vendredi 12 mai 2017

Les 50 ans d'Expo 67

Aujourd'hui je délaisse quelque peu le phénomène Star Wars et ses quarante ans pour aborder un autre sujet très d'actualité et qui prédate le film de George Lucas de dix ans soit Expo 67 et qui fête cette année ses 50 ans. 



Il est parfaitement impossible de passer outre ce sujet car cette année marque le cinquantième anniversaire de ce que l'on désigne par Expo 67, une grande exposition universelle et internationale sanctionnée par le BIE (Bureau international des expositions). Je ne ferai évidemment pas tout le récit de l'événement car mon blogue n'est pas vraiment le vecteur idéal. Sans compter la tâche titanesque que cela représenterait tant à rédiger, corriger et éditer. Non, pour cela il est largement préférable de consulter des sites spécialisés sur le sujet ainsi que des livres formidables écrits par des gens qui le sont tout autant et sur lesquels je vais revenir plus loin. Ici je vais essentiellement me contenter d'en dresser quelques grandes lignes et de déboulonner quelques mythes qui ont la vie dure. 

L'ABC.

Les expositions internationales de première catégorie, dont Expo 67 fait partie, sont dénommées Expositions internationales enregistrées. Elles possèdent une thématique à caractère universel, d'intérêt et d'actualité pour l'ensemble de l'humanité. Celle qui précède Expo 67 est celle de Seattle en 1962 et celle qui suivra après Expo 67 est Expo 70 à Osaka. Outre les expositions universelles comme celles sus-mentionnées il se trouve des expositions spécialisées comme celle de Turin en 1961 ou de 1965 à Munich. Ces dernières possèdent un thème ayant un caractère précis et spécialisé, au contraire des Expositions universelles. De plus les pavillons sont construits par les organisateurs puis laissent aux exposants le soin de les aménager comme bon leur semble, contrairement aux expositions universelles où ces coûts sont assumés en totalité par les participants. 

Экспо 67?

Le sénateur Mark Drouin est enchanté par l'exposition de Bruxelles en 1958 et à son retour il émet l'idée de tenir un tel événement au Canada pour 1967 au même moment où l'on fêterait le centenaire de la Confédération. Montréal est la ville de choix pour en être l'hôte. 

Mais voilà, le sort a fait que c'est la ville Moscou qui est chosie, par un vote, pour présenter l'Exposition internationale de 1967, ce qui la fait coïncider avec le cinquantenaire de la révolution bolchevique de 1917. Mais y'a eu un coup de théâtre et l'Union Soviétique s'est désistée, ne désirant plus être l'hôte de l'événement. Peut-être s'est-on ravisé en pensant du coup que les Soviétiques seraient exposés au mode de vie de pays dont l'orientation politique est foncièrement différente. quoiqu'il en soit, le Canada, qui avait préalablement posée sa candidature, revient à la charge et finit par obtenir l'autorisation de tenir l'exposition de 1967 sur son territoire et c'est Montréal qui en sera l'hôte telle que désignée le 13 novembre 1962. Et pourquoi pas, disons, Toronto? Parce que le maire Nathan Philips n'était pas intéressé, préférant laisser ça à Drapeau. Ce qui me permet ici de souligner qu'au tout début de cette histoire Drapeau n'est pas intéressé mais alors là pas du tout à ce que Montréal présente une exposition universelle mais il s'est rapidement ravisé jusqu'à en devenir un fervent défenseur. 

La paternité du site.

Le choix du site n'a pas été sans heurts. Certains ont proposé le domaine Béique à Lasalle et d'autres ont avancé le mont Royal ainsi que Pointe Saint-Charles. Des sites proposés il aurait fallu exproprier une quantité non-négligeable de gens et ça, on ne pouvait pas faire. Si la paternité du site finalement choisi, soit les îles, est souvent attribuée à Guy Beaudet alors le directeur du port de Montréal, il appert que cette idée ait initialement été présentée à Jean Drapeau le 27 septembre 1962 par la firme d'architectes Bédard, Charbonneau et Langlois. 



Comme on peut le constater, la proposition de la firme d'architectes est assez semblable, à quelques détails près, du plan final d'Expo 67 incluant l'agrandissement de l'île Sainte-Hélène et la création d'une longue île le long de la voie maritime et laquelle serait segmentée, faisant ici rappeler les fameux canaux. Le choix final de ce site, sans aucune mention à la firme d'architectes, est officialisée en mars 1963 et rendu public. Les travaux débutent durant l'été suivant. Mais voilà, autre coup de théâtre; Paul Bienvenu, Cecil Carsley et Claude Robillard, respectivement commissaire général et sous-commissaire général et directeur général, démissionnent. C'est une mauvaise nouvelle dont les journaux vont faire leurs choux gras, déjà qu'ils criblent Expo 67 de critiques acerbes et parfois assez virulentes.  

Une nouvelle direction.

Il faut à tout prix trouver des gens capables d'occuper les postes vacants avec des gens capables de relever un défi qualifié de fou et d'impossible. C'est ainsi qu'arrive S.E. Pierre Dupuy, un diplomate de carrière et qui devient commissaire général. Pour l'épauler on choisit Bob Shaw à titre de sous-commissaire général et qui va devenir la véritable pierre angulaire d'Expo 67 et Andrew G. Kniewasser à la direction générale. Ils vont chapeauter l'équipe déjà en place soit Philippe de Gaspé Beaubien (exploitation), Jean-Claude Delorme (secrétaire et conseiller juridique), Yves Jasmin (information, publicité et relations publiques), Pierre de Bellefeuille (exposants), Dale Rediker (finances), Édouard Fiset (architecte en chef) et Edward Churchill (aménagement). Ensembles ils forment cette équipe surnommée «Les Durs». 

Quelques légendes urbaines. 

