samedi 22 février 2025

Carnation en 1966

 


Avec cette publicité pour le compte du lait évaporé Carnation nous sommes de retour en 1966.  Le lait évaporé, ou condensé, est du lait ordinaire mais dont on a enlevé la moitié de l'eau, ce qui en fait un lait plus crémeux et riche. Pas fait pour boire, ce lait a été mis au point pour la première fois vers 1820 par Nicolas Appert. Il est le premier à mettre au point une méthode de conservation des aliments en les soumettant à la chaleur dans des contenants hermétiques et stériles (d'abord en bouteilles en verre puis dans des boîtes métalliques en fer blanc). Mais c’est le chercheur anglais William Newton qui a stimulé la commercialisation du produit en 1835 lorsqu’il a suggéré d’ajouter du sucre au lait pour prolonger sa durée de conservation.

En 1856, Gail Borden (oui, ce Borden-là !) a mis au point un procédé de fabrication industrielle de lait concentré et a fondé la New York Condensed Milk Company, qui transformait environ 75 000 litres de lait par jour en lait concentré. C'est à Borden que l'on doit la popularité du lait concentré, en particulier pendant la guerre civile, lorsque sa marque, Eagle Brand Sweetened Condensed Milk, était utilisée comme ration de campagne. À une époque où les nutriments n'étaient pas aussi facilement disponibles, cette innovation a permis de lutter contre les intoxications alimentaires et d'autres maladies liées au manque de techniques de réfrigération et de conservation, et de réduire considérablement les taux de mortalité infantile en Amérique du Nord.

Carnation arrive dans le portrait vers 1899 et la compagnie met de l'avant une campagne publicitaire dans laquelle on affirme que le lait condensé Carnation est fait avec du lait de vaches contentées car ces vaches broutaient paisiblement sur des terres agricoles du nord-ouest américain dans des pâturages idylliques et sans stress aucun. 

Toutefois, durant les années 50, la demande pour le lait condensé commence à piquer un peu du nez en raison de l'arrivée des réfrigérateurs. Carnation ne lâche pas prise pour autant et des émissions américaines comme The George Burns and Gracie Allen Show est largement commandité par la compagnie. Plutôt que de produire des publicités télévisées, Burns et Allen, à un moment de leur émission, s'adressent directement aux téléspectateurs et vantent les mérites du lait condensé Carnation. 

Et le produit va continuer à être utilisé pour toute une foule de recettes. Et justement, dans la publicité ci-haut, Carnation offre un livret de recettes "gratis" avec l'envoi du coupon imprimé. Il suffisait de l'envoyer avec une adresse de retour et quelques semaines plus tard le livret arrivait dans la boîte aux lettres. Depuis le début des années 60 Carnation imprime à l'endos des étiquettes de lait condensé des recettes simples et rapides. 

Le lait condensé Carnation est produit que l'on retrouve encore sur nos tablettes et la présentation graphique n'a subi que quelques légères modifications. Carnation appartient aujourd'hui au conglomérat Nestlé.



Le saviez-vous? Durant les années 50 de nombreuses émissions de télévision américaines étaient commanditées par différentes compagnies. Les téléromans étaient largement commandités par des compagnies de savon, d'où l'expression; romans-savon. 

dimanche 16 février 2025

Le miel Kraft

 

Publicité pour le miel Kraft, 1966

Cette publicité pour le miel Kraft, parue en 1966, nous vante les mérites de ce nectar naturel qui fait le délice de tant de gens à travers le monde et ce, depuis la nuit des temps. La publicité ne trompe pas, le miel est une excellente source d'énergie. Même si le miel est composé essentiellement de sucre il est préférable aux autres sucres dont celui raffiné ou encore le glucose-fructose. 

On peut voir sur les deux pots une mention intéressante quand à la pasteurisation. Il s'agit d'un procédé de conservation des aliments par chauffage à une température comprise entre 70 et 100 °C, pendant une durée définie, suivi d'un refroidissement rapide. La pasteurisation tire son nom des travaux de Louis Pasteur sur la stabilisation des vins au XIXe siècle. Cette technique a pour but d'éliminer les micro-organismes afin de conserver un aliment pendant une longue période.

Le miel est un des aliments naturels les plus sécuritaires qui soit et bien des gens préfèrent leur miel non-pasteurisé à celui qui a fait l'objet d'un tel procédé. Mais alors, pourquoi le pasteuriser? 

La pasteurisation du miel a pour objectif principal de retarder la cristallisation, ce qui permet d’obtenir un produit plus homogène et visuellement plus attrayant. Cela permet au miel de rester plus longtemps sur les étagères sous sa forme liquide visuellement attrayante. En raison de la faible teneur en humidité et de la forte acidité du miel, les bactéries et autres organismes nuisibles ne peuvent pas vivre ou se reproduire dans le miel. La pasteurisation du miel (contrairement, par exemple, aux produits laitiers) n’a donc rien à voir avec la sécurité alimentaire. 

Les avantages d'un miel pasteurisé sont la durée de conservation prolongée, une texture uniforme, aspect plus lisse, se distribue facilement à partir de bouteilles compressibles ou se verse pour une mesure facile lors de la cuisson ou de la pâtisserie. Il y a quelques désavantages dont la perte de certaines enzymes naturelles et de composés bénéfiques, altérations potentielles de la saveur et de l'arôme.

Un note intéressante concernant cette publicité est celle des pots de vitre. En effet, à cette époque, le miel, les confitures, le beurre d'arachides, les gelées, marmelades et autres étaient toujours vendus dans des pots en vitre. Aujourd'hui le miel en pot Kraft est disparu des tablettes mais la compagnie continue d'en produire en petits contenants à usage unique. 

Il faut, en terminant, admirer le travail de l'illustrateur car oui, durant les années 60 être un graphiste nécessitait le savoir-faire pour reproduire avec différents médiums toutes sortes de logos et produits. La petite abeille ajoute une touche farfelue. 






Le saviez-vous? Un seul pot de de 250 grammes de miel requiert le travail de presque 700 abeilles et le butinage de plus d'un million de fleurs.


jeudi 13 février 2025

Dr Ballard

 


Cette publicité pour le compte de la nourriture pour chats Dr Ballard nous ramène en mars 1966. Pour les plus vieux d'entre nous Dr Ballard est une marque de nourriture pour animaux bien connue quoiqu'elle était davantage connue pour sa nourriture pour chiens. Il s'agit de la première marque de nourriture pour animaux à avoir vu le jour au pays.

Le docteur Ballard n'était pas un nom fictif mais bien un personnage bien réel: William George Ballard, un chirurgien vétérinaire. Il a commencé à produire sa nourriture pour animaux domestiques dans le sous-sol de sa demeure avant d'ouvrir une petite usine modeste à Vancouver en 1931. Le succès a été tel qu'il a ensuite fait construire une seconde usine en Ontario en 1933, lui permettant ainsi de rejoindre le marché de l'est du Canada.

L'usine Dr Ballard n Colombie-Britannique au début des années 50. 

En 1948 Ballard prend une retraire bien méritée et son fils Bob prend la relève et ouvre une nouvelle usine en 1950 à Vancouver sur l'île Lulu au coût d'un demi-million de dollars. Cette usine à la fine pointe de la technologie (du temps) pouvait remplir presque 250 boîtes de nourriture par minute. 

Vers la fin des années 60 la compagnie décide de produire une nourriture pour chats en conserves avec une image différente et c'est ainsi que Dr Ballrd créé la nourriture pour chats Miss Mew, laquelle sera fort populaire auprès de la gente féline. Ultimement, les deux marques ont complètement disparu, la dernière étant celle de nourriture pour chiens en 2001. 




Le saviez-vous? La première compagnie a avoir produit de la nourriture spécialement conçue pour les chats est Spratt's, laquelle a été fondée en 1860.

mercredi 1 mars 2017

L'affaire Dow

Ah, voici une belle pub de la bonne bière Dow et qui nous ramène à l'été de 1959, soit environ six ans avant le début d'une histoire bien étrange. La Dow n'est pas une bière qui date d'hier-ô-soir. Nénon. Dow c'est la deuxième brasserie à avoir commencé à brasser de la bière et des affaires seulement quatre après la fondation de Molson (1786). Dow c'était aussi une bière très populaire. Parlez-en aux gens de la ville de Québec qui l'ont connue dans le temps, genre les années 50 et 60. Durant ce temps-là la Dow était la bière la plus vendue au Québec. L'usine de Montréal dans Griffintown et celle de Québec, construite sur le site de la brasserie de Jean Talon, fonctionnaient à plein régime. Les plus vieux pourront vous en parler si vous n'avez pas connu ce temps-là où le slogan «Une Dow pour moi!» se faisait entendre dans presque toutes les tavernes. Dow était aussi un chef de file. On disait souvent que Dow faisait et que les autres imitaient. 

Bon, alors c'est quoi cette histoire bien étrange dont je parle un peu plus haut? Ben voilà: ça commence à l'été de 1965. De ce moment-là et jusqu'en avril 1966 quarante-huit hommes se sont présentés dans différents hôpitaux de la ville de Québec avec des douleurs dans la poitrine. Dans tous ces cas le diagnostique est clair comme de l'eau de roche: cardiomyopathie. Vingt hommes sur les quarante-huit qui se sont présentés aux urgences en meurent. 

La cardiomyopathie, aussi appelée cardiomyopathie dilatée, cardiomyopathie hypertrophique, cardiomyopathie restrictive ou cardiomyopathie arythmogène du ventricule droit, est un état qui empêche le muscle cardiaque de pomper le sang efficacement.

