dimanche 22 mars 2026

Une visiteuse discrète au Jardin botanique (et quelques autres)

Le 14 mars dernier dans Le Devoir, sous la plume d'Alexandre Shields accompagnée de photos qu'il a prise lui-même, on apprenait la présence d'une chouette rayée au Jardin Botanique. Le texte, bien étalé, nous informe sur cet oiseau, ses mœurs et le pourquoi de sa présence au Jardin, fort bien expliqué par Nathalie Jreidini, directrice de l’éducation au Zoo Ecomuseum, à Sainte-Anne-de-Bellevue.

Durant le printemps, l'été et l'automne le Jardin est un peu ma seconde maison et ce depuis 1968 quand ma grand-mère m'y amenait faire des visites. Aujourd'hui c'est armé de ma caméra et de ma lentille zoom que j'y arpente les nombreux sentiers en quête de bonnes captures aviaires. J'y ai vu, au fil des ans, de nombreuses espèces d'oiseaux et suite à la lecture de l'article, une question s'impose: est-ce que la chouette rayée est rare au Jardin et, est-elle aussi discrète que le mentionne l'article? D'abord, les présentations d'usage. Voici quelques chouettes rayées que j'ai photographiées au fil des ans. 

Celle-ci se trouvait à l'orée du jardin des Premières Nations à quelques mètres d'un sentier au début du printemps. Non loin d'elle se trouvait un épervier juvénile qui tentait, sans gros succès je dois l'avouer, de l'intimider. La chouette, nullement impressionnée par le p'tit jeune, est demeurée sans broncher. 


Celle-ci a été photographiée au sud de l'arboretum et guettait attentivement une très jeune marmotte, d'où son regard posé vers le sol. La p'tite bête se savait guettée et devait se douter de ce qui lui arriverait si elle se faisait pincer. Les serres d'une chouette rayée sont d'une redoutable efficacité. Au final, dans un sprint de tous les diables, la marmotte a détalée et la chouette a prit son envol au même moment, témoignant de ses réflexes de chasse fort bien aiguisés. La marmotte a pu se réfugier sous un bosquet, échappant aux serres du rapace de bien peu. 


Celle-ci a été photographiée il y a deux ans. Elle se trouvait en retrait là où se joignent le nord du jardin Chinois et le sud du jardin des Premières nations. L'endroit où j'ai pu la prendre en photo était le seul où je pouvais la voir. Trop à gauche et il y avait plein de branches pour la cacher. Trop à droite et il se trouvait un arbre. 

Ceci étant dit, la chouette rayée est plus présente qu'on ne le croît. Il y a trois ans il s'en trouvait deux même. Discrète? Pas tant que ça et elle peut même se trouver à un mètre de vous le long d'un sentier, perchée sur une branche. 

Mais qu'en est-il d'autres oiseaux? Le Jardin botanique est un endroit où l'on retrouve deux types d'oiseaux bien distincts; il y a d'abord ceux qui y résident en permanence comme le cardinal, l'épervier de Cooper, le pic flamboyant, la sittelle à poitrine blanche (et rousse), le merle d'Amérique et la mésange à tête noire par exemple. Puis ensuite il y a ceux de passage dit migratoire. Ils arrivent à un moment précis de l'année, nichent et ensuite repartent après un certain temps. Ainsi, vers la fin de l'automne apparaît le junco ardoisé, qui lui, nous arrive des latitudes nordiques. Il passe l'hiver au Jardin et, le printemps venu, s'envole de nouveau vers le nord où il passera l'été et une partie de l'automne avant de revenir. 

Les bernaches du Canada font aussi partie des oiseaux migrateurs qui nous arrivent, quant à eux, du sud, où elles ont passé l'hiver. Celle-là viennent s'installer pour demeurer avec nous durant tout l'été et une bonne partie de l'automne, avant de repartir, en envolées spectaculaires, vers le sud de nouveau. 

Le carouge à épaulettes en est un autre qui nous revient au printemps. Cet oiseau territorial, qui n'hésite pas à s'en prendre à des oiseaux plus gros que lui, qui inclut les corneilles!, revient au mois d'avril et les femelles suivent généralement deux semaines plus tard. Les couples vont nicher et après un certain temps l'espèce quitte le Jardin, pour n'y revenir que l'année suivante. 

Il en va aussi de même pour plusieurs espèces de parulines, dont la durée des séjours varie grandement. Les orioles de Baltimore, hirondelles bicolores, moucherolles phébi, grand héron, héron vert, le canard branchu et le colvert. 

Mais qu'en est-il d'espèces rares que l'on voit que très peu et souvent assez brièvement? voyons un peu cela ensemble grâce à mon archive de photographies d'oiseaux capturés au Jardin botanique. 

Le héron vert



Sans dire que le héron vert, petit cousin du grand héron et de la grande aigrette, soit souvent de passage au Jardin botanique, sa présence n'est pas fréquente. Lorsqu'il arrive il s'installe près des étangs où il surveille, avec sa vison extraordinaire, le mouvement des poissons sous l'eau. Fort intelligent, il agite souvent une brindille ou un bout de roseau qu'il tient dans son bec à la surface de l'eau pour attirer son repas comme on le voit sur la première photo. S'il passe le plus clair de son temps près des plans d'eau il lui arrive, quoique plus rarement, de se tenir sur une branche. 

La mésange bicolore


Cet oiseau est assez haut dans le palmarès des oiseaux rares au Jardin. Facilement visible sur l'île St-Bernard et à d'autres endroits, il ne l'est pratiquement pas au Jardin. Lorsque je l'ai aperçu il n'est demeuré sur la branche que trois ou quatre secondes avant de prendre son envol. Grâce au bouche à oreille la nouvelle de cette capture a fait le tour du Jardin et l'on me cherchait afin de voir la photographie, bien entendu, mais en savoir plus sur l'observation elle-même. Malheureusement, je n'avais que très peu de détails à offrir. Il s'est posé sur la branche, y est demeuré quelques secondes, le temps que je le photographie, après quoi il est parti je ne sais où. 

Le petit blongios


De tout mon temps passé au Jardin botanique je n'ai pu voir que cet oiseau qu'une seule fois. Celui-ci a été photographié à la fin mai 2024 alors qu'il se tenait dans les roseaux sur les abords du grand étang. L'année suivante il a été entendu, sensiblement au même endroit, appelant une femelle qui n'est jamais venue mais il est demeuré invisible, bien caché au milieu des roseaux. L'apercevoir ainsi a été une occasion que je n'ai certainement pas manquée. 