Avec la nouvelle administration les choses se mettent en branle à tous les niveaux. L'agrandissement de l'île Sainte-Hélène et la création de l'île Notre-Dame requiert une quantité assez imposante de remblai. Il se trouve ici une légende urbaine qui me donne carrément de l'urticaire et qui, à mon avis traîne depuis un peu trop longtemps. Vous l'avez probablement même vue à la télé dans ce segment des minutes du patrimoine:


Évidemment, et comme je l'ai mentionné, ce n'est pas comme ça que le choix des îles s'est fait. Aussi, et ça c'est la partie qui me démange, c'est lorsque l'on fait mention, tant dans ce vidéo quand dans plein de médias tant imprimés que sur internet, que l'on a créé les îles avec le remblai du métro de Montréal. Or, c'est faux, faux, faux et archi faux. En 2009 j'ai eu la chance de faire la rencontre de Gilles Gagnon, un architecte qui a œuvré sous la direction d'Édouard Fiset, lequel était l'architecte en chef, et qui est malheureusement décédé en 2011. Gilles Gagnon a été très généreux en anecdotes et renseignements de toutes sortes. Il avait entre autres entrepris de rédiger des notes manuscrites sur la construction des îles et dans lesquelles il mentionnait, parmi plein d'autres renseignements techniques, que le remblai utilisé provenait en très grande majorité du fond du fleuve. En effet, on a fait venir à Montréal trois puissantes dragues afin de leur faire creuser le lit du fleuve. Et c'est de là que provient près 90% du remblai utilisé provient du fleuve alors que le 10% restant provient du métro. Maintenant vous savez alors plus d'excuses. Par contre, même avec toute cette roche, on en a manqué alors on a improvisé les canaux de l'île Notre-Dame pour combler ce manque... creuser cet écart... enfin, vous savez ce que je veux dire. Cette improvisation démontre tout le génie des dirigeants car les canaux vont permettre d'y faire se promener des bateaux, dont le vaporetto, et qui va donner l'occasion aux visiteurs d'admirer l'Expo sous un angle tout à fait particulier. 


Malgré de nombreuses embûches et autres problèmes inévitables qui s'amènent lors de tout chantier de cette envergure, les travaux avancent et lentement le site d'Expo 67 émerge. Pour les gens qui voient cette immense ruche en passant de par le pont Jacques-Cartier ou ailleurs, Expo 67 ressemble de plus en plus à une réalité plutôt qu'à un éléphant blanc. au plan technique ce sont 82 kilomètres de routes et trottoirs, 37 kilomètres de tuyaux et de drains, 16 kilomètres de lignes de gaz naturel et plus de 114 kilomètres de conduits électriques. À cela il faut ajouter tous les circuits téléphoniques et les fils nécessaires pour tous les appareils installés dans tous les bâtiments du site tant sur l'île Sainte-Hélène, l'île Notre-Dame et à la Cité du Havre. Et ce réseau doit être assez robuste pour pouvoir satisfaire à la grande demande d'usage anticipée où l'on avait prévu quelques 25 millions de visiteurs (tout en annonçant un objectif de 30 millions). Le réseau se devait donc d'être d'une solidité à toute épreuve.  

Des défis à la tonne. 

Chaque département connaît son lot de difficultés et pour les employés de ces services les heures sont longues, souvent plus de quatorze heures par jour, parfois plus et des semaines de travail de sept jours. Le jour de l'ouverture officielle, soit le 28 avril 1967, ne peut être reporté et à moins de vouloir dire aux premiers visiteurs de retourner chez eux, il faut abattre pas mal de travail. 

Le département qui a la tâche probablement la plus ingrate incombe à Yves Jasmin, lequel dirige le service des Relations publiques, de l'Information et de la Publicité. Embauché en mars 1964 après de nombreuses années chez Ford, Molson et Air Canada, c'est à son service que revient le boulot de «vendre» Expo 67 aux gens. Un boulot on ne peut plus difficile si l'on considère l'hostilité de plusieurs médias à l'égard de l'événement à venir. Les publicités télévisées avec Maurice Chevalier, Olivia De Havilland et Yuri Gagarine frappent dans le mille mais une des publicités les plus audacieuses et bel et bien celle-ci:


En cette période de guerre froide, faut avouer que c'est une pub qui a des couilles. L'autre facette de la rivalité entre l'Union Soviétique et les États Unis est bien entendu la course dans l'espace et disons que depuis le début des années 60 les Américains traînent de la patte derrière les Russes. Ces derniers ont envoyé le premier satellite (Sputnik), le premier homme en orbite (Gagarine), la première sortie dans l'espace (Leonov) et la première femme cosmonaute (Terechkova). De façon symbolique, le pont qui lie les deux pavillons a été nommé la passerelle du Cosmos. Incidemment le pavillon soviétique sera le plus visité avec treize millions de visiteurs. De leur côté les États Unis vont être en mesure de démontrer les grandes avancées et améliorations apportées au projet Apollo, surtout depuis la tragédie d'Apollo 1 en janvier 1967 où Gus Grissom, Ed White et Roger Chaffee ont trouvé la mort dans l'incendie de la capsule.  

50 millions? Vraiment?

Parlant de visiteurs voici une autre fausseté qui est également très véhiculée, soit celle où l'on affirme qu'Expo 67 a attiré plus de 50 millions de visiteurs (54,991,806). Le mot visiteur indique ici une personne unique, or beaucoup de gens possédaient des passeports de saison et revenaient fréquemment sur le site, voire pratiquement sept jour sur sept. En définitive on peut dire qu'il y a eu 50 millions de visites mais en tout et pour tout il est assez difficile de déterminer avec exactitude combien de visites uniques il y a eu. Expo 67 est tout de même couronnée la plus grande exposition universelle du 20è siècle. 
Le Guide Officiel, officiel mais pas toujours exact.


Parlant justement de visiteurs, voici le fameux Guide Officiel imprimé en quantité parfaitement monumentale par MacLean Hunter, la compagnie qui publie entre autres le Maclean ainsi que Châtelaine. Ce guide se vendait sur le site pour la somme de un dollar, ce qui semble modique mais qui représente aujourd'hui environ $7,50. Ce guide permettait aux gens d'avoir sous la main une quantité appréciable de renseignements utiles sur les différents pavillons et services offerts. Petit hic toutefois, le Guide a été imprimé en 1966 avec les renseignements de l'époque. On ne comptait que très peu de photos étant donné que tout était encore en construction. Pour montrer les pavillons en question on a utilisé des illustrations. Entre le moment où l'on a imprimé quinze mille million de mille gonzillion de ces petits guides, une certaine quantité d'informations est devenue caduque. Même après 50 ans, le Guide Officiel est le «souvenir» d'Expo 67 le plus commun, le plus facile à trouver et certainement le plus abordable, avec un prix de marché orbitant autour de $10. 

