lundi 7 novembre 2016

Playboy à Expo 67?

Ah, j'imagine déjà ceux qui ont visité cette fabuleuse exposition et qui se demandent maintenant s'ils n'auraient pas raté un p'tit pavillon caché dont ils ignoraient l'existence, et où ils auraient pu siroter un cocktail quelconque entouré de quelques Playmates. Mais non, ne vous en faites pas, ce n'est pas du tout le cas. 
(Source: collection personnelle)

Pour les ceuzes qui en rêvaient néanmoins dans le temps, ils n'avaient qu'à se rendre au 2081 Aylmer, tout juste au sud de la rue Sherbrooke pour avoir accès au Playboy Club. Le coût de la carte-clé? Trente dollars, ce qui représente aujourd'hui quelque chose comme deux-cent dollars. Ou à peu près. D'ailleurs, dans le Playboy de juin 1967, la page Playboy News faisait état de l'ouverture du Playboy Club pour juillet, alors qu'Expo 67 battait son plein. 

(Source: Collection personnelle)

Mais bon, ce n'est pas du Playboy Club du tout dont je veux vous parler mais bien d'un fait assez intéressant, pas nécessairement connu de tous et qui m'a été contée par mon bon ami Yves Jasmin, O.C., lors d'un repas. De 1964 à 1967 Yves a été le Directeur des Relations publiques, de la publicité et de l'information. 

Dans le service de la publicité se trouvait Larry Schacter, et un jour ce dernier se rend à un congrès à Chicago afin d'y jaser Expo 67. À l'époque, les bureaux-chefs du magazine Playboy se trouvaient justement à Chicago, au 919 Michigan Avenue pour être plus précis (les bureaux sont aujourd'hui à Beverley Hills). C'est durant ce congrès que Larry Schacter fait la rencontre de Vincent T. Tajiri, qui travaillait chez Playboy en tant qu'éditeur de la photographie. Au cours d'une discussion entre les deux hommes, Larry fait une proposition intéressante à Tajiri; pourquoi ne pas aménager un appartement d'Habitat 67 avec un décor joliment feutré et qui servirait d'une part à y photographier de jolies filles et d'un autre, à mousser Expo 67. Tajiri est enchanté de l'idée mais doit d'abord en discuter avec les autres membres de l'équipe. 

Il faut tout de même mentionner qu'à l'époque les photographies de nus ne comptaient que pour un faible pourcentage du contenu du magazine qui, de surcroît, ne montrait jamais les parties intimes de ces dames. Ainsi le numéro de juin 67 ne compte que 22 pages de nus sur un total de 225. Playboy publiait en outre des histoires courtes et fictions de grands auteurs (Vladimir Nabokov, Roald Dahl, Ian Flemming  et Gabriel García Márquez entre autres), des grandes entrevues  (Miles Davis, Frank Sinatra, Malcom X, Salvador Dali, Jean-Paul Sartre, Frederico Fellini, Fidel Castro et même Albert Speer, le bras droit d'Hitler!). S'y ajoutaient des chroniques sur le sport, les meubles, le décor, l'architecture, et la musique (le jazz surtout). Mais ce sont évidemment les filles qui retenaient surtout l'attention des gens, surtout ceux qui s'en offusquaient sans considérer la grande qualité de la rédaction. 

Entretemps Larry revient à Montréal alors que la construction d'Expo 67 s'achève. L'idée de photographier des dames en collaboration avec Playboy arrive discrètement aux oreilles du colonel Edward Churchill, lequel était alors directeur de l'aménagement. Churchill était celui qui dirigeait avec une main de fer dans un gant de fer. Obligatoirement, avant de donner un feu vert au projet coquin, il doit en glisser un mot à l'oreille du commissaire général Pierre Dupuy, un diplomate retraité mais aussi un homme très distingué. Les cheveux de ce dernier, en écoutant la proposition de Larry Schacter et du magazine Playboy, se dressent sur sa tête, parfaitement offusqué à l'idée que quelqu'un, quelque part, ait eu une idée aussi ignominieuse. La réponse est alors un «NON» catégorique et bien senti. Voilà donc pour ça. Ici ce termine l'anecdote que m'a racontée Yves Jasmin, mais ma petite histoire quant à elle continue. 