Le moyen duc




Voici un autre oiseau qui n'est que très peu aperçu au Jardin botanique Ce moyen duc, que j'ai capturé dans la portion nord de l'arboretum, non loin de la Maison de l'arbre, a été une chance inouïe pour moi. Si vous voyez ce rapace au Jardin, considérez-vous chanceux car il ne vient vraiment, mais alors vraiment pas souvent. 

Le cormoran à aigrettes



Le cormoran à aigrettes, qui raffole de poissons, est souvent vu au parc de l'île de la Visitation, de l'île elle-même jusque passé le barrage d'Hydro-Québec, surtout lorsque les vannes du barrage sont ouvertes, créant de grands remous dans la Rivière-des-Prairies. Le mouvement de l'eau attire les cormorans qui s'amusent follement à plonger pour ressortir avec de bons gros poissons dans le bec. Cet oiseau, chose surprenante, peut aussi être vu... au parc Lafontaine, se tenant souvent au milieu de colverts qui se prélassent dans le gazon près de l'étang. Mais au Jardin botanique? De toutes mes années de promenades je ne l'ai vu qu'une seule fois alors qu'il se laissait flotter au milieu du grand étang, plongeant parfois pour en ressortir avec un poisson. Il est demeuré au Jardin qu'environ une semaine avant de repartir, probablement au parc de l'île de la Visitation où le gibier poissonneux est plus abondant. 

La grande aigrette


La grande aigrette est un oiseau échassier qui se trouve dans la même famille que le grand héron. En fait, ils sont tellement semblables que l'on pourrait jurer que la grande aigrette est sortie du même moule mais qu'il n'y avait plus de couleurs puisqu'elle est toute blanche. La grande aigrette est un oiseau que l'on va apercevoir près des Basses-terres dans la vallée du St-Laurent mais autrement il est rare que l'on puisse la voir ailleurs, en particulier dans un environnement urbain tel que Montréal. Comme le grand héron, la grande aigrette marche dans les étangs et marécages grâce à ses longues pattes et cherche activement des poissons. Son cou qui n'en finit plus de finir lui est utile pour pouvoir attraper des prises sans qu'elle n'ait besoin de bouger. J'ai pu photographier cette grande aigrette au Jardin il y a quelques années. Elle se trouvait aux abords du grand étang mais les carouges à épaulettes, ne désirant pas la voir, l'on picossée au point qu'elle s'est envolée pour l'étang adjacent où j'ai pu la photographier. Il n'a pas fallu longtemps que les carouges en remettent et leur seconde vague d'attaques l'a fait fuir vers le nord. Non satisfaits, les carouges l'ont prit en chasse, tels des chasseurs suivant un bombardier ennemi. 

La tourterelle triste

La tourterelle triste est cet oiseau qui fait partie de la même famille que la colombe et le pigeon biset. On voit souvent cet oiseau dans certains parcs et dans les banlieues. Toutefois, je n'ai pu voir cette espèce que très rarement au Jardin botanique. Ici, un mâle et une femelle se roucoulent ça à qui mieux mieux, préparant sans doute la prochaine génération. Elles doivent faire attention car elles représentent un repas succulent tant pour les rapaces. La seconde fois que j'ai vu une tourterelle triste au Jardin elle venait justement de se faire pincer par une buse à épaulettes dans le Jardin des Premières nations. 

La buse à épaulettes

La buse à épaulettes n'est pas un oiseau excessivement rare au Jardin mais contrairement à l'épervier de Cooper il n'y demeure pas en permanence. Cette buse est plus grande et plus massive et lorsqu'elle vient faire son tour on peut la voir dans plusieurs coins et racoins du Jardin cherchant, grâce à sa vue exceptionnelle, mulots, tamias rayées et écureuils à se mettre sous le bec. Les autres oiseaux sont aussi au menu, comme je l'ai mentionné juste un peu plus haut. Sa timidité varie grandement; soit elle se tient près d'un endroit passant, donnant de belles opportunités aux visiteurs et photographes, ou elle se tient en retrait, parfois dans les hauteurs. Sa présence, lorsque remarquée par d'autres oiseaux, les font piailler un cri d'alarme qui semble universel, s'avertissant les uns et les autres. Faites gaffe! semblent ils dire. 

Le grèbe à bec bigarré 



Souvent identifié à tort comme une espèce de canard, le grèbe à bec bigarré fait partie de la même famille que... le flamand rose. Cet oiseau aquatique ne fait que trois choses: voler, flotter et nager sous l'eau comme une véritable torpille qui laisserait les nageurs olympiques les plus rapides loin derrière tant il est rapide. Toutefois, il ne marche pas au sol comme les canards puisqu'il a évolué pour vivre en milieu aquatique. D'ailleurs ses pattes, contrairement à celles d'un canard qui se trouvent directement sous le corps, sont situées à l'arrière complètement. Ce sont ces puissantes pattes qui le font se déplacer aussi rapidement sous l'eau. 

La présence du grèbe au Jardin est rare mais s'il s'y trouve, et que le mâle parvient à attirer une femelle, ils seront assez visibles. Lorsqu'ils nagent sur l'eau ils ne sont pas peureux, permettant ainsi de saisir d'excellentes opportunités photographiques. En 2021 un couple se sont installés dans les roseaux au milieu de grand étang et se sont bien donnés en spectacle avec non pas une mais bien deux couvées. L'année suivante une couple de harles couronnés sont apparus en même temps que les grèbes. Comme les deux espèces ne peuvent pas se sentir les harles ont préféré s'en aller. Toutefois, cette année-là, les grèbes ont été moins visibles. La dernière fois que l'on a entendu un grèbe c'était il y a deux ans. On l'entendait tenter d'attirer une femelle mais sans succès. S'il est là, il faut en profiter mais s'il n'y est pas, nul ne sait quand il reviendra. Un an, trois ans, peut-être plus? 

Maintenant, voici le sommet de mon palmarès des oiseaux les plus rares que j'ai pu observer au Jardin botanique. Prenez note que d'autres photographes qui s'y promènent pourraient avoir un palmarès différent, tout dépend de la chance et du moment. 

Le balbuzard pêcheur


Il y a cinq ans, à la fin du mois de mai, je me trouvais dans ce que l'on appelle le Jardin nourricier. C'est un portion qui se trouve dans les espaces aménagés au nord du restaurant. J'y cherchais un magnifique papillon nommé le paon du jour et que certains avaient vu rôder dans les parages. Tout d'un coup, l'ombrage d'un rapace en vol est passé au sol. en levant les yeux, sur une branche d'une certaine hauteur non loin de moi, se tenait un balbuzard pêcheur. 