La chanson-thème, histoire d'un petit débat


Il a été de circonstance, étant donné l'ampleur de l'événement, de doter Expo 67 d'une chanson thème. Un concours, commandité par Sun Life, est lancé. Il y aura plus 2,200 soumissions. Probablement la dernière est celle de Stéphane Venne qui glisse une enveloppe contenant les partitions de sa chanson, Un jour un jour, sous la porte à cinq minutes de la fin du concours. Ce sera incidemment celle qui sera choisie. 

On sait qu'il existe deux «versions» de cette chanson mais pour plusieurs ce n'est pas clair; certains affirment que c'est la version de Michèle Richard qui est «l'officielle» alors que d'autres disent que c'est celle de Donald Lautrec. Voyons un peu. 

Durant les années 60 Michèle Richard est la vedette chouchou et on la voit partout, surtout à Radio-Canada. Michèle est alors choisie pour interpréter la chanson de Venne mais ce dernier ne l'entend pas exactement comme ça et préfère largement son ami Donald Lautrec, une autre vedette montante (mais bien personnellement j'aurais bien aimé entendre une version par Renée Claude). 

«J’ai parlé au gérant de Donald [Réjean Dufresne, NDLR] . Nous devions être discrets. Nous avons donc booké des séances d’enregistrement la nuit afin que nous puissions avoir des disques tout de suite après la diffusion de l’émission spéciale. Personne n’a jamais su pourquoi la toune était arrivée si vite sur le marché.» Voici donc la version Donald Lautrec.


Par contre Drapeau n'aime pas la chanson de Venne parce qu'il n'y a aucune mention de l'Expo ni de «sa» ville, Montréal. La version enregistrée par Michelle Richard corrige donc cela et contient donc des séquences extra où l'on peut entendre justement les mots «Expo» et «Montréal». Voici donc cette version:


Le déficit de l'Expo, où l'art de jongler avec les chiffres.

On le sait bien, la réalisation d'Expo 67 a coûté des sous. Beaucoup de sous. Et ces sous-là provenaient des trois paliers gouvernementaux soit le fédéral, le provincial et le municipal qui financent respectivement 50%, 37,5% et 12,5% des coûts de l’exposition qui totalisent $431 904 684, soit un peu moins qu'un demi-milliard, en dollars de l'époque. À la fermeture des livres les revenus, toutes sources confondues, indiquent $221 239 873. Expo 67 affiche donc officiellement une perte opérationnelle de $210 664 811. Comptabilisé de façon aussi subtile qu'un problème mathématique de 4è année, oui, il y a un déficit, sauf que. 

Tous les gens qui sont venus visiter Expo 67 se sont déplacés pour y venir. Ceux qui ont utilisé leur voiture ont mis de l'essence et ceux qui ont opté pour le transport en commun on payé pour des titres de transport. Tous ces gens ont mangé au moins trois repas par jour et en ont profité pour visiter la ville un tant soit peu. Les visiteurs ont également acheté une quantité appréciable de souvenirs de toutes sortes et ont logé quelque part. Tous ces achats ont généré des revenus grâce aux taxes de ventes. On estime qu'en 1966 les dépenses touristiques étaient d'environ $600 millions alors qu'en 1967 il a été d'un milliard. Une différence nette de $400 millions qui sont allés directement dans les coffres des gouvernements. Un déficit vous dites? Pas si sûr. 

Habitat 67, un beau projet mais...

Moshe Safdie élabore sa thèse universitaire «A Three-Dimensional Modular Building System». il s'agit d'un concept modulaire d'unités d'habitations préfabriquées en béton précontraint et que l'on assemble tel un jeu de LEGO. L'objectif est de fournir des logements abordables tout en répondant au problème de la densité urbaine. Chaque unité est différente de par sa configuration et la luminosité y est abondante. Même Playboy a voulu faire une session photo dans une unité en toute discrétion mais l'affaire est parvenue aux oreilles du Commissaire général Pierre Dupuy qui a rapidement apposé un véto irrévocable. On aura tout de même réalisé une petite séance impromptue avec trois Playmates devant le pavillon des États Unis pour la couverture de VIP, le magazine officiel du Club Playboy (et non du magazine Playboy lui-même comme il est souvent rapporté). 


Architecturalement on peut s'entendre pour dire qu'Habitat 67 est impressionnant à voir, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur sauf que la vocation initiale de l'ensemble, soit des habitations à loyer modique, n'a pas réussi, au contraire. Acheter aujourd'hui une unité est un investissement variant de $375,00 à $2 millions, tout dépendant du nombre de cubes et de l'emplacement de ceux-ci. Étant donné son âge et sa complexité, l'ensemble doit être étroitement surveillé afin de s'assurer de l'intégrité structurelle de ce dernier. 

L'échec de Logexpo.

Logexpo était un système mis en place afin d'aider les visiteurs de l'extérieur à trouver un endroit où loger durant leur séjour. Le service relevait toutefois du gouvernement provincial, lequel inspectait et autorisait les gîtes offerts, qu'ils s'agisse d'un hôtel, d'un motel ou d'une propriété privée où quelques chambres libres étaient disponibles. Malheureusement Logexpo a été un désastre. Plusieurs endroits étaient parfaitement inadéquats voire des clapiers à lapin. Logexpo a été un oeil au beurre noir pour la compagnie de l'Expo mais, comme l'a si bien dit Philippe de Gaspé Beaubien, la compagnie de l'Expo n'était qu'un intermédiaire entre les visiteurs et les endroits préalablement approuvés par le gouvernement du Québec, lequel était le seul et unique responsable de ce cafouillage. 

Un moyen de transport qui dérange.



L'aéroglisseur était un moyen de transport assez unique sur le site d'Expo 67. Ce dernier promenait les gens à partir d'un quai de la Cité du Havre, à La Ronde et plus loin sur le fleuve, près de l'île Charron. Malheureusement, son passage près de la Place des nations coïncidait trop souvent pile poil avec des discours officiels prononcés à cet endroit. Le vrombissement de l'aéroglisseur noyait invariablement les discours en question et personne n'entendait rien, au grand dam de Pierre Dupuy qui maudissait l'engin.

L'art public extérieur. 

