Dans mon article précédent je vous ai parlé de la renaissance du disque en vinyle et du grand succès commercial, 19è année de croissance continue, que le vénérable connait actuellement. Aujourd'hui c'est le disque compact dont je vais vous parler un peu. Une technologie fort intéressante mais qui, comme le nom de l'article l'indique, mais dont l'histoire est en dents de scie.
Une technologie d'avant-garde
En 1979, Philips, en partenariat avec Sony, commencent à plancher sur une révolution dans l'histoire de la musique et qui allait créer une révolution encore plus grande que celle qu'avait amené le 33 tours en 1948. Cette révolution était un disque non pas lu par une aiguille suivant un sillon gravé sur un disque en vinyle mais bien un laser lisant de la musique encodée en format binaire sur un support non seulement plus petit qu'un 33 tours, mais aussi d'un 45 tours. Comme il n'y avait pas de contact entre le disque et le lecteur alors il n'était plus question d'usure du médium, comme c'était le cas avec le vinyle où, à force de lectures répétées, les sillons en venaient à être endommagés causant ainsi une perte de qualité sonore. Les ingénieurs de chez Philips avaient une idée et un slogan: une musique parfaite, pour toujours.

Le format digital, de par sa conception technique (44.1 Khz / 16 bits = 96 db) offrait une plage dynamique plus large que le vinyle. Lorsque le disque compact (et les lecteurs) ont envahi le marché lors de la sortie du format en 1983 il y a eu un peu plus qu'une révolution musicale. Tout ça ne tenant qu'à un faisceau laser plus mince qu'un cheveu humain. Beaucoup plus mince.
Mais saviez-vous que ce format (44.1 Khz / 16 bits) provient en réalité des cassettes VHS ? Étonnant ! Avant la finalisation du disque compact, l’audio numérique était stocké sur des cassettes vidéo professionnelles. Pour intégrer l’audio numérique à un signal vidéo, le calcul devait correspondre au nombre de lignes d’un téléviseur de l’époque. Et ce calcul
a abouti à 44 100 échantillons par seconde. Ce nombre est devenu la norme pour les disques compacts. Et la raison de ce 44,1 kHz ?
Eh bien, c’est à cause de la technologie télévisuelle des années 1980.
Une particularité unique du disque compact était ce que l'on appelle la correction d'erreur Reed-Solomon. Disons, à titre d'exemple comme ça, que vous écoutez un disque compact. À cause de vos mains pleines de pouces et par nonchalance, la surface du disque est rayée empêchant le laser de lire une section particulière. Le lecteur, à travers son fourbi électronique, va tenter de «deviner», d'après l'information environnante, ce qu'est cette information manquante. Pour les rayures sommaires il suffit d'utiliser une surfaceuse mais pour les cas plus graves, comme les ceuzes qui font jouer leurs disques compact avec des sableuses ou s'en servent comme Frisbee avec pitou, c'est, comme disait la vieille pub, irréparable! Mais c'était quand même plus que le vinyle où une rayure faisait sauter le disque et là, l'artiste répétait toujours le même coup comme s'il avait le hoquet. Certains restaurants des années 60 et 70 utilisaient des disques en vinyle pour créer de l'ambiance musicale. C'était bien, jusqu'à ce que le disque saute et que le gérant devait courir jusqu'à son bureau pour corriger la situation... Quel bon temps c'était. Mais je divague et m'éloigne.
Le disque compact apportait aussi une solution a un problème caractéristique du vinyle et j'ai nommé la révolution, ou RPM. Le disque en vinyle tourne toujours à 33 tours par minute que l'aiguille soit au tout début du disque ou sur le bord de l'étiquette au centre. Si la musique n'était pas trop affectée au début ça changeait certainement vers la fin et la qualité sonore sur le bord de l'étiquette en était affectée. Plusieurs groupes ont eu des «discussions» fort intéressantes à ce sujet lorsqu'ils choisissaient l'ordre des tounes sur le disque. On avait tendant à mettre des pièces médiocres (en anglais: filler) sur le bord de l'étiquette.
Cette situation n'a jamais affecté le disque compact puisque la vitesse change selon la position du laser sur le disque. À près de 500 RPM près du centre et à une vitesse ralentissant lorsque le laser se déplace vers l'extérieur. Aussi, là où se trouve l'information binaire l'espace n'est que de 2 microns alors qu'un cheveu humain a 100 microns de largeur.
Rappellez-vous: Cette technologie a été mise au point au début des années 80!
Sauf qu'en 1983 (et pendant quelques années après) les disques compacts n'offraient pourtant pas la panacée annoncée et la réponse des audiophiles était... mitigée et plusieurs, non convaincus se sont dit, ben coudonc, j'vais rester avec le vinyle j'cré ben!
À cette époque les lecteurs de disques compact utilisaient une puce à 14 bits plutôt que 16. Techniquement ça peut ne pas vouloir dire grand chose pour vous mais ce qu'il convient de retenir est que le son était froid, distant et ma foi du bonyeu, pas convaincant.
Je me souviens, en 1984 je crois, âtre entré dans un de ces commerces d'électroniques typiques de l'époque où j'ai été reçu par un de ces vendeurs typiques du temps; habit trop grand, cravate pincée, manches de veston retroussées et une permanente qui rivalisait avec les cheveux de Tina Turner t'accueillait avec un gros «Salut capitaine!». J'ai essayé le bidule avec des écouteurs. Le vendeur était assuré de faire une belle grosse vente bien grasse. Non. Pas convaincu du son.
La situation est restée comme ça jusqu'à ce que Philips (encore eux!) reviennent à la charge avec une nouvelle puce qui va vraiment changer la donne: la fameuse TDA 1541. tout d'un coup, avec cette puce 16 bits, le son des disques compacts avait vraiment changé et se rapprochait pas mal des ambitions initiales du format.
Il n'a pas fallu longtemps pour les studios d'enregistrement délaissent les rubans magnétiques pour se convertir au digital. À partir de là, une fois l'enregistrement sonore terminé, les ingénieurs de son pouvaient manipuler les pistes encore davantage incluant la compression. Le but étant de garder les moments plus calmes parfaitement audibles et des basses qui n'allaient pas détruire les hauts parleurs. Ils ont pu aussi pousser la musiques jusqu'aux limites de ce que l'oreille humaine pouvait entendre.
Du marketing, comme de raison...
La grande qualité sonore du disque compact était maintenant établie (avec la nouvelle puce) et les gens qui en faisaient alors l'écoute dans des commerces d'électroniques (avec ou sans ressemblance avec celle décrite plus haut) étaient maintenant impressionnés. Les disques sont apparus chez les disquaires de façon discrète d'abord puisque le format était non seulement nouveau mais aussi parce que les lecteurs laser étaient des bibittes dispendieuses, comme les premiers magnétoscopes au milieu des années 70. Au fur et à mesure que la technologie et la fabrication se sont améliorées le prix des appareils a diminué au point où le prix était devenu abordable. Ca représentait toujours un investissement, comme pour n'importe quelle composante d'un système de son qui se respecte mais au moins l'ours moyen pouvait se permettre le joujou.
Toutefois, pour mieux inciter les gens à acheter tel ou tel disque compact, on a mis au point un p'tit truc de marketing qui semblait vouloir dire quelque chose mais qui, dans le fond, ne voulait rien dire pantoute. Voyons l'image ci-dessous:
En 1988 j'ai fait le saut au numérique en me procurant un lecteur de disque compact Technics chez Fillion Électronique et c'est l'actuel patron, mon bon ami Bernard, qui me l'avait vendu. Il m'avait même offert, en bonus ajouté, un disque dit "Sampler" de Telarc. Il s'agissait d'une compilation de différentes pièces musicales permettant d'apprécier toutes les subtilités du format. Maintenant, regardez le disque. À gauche sous le logo Compact Disc se trouvent trois lettres D dans des carrés. On pouait aussi retrouver une autre lettre, le A.
De quossé?
- Carré 1: Source Analogue ou Digitale. C'est à dire ce qu'on appelle en anglais le «master», soit l'enregistrement original de la pièce musicale.
- Carré 2: Mixage Analogue ou Digital. Ça, c'est la portion où l'ingénieur de son effectue le mixage ou le re-mixage (selon le cas) à partir de la source.
- Carré trois: Toujours Digital puisque le disque compact est par définition digital.
Ce que le marketing essayait de dire aux gens c'est les disques compacts avec la mention DDD étaient bien meilleurs que ceux estampillés AAD ou même ADD. Or c'était pas mal de l'huile de serpent. Pour la production d'un disque compact (comme pour un disque en vinyle) la clé est l'ingénieur de son qui va procéder au mixage. Au final, la qualité de l'interprétation originale et le savoir-faire de l'ingénieur du son sont plus importants que l'étiquette DDD ou ADD.
On voit cette stratégie de marketing refaire surface avec les disques en vinyle avec moults mentions sur les pochettes comportant la mention «Remaster». Je suis sincèrement désolé mais certains de ces disques dit «Remastered» sont de qualité assez médiocres peu importe l'équipement que vous possédez. Avant d'acheter, comme mentionné dans mon article précédent sur le vinyle, consultez Discogs afin de ne pas vous faire avoir et vous assurer que l'édition dite «re-mastérisée» ne sonnera pas comme un chœur de cochons qui toussent.
Durant les années 80 le disque compact n'a cessé de grimper en popularité et lentement mais sûrement il poussait le vinyle vers les oubliettes. Durant les années 90 le disque compact a connu son apogée et a même fait des p'tits; les disques compacts que l'on pouvait graver chez soi avec son ordinateur personnel. Les programmes d'ordinateurs ont aussi migré de la disquette au CD-ROM.
Y'a un bémol. Important çui-là. Vers la fin des années 90 on a commencé à compresser davantage les chansons sur les disques compacts. Par là j'veux pas dire mettre plus de tunes, mais bien compresser l'audio, rendent l'écoute presque neutre. Pas bon. En écoutant un disque compact en 1988 (mettons) et écouter le même album réédité en 2008 (mettons encore) et on pouvait noter une différence assez nette.
Au début des années 2000 le disque compact était confortablement assis au sommet (malgré tout) et presqu'assuré d'y rester. Mais voilà, est apparu Apple avec son iMachin, petit rectangle sur lequel on pouvait y mettre toute la musique que l'on voulait. Ça paraissait sophistiqué mais en réalité c'était un petit disque dur avec un logiciel. Mais voilà, l'idée d'avoir une tonne de chansons sur ce petit rectangle avait plu au consommateurs qui voyaient déjà le disque compact comme dépassé. Ce n'était certes pas nouveau puisque Sony avait déjà introduit le concept de la musique portative en 1979 avec son légendaire Walkman. Apple n'avait certainement rien inventé! Puis, en 2006, est arrivé Spotify, créé en Suède, ce système de diffusion musicale en ligne. À partir de ce moment les ventes de disques compacts ont ralenti.
Un retour... tiède
Pendant un temps, on a cru que le disque compact, avec toutes ses qualités, allait effectuer un retour. Plusieurs discussions sur le sujet se sont intensifiées, l'intérêt pour le disque compact a augmenté et certains médias ont même présenté le ralentissement du déclin comme un véritable retournement de situation.
Toutefois, les chiffres racontent une toute autre histoire.
Aux États-Unis, les revenus de disques compacts ont chuté de 7,8 % pour atteindre 312,4 millions de dollars en 2025, tandis que ceux du vinyle ont progressé de 9,3 % à 1,04 milliard de dollars, avec 46,8 millions d'exemplaires vendus contre 29,5 millions de CD. Cet écart en dit plus long sur l'avenir des supports physiques que tous les engouements médiatiques.
Le rapport de fin d'année 2025 de la RIAA complète les données. Les revenus de ventes de disques compacts ont chuté de 7,8 % pour atteindre 312,4 millions de dollars. Les ventes d'unités ont diminué encore plus rapidement, de 11,6 %, à 29,5 millions d'exemplaires. À son apogée, le disque compact générait environ 27 milliards de dollars de ventes annuelles (corrigées de l'inflation), représentant la quasi-totalité des revenus de l'industrie musicale. Aujourd'hui, ce format représente 2,7 % d'un marché de 11,535 milliards de dollars, dont 9,474 milliards (82 %) sont dominés par la diffusion en ligne (streaming).
Ces dernières années, en lisant certains médias, l'on parlait du regain de popularité du disque compact. Vers 2022, les ventes de CD ont enrayé leur chute rapide, et certains journalistes ont interprété ce palier comme le début d'un retour en force du format, à l'instar du vinyle qui luit, en 2025, affichait une 19è année de ventes en hausse.
D'un point de vue technique, le disque compact représente un avantage certain. Il offre une restitution sonore plus nette, une plage dynamique plus étendue et une meilleure séparation des canaux que le vinyle, tout en étant beaucoup moins cher à l'achat et à l'entretien. De plus, il est nettement moins cher : son prix neuf se situe généralement entre 10 et 15 dollars, peut-être jusqu'à 30 dollars pour certaines éditions, contre 25 à 40 dollars, voire plus, pour le vinyle, sans compter les frais supplémentaires liés à l'entretien, au remplacement de l'aiguille/cartouche diamant ainsi qu'à la calibration de la table tournante.
Le CD perd non pas en qualité sonore, mais en présentation. Un disque compact est un petit objet visuellement banal, rangé dans un boîtier en plastique. Il n'offre pas le même attrait visuel, le même rituel de déballage, ni la même valeur sur les réseaux sociaux qu'un grand vinyle avec une pochette surdimensionnée, des pressages colorés ou des éditions numérotées...
Comme je le soulignais, encore une fois dans mon précédent article sur le vinyle, la possession de ce format transforme la possession de musique en une forme visible d'appartenance. Chaque tirage limité, chaque variante de couleur et chaque édition spéciale ou «re-mastérisée» (souvenez-vous que c'est du marketing après tout) ajoute un sentiment de rareté que les marchés des collectionneurs savent exploiter (bien entendu).
Au final...
Tout ceci étant dit, la question se pose: est-ce le disque compact a encore un avenir? C'est incertain car souvent ce sont les bonzes du marketing qui dirigent les consommateurs (je refuse de comparer au berger qui dirige ses moutons mais bon) vers un produit donné. Durant les années 80 ils ont déployé d'immenses efforts pour mousser les ventes de disques compacts en vantant les mérites uniques du format alors que les fabricants d'appareils y allaient à grands coups de pubs. Aujourd'hui ces mêmes bonzes du marketing sonnent à nouveau la charge mais en faveur du vinyle.
Certes, acheter un disque en vinyle est quelque chose d'agréable et donne le sentiment que l'on a vraiment quelque chose de concret entre les mains mais il faut bien prendre garde de ne pas suivre les modes simplement que pour suivre les modes. Plutôt, avant d'opter pour un format ou un autre, fiez vous à vos oreilles. Celles-ci sont les meilleures juges pour déterminer quel format vous convient le mieux. Et rien d'autre!
Pour l'instant, en visitant plusieurs commerces où l'on vend de la musique, j'ai noté que la répartition vinyle/disque compact semble, comme on dit, kif-kif. Je parle d'endroits comme Archambault ou Sunrise Records.
En terminant, malgré la variance des pourcentages de vente, je crois que le disque compact va demeurer parce qu'il se trouvera toujours un bon nombre d'audiophiles qui préféreront demeurer fidèles à ce format.
Le saviez-vous? Le premier disque compact commercial a été produit le 17 août 1982, un enregistrement de 1979 de valses de Chopin interprétées par Claudio Arrau.