mercredi 6 mai 2026

Le disque compact, une histoire en dents de scie

Dans mon article précédent je vous ai parlé de la renaissance du disque en vinyle et du grand succès commercial, 19è année de croissance continue, que le vénérable connait actuellement. Aujourd'hui c'est le disque compact dont je vais vous parler un peu. Une technologie fort intéressante mais qui, comme le nom de l'article l'indique, mais dont l'histoire est en dents de scie. 

Une technologie d'avant-garde

En considérant la complexité technologique du disque compact ce n'est pas tant celle-ci qui est impressionnante, mais bien l'époque où elle a été mise au point. En effet, Sony et Philips ont commencé le travail sur le format en 1979 pour aboutir à un format commercial dès 1982. C'était l'époque où les ordinateurs Commodore VIC-20 et 64 dominaient le marché et où le summum de l'animation par ordinateur était le film TRON. L'information n'était pas lue sur une bande magnétique ou sur un disque magnétique mais bien sur un disque où l'information musicale était imprimée en code binaire; soit des 1 et des 0. Si vous avez été à l'école durant les années 70 on en parlait dans les cours de maths.


La musique était encodée au mixage en format binaire. Dans le lecteur de disque compact cette information binaire était lue par un faisceau laser presque vingt fois plus mince qu'un cheveu humain, acheminée dans un module DAC (Digital to Audio Converter) qui reconstruisait cette information en musique telle qu'encodée. Le résultat était une qualité musicale accrue dont le rapport Signal/Bruit, d'environ 90 dB (SNR), surpassait le 50 à 75 dB d'un disque en vinyle. Aussi, comme il n'y avait pas de contact entre le lecteur et le disque on avait éliminé l'usure physique du médium. Contrairement au disque en vinyle on pouvait écouter un disque compact à l'infini sans que le disque en question ne s'use. Qu'y avait-il là-dedans à ne pas aimer? 

Du marketing, comme de raison...

La grande qualité sonore du disque compact était établie et les gens qui en faisaient l'écoute dans des commerces où l'on vendait des lecteurs de disque compacts étaient certainement impressionnés. Les disques sont apparus chez les disquaires de façon discrète d'abord puisque le format était non seulement nouveau mais aussi parce que les lecteurs laser étaient des bibittes dispendieuses, comme les premiers magnétoscopes au milieu des années 70. Au fur et à mesure que la technologie et la fabrication se sont améliorées le prix des appareils a diminué au point où le prix était devenu abordable. Ca représentait toujours un investissement, comme pour n'importe quelle composante d'un système de son qui se respecte mais au moins l'ours moyen pouvait se permettre le joujou. 

Toutefois, pour mieux inciter les gens à acheter tel ou tel disque compact, on a mis au point un p'tit truc de marketing qui semblait vouloir dire quelque chose mais qui, dans le fond, ne voulait rien dire pantoute. Voyons l'image ci-dessous:


En 1988 j'ai fait le saut au numérique en me procurant un lecteur de disque compact Technics chez Fillion Électronique et c'est l'actuel patron, mon bon ami Bernard, qui me l'avait vendu. Il m'avait même offert, en bonus ajouté, un disque dit "Sampler" de Telarc. Il s'agissait d'une compilation de différentes pièces musicales permettant d'apprécier toutes les subtilités du format. Maintenant, regardez le disque. À gauche sous le logo Compact Disc se trouvent trois lettres D dans des carrés. On pouait aussi retrouver une autre lettre, le A

De quossé? 

  • Carré 1: Source Analogue ou Digitale. C'est à dire ce qu'on appelle en anglais le «master», soit l'enregistrement original de la pièce musicale. 
  • Carré 2: Mixage  Analogue ou Digital. Ça, c'est la portion où l'ingénieur de son effectue le mixage ou le re-mixage (selon le cas) à partir de la source. 
  • Carré trois: Toujours Digital puisque le disque compact est par définition digital. 
Ce que le marketing essayait de dire aux gens c'est les disques compacts avec la mention DDD étaient bien meilleurs que ceux estampillés AAD ou même ADD. Or c'était pas mal de l'huile de serpent. Pour la production d'un disque compact (comme pour un disque en vinyle) la clé est l'ingénieur de son qui va procéder au mixage. Au final, la qualité de l'interprétation originale et le savoir-faire de l'ingénieur du son sont plus importants que l'étiquette DDD ou ADD. 