Ce rapace vit essentiellement le long des fleuves et des rivières, se nourrissant de poissons qu'il attrape lorsqu'ils sont près de la surface. Il peut même plonger dans l'eau au point de ne plus le voir pour de longues secondes avant de le voir ressurgir, battant de ses puissantes ailes pour sortir de l'eau avec sa proie. Mais que faisait çui-là au Jardin? Plutôt que de débattre de la question j'ai opté de le photographier. Je n'ai pu prendre qu'un seul cliché, sans réglage ni rien avant qu'il ne s'envole vers le nord, sans doute vers la Rivière-des-Prairies, lieu de prédilection de pêche pour le bihoreau gris, le grand héron et les cormorans. Je n'ai jamais revu cet oiseau depuis. 

Le pygargue à tête blanche
 

Cet oiseau rapace que l'on peut voir dans plusieurs régions du Québec sans trop de difficultés est généralement invisible en milieu urbain. Ce phénomène, peut-être égaré, a été photographié environ trente minutes après la fin de la fameuse éclipse de 2024 alors qu'il survolait en cercles le jardin alpin. J'ai rogné cette photo afin que l'on puisse mieux voir le plus gros oiseau rapace du Québec en plus de détails. Après quelques minutes il s'est dirigé vers le sud puis est disparu complètement. Est-ce que sa présence était due à l'éclipse? Difficile à dire. Des ornithologues pourraient se prononcer bien mieux que moi à ce sujet mais la coïncidence était certes étrange! 




Le saviez-vous? Bien avant que le Jardin botanique ne soit fondé par le frère Marie-Victorin en 1931, il se trouvait le collège du Mont-de-La-Salle, lequel fut abandonné et ultimement détruit par un incendie. Il se trouvait à l'endroit jouxtant le jardin des lilas et le ruisseau fleuri. Une toute petit plaque montée sur les derniers vestiges se trouve dans le jardin des lilas. Saurez-vous la trouver?

dimanche 15 mars 2026

Les dessins animés du samedi matin: une tempête parfaite

Jusqu'à la fin des années 50, voir des dessins animés signifiait accessoirement d'aller au cinéma car c'est là, et juste là, qu'on pouvait les voir, tant pour les films de Disney que pour les Looney Tunes. Mais durant cette période on peut assister à un immense changement socio-culturel au travers cet appareil qui devient de plus en plus abordable: 


Le boom n'est pas seulement l'apanage des bébés mais aussi de l'économie, qui a le vent dans les voiles comme jamais auparavant. Les gens disposent davantage de moyens financiers et les améliorations apportées dans les usines, entre autres celles où l'on fabriquait des appareils de télévision, rend ces derniers beaucoup plus accessibles. Les modèles et les formats sont nombreux et il y a un appareil de télévision pour tous les goûts et pour toutes les bourses. 

En 1957 entre en scène le studio Hanna-Barbera, nouvellement formé par William Hanna et Joseph Barbera. Ce ne sont pas des timorés en matière d'animation. Les deux ont travaillé pour MGM en créant The Tom & Jerry Show de 1938 à 1957. Ils savent fort bien que l'appareil de télévision est le médium de l'avenir par excellence. Le studio d'animation de MGM venait de fermer ses portes, considérant que la compagnie avait un catalogue assez fourni pour rediffuser ses dessins animés pour un bon bout. William Hanna et Joseph Barbera tentent donc leur chance avec leur propre studio et en 1957 arrive sur les petits écrans le premier dessin animé spécialement conçu pour ce médium: The Ruff and Reddy Show. 


Ce dessin animé connaît un succès fou et on le verra au Québec sous le nom de Pouf et Riqui. Les deux personnages sont doublés au Québec avec André Montmorency dans le rôle de Pouf et Ronald France dans celui de Riqui. La narration est confiée à Yves Massicotte (Centour). 

Hanna-Barbera créent alors d'autres séries et personnages qui feront le bonheur des enfants; The Huckleberry Hound Show (Roquet Belles Oreilles), Augie Doggy and Doggie Doggy (Jappy et Pappi Toutou), Snooper and Blabbler (Fouinard et Babillard) ainsi que leur grand succès qui arrive en 1960: The Flinstones (Les Pierrafeu, traduit ici avec les voix de Paul Berval, Huguette Proulx, Monique Miller et Claude Michaud). 

Les années 60 avancent et l'appareil de télévision se retrouve dans de plus en plus de foyers. Du même coup les percées dans la fabrication en série de jouets permet aux différentes compagnies de remplir les étalages de magasins avec un nombre de plus en plus élévé de jouets de toutes sortes. Kenner, Mattel, Ideal, Irwin, Marx, Tonka, Lego, Lesney, Milton Bradley et combien d'autres rivalisent d'audace et la télévision est l'endroit parfait pour diffuser des commerciaux vantant les mérites de leurs différentes créations. 

C'est alors que se prépare la tempête parfaite, cet espèce de Triangle des Bermudes du divertissement pour enfants. À l'une des pointes on retrouve les gros diffuseurs; les réseaux ABC, CBS et NBC ainsi que toutes leurs stations affiliées. La seconde pointe est celle des compagnies de jouets ci-haut mentionnées et la troisième pointe de ce triangle est l'ensemble des agences de publicités. Au centre, les enfants. 

Les studios de dessins animés veulent vendre leurs séries, les diffuseurs veulent vendre des espaces publicitaires et les agences de pubs ne demandent rien de mieux que connecter les deux précédents. 

Lors qu'une compagnie désire promouvoir son produit avec une publicité télévisée elle doit chercher à la diffuser au moment où l'on est pas mal certain que le public ciblé se retrouvera devant l'appareil de télévision. Des fabricants de voitures par exemple ne chercheront pas à payer pour des espaces publicitaires durant les journées de la semaine puisque les hommes, leur cible, est au travail. Durant les années 60 il y a encore quantité de ce que l'on appelait alors des ménagères ou des femmes au foyer. Comme elles regardaient des émissions durant l'avant et après-midi on retrouvait des publicités généralistes ainsi que des produits leur étant destinés comme des produits de beauté, des bas-culottes etc... Les publicité de voitures, rutilantes et vrombissantes on les retrouvait en soirée, tout spécialement durant les diffusion d'évènements sportifs comme les joutes du Canadien ou des Alouettes. Mais les enfants, on les retrouvaient quand au juste? 

On pouvait certes diffuser des pubs de jouets le matin alors que plusieurs enfants d'âge préscolaire étaient à la maison ou en fin d'après-midi avec le retour des enfants qui revenaient de l'école mais cela ne permettait pas de joindre leur public en masse. 

À la fin des années 60 on trouve la solution: il n'y pas de moment dans la semaine où les enfants  se retrouvent majoritairement devant la télévision? Alors nous allons créer ce moment et l'on choisit le samedi matin. Dès lors les réseaux commenceront à concentrer la diffusion de dessins animés et émissions pour enfants avec des acteurs durant cette période. Les compagnies de jouets savent dès lors où se retrouve son public cible et les agences de publicités sont bien contentes de pouvoir concocter d'extraordinaires pubs de jouets avec musique entraînante, enfants survoltés, une réalisation dynamique et une narrateur qui doit bourrer le tout en parlant très rapidement. 





La période du samedi matin devient donc pour les enfants un phénomène social en soi. Pour quantité d'enfants de la fin des années 60 et 70 s'installent en pyjama devant l'appareil de télévision avec leurs déjeuners, céréales sucrées et sandwich au beurre d'arachides avec un grand verre de lait au chocolat pour la plupart, afin de regarder leurs émissions favorites dont les diffusions pouvaient commencer aussi tôt qu'à six heure le matin jusqu'à l'heure du midi. C'était mon cas; pas levable pour aller à l'école la semaine j'étais de bonne heure sur le piton pour regarder les dessins animés. Et les pubs de jouets. Des tonnes de pub de jouets de tous les genres. À cette époque chaque diffusion de trente minutes comportait obligatoirement, en moyenne, huit minutes de publicité. Et comme chaque pub durait trente secondes alors cela signifiait seize publicités par tranche de 30 minutes et trente-deux par heure. Un véritable bombardement! Et les enfants en redemandaient! 

Au travers ce chaos fort bien organisé il y a cependant eu une sorte d'éclaircie, une sorte de phare permettant aux enfants de regarder des dessins animés tout en apprenant des choses utiles, enfin autre que de laisser tomber des enclumes du haut d'un gratte-ciel ou de donner des pétards bourrés à la dynamite. C'est ainsi que dès 1973 apparaît une émission que je vais particulièrement apprécier et aussi en venir à ne pas la manquer. 


Schoolhouse Rock fondait dans un même élément les notions de grammaire (Conjounction Junction), de mathématiques (The Magic Number), entre autres et d'autres sujets pédagogiques utiles. J'aimais les chansons entraînantes et faciles à apprendre même si j'étais néophyte dans la langue de Shakespeare. C'est avec cette émission que j'ai fait mes premières armes an anglais et qui m'a grandement aidé à avoir une longueur d'avance sur les autres dans ma classe lorsque les cours d'anglais sont arrivés au curriculum en cinquième secondaire. Et, en tant que passionné de bandes dessinées et dessins animés, dont j'étudiais les styles sans trop le savoir, j'admirais grandement le graphisme et le design des personnages.

Au début des années 80 le climat socio-culturel change avec l'arrivée, lente mais certaine tout comme l'appareil de télévision, du magnétoscope. Certes, le Beta de Sony était apparu en 1975 et le VHS de JVC en 1976 mais le prix exorbitant les rendaient hors de portée de l'ours moyen. Au début des années 80 la donne change. La miniaturisation des circuits, des grandes améliorations apportées au mécanismes ainsi que des méthodes de fabrication et de design peaufinés font que la bébelle devient moins grosse et aussi moins lourde. Les premiers modèles de magnétoscopes pesaient autour de 13,5 kg (30lbs). Mais au début des années 80 le prix est coupé de près de moitié, tout comme le prix et de plus en plus de gens adoptent l'appareil. 

L'arrivée du magnétoscope change la donne. On peut enregistrer une émission sur un poste pendant que l'on en regarde une autre sur un poste différent. Le format VHS qui gagne la lutte contre le Beta grâce à des cassettes vierges permettant des enregistrements de deux heures et plus. On rempli donc ces cassettes de dessins animés et autres émissions afin de les regarder plus tard. 

Les dessins animés du samedi matin sont toujours un phénomène mais afin de ne pas perdre l'auditoire infantile on change la donne dans la plus pure tradition capitaliste. Durant les années 70 les dessins animés du samedi matin et les pubs de jouets n'étaient pas liés. Durant un épisode de Scooby-Doo on pouvait voir des pubs pour les figurines Big Jim, Barbie, The Six Million Dollar Man et à partir de 1978 Star Wars. Hasbro, qui va éventuellement acquérir presque toutes sa compétition, va changer tout ça. 

La compagnie de jouets s'associe à des maisons de production afin de créer des bandes dessinées directement reliés avec les jouets que la compagnie fabrique. C'est le cas des Transformers. Ces jouets ont été créés par Hasbro à la suite d'une entente avec la compagnie japonaise Takara, laquelle avait conçu des jouets se transformant tant en robots que véhicules. Hasbro, propriétaire de G.I. Joe font renaître la franchise avec une remise à niveau qui transforme les personnages en faction purement militaire combattant des forces ennemies du nom de Cobra. 

Ces dessins animés deviennent alors de véritables infopubs. Chaque personnage de ces séries possède son équivalent en format jouet avec une quantité faramineuse d'accessoires de tous les genres. Et ça fonctionne! Hasbro fait des montagnes d'argent avec ces deux seules franchises. 

Toutefois, dans le portrait culturel, la pertinence des dessins animés du samedi matin commence à s'effriter. Durant les années 90 les enfants peuvent regarder, grâce au magnétoscope, la câblodistribution et canaux spécialisés, des dessins animés à tout moment de la semaine. durant les années 70, nous, les enfants de cette époque, n'avions pas ce privilège et le samedi matin était le seul moment de la semaine où l'on pouvait en voir en série comme ça. Ne parlons pas du dimanche matin. Je ne connaissais pas vraiment d'amis qui se levaient le dimanche matin pour regarder expressément les aventures du Roi Léo... 

Mais il y a autre chose aussi; en 1980 au Québec la Loi sur la protection du consommateur rend illégal les publicités de jouets destinées au enfants. Toutefois, cette disposition ne s'applique qu'aux diffuseurs d'ici et non aux diffuseurs étrangers. Sur les canaux américains disponibles sur le câble les publicités sont toujours légales et les règles du FTC assouplies permettent à des compagnies comme Hasbro de faire le plein de sous, comme mentionné plus haut. L'équivalent de la loi québécoise interdisant les pubs destinées aux enfants arrive aux États Unis en 1991 avec le Children Television Act. Cette nouvelle législation, qui s'aligne avec celle entrée en vigueur au Québec en 1980 va au-delà des pubs pour enfants mais oblige les diffuseurs à avoir davantage de contenu éducatif, tassant ainsi les dessins animés traditionnels. 