Même si Vincent T. Tajiri a été mis au courant du refus de la direction de l'Expo pour le projet photo à Habitat 67, il ne baisse pas les bras pour autant. Le magazine de charme à plus d'un tour dans son sac. Outre Playboy, il se trouvait aussi une autre magazine, à moins grand tirage, soit le magazine VIP, le magazine officiel des Clubs Playboy. Aussi, pour son édition de l'été 67, on a tricoté une opération quelque peu risquée; photographier des Playmates dans leurs costumes de Bunnies directement sur le site d'Expo 67, lequel est encore et toujours en construction, bien que le tout s'achève. Or un jour, un véhicule s'avance mine de rien sur le chantier et s'arrête à une certaine distance du pavillon des États Unis, la fameuse Biosphère de Buckminster Fuller. Du véhicule émergent trois Playmates de leurs costumes colorés vêtues ainsi qu'un photographe, équipé d'un télé-objectif. Une des Playmates brandit le drapeau de Playboy alors que le photographe prend plusieurs clichés en rafale avant d'attirer trop d'attention et puis hop! tout le monde retourne dans le véhicule pour ensuite filer en douce, ni vu ni connu. Voici le résultat:
(Source: Collection personnelle)


Le saviez-vous? La fille qui est apparue sur la couverture du premier numéro de Playboy en décembre 1953 n'était nulle autre que Marilyn Monroe, que Hugh Hefner n'a d'ailleurs jamais rencontré. Ce dernier s'est toutefois arrangé pour pouvoir reposer éternellement près de la célèbre sex symbol puisqu'il a acheté la crypte juste à côté de celle de Marilyn au Westwood Memorial Park à Los Angeles.

samedi 2 octobre 2010

Captain Scarlet

Captain Scarlet est une émission « Supermarionation » conçue par Gerry et Sylvia Anderson et qui s'inscrivait dans la même lignée que leurs émissions précédentes soit Les Sentinelles de l'air (Thunderbirds), L'escadrille sous-marine (Stingray), Fusée XL-5 (Fireball XL-5) et Supercar. Ici par contre il se trouvait une différence d'avec les séries précédentes à l'effet que le thème et les scénarios étaient résolument plus sombres et visant un auditoire un peu plus âgé. 
La série a été diffusée de septembre 1967 à mai 1968, période durant laquelle trente-deux épisodes au total ont été produits. Dans cette série la Terre est aux prises avec une race extra-terrestre appelée Mystérons et qui possèdent une base sur Mars. Ceux-ci peuvent, avec leur technologie, dupliquer n’importe quel être vivant une fois qu’il est mort. De leur base sur Mars ils sont bien décidés à en finir avec les terriens.

C’est ainsi que Spectrum voit le jour. Il s’agit ni plus ni moins que d’une agence internationale créée spécifiquement dans le but de combattre les Mystérons avec tous les moyens du bord et les Mystérons en font tout autant. Ils mènent alors une véritable guerre de nerfs avec la Terre. Un des officiers de Spectrum, un certain Captain Scarlet, de son vrai nom Paul Metcalfe, est tué dans un accident de voiture et remplacé illico par une réplique parfaite conçue par les Mysterons mais celui-ci échappe à leur contrôle. Étant invincible, il «reprend» en quelque sorte son identité de Paul Metcalfe et entreprend alors de véritables missions suicidaires pour le compte de Spectrum contre les Mystérons.



Mais Captain Scarlet n'était pas seul car il se trouve des agents de Spectrum pour l'épauler, quoiqu'en ne prenant pas de risques aussi suicidaires. Il y avait Captain Blue, Lieutenant Green, Captain Ochre, Captain Magenta, Captain Grey et d'autres. Tous les agents portent des noms de couleurs étant donné qu'ils travaillent tous pour Spectrum. Une autre particularité intéressante était justement la base de Spectrum appelée Cloudbase, que voici. 


Cette base était une sorte de porte-avion volant qui, comme on peut le voir, se trouvait à une très haute altitude. Mais Cloudbase n'était pas sans défense car il se trouvait à bord un groupe de cinq pilotes d'élite exclusivement féminines appelées Angels, chacune de nationalité différente à l'exception de deux. Destiny était Française, Symphony était Américaine tout comme Melody, Rhapsody était Britannique alors que Harmony était Japonaise. Elles pilotaient des avions-intercepteurs aux lignes très futuristes et croyez-moi, elles savaient piloter ces engins. 