Avant Expo 67 il ne se trouvait que très peu de pièces d'art public, c'est à dire des oeuvres installées de ça et là dans la ville et visibles de tous. Partout sur le site de l'Expo se trouve une très grande quantité et variété d'oeuvres d'art, transformant les îles en musée à ciel ouvert. C'était là un concept assez nouveau pour les gens d'ici de contempler en plein air des sculptures  d'artistes contemporains comme Charles Daudelin, Michael Snow, Yves Trudeau, Jean Cartier, Étienne Martin, Henri-Georges Adam, Pablo Gargallo, Fritz Wotruba, Louis Archambault et plein d'autres. Expo 67 a donné le ton et peu après des pièces d'art public ont commencé à faire leur apparition à Montréal. 

Manger en plein air vous dites?

Avant Expo 67, et cela grâce à l'obstination de Jean Drapeau, les terrasses extérieures à Montréal étaient interdites. Raison de sécurité publique, disait monsieur le maire sans trop s'étirer sur lesdites raisons. Or Expo 67 foisonnait de terrasses extérieures où les gens pouvaient déguster un bon repas en plain air. Aussi, à cette époque les tavernes étaient encore strictement réservées à la gente masculine mais avec les terrasses de l'Expo les dames pouvaient elles aussi boire une bonne bière bien fraîche au soleil. Après de nombreuses pressions Drapeau a finalement lâché le morceau et autorisé, dès septembre 67, l'installation de terrasses en ville. Lorsque vous passerez un moment sur l'une des nombreuses terrasses de Montréal cet été, souvenez vous de ce legs d'Expo 67.  

Un monstre ennuyeux

(Photo: Archives de la ville de Montréal)

Une des attractions les plus mises de l'avant à La Ronde était bien entendu le fameux Gyrotron. L'immense manège était facilement reconnaissable grâce à sa forme pyramidale au centre duquel se trouvait un monstre mystérieux. Malheureusement le manège, malgré sa complexité et son coût élevé, n'a pas su captiver, ni impressionner, bien du monde. Il est quand même demeuré jusqu'en 1981 après quoi il a été complètement démantelé et enlevé du site. quant au fameux monstre, voici de quoi il avait l'air.


Plusieurs pays mais de curieux absents. 

Parvenir à attirer soixante pays est un exploit signé Pierre Dupuy, le commissaire général. Mais curieusement, il s'est trouvé des pays absents à Expo 67, tout spécialement de l'Amérique du sud comme l'Argentine, le Brésil, la Colombie, le Paraguay, la Bolivie, le Pérou, l'Uruguay et le Chili. De ce continent seul le Vénézuela a été présent à l'Expo mais pourquoi? Or, selon ce que m'a raconté Yves Jasmin durant un de nos repas, il n'y avait pas que les journalistes qui dénigraient Expo 67 mais aussi des gens des ambassades canadiennes et ces derniers auraient «conseillé» aux pays sus-mentionnés de ne pas se donner la peine de s'installer à Expo 67 car cet échec anticipé, selon eux, ne serait qu'un pur gaspillage d'argent. On peut imaginer leur regret et l'embarras de ceux qui les ont mal conseillé. 

Le passeport, de 1967 à 2017. 

Le fameux passeport, que l'on pouvait se procurer en différentes versions (pour la saison, pour une semaine ou encore pour une seule journée), était une idée géniale de gérer les entrées et de donner un sentiment d'appartenance à Expo 67 en pouvant le faire estampiller dans chacun des pavillons du site. À l'intérieur du passeport on invitait les gens à le garder précieusement en souvenir. Aussi, pour fêter tant les 375 ans de Montréal que les 50 ans d'Expo 67, la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal a réanimé le concept du bon vieux passeport de l'Expo. Ce dernier ressemble en tous points à celui de 1967 et contient des pages blanches à faire estampiller là où se trouvent les expositions participantes. Pour connaître les endroits où se tiennent ces activités, rendez-vous sur le site officiel et dans la champ de recherche entrez simplement «Expo 67». 

Et pour terminer, j'aimerais ici rendre hommage à un des acteurs principaux de ce rêve impossible qui a malgré tout été réalisé: Yves Jasmin OC. Depuis 2009 j'ai la chance de compter Yves parmi mes amis personnels. Combien de fois depuis ce temps nous sommes-nous rencontrés dans différents restaurants afin de jaser d'Expo 67 de long en large et sous toutes les coutures. Yves a Expo 67 tatoué sur le cœur et c'était toujours un grand plaisir de le revoir à chaque fois. Un jour j'ai eu une idée: l'amener sur l'ancien site de l'Expo 67 et de prendre quelques photos de lui. La première, près de ce qui fut, durant l'Expo, le pavillon administratif à la Cité du havre afin de le prendre en photo, juste devant. La seconde tout juste devant ce qui fut durant l'Expo le pavillon des États-Unis dans lequel se trouvait alors le plus long escalier mécanique. 





Le saviez-vous? Il subsiste très exactement sept pavillons d'Expo 67, soit le Canada, la Jamaïque, le Québec (quoique considéré détruit par l'un de ses architectes, Luc Durand), la France, la Tunisie, les États-Unis et la Corée (quoiqu'il n'en reste que la toiture et les colonnes). Parmi les autres structures restantes on compte la Place des nations ainsi que le soubassement du pavillon des Nations-Unies. 

lundi 7 novembre 2016

Playboy à Expo 67?

Ah, j'imagine déjà ceux qui ont visité cette fabuleuse exposition et qui se demandent maintenant s'ils n'auraient pas raté un p'tit pavillon caché dont ils ignoraient l'existence, et où ils auraient pu siroter un cocktail quelconque entouré de quelques Playmates. Mais non, ne vous en faites pas, ce n'est pas du tout le cas. 
(Source: collection personnelle)

Pour les ceuzes qui en rêvaient néanmoins dans le temps, ils n'avaient qu'à se rendre au 2081 Aylmer, tout juste au sud de la rue Sherbrooke pour avoir accès au Playboy Club. Le coût de la carte-clé? Trente dollars, ce qui représente aujourd'hui quelque chose comme deux-cent dollars. Ou à peu près. D'ailleurs, dans le Playboy de juin 1967, la page Playboy News faisait état de l'ouverture du Playboy Club pour juillet, alors qu'Expo 67 battait son plein. 

(Source: Collection personnelle)

Mais bon, ce n'est pas du Playboy Club du tout dont je veux vous parler mais bien d'un fait assez intéressant, pas nécessairement connu de tous et qui m'a été contée par mon bon ami Yves Jasmin, O.C., lors d'un repas. De 1964 à 1967 Yves a été le Directeur des Relations publiques, de la publicité et de l'information. 