Au final, il ne faut pas oublier que toute cette aventure, née à la fin des années 60 et raffinée durant les années 70, n'était, en bout de ligne, qu'un Triangle des Bermudes mercantile où les diffuseurs, les compagnies de jouets et les agences de pubs qui le formait avait été érigé dans le simple but de faire du fric. Avec les nouvelles législations, l'arrivée des magnétoscopes, des canaux spécialisés et de la câblodistribution ont progressivement éliminé la pertinence des dessins animés du samedi matin. Alors un jour l'on a pas eu le choix et on a tiré la plogue, comme on dit, et il n'en reste aujourd'hui que les souvenirs que nous, les enfants de cette époque «glorieuse» avons conservé  de cette période. 



Le saviez-vous? The Flinstones avait deux versions françaises; l'une en France et l'autre au Québec. En France Fred s'appelle Fred Pierrafeu alors qu'au Québec il prend le nom de Fred Caillou. 

lundi 26 janvier 2026

D'hier à aujourd'hui: le téléviseur

Il n'y a pas si longtemps, un peu avant les Fêtes, j'ai publié un article sur l'évolution du téléphone en comparant l'appareil entre ce qu'il était en 1975 et ce qu'il est aujourd'hui. Maintenant, je vous propose le même exercice mais cette fois en mettant le téléviseur en vedette. 

Le téléviseur a fait sa première apparition  entre 1925 et 1926. John Logie Baird diffusa les premières images de silhouettes animées en 1925 et les premières images de visages humains animés en 1926 à l’aide d’un « téléviseur » mécanique. L'année suivante c'est la télévision électronique. Cette année-là Philo Farnsworth réalisa avec succès la première démonstration d’un système de télévision entièrement électronique, ouvrant la voie à la télévision moderne. 

Toutefois, si les premiers téléviseurs mécaniques furent commercialisés à la fin des années 1920, les téléviseurs électroniques en noir et blanc ne devinrent populaires et relativement abordables qu'après la Seconde Guerre mondiale.

Il est indéniable que l'appareil de télévision a eu un impact tout à fait extraordinaire de par le monde. Avant l'avènement du téléviseur il n'y avait que peu de moyens de se tenir au courant du fil de l'actualité autre que les journaux ou de la radio. La télévision, avec ses diffusions a littéralement changé la donne. 

En juillet 1969 ces vendeurs de chez Kmart aux États-Unis ont momentanément pris une pause afin d'observer l'alunissage d'Apollo 11 diffusé en direct. 

La télévison aujourd'hui


La télévision aujourd'hui est une réalisation technologique impensable au temps de ma jeunesse et encore moins à celui de mes grands-parents. Les résolutions élevées en 4K offrent une clarté et une qualité d'image étonnantes. Ces appareils se dénotent sous différentes coutures: 4K, UHD, OLED, QOLED, plasma et dont je laisse à d'autres le soin d'expliquer quelles sont les différences et avantages des uns et des autres. 

Les prix variant allègrement selon la taille et les technologies susmentionnées, du modeste 24 pouces à une centaine de dollars jusqu'à celui de 98 pouces ayant une étiquette de prix pouvant dépasser les $5,000. 

Les téléviseurs modernes ne peuvent servir qu'en étant connectés soit à des services de diffusion en ligne, de câblodistribution, à des consoles de jeu ou à des lecteurs soit en format DVD ou Blu Ray. Sans ces derniers le téléviseur n'offre que bien peu. Toutefois, bien connectés, ils nous donnent l'occasion de voir à peu près n'importe quel film ou télésérie sur demande.

Le grand désavantage de ces téléviseurs est intimement lié à leur complexité technologique; s'il y a un pépin technique il n'y a souvent peu d'options autre que de s'en débarrasser, de façon écologique bien entendu, et d'en racheter un nouveau.

La télévision en 1975

À cette époque tous les appareils de télévision sont cathodiques et les écrans sont carrés, contrairement au format rectangulaire d'aujourd'hui. Le format de l'image variait dépendamment des pays et des technologies utilisées mais variant entre 300 et 800 lignes horizontales. 

De la couleur? Il s'agit souvent d'un petit luxe. La charmante famille que l'on voit ci-dessus sort des chez Woolco avec, entre autres choses, un téléviseur portatif en noir et blanc. Au Québec, à cette époque, il y avait encore pas mal de gens qui utilisaient des appareils en noir et blanc malgré le fait que les diffuseurs comme Radio-Canada/CBC, Télé-Métropole, Radio-Québec et CFCF offraient tous des programmations en couleur, lesquelles avaient commencé à la rentrée télévisuelle de 1966 à Radio-Canada. Je vous invite d'ailleurs à voir ce magnifique petit documentaire sur cette page du site du diffuseur lui-même

En 1975 la miniaturisation et l'utilisation des transistors a pratiquement éliminé les fameuses lampes. Ceci permettait un mise en marche plus rapide et une meilleure fidélité soit au niveau visuel que de la réception. Les appareils étaient conçus pour durer et la nécessité de recourir à un réparateur n'était plus aussi fréquente. Cependant, un vieux téléviseur à lampes pouvait souvent être réparé sur place par un technicien, comme c'est arrivé en 1970 alors que le téléviseur a fait proutte alors que je regardais la Ribouldingue. Le lendemain un technicien, appelé à grand renfort par ma grand-mère était venu voir le malade. Après avoir tourné l'appareil de bord et enlevé le panneau arrière, il n'a suffi que de peu de temps avant qu'il ne trouve le coupable: une lampe avait brûlée! Il est allé cherché la lampe de remplacement dans son camion, l'a changée, effectué quelques tests et en un tournemain j'étais de nouveau assis devant le téléviseur à regarder mes émissions préférées. 

Le câble, pas encore universel

En 1975 les services de câblodistribution existaient certainement dont Vidéotron qui avait débuté en 1966 et c'était le fondateur de l'entreprise, André Chagnon lui-même, qui montait dans les poteaux pour effectuer les connections. Il y avait aussi Câblevision, service auquel nous nous sommes abonnés vers 1978. Mais un tel service n'était absolument pas obligatoire puisque les stations de télévision diffusaient en ondes libres VHF, lesquelles étaient captées par les antennes des télévisions ou celles installées sur les toits. Le désavantage était que la réception des signaux pouvaient être affectées par une température maussade ou par quelqu'un dans la maison qui utilisait un appareil comme une perceuse, une moulinette ou un couteau électrique. D'ailleurs je me souviens fort bien de ces temps d'orage où ma grand-mère m'interdisait de regarder la télévision. Pas de téléphone non plus car c'était considéré dangereux. On peut le constater en observant la page 3 de l'album de Tintin L'affaire Tournesol. Était ce un danger réel? Oui, car il y avait des risque de recevoir un choc électrique. 

Si aujourd'hui regarder des évènements sportifs ou culturels diffusés de l'autre bout de la planète est monnaie courante il s'agissait de quelque chose extraordinaire en 1975. Deux années plus tôt Elvis Presley avait été la vedette du spectacle Aloha! diffusé en direct via satellite et c'était là tout un évènement. 

Un divertissement presque sur demande

En 1975 les premiers magnétoscopes avaient fait leur apparition mais il s'agissait d'appareils fort coûteux (et lourds!) qui étaient assez loin d'être à la portée du portefeuille de l'ours moyen. Si aujourd'hui on peut regarder n'importe quoi n'importe quand ce n'était pas le cas alors. Vous vouliez voir une telle émission, ou série? Fallait devant être devant le téléviseur au bon moment sinon fallait se contenter de demander à quelqu'un ce qui s'était passé pour se mettre à jour. Les films? Pas de chance. Si l'on voulait voir tel ou tel film il fallait s'armer de patience et attendre que les diffuseurs l'intègre dans sa grille horaire. À cette époque tous les films étaient sur pellicule et après avoir été projetés sur des écrans pendant des semaines les pellicules étaient, comme on dit, maganées avec des éraflures, des taches et autres. C'étaient ces bobines usées que les stations de télévision utilisaient pour les diffuser au petit écran. De plus, les dimensions n'étaient pas les mêmes, de rectangulaire au cinoche à carré pour la télévision alors ils devaient être reformatés pour mieux s'intégrer aux écrans de l'époque. Ah, et rajoutez les pauses publicitaires. Et contrairement à aujourd'hui les diffusions d'émissions se terminaient vers minuit ou une heure du matin avec l'hymne national. Ensuite, c'était l'écran-test avec sa tonalité en continu jusqu'au lendemain, généralement vers six heures où, après l'hymne national, un narrateur récitait la programmation du jour. 

Au Québec il se vendait des appareils de télévision depuis le début des années 50 et l'on pouvait en trouver chez quantité de détaillants de meubles, les commerces voués exclusivement à la ventre d'appareils électroniques n'étaient pas monnaie courante. Radio-Canada/CBC avait d'ailleurs commencé leurs diffusions en 1952. Les programmations n'étaient pas continuelles à cette époque. Combien coûtait un appareil à cette époque? Regardons ensemble quelques publicités de 1952 ainsi que les prix. La comparaison des prix entre 1952 et aujourd'hui a été effectuée avec la Feuille de calcul de l'inflation de la Banque du Canada. 

$279 dollars en 1952 = $3,300 aujourd'hui. 

$329 en 1952 = $3,850 en dollars d'aujourd'hui.

$369 en 1952 = $4,300 en dollars d'aujourd'hui. 

$699 et $579 en 1952 = $8,180 et $6,775 en dollars d'aujourd'hui. 

$329 en 1952 = $3,850 en dollars d'aujourd'hui. 

Comme on peut le constater, les prix étaient assez élevés et donc, hors de portée des acheteurs moyens. Les gens pouvaient alors se prévaloir d'options de paiement étalés sur 24 mois ou encore se tourner vers des services de location d'appareils de télévision. Ceux qui comme moi ont grandi durant les années 60 se souviendront certainement, avec nostalgie, d'une camionnette Matchbox de service de télévison sur laquelle on voyait l'inscription Rentaset. Il s'agissait alors d'une véritable compagnie de location et réparation d'appareils radio et de télévision. 



Le saviez-vous? Le premier téléroman québécois a être diffusé a été Les Plouffe de Roger Lemelin et qui est apparu sur les petits écrans en 1953. Le Survenant a suivi l'année suivante. 





mercredi 24 décembre 2025

Le Réveillon en 1971


Nous voici donc le 24 décembre, le fameux jour du Réveillon de Noël. La photo ci-haut me ramène en ce fameux jour, en 1971, Ma couturière de grand-mère m'avait confectionné cet habit mais si je ne détestais pas le style, il était inconfortable, pas au niveau de l'impeccable couple, mais à cause du tissu utilisé.

Ma grand-mère, avec qui j'ai grandi, avait son petit lot de traditions. Ainsi, pas question de monter l'arbre avant au moins le début de la première semaine de décembre. Je piaffais toujours d'impatience de la voir, un soir après le souper, descendre au sous-sol et remonter avec la boîte du sapin. Celui qui est sur la photo en était à sa dernière apparition. Ces sapins ont fait fureur à la fin des années 60 et début des années 70 et étaient fort simples; une tige de bois peinte en vert et des tiges recouvertes de brindilles d'aluminium de différentes longueurs. Il ne prenait que quelques minutes à monter. Un gros cinq pour y accrocher les boules, toutes rouges pendant que jouait, dans le meuble stéréo, de la musique de Noël avec Johnny Mathis et l'incontournable Jingle Bell Rocks interprété par Bobby Helms

L'année suivante c'est un gros sapin vert en plastique, dégotté par ma grand-mère chez Eaton, qui l'a remplacé. Lorsqu'elle est décédée durant les années 90 j'ai bien espéré pouvoir le retrouver car je l'aimais bien mais malheureusement je crois qu'elle l'a soit donné à quelqu'un ou bien balancé aux ordures souche par dessus cime. 

Entre le moment où l'on montait le sapin et je réveillon il y avait bien entendu une visite chez le Père Noël et celui chez Dupuis Frères faisait très bien l'affaire. Toutefois, j'ai commencé à voir des craques dans la légende du personnage quand, une semaine plus tard aux Galeries d'Anjou, j'ai revu le personnage et ma foi, il n'était pas pareil du tout. Pas exactement la même tronche et aussi des différences dans le costume. 