Entretemps, au mois de mars, on commence à faire un lien entre la consommation de bière et les décès. Et comme Dow avait une part de marché de 85% dans la ville de Québec le gouvernement fédéral demande à la Direction des aliments et drogues, l'ancêtre du Ministère de la Santé, d'aller faire un tour à Québec afin d'enquêter sur la chose. 

Toujours en mars 1966 la CBC de Toronto y va d'un bulletin de nouvelles qui fait état de buveurs de bière décédés et mentionne la Dow. Pas longtemps après c'est le journal Montréal-Matin qui y va avec un titre qui ne cause quasiment pas d'émoi: La bière qui TUE! quasiment pas sensationaliste et appeurant comme titre? 

Encore et toujours à la fin mars, la brasserie Dow annonce que l'investigation de la Direction des aliments et drogues n'a pas permi de faire de lien entre quelconque ingrédient dans leur bière et les décès. Quant au Ministère de la santé du Québec, on dit simplement que les décès en question sont plus reliés à des consommations quelque peu excessives de bière, lire: jusqu'à dix bouteilles par jour et même pas mal plus. 

Évidemment les journaux partent en peur et de l'information mal documentée apparait et certains vont mentionner jusqu'à une centaine de décès. C'est pas mal exagéré mais ça fait vendre des copies (c'est l'fun de constater que ce temps-là est fini). Enfin. 

Un rumeur commence à circuler à l'effet qu'un certain ingrédient dans la bière, le sel de cobalt. 

De quossé?

Le sel de cobalt ou, si vous préférez, son nom plus simple à prononcer soit l'acide néodécanoïque. 

En juillet 1963 le FDA américain autorise l'utilisation du sel de cobalt comme additif dans la bière à raison de 1.2 ppm (partie par million). Un an plus tard la brasserie Storz l'utilise dans sa bière selon la limite autorisée par le FDA. Mais pourquoi le sel de cobalt? Et qu'est-ce que cette patente à gosse peut bien avoir à faire avec la bière? C'est que quelqu'un, quelque part, s'est rendu compte que le sel de cobalt pouvait aider à faire de bien beaux cols mousseux comme on en voit dans le publicités. 

Le gouvernement canadien autorise l'utilisation du sel de cobalt à partir de septembre 1964. Et comme ça aide à faire de bien beaux cols mousseux comme on en voit dans les pubs, les brasseries du Québec commence à en rajouter selon la norme établie de 1.2 ppm. Donc, voilà un petit détail anodin mais qui a son importance: Dow n'était pas la seule brasserie à utiliser le sel de cobalt. Toutes les autres brasseries du Québec expérimentaient avec le sel de cobalt dans leurs recettes. 

Mais voilà, au mois de mars 1966 la brasserie Dow de la ville de Québec annonce qu'elle va arrêter sa production de bière. Et à la fin mars elle se tire carrément dans le pied en annonçant le retrait de toutes les bouteilles de Dow sur le marché et qui ont été produites dans la brasserie de Québec. Les habitués de la marque pourront consommer celle de Montréal, produite dans la brasserie sise au coin de Peel et Notre-Dame. Entretemps toute la bière produite à Québec et qui a été récupérée est simplement vidée dans les égoûts. Plutôt que de passer pour un message rassurant, le public le perçoit surtout comme un aveu de culpabilité. Pourtant, aucun lien de cause à effet n'a clairement été démontré entre le sel de cobalt et les décès. Par contre le mal est fait et la Dow perd un gros pourcentage de sa part de marché. O'Keefe en profite pour racheter Dow et continue alors de commercialiser la Dow sans ne rien changer à la recette mis à part le sel de cobalt, que l'on ne rajoute évidemment plus. Toutefois, autant dans ce temps-là qu'aujourd'hui, plusieurs se demandent si quelqu'un, quelque part, aurait eu un intérêt pécunier à voir dégringoler Dow en tant que bière la plus populaire au Québec. 


Comme on peut le voir sur cette bouteille issue de ma petite collection, on peut clairement voir que la Dow continue de rafler des médailles d'or; Nuremberg en 1968, Londres en 1969 et Rotterdam en 1970. La Dow continue d'être produite même lorsque Molson fusionne avec Carling O'Keefe en 1989. Mais de toute façon, dès la fin des années 70 les bières de type ale avaient pas mal perdu de leur popularité contrairement aux lager, ces dernières étant encore et toujours aujourd'hui les types de bières dominantes au Québec. La Dow disparaît en 1998 et Molson non seulement ferme la vieille brasserie Dow mais laisse le bâtiment à l'abandon lequel va être l'objet de très nombreuses fréquentations par différents explorateurs urbains. Entre temps, à la bonne vôtre!



Le saviez-vous? La brasserie Dow a largement financé la construction du planétarium situé juste en face de la brasserie et a porté le nom de planétarium Dow jusqu'à son déménagement près du stade olympique.