Dans le service de la publicité se trouvait Larry Schacter, et un jour ce dernier se rend à un congrès à Chicago afin d'y jaser Expo 67. À l'époque, les bureaux-chefs du magazine Playboy se trouvaient justement à Chicago, au 919 Michigan Avenue pour être plus précis (les bureaux sont aujourd'hui à Beverley Hills). C'est durant ce congrès que Larry Schacter fait la rencontre de Vincent T. Tajiri, qui travaillait chez Playboy en tant qu'éditeur de la photographie. Au cours d'une discussion entre les deux hommes, Larry fait une proposition intéressante à Tajiri; pourquoi ne pas aménager un appartement d'Habitat 67 avec un décor joliment feutré et qui servirait d'une part à y photographier de jolies filles et d'un autre, à mousser Expo 67. Tajiri est enchanté de l'idée mais doit d'abord en discuter avec les autres membres de l'équipe. 

Il faut tout de même mentionner qu'à l'époque les photographies de nus ne comptaient que pour un faible pourcentage du contenu du magazine qui, de surcroît, ne montrait jamais les parties intimes de ces dames. Ainsi le numéro de juin 67 ne compte que 22 pages de nus sur un total de 225. Playboy publiait en outre des histoires courtes et fictions de grands auteurs (Vladimir Nabokov, Roald Dahl, Ian Flemming  et Gabriel García Márquez entre autres), des grandes entrevues  (Miles Davis, Frank Sinatra, Malcom X, Salvador Dali, Jean-Paul Sartre, Frederico Fellini, Fidel Castro et même Albert Speer, le bras droit d'Hitler!). S'y ajoutaient des chroniques sur le sport, les meubles, le décor, l'architecture, et la musique (le jazz surtout). Mais ce sont évidemment les filles qui retenaient surtout l'attention des gens, surtout ceux qui s'en offusquaient sans considérer la grande qualité de la rédaction. 

Entretemps Larry revient à Montréal alors que la construction d'Expo 67 s'achève. L'idée de photographier des dames en collaboration avec Playboy arrive discrètement aux oreilles du colonel Edward Churchill, lequel était alors directeur de l'aménagement. Churchill était celui qui dirigeait avec une main de fer dans un gant de fer. Obligatoirement, avant de donner un feu vert au projet coquin, il doit en glisser un mot à l'oreille du commissaire général Pierre Dupuy, un diplomate retraité mais aussi un homme très distingué. Les cheveux de ce dernier, en écoutant la proposition de Larry Schacter et du magazine Playboy, se dressent sur sa tête, parfaitement offusqué à l'idée que quelqu'un, quelque part, ait eu une idée aussi ignominieuse. La réponse est alors un «NON» catégorique et bien senti. Voilà donc pour ça. Ici ce termine l'anecdote que m'a racontée Yves Jasmin, mais ma petite histoire quant à elle continue. 

Même si Vincent T. Tajiri a été mis au courant du refus de la direction de l'Expo pour le projet photo à Habitat 67, il ne baisse pas les bras pour autant. Le magazine de charme à plus d'un tour dans son sac. Outre Playboy, il se trouvait aussi une autre magazine, à moins grand tirage, soit le magazine VIP, le magazine officiel des Clubs Playboy. Aussi, pour son édition de l'été 67, on a tricoté une opération quelque peu risquée; photographier des Playmates dans leurs costumes de Bunnies directement sur le site d'Expo 67, lequel est encore et toujours en construction, bien que le tout s'achève. Or un jour, un véhicule s'avance mine de rien sur le chantier et s'arrête à une certaine distance du pavillon des États Unis, la fameuse Biosphère de Buckminster Fuller. Du véhicule émergent trois Playmates de leurs costumes colorés vêtues ainsi qu'un photographe, équipé d'un télé-objectif. Une des Playmates brandit le drapeau de Playboy alors que le photographe prend plusieurs clichés en rafale avant d'attirer trop d'attention et puis hop! tout le monde retourne dans le véhicule pour ensuite filer en douce, ni vu ni connu. Voici le résultat:
(Source: Collection personnelle)


Le saviez-vous? La fille qui est apparue sur la couverture du premier numéro de Playboy en décembre 1953 n'était nulle autre que Marilyn Monroe, que Hugh Hefner n'a d'ailleurs jamais rencontré. Ce dernier s'est toutefois arrangé pour pouvoir reposer éternellement près de la célèbre sex symbol puisqu'il a acheté la crypte juste à côté de celle de Marilyn au Westwood Memorial Park à Los Angeles.

lundi 20 juillet 2015

quadratum

En 2017, année où l’on fêtera le cinquantième anniversaire d’Expo 67. La Place des Nations, dont je vous ai parlé abondamment ici, , ici, par , par ici et également , devrait, s’il faut en croire les nouvelles (ho ho hi) se refaire une beauté à temps pour que l’on puisse célébrer cet événement grandiose. Mis à part le pavillon de la Jamaïque, la Place des nations est le seul emplacement datant d'Expo 67 et qui ait un tant soit peu conservé son apparence d’origine. Maintenant il reste à savoir si effectivement les travaux de rénovation et de remise en valeur seront terminés (ho ho hi) dans le temps voulu (ho ho hi). Pour l'instant c'est clôturé, donc interdit au petit comme au grand public et l'endroit a l'air d'une soue à cochon. Typique de Montréal lorsque vient le temps du patrimoine bâti. 

Sur la photo d'aujourd'hui, prise en 2007, on voir le socle en béton qui a accueilli la torchère que l'on a allumée officieusement lors des cérémonies d'ouverture le jeudi 27 avril 1967. Après la fermeture d'Expo 67 on a enlevé la torchère, évidemment, et le socle est resté là. Lors de mon dernier passage c'était devenu une poubelle en béton, le trou étant farci d'ordures, chose qui ne m'étonne guère, au demeurant. Parfois, ce sont les citoyens eux-mêmes qui bousillent notre patrimoine bâti. Je me demande également à quel moment va-t-on corriger les informations sur la plaque commémorative qui se trouve à la base de la torchère. En y regardant attentivement on peut y lire qu’Expo 67 a duré jusqu’au 27 octobre alors qu’en réalité, suite à une demande spéciale au Bureau international des expositions à Paris, on a clôturé deux jours plus tard, soit le dimanche 29 octobre. 