Quand à la crèche, elle avait trouvé ça chez Fantaisie Cut Rate quelque part au début des années 50. Le commerce de variétés était situé juste en face et les propriétaires, monsieur et madame Chénier, étaient de bons amis de la famille. Les personnages en sorte de papier mâché peint complétaient le tout, sauf le p'tit Jésus de cire parce que ma grand-mère était pointilleuse à ce sujet: pas de p'tit Jésus dans la crèche avant minuit! À l'âge où j'avais cette crèche était comme un petit ensemble de jeu et je m'amusait avec comme avec des figurine et le héros était le soldat romain à qui je faisais vivre plein d'aventures autour de la cabane. 

Au réveillon, la parenté était là. Ma grand-mère avait popoté toute la journée et comme elle était une cuisinière hors pair je peux garantir que ça sentait pas mal bon dans la maison. Une fois tout le monde au salon avec son p'tit drink c'est l'échange qui commençait. J'avais pas mal de difficulté à tenir en place mais j'aimais bien voir ce que tout le monde recevait et surtout voir les expressions de tous et chacun en développant leurs cadeaux. Et qu'est-ce que le Père Noël m'a apporté en ce réveillon de 1971?


Pour mon anniversaire l'été précédent j'avais reçu ma figurine G.I. Joe Adventure Team, celui avec les cheveux avec la barbe noire et qui, en tirant un ficelle sur sa poitrine, disait plein de choses amusantes. Pour me permettre à Joe d'élargir l'horizon de ses aventures, j'ai reçu ce magnifique hélicoptère et dont les pales tournaient en appuyant sur un bouton. Le personnage dedans en est un que j'ai acheté dans une brocante il y a environ vingt ans. J'avais aussi reçu quelques livres-disques de Disney et que l'on aperçoit tout juste derrière.  


L'autre gros cadeau a été la piste de course Hot Wheels Super Charger que l'on voit à l'arrière. Il y a plusieurs années j'ai restauré la fenêtre au travers laquelle on voit la voiture qui venait avec ainsi que le bouton de collection affichant la même voiture. Le Super Charger, que l'on voit en base à gauche, fonctionnait encore très bien lorsque je l'ai essayé il y a quelques années. 

Sur ce, je vous souhaite à tous de passer un merveilleux temps des fêtes et vous propose d'avoir une petite pensée pour ceux qui vont passer cette période seuls et qui n'ont pas de famille avec qui festoyer. 





mardi 16 décembre 2025

D'hier à aujourd'hui: le téléphone

Né au milieu des années 60, j’ai eu la chance de traverser six décennies, chacune marquée par son identité propre. J’ai été témoin de nombreux bouleversements, portés par des innovations qui promettaient d’améliorer notre quotidien. Le mot « progrès » revenait sans cesse, et je peux affirmer en avoir vu les manifestations à bien des niveaux. Ce qui relevait autrefois de la science-fiction fait désormais partie intégrante de notre vie de tous les jours.

Mais au fond, avons-nous réellement progressé? Notre routine s’est-elle transformée autant qu’on nous l’avait annoncé, ou seulement selon le discours enjôleur des marchands du temple? Je vous propose aujourd’hui un petit exercice de comparaison pour y voir plus clair : mettre face à face 2025 et 1975. Pourquoi 1975? Parce que, même si cette date semble lointaine, elle ne l’est pas tant que ça. C’était avant la grande révolution informatique des années 80, une époque qui n'était pas si loin, à peu de choses près, des années 60. Bref, le 2025 numérique et le 1975 analogique. 

Aujourd'hui, le téléphone


2025: Aujourd'hui le téléphone fait partie intégrante de notre quotidien puisque la grande majorité des gens le transportent avec eux partout où il vont et il serait impensable, voire impossible pour des millions de personnes de par le monde de s'en passer. 

Mais le téléphone de 2025 est plus qu'un téléphone. Ce petit rectangle connecte son utilisateur avec le monde entier via différentes applications qui permettent de faire des réservations, connaître la météo, effectuer des transactions bancaires, envoyer des messages texte, connecter sur les réseaux sociaux, avoir les dernières nouvelles ou même prendre un rendez-vous. Et bien entendu, faire des appels. 

Les téléphones intelligents sont aussi pourvus de caméras pouvant non seulement prendre de magnifiques photos en tous genres mais aussi de filmer en haute résolution. Quelque chose se passe quelque part? soyez assurés d'y voir des gens, téléphones à la main en train d'enregistrer ce qui se passe.

Toutefois, il est assez limpide que trop de gens sont résolument accros à leur téléphone. Il suffit de voir tous ces gens un peu partout qui ont les yeux vissés sur l'écran et qui ne le lâchent pas pour rien au monde. Même pour aller aux toilettes. Aussi, de nombreux accidents automobiles impliquent des personnes qui conduisaient le téléphone à l'oreille ou à la main. d'où l'interdiction d'en utiliser un au volant. Le gouvernement a aussi instauré un règlement, mis en place en septembre dernier, visant à interdire les téléphones durant les heures de classe. Plusieurs articles ont été publiés sur le sujet de l'utilisation du téléphone, dont celui-ci de Radio-Canada. Ici, La Presse parle des dangers reliés à son utilisation. Le magazine Protègez-Vous en parlait aussi ici

Toutefois, le téléphone cellulaire a bien évolué et oui, il existait en 1875 mais coûtait un bras et une jambe, était encombrant et c'était horriblement loin d'être à la portée de tout le monde. La fin du monopole de Bell sur la téléphonie et les nombreuses innovations technologiques ont permis de lentement, mais sûrement, au téléphone qui ne faisait que des appels (gratuits après 19 heures pour ceux qui se souviennent) aux modèles que l'on connaît présentement. Il est intéressant de noter la grande variété de modèles qui existaient avant que tous les fabricants en viennent à "adopter" le style du iPhone d'Apple. 

Outre les modèles qui se ressemblent tous, on estime le nombre de téléphones en opération dans le monde à 7,21 milliards d'appareils. Le côté moins reluisant sont tous les appareils qui ne sont plus utilisés et qui se retrouvent en très grand nombre dans les dépotoirs, relâchant dans le sol des matières hautement toxiques. Il existe toutefois des endroits où ils peuvent être déposés afin qu'ils soient adéquatement recyclés ou, s'ils ne sont pas si vieux, remis à neuf pour être revendus. 

Un des avantages indéniables du téléphone cellulaire est qu'il nous permet d'effectuer des appels d'à peu près n'importe où et sur de grandes distances sans avoir à défrayer des coûts supplémentaires. Pouvoir aussi composer le 9-1-1 rapidement permet aux services d'urgences bien plus rapidement. 

Quoiqu'il en soi, le téléphone de 2025 transcende profondément l'invention d'Alexander Graham Bell et ce dernier risquerait d'être certainement estomaqué de voir comment le simple appareil de communication qu'il a mit au point a évolué. 

1975: Le téléphone sert à deux choses? Appeler quelqu'un qui n'est pas dans la maison ou recevoir un appel de quelqu'un qui n'est également pas dans la maison. Les téléphones qui se trouvent dans toutes les maisons du Québec appartiennent tous à Bell Canada. Ne cherchez pas la compétition; il n'y en a pas. Bell Canada possède le monopole et en 1975 Bell est l'un des plus importants employeurs du Canada. Pour le téléphone le prix de la location est inclus dans la facture. 

Un aspect intéressant du téléphone de 1975 est la fonction spéciale du zéro, à la toute fin de la roulette. En composant le zéro l'on parlait directement avec une opératrice. Oui, au féminin parce que toutes les personnes travaillant à ce service étaient des femmes. Avec son aide vous pouviez avoir accès, par exemple, au numéro de téléphone d'une personne dont vous avez oublié le numéro, ou effectuer un appel à frais viré. Ce service permettait à une personne utilisant un téléphone public de pouvoir appeler, via l'opératrice, une personne mais sans avoir la monnaie pour mettre dans l'appareil. Lorsque l'opératrice entrait en contact avec la personne voulue elle lui demandait si elle acceptait l'appel à frais viré, ce qui ajoutait au compte de cette personne le montant requis. 

Le service de l'opératrice était non seulement disponible sur tous les téléphones de maison mais aussi sur les téléphones publics.  Aujourd'hui ce service n'existe plus. 

Les téléphones de Bell, surtout le modèle 500 que l'on retrouvait dans presque toutes les maisons étaient construits comme des enclumes et pouvaient durer des années. Si un appareil en venait à faire défaut un technicien de Bell le remplaçait sans frais. 

(Photo: Collection personnelle)

Vous voulez un deuxième téléphone? peut-être pour la salle de séjour, la chambre ou dans le bureau? Bell peut vous arranger ça en vous fournissant l'appareil désiré mais encore faut-il qu'un technicien viennent installer la prise dans ladite pièce et, bien entendu, le téléphone extra signifie un extra sur la facture. Est-ce que le téléphone avait amené une petite révolution en soi?


D'une certaine façon, oui. Prenez le petit meuble que l'on voit sur la photo ci-haut. Cela permettait aux mères au foyer de s'installer confortablement afin de papoter avec une amie pendant un bon bout. Vous avez probablement connu quelqu'un dans votre famille qui avait un de ces meubles. Mais était ce là l'étendue des innovations?

(Photo: Collection personnelle)

En fait, non. Depuis 1967 Bell Canada offrait aux clients un tout nouveau modèle que je considères l'un des plus beaux designs de téléphones: le Contempra. Ce téléphone aux lignes audacieuses voyait le cadran, à roulette bien entendu, intégré directement au combiné. Il avait de plus la versatilité d'être utilisé sur une table ou au mur avec des trous à l'arrière. auparavant il y avait deux modèles de Bell; l'un pour le mur et l'autre pour une table. En 1975 ces téléphones étaient offerts également avec le nouveau concept dit "Touch Tone" mais il arrivait que les gens, en parlant, accrochaient un des pitons. 

Toutefois, le téléphone était fixe et il fallait l'utiliser là où il se trouvait. Dans bien des familles il était mal vu de placoter sans fin et nécessitait parfois l'intervention des parents pour dire aux enfants de lâcher ça. Dans ce temps-là il n'y avait pas de répondeurs alors si l'on attendait un appel important il valait mieux de laisser la ligne libre.

Toutefois, contrairement au téléphone cellulaire, appeler en dehors de la ville signifiait que l'on devait utiliser le service dit interurbain. Par exemple, pour téléphoner à de la parenté qui se trouvait à Québec l'on devait obligatoirement l'utiliser et ce n'était pas gratuit. Il ne s'agissait pas non plus d'un frais fixe, que non. Plus l'on parlait longtemps plus la facture augmentait. Et si l'on avait pas mal de choses à se dire, valait peut-être mieux abréger ou, au mieux, envoyer une simple lettre par la poste. 

L'un des avantages du téléphone de 1975 et de son réseau est que les systèmes de réponses automatisés n'existaient pas. Lorsque l'on appelait en quelque part il y avait toujours une personne pour nous répondre. Pas de "pesez sur 1 pour ceci, pesez sur 2 pour cela". Prendre un rendez-vous à la clinique médicale? Composez le numéro et pouf! vous allez immédiatement parler avec la secrétaire. 

Si le téléphone cellulaire permet des appels d'à peu près partout il était néanmoins possible d'effectuer des appels si l'on ne se trouvait pas à la maison. Bell, bénéficiant de son monopole, avait installé à peu près partout des cabines téléphoniques où l'on pouvait faire des appels pour quelques sous. 

En 1975 il n'y avait pas d'internet alors comment faisait on pour recourir, par exemple, aux services d'un plombier, d'un électricien, commander une bien bonne pizza ou bien appeler une personne dont on n'avait pas les coordonnées? Il existait deux bouquins: les Pages blanches et les Pages jaunes. Le premier était un compendium de tous les abonnés de Bell, inscrits par ordre alphabétique et qui incluait l'adresse et le numéro de téléphone. Pour un service professionnel c'était les Pages jaunes, nommé ainsi parce que les pages étaient jaunes. Dans ce bottin on retrouvait tous les services imaginables regroupés par ordre alphabétiques. Contrairement aux Pages blanches, les Pages jaunes affichaient les services avec des annonces dont la taille variait selon ce que les entreprises étaient prêtes à payer; d'une simple ligne à une demie page. Les deux bottins étaient distribués gratuitement une fois l'an directement aux domiciles et on les retrouvaient aussi dans les cabines téléphoniques. Les Pajes jaunes existent encore mais en version numérique. 

(Crédit photo: La Presse)

La téléphonie de 1975 était un service bien apprécié, bâti sur un réseau solide mais n'était pas le centre de l'univers des utilisateurs. C'était simplement un outil de communication et rien d'autre. 



Le saviez-vous? Bien que l'on attribue l'invention du téléphone à Alexander Graham Bell, le premier téléphone fonctionnel a été mis au point en 1861 par Johan Philipp Reis. Bell a apporté quelques améliorations au design de Reis et a ensuite déposé sa demande brevet.