La série ne prenait pas ses distances d'avec les précédentes qu'au niveau du thème mais aussi des marionnettes plus élaborées et aux apparences plus réalistes. Les autres séries présentaient des personnages aux têtes surdimensionnées que Gerry Anderson n'aimait pas mais alors là pas du tout. Avec Captain Scarlet il voulait des marionnettes aux dimensions biologiques plus réalistes. Mais voilà, le nom «Supermarionation» que l'on voyait apparaître était un procédé où les lèvres des marionnettes étaient synchronisées avec les dialogues, transmis par un des fils qui les supportaient, et relayées dans un solénoïde situé dans les têtes. Voici de quoi le mécanisme avait l'air:


Le problème se situait là. Si on voulait avoir des personnages aux dimensions proportionnées il fallait soit avoir des marionnettes plus grosses ce qui impliquait des dépenses beaucoup plus élevées en termes de production car tout devrait âtre construit pour accommoder les grosses marionnettes. On a donc opté pour changer l'emplacement des solénoïdes. Au lieu d'être positionnées dans les têtes elles se trouveraient plutôt dans les torses. C'est ce qui a permis d'obtenir des marionnettes proportionnées comme Gerry Anderson le voulait. voici d'ailleurs leur taille réelle. 

L’équipe de production a aussi mis le paquet tant à la création des nombreux véhicules que des décors. D’ailleurs ces derniers ont fait l’objet d’une attention particulière puisque l’on a abondamment puisé dans le style pop-art mais aussi le mid-century modern, que j’affectionne d’ailleurs particulièrement. L’œil averti peut y reconnaître certains designs comme les chaises inspirées de Preben and Jorgen Kastholm & Fabricius ou encore Eames.







Cette émission était diffusée, en reprise évidemment, à Radio-Canada. La semaine vers l’heure du souper mais aussi en anglais les samedis matin. Exactement comme avec Supercar, Fusée XL-5, Stingray ou Thunderbirds, tous les éléments dans Captain Scarlet semblaient se conjuguer à la perfection afin de faire tripper solide les gamins de mon âge. Même le générique de la fin nous gardait bien en place.


Au lieu de ne mettre stupidement que du texte, Century 21 a commissionné un artiste très talentueux du nom de Ron Embleton afin qu’il dessine dix tableaux évoquant les dangers auxquels fait face Captain Scarlet. Pour une raison inconnue, on a perdu la trace des illustrations originales d’Embleton et ce n’est que plusieurs années plus tard qu’on les a retrouvées tout à fait par hasard dans un coffre-fort. Voici donc ces dix illustrations telles qu’elles apparaissent dans le générique de la fin. On voit Captain Scarlet qui semble périr dans chacune d'elles mais rien n'y fait, il est invincible et revient toujours aussi fort qu'avant. 

 










Je me suis toujours demandé à l’époque pourquoi on ne trouvait jamais de figurine Captain Scarlet semblable à G.I. Joe et chaque fois que l’on entrait dans un magasin j’espérais toujours, comme par magie, en apercevoir une. Par contre la fameuse compagnie britannique de voitures en métal moulé Dinky, a obtenu le contrat à l'époque pour fabriquer des répliques des véhicules vus dans l'émission. Aujourd'hui ces véhicules vont chercher de très bons prix surtout s'ils sont en condition neuve avec leurs boîtes. 



Les droits de Captain Scarlet, ainsi que d’autres franchises de Gerry et Sylvia Anderson comme Cosmos 1999, ont subséquemment été acquis par la compagnie Carlton qui a décidé, dans les années 90, d’y aller avec la commercialisation de certains produits issus des séries TV dont Captain Scarlet. Cette fois, je n'ai pas loupé l'occasion. 



À cet effet, mon salon est bien surveillé par Captain Scarlet et ce dernier garde l’œil ouvert (et même les deux) afin de s'assurer que les Mystérons ne viennent pas faire du trouble. Ah, mais si, parce que dans les méandres de ce même salon rôde l'infâme... Captain Black! Et avec lui, on peut s'attendre à tout!




Le saviez-vous? La série Captain Scarlet se déroule quelques années après les évènements de Stingray et certains vétérans de Spectrum sont des anciens de WASP. Bien qu’elle se trouve dans les documents de production, cette information n’a jamais parue dans aucune des deux émissions.