Le saviez-vous? On dit souvent qu’Expo 67 a attiré 50 millions de visiteurs or c’est faux. On a enregistré plutôt 50 millions de visites, puisque plusieurs personnes avaient des passeports de saison et revenaient souvent. 

dimanche 6 juillet 2014

La place des Nations, un avenir toujours incertain


C’est passé dans le journal Métro du 3 juillet 2014 à la page 3 sous la plume de Laurence Houde-Roy. Alors qu’est-ce qui se passe donc avec la place des Nations? Ben voilà, il était prévu investir des sous pour retaper et remettre en ordre la mythique place. Si, parce qu’au fil des ans la négligence caractéristique de la ville par rapport à son patrimoine architectural ainsi que les éléments ont transformé la place en un lieu qui fait davantage penser à Pripiat.

La place des Nations je vous en ai parlé souvent ici, à plusieurs reprises même; ici, par-là, encore ici, là également, par ici, sans oublier ici également et aussi. C’est pratiquement un cheval de bataille. Pourquoi? Je vais piger dans l’article du Métro encore une fois et vous allez comprendre de suite. Ainsi, lors d’une réunion du comité exécutif à la ville, Denis Coderre y est allé de cette déclaration, et je cite :

«On ne peut pas dépenser de l’argent [inutilement]. Vous aurez à me convaincre [de la valeur de ce projet].

Ça, c’est le maire de Montréal qui dit ça. Allons plus loin où il rajoute, et je re-cite encore : «[La place des Nations] ça m’a plus l’air du festival de la manne [que d’autre chose]. Je ne suis pas sûr qu’on devrait faire ça». Mettre de la tourbe sur le parterre au milieu, pas de problème, le maire n’a pas l’air contre. Maintenant allons voir du côté de l’opposition officielle, dûment représentée par Richard Bergeron, le chef du parti Projet Montréal. Que dit-il à ce sujet?

«C’est du gaspillage d’argent. C’est un racoin, prisonnier entre un viaduc autoroutier et une sortie en descente».

Monsieur Bergeron, faut-il le souligner n’est pas convaincu mais alors pas du tout que l’endroit, une fois retapé, attirerait les gens. Maintenant, je vais y aller avec une question directe et crue : savez-vous pourquoi le patrimoine architectural de Montréal est sur le cul?

Relisez les déclarations de messieurs Coderre et Bergeron et vous allez tout comprendre. En fait, en retournant en arrière, on peut constater que les maires précédents ont à peu de choses près tenu un discours semblable sur le legs bâti de notre ville. C’est pour ça qu’on voit pousser partout d’insipides clapiers de béton aux noms tout aussi chiatiques en rasant tout ce qu’on peut sans se soucier de quoi. C’est de cette façon-là qu’on a perdu la maison Van Horne, Ben’s Deli, Orange Julep (sur Sherbrooke) et combien d’autres qu’il serait trop long d’énumérer ici. C’est aussi à cause de l’incurie des élus que des organismes comme Héritage Montréal et Sauvons Montréal ont vu le jour. Mais par-dessus tout, je le redis et le répète encore, ce ne sont pas que des bâtiments que l’on démolit mais aussi ce qu’ils représentent.

Idem pour la place des Nations.

Qu’est-ce que le monde entier connaissait de Montréal avant 1967? À vrai dire, pas grand-chose. D’accord, y’avait des voyageurs qui venaient de temps à autres mais la plupart des gens des autres pays n’avaient aucune idée de ce qu’était Montréal ni de ce que cette ville avait l’air. En d’autres mots nous n’étions pas vraiment sur la «map».

Tout ça a changé le 28 avril 1967 lorsque les caméras de plusieurs diffuseurs télé d’ici et d’ailleurs ont capté la cérémonie d’ouverture d’Expo 67, laquelle se tenait, justement, à la place des Nations où s’étaient rassemblé 7,000 invités tant dans les gradins qu’au parterre. Pour quantité de gens de plusieurs pays dans le monde, lorsqu’ils ont regardé tout ça à la télé, les premières images qu’ils ont eues de Montréal étaient celles de la place des Nations. Au fil de l’évènement les dirigeants des pays qui participaient à Expo 67 se sont tous succédé à la tribune et quantité de vedettes s’y sont produites. Il se trouvait toujours quelque chose de différent à y voir et entendre.

Mais voilà, nos élus contemporains ne considèrent pas ou peu, que d’investir de l’argent dans la réfection de la place des Nations soit quelque chose d’utile. Denis Coderre parle de dépense plutôt que d’investissement et Richard Bergeron utilise le mot «gaspillage», ni plus ni moins. Dernière question : que nous reste-t-il d’Expo 67?

  • La biosphère? Elle n’a plus son aspect d’origine depuis l’incendie de mai 1976 et présentement son sort est nébuleux.
  • Le pavillon de la Corée? Soyons sérieux, il ne s’agit plus que d’un condo à siffleux et pigeons doublé d’un abribus glorifié dont il ne reste que les colonnes et le toit.
  • Le pavillon de la Tunisie? Il ne ressemble en rien à ce qu’il avait l’air en 1967. C’est devenu un espace tout à fait morne et parfaitement ordinaire. Mention citron pour avoir placé la mosaïque de l’artiste Tunisien Zoubeir Turki à un bien mauvais endroit (indice: chasse d'eau).
  • Le pavillon de la France? Ne me faites pas rire. On l’a défiguré pour agrandir cette abomination qu’est le casino.
  • Le pavillon du Québec? Un de ses architectes, Luc Durand, m’a confié que le pavillon a tellement été modifié qu’on peut tout simplement dire qu’il a été détruit.
  • Le pavillon de la Jamaïque? Il a été restauré mais il sert à quoi au juste?
  • Le pavillon du Canada? Il loge l’administration du parc Jean-Drapeau.
  • Les canaux qui faisaient le charme de l’île Notre-Dame? On les a remplis de terre.
  • Le stabile de Calder? Non seulement il n’occupe plus son emplacement originale mais il s’en est fallu de peu pour que l’immense sculpture se retrouve au milieu d'une intersection de Montréal, quelque chose qui aurait eu autant de sens qu’un poisson dans un arbre.

Voyez? Physiquement il ne reste presque rien de cet événement qui nous a amené 50 millions de visites et qui a fait permis à Montréal de s’ouvrir sur le monde et vice-versa. Même la mémoire de l’événement est tronquée puisqu’il se trouve encore quantité de gens qui confondent Expo 67 et Terre des Hommes. Pourquoi? Parce qu’on semble avoir sciemment choisi d’envoyer aux poubelles tout ce qu’Expo 67 a été et a représenté.

Y’a aussi un autre bout qui faisait partie intégrante d’Expo 67 et qui s’appelait la Cité du Havre. Vous savez, c’est là qu’on a construit Habitat 67 et où se trouvait aussi de magnifiques pavillons. Évidemment on a tout rasé. Ne reste que les fragments asphaltés des allées piétonnières ainsi que les moignons de lampadaires que l’on a décidé de couper à la torche. Plus à l’ouest, laissé à l’abandon dans la négligence la plus totale, la Giboulée de l’artiste Jean Cartier, gît telle une épave.

Mieux, ou pire c’est selon, il se trouve à la place des Nations, bien fixée sur le socle de béton où se trouvait la torchère, une plaque qui commémore Expo 67 mais qui comporte une erreur notable; en effet il y est indiqué qu’Expo 67 s’est terminée le 27 octobre alors qu’en réalité elle s’est terminée le 29 octobre. Cette erreur est tout simplement due au fait que pour inscrire la date de clôture on s’est fié au guide officiel, lequel a été conçu et imprimé en 1966. Les dirigeants d’Expo 67 se sont rendu compte que clore l’évènement le 27 octobre, soit un vendredi, ne faisait pas de sens alors on a présenté une demande spéciale au Bureau International des Expositions pour repousser la fermeture de deux jours afin que ça puisse tomber un dimanche. Ce qui, faut l’avouer, avait plus de sens.

Sur le site d’Archives Canada ce n’est pas diable mieux puisque l’on apprend, avec stupéfaction, qu’il se trouvait dans le pavillon américain, bien exposé, les parachutes… de la navette spatiale. Non, je ne rigole pas, allez voir par vous-mêmes. C’est ici. Sérieux! La navette spatiale, bordel! Un bidule dont le budget de développement n’a été approuvé par Nixon qu’en 1972. On se serait attendu d’un peu plus de rigueur de la part d’un organisme officiel chargé de conserver la mémoire de notre Histoire.

La place des Nations, telle qu’elle se trouve dans l’estime de nos politiciens actuels, s’inscrit dans cette longue liste où la mémoire d’Expo 67 est malmenée. Mais bon, je m’égare un peu mais n’en reste pas moins que je ne comprends d’aucune façon la réaction de nos dirigeants politique par rapport au sort de la place des Nations. Plutôt que de parler de dépenses ou de gaspillage, pourquoi ne pas parler d’investissement? Pourquoi ne pas profiter de cette occasion unique pour faire de la place des Nations un mémorial d’Expo 67 couplé d’un centre commémoratif ou centre d’interprétation? Parce que voilà le truc: nous n’avons pratiquement aucun mémorial sur cet événement, le plus important et le plus significatif du 20è siècle au pays. L’information, comme je vous l’ai montré, comporte des erreurs flagrantes quand ce n’est pas du galvaudage pur et simple. Ce qui en résulte est un enfouissement graduel de la mémoire d’Expo 67 et, comme bien d’autres pans de notre Histoire, on en viendra un jour à ne plus se souvenir. Cela viendra, encore une fois, confirmer ce que je dis depuis des lustres; que la devise du Québec devrait être : Je me souviens… de rien. 

«Aussi, avec une ferveur égale à celle qui m’a toujours personnellement animée, je conserve l’espoir qu’il sera possible de préserver de la destruction, des bâtiments et des éléments, qui devraient continuer de rappeler d’une façon permanente en terre d’Amérique, la réalité d’une civilisation universelle, reconstituée quant au passé, des choses qui ont résisté à l’usure du temps, de celles qui ont triomphé des haines et des guerres, et quant à l’avenir, exprimée par des formes architecturales ou graphiques, nouvelles ou renouvelées, des états actuels de la science ou de l’art, et surtout, par des indications claires et précises, du recul des frontières de la misère et de la faim, de l’ignorance et de la pauvreté

Jean Drapeau
Extrait de discours, 1967
Place des nations







Le saviez-vous? Lors d’Expo 67 les dirigeants de nombreux pays donnaient des discours à la place des Nations mais malheureusement cela coïncidait avec le passage de l’aéroglisseur dont le vacarme enterrait l’allocution, ce qui ne manquait jamais de faire rager le commissaire-général d’Expo 67, Pierre Dupuy.

lundi 11 novembre 2013

subito imbre


Lorsqu’on lui a confié la réalisation d’une sculpture pour l’Exposition Universelle de 1967, Jean Cartier, céramiste, artiste et professeur de renom, s’est exécuté de main de maître. Pour l’évènement il conçoit La Giboulée, une œuvre qui lie admirablement bien les thèmes chers tels que définis par les organisateurs soit les milieux naturels, les sciences et la culture. Une vasque en béton sert de support à une multitude de tubes en métal enchâssés dans des cônes en ciment. Du haut de ces tubes, chacun muni de disques en verre situés à différentes hauteurs, s’échappe de l’eau qui jaillit sur les disques, créant un effet visuel saisissant, surtout le soir alors que l’œuvre est éclairée d’un dispositif conçu spécialement.

L’œuvre est installée en 1967 à l’extrémité ouest de la Cité du Havre au centre de la Place des Rapides où elle clôt l’allée piétonnière tout en faisant office de complément aux bâtiments environnants. Elle est évidemment admirée et abondamment photographiée. Les choses se sont gâtées quelque peu après alors que sont disparus les pavillons environnants tels l’Expo Club, le pavillon de l’Hospitalité et celui des Jeunesses Musicales. Les lampadaires, devenus inutiles, sont décapités à la torche sans trop de cérémonie et leurs bases jonchent alors les allées abandonnées et qui ne mènent plus nulle part. Au milieu de tout ça, dans un coin qui est devenu une sorte de Mordor montréalais, la Giboulée est délaissée et on ne s’en occupe plus. Du tout. La Place des Rapides est aujourd’hui en friche et l’œuvre a non seulement été victime du temps mais également des vandales qui l’on bien saccagée comme en témoigne son état de décrépitude avancée. La sculpture est tellement tombée dans l’oubli qu’elle ne figure même pas au catalogue des œuvres d’art public de la ville de Montréal. Nul doute qu’il en sera ainsi pendant encore longtemps et on pourrait facilement parier que c’est un bulldozer qui règlera la question parce qu’en ce qui concerne le patrimoine de Montréal ces grosses machines n’ont jamais chômé bien longtemps.



