954 par Alex Tremulis et s'inscrivit parfaitement dans le courant «space age» de l'époque. Tremulis se servit essentiellement du concept comme leçon, afin de démontrer aux étudiants en design automobile comment ça pouvait être difficile, même pour les professionnels, de concevoir une voiture. Elle ne fut jamais mise en production mais son concept évolua dans le design de la Lincoln 1958.



La Chevrolet Biscayne est une voiture-concept imaginée par General Motors en 1955 mais qui ne fut jamais mise en production. Outre sa carrosserie d'une pièce en fibre de verre la voiture ne semblait pas comporter d'éléments pouvant la différencier des autres voitures de l'époque. Les avis sont aujourd'hui partagés quant à son look; certains y voient de l'audace alors que d'autres ni voient qu'une fricassée rassemblant des morceaux de Corvair, de Corvette, d'Impala et de Belair. La voiture fut mise à la ferraille mais rachetée bien des années plus tard par un collectionneur qui a entreprit de la restaurer complètement.



Le Chrysler Norseman est une voiture-concept qui fut mise au point en 1956. Ne voulant pas se contenter d'une maquette Chrysler demanda à la compagnie italienne Ghia de lui fabriquer un modèle 100% opérationnel. Les gens de Ghia ont mis environ un an à construire le véhicule qui comportait certaines particularités intéressantes dont un toît en cantilever et un toît ouvrant motorisé. La voiture devait être en montre lors d'un salon organisé par Chrysler en 1957 et la compagnie Ghia embarqua la Norseman à bord du paquebot Andrea Doria, lequel coula, on le sait, au large du Massachussetts à la suite d'une collision avec un autre navire.


Avec le concept du Buick Le Sabre 1951, Harley Earl a magnifiquement réussi à intégrer le look d'un avion de chasse moderne à un design automobile et ce, bien avant que ça ne devienne en vogue. C'était l'époque où les jets à réaction remplaçaient progressivement les avions à hélices et Earl songeait depuis un temps à transposer ce concept dans une automobile. La voiture incorporait des éléments aussi avant-gardistes pour le temps comme un système électrique à 12 volts (alors que les automobiles du temps utilisaient 6 volts), des sièges chauffants, phares électriques dissimulés à l'avant dans le milieu, un détecteur d'eau servant à fermer automatiquement le toît en cas de pluie ainsi qu'un système électrique permettant de «monter» la voiture afin de faciliter un changement de pneu.



(Version Hot Wheels)

Et pour terminer cette liste non-exhaustive, voici la Lincoln Futura. Cette voiture fut conçue par la division Lincoln de Ford en 1955 et fut construite au coût de $250,000 par la compagnie italienne Ghia.


 (En version modèle réduit)

(Version Hot Wheels)

Voiture-concept, la Lincoln Futura ne fut jamais mise en production mais fut acquise par le légendaire George Barris qui s'en servit en 1966 pour créer ce qui est probablement devenu la voiture la plus iconique de tous les temps: