mardi 7 avril 2026

Le retour du vinyle, le pourquoi du comment

Au début du XXe siècle, il se trouve quelques formats qui se disputent la première place en matière d'écoute de musique pré-enregistrée. Les cylindres de cire dure, comme ceux d'Edison que l'on peut écouter avec une machine spéciale sont encore en vogue mais bientôt un nouveau format émerge: le 78 tours. 

En 1910 la plupart des disques sont enregistrés à environ 78 à 80 tours par minute. En 1925, la vitesse de 78,26 tours par minute est choisie comme norme pour les phonographes motorisés, car elle convenait à la plupart des disques existants et était facilement atteignable à l'aide d'un moteur standard de 3 600 tours par minute et d'un engrenage à 46 dents (78,26 = 3 600/46).

Les 78 tours, que l'on appelait pas comme ça dans le temps, étaient fabriqués en gomme-laque ou, en shellac comme on appelait aussi cette matière. Ce matériau avait toutefois un défaut singulier: il était fragile comme de la porcelaine. Autre désavantage, la durée d'un enregistrement 78 tours par minute était d'environ trois à cinq minutes par face, selon la taille du disque. Un disque de 30 cm (12 pouces) contient généralement quatre à cinq minutes de musique alors que celui de 25 cm (10 pouces) était d'approximativement trois minutes. Écouter une œuvre complète relevait alors du casse-tête : il fallait changer de disque fréquemment, interrompant sans cesse l’expérience. 

Un gramophone typique des années 20. Celui-ci fabriqué par HMV (His Master's Voice). Le logo du chien écoutant un enregistrement de la voix de son maître était, disait-on, si fidèle que le  même le chien ne pouvait pas faire la différence entre l'enregistrement et la véritable voix. 

Les enregistrements étaient en mono seulement et pour les jouer il fallait un gramophone à cornet dont on remontait le moteur par une manivelle ou, pour les modèles plus coûteux, par électricité et enchâssés dans un meuble en bois vertical avec portes donnant accès au rangements des disques. Et il fallait aussi une bonne réserve d'aiguilles. Ces dernières, toutes en métal, s'usaient rapidement sur les 78 tours et il fallait les changer assez régulièrement. 

Ce jeune couple durant la période d'entre guerres se roucoulent l'un l'autre avec un pique-nique bien élaboré et une musique d'ambiance fournie par le gramophone à remontoir que l'on voit à droite. 

Durant la Seconde guerre mondiale le gouvernement américain met un frein à la production de disques 78 tours afin que le matériau puisse servir à l'effort de guerre. C'est en 1948 que Columbia Records introduit le 33 tours ou «long play» (longue durée) et qui permettait d'obtenir environ 20 minutes par face. Il était aussi fabriqué de vinyle souple et donc moins fragile que le 78 tours. Le but avoué était, on l'aura deviné, de remplacer le vieux format. 

La même année, ironiquement, RCA Victor, le grand rival de Columbia Records, travaillait aussi sur son propre format de remplacement et lorsque Columbia lança le 33 tours, RCA se mit en tête de développer son propre projet et, en 1949, dévoila le disque 45 tours. Le 78 tours prend sa retraite définitive en 1955.

Les grands gagnants étaient évidemment le grand public ainsi que les artistes. On pouvait offrir sur un seul album 33 tours une grande sélection de musique de tous les genres et le 45 tours, fort apprécié de la jeunesse du temps offrait l'opportunité de pouvoir n'acheter que les chansons à succès et aussi de pouvoir les transporter un peu partout. 

Audio Fidelity lance en 1957 les premiers disques offrant la sonorisation en stéréo et cette nouveauté devient révolutionnaire. Les audiophiles ne pouvaient demander mieux! Dès 1958 d'autres compagnies emboîtent le pas en utilisant ce nouveau format sonore. 

Dans les décennies qui suivent, le 33 tours s’impose comme le format dominant. Des années 1950 aux années 1980, il accompagne l’explosion de la musique populaire. Le concept d’ album prend alors tout son sens. Les artistes ne se contentent plus d’enregistrer des chansons isolées : ils construisent des œuvres cohérentes, pensées pour être écoutées du début à la fin. Le 33 tours devient aussi un objet culturel. Les graphistes se trouvent une nouvelle façon de créer: les pochettes. Ces dernières se transforment peu à peu en œuvres d’art et chaque disque tente de s'identifier avec une identité visuelle forte qui demeure en mémoire autant que la musique elle-même. Lorsque j'étais étudiant en arts graphiques au début des années 80 l'étude et la création de pochettes a fait partie du curriculum. 

Voici quelques pochettes tirées de ma collection et que j'apprécie grandement pour leur design: 

Pink Floyd: Dark Side of the Moon (1973)

John Coltrane - Blue Train (1957)

The Beatles: Sgt Papper Lonely hearts Club Band (1967)

Led Zeppelin: Led Zeppelin (1969) 

Fleetwood Mac - Rumours (1977)

Bruce Springsteen - Born in the USA (1984)

Pink Floyd - Wish You Were Here (1975)

The Beatles - Abbey Road (1969)

Queen - Queen II (1974)

Pink Floyd - Animals (1977)

Supertramp - Breakfast in America (1979)

Je pourrais continuer ainsi pendant un bout. D'ailleurs il y a des publications, dont celle des éditions Taschen, qui font l'éloge des meilleurs designs de pochettes de disque couvrant une très grande période de temps. Le site Ranker et celui du magazine Rolling Stones et bien d'autres ont aussi leurs propres palmarès. 

Des avantages et des désavantages

Le 33 tours, malgré tous ses qualités, était un format capricieux qui comptait quelques désavantages. Si l'on pouvait certainement se procurer un tourne-disque à peu de frais ces derniers endommageaient les disques de façon irréversible car l'on ne pouvait pas contrôler le poids de l'aiguille sur le disque, ce que les tourne-disques un peu plus chers permettaient de faire. Si l'aiguille était un peu trop lourde elle moissonnait carrément les sillons, faisant disparaître les aigus. Au bout d'une douzaine de lectures la qualité sonore diminuait considérablement. L'achat d'un tourne-disque de qualité était préférable. Même avec celui-ci il fallait entretenir l'équipement et changer l'aiguille selon les recommandations du fabricants. Ça pouvait varier entre 50 ou 100 lectures, tout dépendant. N'oublions pas aussi le nettoyage des disques avec une brosse antistatique et veiller, surtout,. à ne pas mettre ses doigts sur les sillons et éviter, ça va se soi, les rayures. Un sillon de disque, faut-il le rappeler, est plus mince qu'un cheveu alors il ne suffit que de peu choses pour l'endommager. Aussi, chose primordiale, ne jamais empiler ses disques les uns par-dessus les autres. Le rangement à la verticale, merci beaucoup! L'auteur de ce blogue, comme bien d'autres de son âge, utilisait de la colle à menuisier pour éliminer toute saleté sur certains disques. Bien rependu sur la surface tout en épargnant l'étiquette, il ne suffisait d'attendre que 24 heures pour l'enlever, la colle ayant saisi toutes les impuretés. 

C'est durant les années 70 que survient la crise du pétrole. Ce faisant, les compagnies de disques en Amérique du nord rachètent souvent les invendus et les font fondre afin de pouvoir créer de nouveau disques. Ces vinyles sont toutefois bourrés d'impuretés et souvent minces comme une page de papier journal. 

Un autre problème était celui de la surface enregistrable. L'aiguille d'un tourne-disque prenait évidemment davantage de temps à lire les premières plages que celles qui étaient collées sur l'étiquette. Comme l'aiguille ne mettait que très peu de temps à effectuer une lecture complète la qualité sonore était moindre et de nombreux groupes avaient des discussions très vives à savoir quelle pièce s'en irait sur le bord de l'étiquette!  

Un nouveau rival

À l'instar de Columbia en 1948 et également  animés par ce même désir de remplacer un format jugé vieillissant, Philips et Sony mettent au point en 1981 un nouveau format révolutionnaire en tous points: le disque compact. 

Plus petit qu'un 45 tours et pouvant contenir davantage de musique, le disque compact possédait un avantage net tant sur le disque en vinyle que sur les cassettes: il n'y avait pas de contact entre le lecteur et le disque puisque l'information était lue de par un faisceau laser trente fois plus mince qu'un cheveu. Le format s'est rapidement imposé, poussant lentement mais sûrement le 33 tours vers les oubliettes où se trouvaient déjà le rouleau de cire, le 78 tours et la cassette 8 pistes. La cassette compacte allait aussi les rejoindre durant les années 90, ne trouvant plus de public. 

Malgré toute la versatilité du disque compact, l'arrivée en scène des services de diffusion de musique en ligne ont largement contribué à pousser le disque compact vers la sortie. À partir de ce moment les gens se sont habitués à louer la musique qu'ils voulaient entendre et ne plus rien posséder en retour. 

Toutefois, il se trouvait et se trouve encore, des irréductibles audiophiles pour qui le 33 tours n'est jamais disparu et ces derniers, l'auteur ici inclus, se sont regroupés en clubs de ventes et échanges. Il se trouvait alors, et aujourd'hui encore, des boutiques offrant une large sélection de vinyles de tous les genres. 

Et aujourd'hui il connaît un regain de popularité sans cesse croissant. En effet, en 2025 aux États Unis, il s'est vendu 47,5 millions d'albums ce qui représente une 19è année de croissance successive. 

Le retour du tangible

Mais que pourrait expliquer l'engouement pour ce format qui n'attire non pas que les vieux de la vieille mais aussi les jeunes générations? 

À l'époque le seul service de diffusion en ligne qui existait s'appelait la radio et l'on écoutait ce que les stations voulaient bien nous servir. Autrement fallait aller chez le disquaire. L'on pouvait passer de longs moments a farfouiller. L'on pouvait chercher un album dont des amis nous disaient le plus grand bien ou bien un album dont on avait entendu quelques tounes à la radio. Et parfois, pourquoi pas, piquer jasette avec des employés qui y allaient avec leurs propres suggestions. Quoiqu'il en était, on ressortait de là avec un ou plusieurs albums que l'on écoutait tranquillement chez soi. Pour le prix payé l'on avait quelque chose de tangible entre les mains. 


Cette copie vinyle du disque Error du groupe The Warning, acheté directement sur le site du groupe est un cadeau d'anniversaire que je me suis fait l'an dernier. Au total, deux disques de 180 grammes de vinyle pur, des photographies et un livret complet incluant des textes, des photos et les paroles des chansons. Ca m'a rappelé le plaisir, de la fin des années 70 au milieu des années 80, de revenir chez-moi après une visite chez Sam the Recordman, un disque ou deux sous le bras. 

Une renaissance inattendue

Depuis quelques années, le vinyle connaît un retour spectaculaire. Les ventes augmentent, les presses tournent à plein régime, et les disquaires indépendants retrouvent une seconde jeunesse. Ce renouveau ne se limite pas à une simple mode rétro : il s’inscrit dans une quête plus profonde d’authenticité.

À l’ère du streaming instantané, où des millions de titres tiennent dans une poche, le vinyle impose un autre rythme. Il faut choisir un album, le sortir de sa pochette, poser délicatement l’aiguille. C’est un rituel. Une pause dans le flux constant du numérique.

Le charme de l’imperfection

Le vinyle n’est pas parfait, et c’est précisément ce qui le rend si attachant. Les crépitements, les légères distorsions, cette chaleur sonore si particulière… autant d’éléments qui donnent l’impression que la musique respire.

Contrairement aux fichiers compressés, le son analogique offre une profondeur que beaucoup décrivent comme plus « vivante ». Est-ce une illusion ? Peut-être. Mais c’est une illusion qui séduit, et qui transforme l’écoute en expérience.

L’objet au cœur de l’expérience

Au-delà du son, le vinyle est un objet. Une œuvre presque tactile. Les grandes pochettes deviennent des toiles, les livrets racontent une histoire, et chaque disque a un poids, une présence.

Dans un monde où tout devient immatériel, posséder un vinyle, c’est affirmer un lien physique avec la musique. C’est collectionner, exposer, transmettre.

Une nouvelle génération séduite

Fait intéressant, le retour du vinyle n’est pas uniquement porté par ceux qui l’ont connu à son apogée. Une nouvelle génération, élevée au numérique, s’y intéresse avec curiosité.

Pour ces jeunes auditeurs, le vinyle n’est pas un souvenir, mais une découverte. Une façon différente de consommer la musique, plus lente, plus attentive. Là où les playlists fragmentent l’écoute, le vinyle invite à redécouvrir l’album comme une œuvre complète.

Du coup ça me rappelle cet article que j'ai lu il y a un mois ou deux et dans lequel on parle de jeunes, de plus en plus nombreux à New York qui ont choisi d'adopter le mode de vie analogue que les plus vieux comme moi ont bien connu. Ça va des disques en vinyle mais ça inclut des appareils photo argentiques et des téléphones intelligents qu'ils ont remplacé par de simples modèles «flips». 

Effet de mode ou tendance durable ?

La question reste ouverte. Le vinyle continuera-t-il de prospérer, ou finira-t-il par redevenir une niche ? Difficile à dire.

Mais une chose est certaine : son retour révèle un besoin. Celui de ralentir, de ressentir, de redonner de la valeur à l’acte d’écouter. Et tant que ce besoin existera, il y aura toujours une place pour le doux crépitement d’un disque qui tourne.


Étalage de disques 33-tours neufs. Y'a du choix! 

Même des 45-tours, dont cette réédition de Travelin' Band du groupe Creedence Clearwater Revival enregistré en 1970. Ce format est cependant limité. 

Un prix différent

En visitant des disquaires on peut rapidement se rendre compte que les disques sont nettement plus dispendieux que durant les années 70 et 80 où un album ne coûtait jamais plus de dix dollars. En effet, les vinyles peuvent maintenant coûter entre 25$ et 50$ en moyenne avec certaines éditions qui peuvent aller au-delà. 

Mais alors, pourquoi ces prix qui semble aussi élevés? Il faut tout d'abord réaliser que le nombre de presses qui permettent de fabriquer des disques ne sont plus aussi nombreux que durant l'âge d'or du vinyle. Lorsque le format a été commercialement enterré beaucoup de ces presses ont été vendues à des ferrailleurs, les compagnies de disques ne voulant plus s'embourber de ces vieilles machines qui, de toutes façons, ne servaient plus à rien. D'autres ont été rachetées et entreposées. De ce fait il y a donc beaucoup moins de presses que dans le temps. Autre élément important, et comme mentionné juste ci-haut, les disques modernes sont fabriqués avec du vinyle neuf: 180 grammes par galette. Plusieurs disques bénéficient aussi de remixages quoique ce ne soit pas toujours un bonus en soi, tout dépend bien entendu des gens qui font ces remixages. Enfin, beaucoup moins de points de vente. Durant les années 70 et 80 il se trouvait une quantité impressionnante de disquaires, de Sam the Recordman à Phantasmagoria à Discus à Sherman et tellement d'autres! Comme il y a moins de détaillants les frais de livraisons sont plus élevés. 

Quelques conseils...

Que vous ayez connu le vinyle à son apogée ou que vous soyez né bien après, peut-être êtes-vous tenté de revivre l'expérience ou de la connaître. Avant toute chose il vous faut, bien entendu, une table tournante. 

L'usagé

Il existe bel et bien un marché pour les tourne-disques usagés. Si l'on peut en trouver dans des friperies (parfois) ou dans des brocantes et autres marchés aux puces, soyez avisé qu'il y aura fort probablement des frais liés à certains facteurs comme le remplacement de l'aiguille et de la courroie d'entraînement. C'est à considérer avant l'achat. Il existe à Montréal des commerces qui pourront vous offrir ces services. 

Il y a celles que l'on peut trouver via les petites annonces en ligne ou encore dans des brocantes et marchés aux puces. Prenez le temps de bien la faire tester pour vous assurer qu'elle fonctionne bien. Une marque à privilégier toutefois: Technics, qui a toujours eu une solide réputation pour ses tourne-disques. 

Le neuf

Malgré le look «vintage» et le prix alléchant, on évite les tourne-disques de type valise. Si vous êtes pour en acheter une prenez la peine d'investir dans quelque chose de durable et qui va vous donner pleine satisfaction tant pour la lecture que pour le rendement. Arrêtez-vous là où l'on en vend et prenez le temps de discuter avec le personnel afin de faire l'achat qui vous convient. Et n'oubliez pas l'entretient. 

Bonne écoute! 





Le saviez-vous? C'est au montréalais d'adoption Émile Berliner que l'on doit l'invention du gramophone. Après avoir travaillé avec Alexandre Graham Bell aux États unis il s'est installé ici où il a ouvert une usine de gramophones au située au 1001-1055 rue Lenoir dans le quartier Saint-Henri.



Dans mon écran: J'ai revu avec grand plaisir le film québécois Ok... Laliberté, de Marcel Carrière et mettant en vedette Jacques Godin, Luce Guilbault et Jean Lapointe et qui a été tourné en 1973 à Montréal, période où j'étais gamin, ce qui m'a rappelé des souvenirs d'une époque qui avait tout un charme. Ce qui fait le charme est de revoir non seulement d'excellents comédiens qui ne sont plus des nôtres mais aussi tout un petit monde dans les décors utilisés que ce soit les intérieurs ou bien les commerces. Un beau voyage dans le temps. 

Dans mes oreilles: Plume Latraverse - Livraison par en arrière. Sorti en 1981, Plume et ses Plumettes font décoiffer avec un assortiment rocambolesque de chansons qui rebondissent dans tous les sens, de la Ballade des caisses de 24 à Don QuiChiotte au Moins beau merle et l'excellent Tango Pital. Plume, que j'avais découvert avec son album précédent, Chirurgie plastique, m'a fait à l'époque courir chez le disquaire pour m'en procurer une copie. 

Sous mes yeux: Gaston, employé du siècle. Un bien beau volume de 145 pages édité en tripartie par Les éditions Dupuis, Le Monde et les Éditions de la Martinière et où l'auteur Rodolphe Massé revoit en moults détails le phénomène Gaston Lagaffe, ce légendaire personnage créé par André Franquin en 1957. 

dimanche 22 mars 2026

Une visiteuse discrète au Jardin botanique (et quelques autres)

Le 14 mars dernier dans Le Devoir, sous la plume d'Alexandre Shields accompagnée de photos qu'il a prise lui-même, on apprenait la présence d'une chouette rayée au Jardin Botanique. Le texte, bien étalé, nous informe sur cet oiseau, ses mœurs et le pourquoi de sa présence au Jardin, fort bien expliqué par Nathalie Jreidini, directrice de l’éducation au Zoo Ecomuseum, à Sainte-Anne-de-Bellevue.

Durant le printemps, l'été et l'automne le Jardin est un peu ma seconde maison et ce depuis 1968 quand ma grand-mère m'y amenait faire des visites. Aujourd'hui c'est armé de ma caméra et de ma lentille zoom que j'y arpente les nombreux sentiers en quête de bonnes captures aviaires. J'y ai vu, au fil des ans, de nombreuses espèces d'oiseaux et suite à la lecture de l'article, une question s'impose: est-ce que la chouette rayée est rare au Jardin et, est-elle aussi discrète que le mentionne l'article? D'abord, les présentations d'usage. Voici quelques chouettes rayées que j'ai photographiées au fil des ans. 

Celle-ci se trouvait à l'orée du jardin des Premières Nations à quelques mètres d'un sentier au début du printemps. Non loin d'elle se trouvait un épervier juvénile qui tentait, sans gros succès je dois l'avouer, de l'intimider. La chouette, nullement impressionnée par le p'tit jeune, est demeurée sans broncher. 


Celle-ci a été photographiée au sud de l'arboretum et guettait attentivement une très jeune marmotte, d'où son regard posé vers le sol. La p'tite bête se savait guettée et devait se douter de ce qui lui arriverait si elle se faisait pincer. Les serres d'une chouette rayée sont d'une redoutable efficacité. Au final, dans un sprint de tous les diables, la marmotte a détalée et la chouette a prit son envol au même moment, témoignant de ses réflexes de chasse fort bien aiguisés. La marmotte a pu se réfugier sous un bosquet, échappant aux serres du rapace de bien peu. 


Celle-ci a été photographiée il y a deux ans. Elle se trouvait en retrait là où se joignent le nord du jardin Chinois et le sud du jardin des Premières nations. L'endroit où j'ai pu la prendre en photo était le seul où je pouvais la voir. Trop à gauche et il y avait plein de branches pour la cacher. Trop à droite et il se trouvait un arbre. 

Ceci étant dit, la chouette rayée est plus présente qu'on ne le croît. Il y a trois ans il s'en trouvait deux même. Discrète? Pas tant que ça et elle peut même se trouver à un mètre de vous le long d'un sentier, perchée sur une branche. 

Mais qu'en est-il d'autres oiseaux? Le Jardin botanique est un endroit où l'on retrouve deux types d'oiseaux bien distincts; il y a d'abord ceux qui y résident en permanence comme le cardinal, l'épervier de Cooper, le pic flamboyant, la sittelle à poitrine blanche (et rousse), le merle d'Amérique et la mésange à tête noire par exemple. Puis ensuite il y a ceux de passage dit migratoire. Ils arrivent à un moment précis de l'année, nichent et ensuite repartent après un certain temps. Ainsi, vers la fin de l'automne apparaît le junco ardoisé, qui lui, nous arrive des latitudes nordiques. Il passe l'hiver au Jardin et, le printemps venu, s'envole de nouveau vers le nord où il passera l'été et une partie de l'automne avant de revenir. 

Les bernaches du Canada font aussi partie des oiseaux migrateurs qui nous arrivent, quant à eux, du sud, où elles ont passé l'hiver. Celle-là viennent s'installer pour demeurer avec nous durant tout l'été et une bonne partie de l'automne, avant de repartir, en envolées spectaculaires, vers le sud de nouveau. 

Le carouge à épaulettes en est un autre qui nous revient au printemps. Cet oiseau territorial, qui n'hésite pas à s'en prendre à des oiseaux plus gros que lui, qui inclut les corneilles!, revient au mois d'avril et les femelles suivent généralement deux semaines plus tard. Les couples vont nicher et après un certain temps l'espèce quitte le Jardin, pour n'y revenir que l'année suivante. 

Il en va aussi de même pour plusieurs espèces de parulines, dont la durée des séjours varie grandement. Les orioles de Baltimore, hirondelles bicolores, moucherolles phébi, grand héron, héron vert, le canard branchu et le colvert. 

Mais qu'en est-il d'espèces rares que l'on voit que très peu et souvent assez brièvement? voyons un peu cela ensemble grâce à mon archive de photographies d'oiseaux capturés au Jardin botanique. 

Le héron vert



Sans dire que le héron vert, petit cousin du grand héron et de la grande aigrette, soit souvent de passage au Jardin botanique, sa présence n'est pas fréquente. Lorsqu'il arrive il s'installe près des étangs où il surveille, avec sa vison extraordinaire, le mouvement des poissons sous l'eau. Fort intelligent, il agite souvent une brindille ou un bout de roseau qu'il tient dans son bec à la surface de l'eau pour attirer son repas comme on le voit sur la première photo. S'il passe le plus clair de son temps près des plans d'eau il lui arrive, quoique plus rarement, de se tenir sur une branche. 

La mésange bicolore


Cet oiseau est assez haut dans le palmarès des oiseaux rares au Jardin. Facilement visible sur l'île St-Bernard et à d'autres endroits, il ne l'est pratiquement pas au Jardin. Lorsque je l'ai aperçu il n'est demeuré sur la branche que trois ou quatre secondes avant de prendre son envol. Grâce au bouche à oreille la nouvelle de cette capture a fait le tour du Jardin et l'on me cherchait afin de voir la photographie, bien entendu, mais en savoir plus sur l'observation elle-même. Malheureusement, je n'avais que très peu de détails à offrir. Il s'est posé sur la branche, y est demeuré quelques secondes, le temps que je le photographie, après quoi il est parti je ne sais où. 

Le petit blongios


De tout mon temps passé au Jardin botanique je n'ai pu voir que cet oiseau qu'une seule fois. Celui-ci a été photographié à la fin mai 2024 alors qu'il se tenait dans les roseaux sur les abords du grand étang. L'année suivante il a été entendu, sensiblement au même endroit, appelant une femelle qui n'est jamais venue mais il est demeuré invisible, bien caché au milieu des roseaux. L'apercevoir ainsi a été une occasion que je n'ai certainement pas manquée. 

Le moyen duc




Voici un autre oiseau qui n'est que très peu aperçu au Jardin botanique Ce moyen duc, que j'ai capturé dans la portion nord de l'arboretum, non loin de la Maison de l'arbre, a été une chance inouïe pour moi. Si vous voyez ce rapace au Jardin, considérez-vous chanceux car il ne vient vraiment, mais alors vraiment pas souvent. 

Le cormoran à aigrettes



Le cormoran à aigrettes, qui raffole de poissons, est souvent vu au parc de l'île de la Visitation, de l'île elle-même jusque passé le barrage d'Hydro-Québec, surtout lorsque les vannes du barrage sont ouvertes, créant de grands remous dans la Rivière-des-Prairies. Le mouvement de l'eau attire les cormorans qui s'amusent follement à plonger pour ressortir avec de bons gros poissons dans le bec. Cet oiseau, chose surprenante, peut aussi être vu... au parc Lafontaine, se tenant souvent au milieu de colverts qui se prélassent dans le gazon près de l'étang. Mais au Jardin botanique? De toutes mes années de promenades je ne l'ai vu qu'une seule fois alors qu'il se laissait flotter au milieu du grand étang, plongeant parfois pour en ressortir avec un poisson. Il est demeuré au Jardin qu'environ une semaine avant de repartir, probablement au parc de l'île de la Visitation où le gibier poissonneux est plus abondant. 

La grande aigrette


La grande aigrette est un oiseau échassier qui se trouve dans la même famille que le grand héron. En fait, ils sont tellement semblables que l'on pourrait jurer que la grande aigrette est sortie du même moule mais qu'il n'y avait plus de couleurs puisqu'elle est toute blanche. La grande aigrette est un oiseau que l'on va apercevoir près des Basses-terres dans la vallée du St-Laurent mais autrement il est rare que l'on puisse la voir ailleurs, en particulier dans un environnement urbain tel que Montréal. Comme le grand héron, la grande aigrette marche dans les étangs et marécages grâce à ses longues pattes et cherche activement des poissons. Son cou qui n'en finit plus de finir lui est utile pour pouvoir attraper des prises sans qu'elle n'ait besoin de bouger. J'ai pu photographier cette grande aigrette au Jardin il y a quelques années. Elle se trouvait aux abords du grand étang mais les carouges à épaulettes, ne désirant pas la voir, l'on picossée au point qu'elle s'est envolée pour l'étang adjacent où j'ai pu la photographier. Il n'a pas fallu longtemps que les carouges en remettent et leur seconde vague d'attaques l'a fait fuir vers le nord. Non satisfaits, les carouges l'ont prit en chasse, tels des chasseurs suivant un bombardier ennemi. 

La tourterelle triste

La tourterelle triste est cet oiseau qui fait partie de la même famille que la colombe et le pigeon biset. On voit souvent cet oiseau dans certains parcs et dans les banlieues. Toutefois, je n'ai pu voir cette espèce que très rarement au Jardin botanique. Ici, un mâle et une femelle se roucoulent ça à qui mieux mieux, préparant sans doute la prochaine génération. Elles doivent faire attention car elles représentent un repas succulent tant pour les rapaces. La seconde fois que j'ai vu une tourterelle triste au Jardin elle venait justement de se faire pincer par une buse à épaulettes dans le Jardin des Premières nations. 

La buse à épaulettes

La buse à épaulettes n'est pas un oiseau excessivement rare au Jardin mais contrairement à l'épervier de Cooper il n'y demeure pas en permanence. Cette buse est plus grande et plus massive et lorsqu'elle vient faire son tour on peut la voir dans plusieurs coins et racoins du Jardin cherchant, grâce à sa vue exceptionnelle, mulots, tamias rayées et écureuils à se mettre sous le bec. Les autres oiseaux sont aussi au menu, comme je l'ai mentionné juste un peu plus haut. Sa timidité varie grandement; soit elle se tient près d'un endroit passant, donnant de belles opportunités aux visiteurs et photographes, ou elle se tient en retrait, parfois dans les hauteurs. Sa présence, lorsque remarquée par d'autres oiseaux, les font piailler un cri d'alarme qui semble universel, s'avertissant les uns et les autres. Faites gaffe! semblent ils dire. 

Le grèbe à bec bigarré 



Souvent identifié à tort comme une espèce de canard, le grèbe à bec bigarré fait partie de la même famille que... le flamand rose. Cet oiseau aquatique ne fait que trois choses: voler, flotter et nager sous l'eau comme une véritable torpille qui laisserait les nageurs olympiques les plus rapides loin derrière tant il est rapide. Toutefois, il ne marche pas au sol comme les canards puisqu'il a évolué pour vivre en milieu aquatique. D'ailleurs ses pattes, contrairement à celles d'un canard qui se trouvent directement sous le corps, sont situées à l'arrière complètement. Ce sont ces puissantes pattes qui le font se déplacer aussi rapidement sous l'eau. 

La présence du grèbe au Jardin est rare mais s'il s'y trouve, et que le mâle parvient à attirer une femelle, ils seront assez visibles. Lorsqu'ils nagent sur l'eau ils ne sont pas peureux, permettant ainsi de saisir d'excellentes opportunités photographiques. En 2021 un couple se sont installés dans les roseaux au milieu de grand étang et se sont bien donnés en spectacle avec non pas une mais bien deux couvées. L'année suivante une couple de harles couronnés sont apparus en même temps que les grèbes. Comme les deux espèces ne peuvent pas se sentir les harles ont préféré s'en aller. Toutefois, cette année-là, les grèbes ont été moins visibles. La dernière fois que l'on a entendu un grèbe c'était il y a deux ans. On l'entendait tenter d'attirer une femelle mais sans succès. S'il est là, il faut en profiter mais s'il n'y est pas, nul ne sait quand il reviendra. Un an, trois ans, peut-être plus? 

Maintenant, voici le sommet de mon palmarès des oiseaux les plus rares que j'ai pu observer au Jardin botanique. Prenez note que d'autres photographes qui s'y promènent pourraient avoir un palmarès différent, tout dépend de la chance et du moment. 

Le balbuzard pêcheur


Il y a cinq ans, à la fin du mois de mai, je me trouvais dans ce que l'on appelle le Jardin nourricier. C'est un portion qui se trouve dans les espaces aménagés au nord du restaurant. J'y cherchais un magnifique papillon nommé le paon du jour et que certains avaient vu rôder dans les parages. Tout d'un coup, l'ombrage d'un rapace en vol est passé au sol. en levant les yeux, sur une branche d'une certaine hauteur non loin de moi, se tenait un balbuzard pêcheur. 

Ce rapace vit essentiellement le long des fleuves et des rivières, se nourrissant de poissons qu'il attrape lorsqu'ils sont près de la surface. Il peut même plonger dans l'eau au point de ne plus le voir pour de longues secondes avant de le voir ressurgir, battant de ses puissantes ailes pour sortir de l'eau avec sa proie. Mais que faisait çui-là au Jardin? Plutôt que de débattre de la question j'ai opté de le photographier. Je n'ai pu prendre qu'un seul cliché, sans réglage ni rien avant qu'il ne s'envole vers le nord, sans doute vers la Rivière-des-Prairies, lieu de prédilection de pêche pour le bihoreau gris, le grand héron et les cormorans. Je n'ai jamais revu cet oiseau depuis. 

Le pygargue à tête blanche
 

Cet oiseau rapace que l'on peut voir dans plusieurs régions du Québec sans trop de difficultés est généralement invisible en milieu urbain. Ce phénomène, peut-être égaré, a été photographié environ trente minutes après la fin de la fameuse éclipse de 2024 alors qu'il survolait en cercles le jardin alpin. J'ai rogné cette photo afin que l'on puisse mieux voir le plus gros oiseau rapace du Québec en plus de détails. Après quelques minutes il s'est dirigé vers le sud puis est disparu complètement. Est-ce que sa présence était due à l'éclipse? Difficile à dire. Des ornithologues pourraient se prononcer bien mieux que moi à ce sujet mais la coïncidence était certes étrange! 




Le saviez-vous? Bien avant que le Jardin botanique ne soit fondé par le frère Marie-Victorin en 1931, il se trouvait le collège du Mont-de-La-Salle, lequel fut abandonné et ultimement détruit par un incendie. Il se trouvait à l'endroit jouxtant le jardin des lilas et le ruisseau fleuri. Une toute petit plaque montée sur les derniers vestiges se trouve dans le jardin des lilas. Saurez-vous la trouver?

dimanche 15 mars 2026

Les dessins animés du samedi matin: une tempête parfaite

Jusqu'à la fin des années 50, voir des dessins animés signifiait accessoirement d'aller au cinéma car c'est là, et juste là, qu'on pouvait les voir, tant pour les films de Disney que pour les Looney Tunes. Mais durant cette période on peut assister à un immense changement socio-culturel au travers cet appareil qui devient de plus en plus abordable: 


Le boom n'est pas seulement l'apanage des bébés mais aussi de l'économie, qui a le vent dans les voiles comme jamais auparavant. Les gens disposent davantage de moyens financiers et les améliorations apportées dans les usines, entre autres celles où l'on fabriquait des appareils de télévision, rend ces derniers beaucoup plus accessibles. Les modèles et les formats sont nombreux et il y a un appareil de télévision pour tous les goûts et pour toutes les bourses. 

En 1957 entre en scène le studio Hanna-Barbera, nouvellement formé par William Hanna et Joseph Barbera. Ce ne sont pas des timorés en matière d'animation. Les deux ont travaillé pour MGM en créant The Tom & Jerry Show de 1938 à 1957. Ils savent fort bien que l'appareil de télévision est le médium de l'avenir par excellence. Le studio d'animation de MGM venait de fermer ses portes, considérant que la compagnie avait un catalogue assez fourni pour rediffuser ses dessins animés pour un bon bout. William Hanna et Joseph Barbera tentent donc leur chance avec leur propre studio et en 1957 arrive sur les petits écrans le premier dessin animé spécialement conçu pour ce médium: The Ruff and Reddy Show. 


Ce dessin animé connaît un succès fou et on le verra au Québec sous le nom de Pouf et Riqui. Les deux personnages sont doublés au Québec avec André Montmorency dans le rôle de Pouf et Ronald France dans celui de Riqui. La narration est confiée à Yves Massicotte (Centour). 

Hanna-Barbera créent alors d'autres séries et personnages qui feront le bonheur des enfants; The Huckleberry Hound Show (Roquet Belles Oreilles), Augie Doggy and Doggie Doggy (Jappy et Pappi Toutou), Snooper and Blabbler (Fouinard et Babillard) ainsi que leur grand succès qui arrive en 1960: The Flinstones (Les Pierrafeu, traduit ici avec les voix de Paul Berval, Huguette Proulx, Monique Miller et Claude Michaud). 

Les années 60 avancent et l'appareil de télévision se retrouve dans de plus en plus de foyers. Du même coup les percées dans la fabrication en série de jouets permet aux différentes compagnies de remplir les étalages de magasins avec un nombre de plus en plus élévé de jouets de toutes sortes. Kenner, Mattel, Ideal, Irwin, Marx, Tonka, Lego, Lesney, Milton Bradley et combien d'autres rivalisent d'audace et la télévision est l'endroit parfait pour diffuser des commerciaux vantant les mérites de leurs différentes créations. 

C'est alors que se prépare la tempête parfaite, cet espèce de Triangle des Bermudes du divertissement pour enfants. À l'une des pointes on retrouve les gros diffuseurs; les réseaux ABC, CBS et NBC ainsi que toutes leurs stations affiliées. La seconde pointe est celle des compagnies de jouets ci-haut mentionnées et la troisième pointe de ce triangle est l'ensemble des agences de publicités. Au centre, les enfants. 

Les studios de dessins animés veulent vendre leurs séries, les diffuseurs veulent vendre des espaces publicitaires et les agences de pubs ne demandent rien de mieux que connecter les deux précédents. 

Lors qu'une compagnie désire promouvoir son produit avec une publicité télévisée elle doit chercher à la diffuser au moment où l'on est pas mal certain que le public ciblé se retrouvera devant l'appareil de télévision. Des fabricants de voitures par exemple ne chercheront pas à payer pour des espaces publicitaires durant les journées de la semaine puisque les hommes, leur cible, est au travail. Durant les années 60 il y a encore quantité de ce que l'on appelait alors des ménagères ou des femmes au foyer. Comme elles regardaient des émissions durant l'avant et après-midi on retrouvait des publicités généralistes ainsi que des produits leur étant destinés comme des produits de beauté, des bas-culottes etc... Les publicité de voitures, rutilantes et vrombissantes on les retrouvait en soirée, tout spécialement durant les diffusion d'évènements sportifs comme les joutes du Canadien ou des Alouettes. Mais les enfants, on les retrouvaient quand au juste? 

On pouvait certes diffuser des pubs de jouets le matin alors que plusieurs enfants d'âge préscolaire étaient à la maison ou en fin d'après-midi avec le retour des enfants qui revenaient de l'école mais cela ne permettait pas de joindre leur public en masse. 

À la fin des années 60 on trouve la solution: il n'y pas de moment dans la semaine où les enfants  se retrouvent majoritairement devant la télévision? Alors nous allons créer ce moment et l'on choisit le samedi matin. Dès lors les réseaux commenceront à concentrer la diffusion de dessins animés et émissions pour enfants avec des acteurs durant cette période. Les compagnies de jouets savent dès lors où se retrouve son public cible et les agences de publicités sont bien contentes de pouvoir concocter d'extraordinaires pubs de jouets avec musique entraînante, enfants survoltés, une réalisation dynamique et une narrateur qui doit bourrer le tout en parlant très rapidement. 





La période du samedi matin devient donc pour les enfants un phénomène social en soi. Pour quantité d'enfants de la fin des années 60 et 70 s'installent en pyjama devant l'appareil de télévision avec leurs déjeuners, céréales sucrées et sandwich au beurre d'arachides avec un grand verre de lait au chocolat pour la plupart, afin de regarder leurs émissions favorites dont les diffusions pouvaient commencer aussi tôt qu'à six heure le matin jusqu'à l'heure du midi. C'était mon cas; pas levable pour aller à l'école la semaine j'étais de bonne heure sur le piton pour regarder les dessins animés. Et les pubs de jouets. Des tonnes de pub de jouets de tous les genres. À cette époque chaque diffusion de trente minutes comportait obligatoirement, en moyenne, huit minutes de publicité. Et comme chaque pub durait trente secondes alors cela signifiait seize publicités par tranche de 30 minutes et trente-deux par heure. Un véritable bombardement! Et les enfants en redemandaient! 

Au travers ce chaos fort bien organisé il y a cependant eu une sorte d'éclaircie, une sorte de phare permettant aux enfants de regarder des dessins animés tout en apprenant des choses utiles, enfin autre que de laisser tomber des enclumes du haut d'un gratte-ciel ou de donner des pétards bourrés à la dynamite. C'est ainsi que dès 1973 apparaît une émission que je vais particulièrement apprécier et aussi en venir à ne pas la manquer. 


Schoolhouse Rock fondait dans un même élément les notions de grammaire (Conjounction Junction), de mathématiques (The Magic Number), entre autres et d'autres sujets pédagogiques utiles. J'aimais les chansons entraînantes et faciles à apprendre même si j'étais néophyte dans la langue de Shakespeare. C'est avec cette émission que j'ai fait mes premières armes an anglais et qui m'a grandement aidé à avoir une longueur d'avance sur les autres dans ma classe lorsque les cours d'anglais sont arrivés au curriculum en cinquième secondaire. Et, en tant que passionné de bandes dessinées et dessins animés, dont j'étudiais les styles sans trop le savoir, j'admirais grandement le graphisme et le design des personnages.

Au début des années 80 le climat socio-culturel change avec l'arrivée, lente mais certaine tout comme l'appareil de télévision, du magnétoscope. Certes, le Beta de Sony était apparu en 1975 et le VHS de JVC en 1976 mais le prix exorbitant les rendaient hors de portée de l'ours moyen. Au début des années 80 la donne change. La miniaturisation des circuits, des grandes améliorations apportées au mécanismes ainsi que des méthodes de fabrication et de design peaufinés font que la bébelle devient moins grosse et aussi moins lourde. Les premiers modèles de magnétoscopes pesaient autour de 13,5 kg (30lbs). Mais au début des années 80 le prix est coupé de près de moitié, tout comme le prix et de plus en plus de gens adoptent l'appareil. 

L'arrivée du magnétoscope change la donne. On peut enregistrer une émission sur un poste pendant que l'on en regarde une autre sur un poste différent. Le format VHS qui gagne la lutte contre le Beta grâce à des cassettes vierges permettant des enregistrements de deux heures et plus. On rempli donc ces cassettes de dessins animés et autres émissions afin de les regarder plus tard. 

Les dessins animés du samedi matin sont toujours un phénomène mais afin de ne pas perdre l'auditoire infantile on change la donne dans la plus pure tradition capitaliste. Durant les années 70 les dessins animés du samedi matin et les pubs de jouets n'étaient pas liés. Durant un épisode de Scooby-Doo on pouvait voir des pubs pour les figurines Big Jim, Barbie, The Six Million Dollar Man et à partir de 1978 Star Wars. Hasbro, qui va éventuellement acquérir presque toutes sa compétition, va changer tout ça. 

La compagnie de jouets s'associe à des maisons de production afin de créer des bandes dessinées directement reliés avec les jouets que la compagnie fabrique. C'est le cas des Transformers. Ces jouets ont été créés par Hasbro à la suite d'une entente avec la compagnie japonaise Takara, laquelle avait conçu des jouets se transformant tant en robots que véhicules. Hasbro, propriétaire de G.I. Joe font renaître la franchise avec une remise à niveau qui transforme les personnages en faction purement militaire combattant des forces ennemies du nom de Cobra. 

Ces dessins animés deviennent alors de véritables infopubs. Chaque personnage de ces séries possède son équivalent en format jouet avec une quantité faramineuse d'accessoires de tous les genres. Et ça fonctionne! Hasbro fait des montagnes d'argent avec ces deux seules franchises. 

Toutefois, dans le portrait culturel, la pertinence des dessins animés du samedi matin commence à s'effriter. Durant les années 90 les enfants peuvent regarder, grâce au magnétoscope, la câblodistribution et canaux spécialisés, des dessins animés à tout moment de la semaine. durant les années 70, nous, les enfants de cette époque, n'avions pas ce privilège et le samedi matin était le seul moment de la semaine où l'on pouvait en voir en série comme ça. Ne parlons pas du dimanche matin. Je ne connaissais pas vraiment d'amis qui se levaient le dimanche matin pour regarder expressément les aventures du Roi Léo... 

Mais il y a autre chose aussi; en 1980 au Québec la Loi sur la protection du consommateur rend illégal les publicités de jouets destinées au enfants. Toutefois, cette disposition ne s'applique qu'aux diffuseurs d'ici et non aux diffuseurs étrangers. Sur les canaux américains disponibles sur le câble les publicités sont toujours légales et les règles du FTC assouplies permettent à des compagnies comme Hasbro de faire le plein de sous, comme mentionné plus haut. L'équivalent de la loi québécoise interdisant les pubs destinées aux enfants arrive aux États Unis en 1991 avec le Children Television Act. Cette nouvelle législation, qui s'aligne avec celle entrée en vigueur au Québec en 1980 va au-delà des pubs pour enfants mais oblige les diffuseurs à avoir davantage de contenu éducatif, tassant ainsi les dessins animés traditionnels. 

Au final, il ne faut pas oublier que toute cette aventure, née à la fin des années 60 et raffinée durant les années 70, n'était, en bout de ligne, qu'un Triangle des Bermudes mercantile où les diffuseurs, les compagnies de jouets et les agences de pubs qui le formait avait été érigé dans le simple but de faire du fric. Avec les nouvelles législations, l'arrivée des magnétoscopes, des canaux spécialisés et de la câblodistribution ont progressivement éliminé la pertinence des dessins animés du samedi matin. Alors un jour l'on a pas eu le choix et on a tiré la plogue, comme on dit, et il n'en reste aujourd'hui que les souvenirs que nous, les enfants de cette époque «glorieuse» avons conservé  de cette période. 



Le saviez-vous? The Flinstones avait deux versions françaises; l'une en France et l'autre au Québec. En France Fred s'appelle Fred Pierrafeu alors qu'au Québec il prend le nom de Fred Caillou. 

lundi 26 janvier 2026

D'hier à aujourd'hui: le téléviseur

Il n'y a pas si longtemps, un peu avant les Fêtes, j'ai publié un article sur l'évolution du téléphone en comparant l'appareil entre ce qu'il était en 1975 et ce qu'il est aujourd'hui. Maintenant, je vous propose le même exercice mais cette fois en mettant le téléviseur en vedette. 

Le téléviseur a fait sa première apparition  entre 1925 et 1926. John Logie Baird diffusa les premières images de silhouettes animées en 1925 et les premières images de visages humains animés en 1926 à l’aide d’un « téléviseur » mécanique. L'année suivante c'est la télévision électronique. Cette année-là Philo Farnsworth réalisa avec succès la première démonstration d’un système de télévision entièrement électronique, ouvrant la voie à la télévision moderne. 

Toutefois, si les premiers téléviseurs mécaniques furent commercialisés à la fin des années 1920, les téléviseurs électroniques en noir et blanc ne devinrent populaires et relativement abordables qu'après la Seconde Guerre mondiale.

Il est indéniable que l'appareil de télévision a eu un impact tout à fait extraordinaire de par le monde. Avant l'avènement du téléviseur il n'y avait que peu de moyens de se tenir au courant du fil de l'actualité autre que les journaux ou de la radio. La télévision, avec ses diffusions a littéralement changé la donne. 

En juillet 1969 ces vendeurs de chez Kmart aux États-Unis ont momentanément pris une pause afin d'observer l'alunissage d'Apollo 11 diffusé en direct. 

La télévison aujourd'hui


La télévision aujourd'hui est une réalisation technologique impensable au temps de ma jeunesse et encore moins à celui de mes grands-parents. Les résolutions élevées en 4K offrent une clarté et une qualité d'image étonnantes. Ces appareils se dénotent sous différentes coutures: 4K, UHD, OLED, QOLED, plasma et dont je laisse à d'autres le soin d'expliquer quelles sont les différences et avantages des uns et des autres. 

Les prix variant allègrement selon la taille et les technologies susmentionnées, du modeste 24 pouces à une centaine de dollars jusqu'à celui de 98 pouces ayant une étiquette de prix pouvant dépasser les $5,000. 

Les téléviseurs modernes ne peuvent servir qu'en étant connectés soit à des services de diffusion en ligne, de câblodistribution, à des consoles de jeu ou à des lecteurs soit en format DVD ou Blu Ray. Sans ces derniers le téléviseur n'offre que bien peu. Toutefois, bien connectés, ils nous donnent l'occasion de voir à peu près n'importe quel film ou télésérie sur demande.

Le grand désavantage de ces téléviseurs est intimement lié à leur complexité technologique; s'il y a un pépin technique il n'y a souvent peu d'options autre que de s'en débarrasser, de façon écologique bien entendu, et d'en racheter un nouveau.

La télévision en 1975

À cette époque tous les appareils de télévision sont cathodiques et les écrans sont carrés, contrairement au format rectangulaire d'aujourd'hui. Le format de l'image variait dépendamment des pays et des technologies utilisées mais variant entre 300 et 800 lignes horizontales. 

De la couleur? Il s'agit souvent d'un petit luxe. La charmante famille que l'on voit ci-dessus sort des chez Woolco avec, entre autres choses, un téléviseur portatif en noir et blanc. Au Québec, à cette époque, il y avait encore pas mal de gens qui utilisaient des appareils en noir et blanc malgré le fait que les diffuseurs comme Radio-Canada/CBC, Télé-Métropole, Radio-Québec et CFCF offraient tous des programmations en couleur, lesquelles avaient commencé à la rentrée télévisuelle de 1966 à Radio-Canada. Je vous invite d'ailleurs à voir ce magnifique petit documentaire sur cette page du site du diffuseur lui-même

En 1975 la miniaturisation et l'utilisation des transistors a pratiquement éliminé les fameuses lampes. Ceci permettait un mise en marche plus rapide et une meilleure fidélité soit au niveau visuel que de la réception. Les appareils étaient conçus pour durer et la nécessité de recourir à un réparateur n'était plus aussi fréquente. Cependant, un vieux téléviseur à lampes pouvait souvent être réparé sur place par un technicien, comme c'est arrivé en 1970 alors que le téléviseur a fait proutte alors que je regardais la Ribouldingue. Le lendemain un technicien, appelé à grand renfort par ma grand-mère était venu voir le malade. Après avoir tourné l'appareil de bord et enlevé le panneau arrière, il n'a suffi que de peu de temps avant qu'il ne trouve le coupable: une lampe avait brûlée! Il est allé cherché la lampe de remplacement dans son camion, l'a changée, effectué quelques tests et en un tournemain j'étais de nouveau assis devant le téléviseur à regarder mes émissions préférées. 

Le câble, pas encore universel

En 1975 les services de câblodistribution existaient certainement dont Vidéotron qui avait débuté en 1966 et c'était le fondateur de l'entreprise, André Chagnon lui-même, qui montait dans les poteaux pour effectuer les connections. Il y avait aussi Câblevision, service auquel nous nous sommes abonnés vers 1978. Mais un tel service n'était absolument pas obligatoire puisque les stations de télévision diffusaient en ondes libres VHF, lesquelles étaient captées par les antennes des télévisions ou celles installées sur les toits. Le désavantage était que la réception des signaux pouvaient être affectées par une température maussade ou par quelqu'un dans la maison qui utilisait un appareil comme une perceuse, une moulinette ou un couteau électrique. D'ailleurs je me souviens fort bien de ces temps d'orage où ma grand-mère m'interdisait de regarder la télévision. Pas de téléphone non plus car c'était considéré dangereux. On peut le constater en observant la page 3 de l'album de Tintin L'affaire Tournesol. Était ce un danger réel? Oui, car il y avait des risque de recevoir un choc électrique. 

Si aujourd'hui regarder des évènements sportifs ou culturels diffusés de l'autre bout de la planète est monnaie courante il s'agissait de quelque chose extraordinaire en 1975. Deux années plus tôt Elvis Presley avait été la vedette du spectacle Aloha! diffusé en direct via satellite et c'était là tout un évènement. 

Un divertissement presque sur demande

En 1975 les premiers magnétoscopes avaient fait leur apparition mais il s'agissait d'appareils fort coûteux (et lourds!) qui étaient assez loin d'être à la portée du portefeuille de l'ours moyen. Si aujourd'hui on peut regarder n'importe quoi n'importe quand ce n'était pas le cas alors. Vous vouliez voir une telle émission, ou série? Fallait devant être devant le téléviseur au bon moment sinon fallait se contenter de demander à quelqu'un ce qui s'était passé pour se mettre à jour. Les films? Pas de chance. Si l'on voulait voir tel ou tel film il fallait s'armer de patience et attendre que les diffuseurs l'intègre dans sa grille horaire. À cette époque tous les films étaient sur pellicule et après avoir été projetés sur des écrans pendant des semaines les pellicules étaient, comme on dit, maganées avec des éraflures, des taches et autres. C'étaient ces bobines usées que les stations de télévision utilisaient pour les diffuser au petit écran. De plus, les dimensions n'étaient pas les mêmes, de rectangulaire au cinoche à carré pour la télévision alors ils devaient être reformatés pour mieux s'intégrer aux écrans de l'époque. Ah, et rajoutez les pauses publicitaires. Et contrairement à aujourd'hui les diffusions d'émissions se terminaient vers minuit ou une heure du matin avec l'hymne national. Ensuite, c'était l'écran-test avec sa tonalité en continu jusqu'au lendemain, généralement vers six heures où, après l'hymne national, un narrateur récitait la programmation du jour. 

Au Québec il se vendait des appareils de télévision depuis le début des années 50 et l'on pouvait en trouver chez quantité de détaillants de meubles, les commerces voués exclusivement à la ventre d'appareils électroniques n'étaient pas monnaie courante. Radio-Canada/CBC avait d'ailleurs commencé leurs diffusions en 1952. Les programmations n'étaient pas continuelles à cette époque. Combien coûtait un appareil à cette époque? Regardons ensemble quelques publicités de 1952 ainsi que les prix. La comparaison des prix entre 1952 et aujourd'hui a été effectuée avec la Feuille de calcul de l'inflation de la Banque du Canada. 

$279 dollars en 1952 = $3,300 aujourd'hui. 

$329 en 1952 = $3,850 en dollars d'aujourd'hui.

$369 en 1952 = $4,300 en dollars d'aujourd'hui. 

$699 et $579 en 1952 = $8,180 et $6,775 en dollars d'aujourd'hui. 

$329 en 1952 = $3,850 en dollars d'aujourd'hui. 

Comme on peut le constater, les prix étaient assez élevés et donc, hors de portée des acheteurs moyens. Les gens pouvaient alors se prévaloir d'options de paiement étalés sur 24 mois ou encore se tourner vers des services de location d'appareils de télévision. Ceux qui comme moi ont grandi durant les années 60 se souviendront certainement, avec nostalgie, d'une camionnette Matchbox de service de télévison sur laquelle on voyait l'inscription Rentaset. Il s'agissait alors d'une véritable compagnie de location et réparation d'appareils radio et de télévision. 



Le saviez-vous? Le premier téléroman québécois a être diffusé a été Les Plouffe de Roger Lemelin et qui est apparu sur les petits écrans en 1953. Le Survenant a suivi l'année suivante.