Saviez-vous ça vous autres? Jean Cartier là, ben c’est celui qui a fait les céramiques au métro Papineau en ’66 pis au métro Cadillac en ’76. Pis une autre affaire, le prix de céramique du Conseil des métiers d’art du Québec? Ben ça porte son nom. Faque.


samedi 18 mai 2013

Hominem


Le sujet a fait couler de l’encre. Beaucoup d’encre. L’Homme,d’Alexander Calder (que j’ai photographié ici et par là), n’est pas à la bonne place disent certains, convaincus qu’ils sont que l’imposante sculpture devrait se trouver ailleurs. Parce que si elle est ailleurs, comme par exemple pif-poil au milieu de l’ancien échangeur des Pins, elle va être mieux vue et admirée. Ça va attirer les touristes à pleine pochetées. Comme pour Johnny B. Good on va venir des milles à la ronde pour voir l’œuvre. Mieux en plein milieu du traffic que perdue au milieu de l’île Sainte-Hélène. 
Ouais.

Bon, vous me connaissez sûrement depuis le temps alors vous savez qu’il n’est pas question pour moi d’aborder un tel sujet sans ouvrir le capot de l’histoire et y regarder de plus près. Pour ce faire on retourne à cette année tout à fait extraordinaire et parfaitement pharamineuse que fut 1966 (et je ne dis pas ça seulement à cause de l’album Revolver, ha!).

D’abord, et en premier lieu, faut comprendre que si la sculpture est sur l’île Sainte-Hélène c’est probablement parce qu’il y a une raison.Et la raison en est une de taille puisqu'en 1966, à l’occasion d’Expo 67 qui approchait à grands pas, la société minière International Nickel Company of Canada, mieux connue sous le nom d’INCO, a décidé d’offrir pour l’évènement un cadeau tout à fait extraordinaire : une sculpture géante commandée à l’artiste Alexander Calder.

Calder a donc conçu l’œuvre de concert avec le thème d’Expo 67 : la Terre des Hommes et a incidemment nommé sa création: l’Homme, faisant ainsi référence non à la gent masculine mais au genre humain peu importe son origine, la couleur de sa peau où la langue qu’il parle. 

La sculpture a officiellement été offerte aux citoyens de Montréal le 17 mai 1967 à l’occasion du 325è anniversaire de la ville. Pour l’occasion on a placé dans une capsule de temps des documents relatif à la cérémonie et on a déposé celle-ci au pied du stabile. C'est lors du grand réaménagement de l'île Ste-Hélène dans les années 90 que l'on a déménagé la sculpture. De son emplacement original près du chenal LeMoyne on l'a mise un peu plus au nord, plus près du St-Laurent. On a aussi prit soin d'emporter la capsule de temps, laquelle ne pourra être ouverte que le 17 mai 2067 par le maire de Montréal et à son entière discrétion. 

Ceci étant dit, une œuvre n’est jamais dénuée de sens, ni de signification. Calder ne fait pas exception et il a magnifiquement imprégné le sens de Terre des Hommes dans sa création et ceci incluait l’environnement d’Expo 67. Enlever l’œuvre d’où elle se trouve pour la mettre quelque part à Montréal ce n’est pas seulement la déraciner mais aussi la dépouiller de toute sa signification artistique. Bref, pour tout ce qu’elle représente, l’œuvre de Calder doit absolument demeurer là où elle est. Et si on désire que les gens l’apprécient davantage, pourquoi ne pas mettre mieux en valeur le riche héritage d’Expo 67 et inviter les gens à venir le redécouvrir sur ces îles inventées?

Parce qu’’Expo 67 c’était bien plus que des ballons et des pavillons. 

 
Saviez-vous ça vous autres? Le stabu… stabb… stabyl… la sculpture là, ben pas de farces, a fait 20.422m de hauteur (20 mètres point 422, pas 20,422 là). C'est d'la signification pas à peu près ça. Bon, là on vous voit tout mêlés pis c'est ben normal parce qu'aujourd'hui toutte se passe en métrique. Faites une conversion en pieds pis vous allez toutte comprendre.



 

vendredi 11 janvier 2013

Encore de belles ruines


Tiens, il me semble qu'il y a un bout que je ne vous ai pas égratigné la cornée avec mes photos. Je rectifie donc celà dès aujourd'hui avec, en vedette, ce cliché pris à la Place des Nations à la fin d'avril 2007. Il s'agit du gradin nord, ou plutôt de la partie arrière. Incidemment on aurait souligner dans les médias qu'il y a cinquante ans, en décembre 1962, le gouvernement canadien créait officiellement la Compagnie canadienne de l'Exposition universelle de 1967 la société d'État dont le mandat fut de créer Expo 67 de toutes pièces. 

Cette photo illustre très bien à mon sens toute l'importance que l'on accorde à Expo 67 et la très grande portée de son rôle dans notre ouverture collective au monde entier. Travaillons encore un peu plus fort et dans peu de temps il ne nous restera plus rien sinon que quelques cartes postales aux coins abîmés.

lundi 30 juillet 2012

subsellia


Durant la dernière fin de semaine de mai 2007, année du 40è anniversaire de l'inauguration d'Expo 67, j'ai fait toute une série de photos à la Place des Nations, lieu particulièrement négligé s'il en est un. Ici, il s'agit de l'estrade sud.

lundi 21 mai 2012

scalae



Ici ce sont les gradins sud de la Place des Nations que l'on voit, photographiés en mai 2007. Dans son livre La petite histoire d'Expo 67 mon bon ami Yves Jasmin dit que ces gradins font penser à ceux d'un temple maya. Quant à moi le lien que je vois entre les Mayas et cette photo est le ciel aux allures de fin du monde. En réalité le ciel était noir ocre au-dessus mais une bonne éclaircie à l'ouest, créant ainsi cette drôle de luminosité.