On voit cette stratégie de marketing refaire surface avec les disques en vinyle avec moults mentions sur les pochettes comportant la mention «Remaster». Je suis sincèrement désolé mais certains de ces disques dit «Remastered» sont de qualité assez médiocres peu importe la table tournante que vous possédez. Avant d'acheter, comme mentionné dans mon article précédent sur le vinyle, consultez Discogs afin de ne pas vous faire avoir et vous assurer que l'édition dite «re-mastérisée» ne sonnera pas comme un chœur de cochons qui toussent. 

Durant les années 80 le disque compact n'a cessé de grimper en popularité et lentement mais sûrement il poussait le vinyle vers les oubliettes. Durant les années 90 le disque compact a connu son apogée et a même fait des p'tits; les disques compacts que l'on pouvait graver chez soi avec son ordinateur personnel. Les programmes d'ordinateurs ont aussi migré de la disquette au CD-ROM. 

Au début des années 2000 le disque compact était confortablement assis au sommet, presqu'assuré d'y rester. Mais voilà, est apparu Apple avec son iMachin, petit rectangle sur lequel on pouvait y mettre toute la musique que l'on voulait. Ça paraissait sophistiqué mais en réalité c'était un petit disque dur avec un logiciel. Mais voilà, l'idée d'avoir une tonne de chansons sur ce petit rectangle avait plu au consommateurs qui voyaient déjà le disque compact comme dépassé. Ce n'était certes pas nouveau puisque Sony avait déjà introduit le concept de la musique portative en 1979 avec son légendaire Walkman. Apple n'avait certainement rien inventé! Puis, en 2006, est arrivé Spotify, créé en Suède, ce système de diffusion musicale en ligne. À partir de ce moment les ventes de disques compacts ont ralenti. 

Un retour... tiède

Pendant un temps, on a cru que le disque compact, avec toutes ses qualités, allait effectuer un retour. Plusieurs discussions sur le sujet se sont intensifiées, l'intérêt pour le disque compact a augmenté et certains médias ont même présenté le ralentissement du déclin comme un véritable retournement de situation. 

Toutefois, les chiffres racontent une toute autre histoire. 

Aux États-Unis, les revenus de disques compacts ont chuté de 7,8 % pour atteindre 312,4 millions de dollars en 2025, tandis que ceux du vinyle ont progressé de 9,3 % à 1,04 milliard de dollars, avec 46,8 millions d'exemplaires vendus contre 29,5 millions de CD. Cet écart en dit plus long sur l'avenir des supports physiques que tous les engouements médiatiques. 

Le rapport de fin d'année 2025 de la RIAA complète les données. Les revenus de ventes de disques compacts ont chuté de 7,8 % pour atteindre 312,4 millions de dollars. Les ventes d'unités ont diminué encore plus rapidement, de 11,6 %, à 29,5 millions d'exemplaires. À son apogée, le disque compact générait environ 27 milliards de dollars de ventes annuelles (corrigées de l'inflation), représentant la quasi-totalité des revenus de l'industrie musicale. Aujourd'hui, ce format représente 2,7 % d'un marché de 11,535 milliards de dollars, dont 9,474 milliards (82 %) sont dominés par la diffusion en ligne (streaming). 

Ces dernières années, en lisant certains médias, l'on parlait du regain de popularité du disque compact. Vers 2022, les ventes de CD ont enrayé leur chute rapide, et certains journalistes ont interprété ce palier comme le début d'un retour en force du format, à l'instar du vinyle qui luit, en 2025, affichait une 19è année de ventes en hausse. 

D'un point de vue technique, le disque compact représente un avantage certain. Il offre une restitution sonore plus nette, une plage dynamique plus étendue et une meilleure séparation des canaux que le vinyle, tout en étant beaucoup moins cher à l'achat et à l'entretien. De plus, il est nettement moins cher : son prix neuf se situe généralement entre 10 et 15 dollars, peut-être jusqu'à 30 dollars pour certaines éditions, contre 25 à 40 dollars, voire plus, pour le vinyle, sans compter les frais supplémentaires liés à l'entretien, au remplacement de l'aiguille/cartouche diamant ainsi qu'à la calibration de la table tournante. 

Le CD perd non pas en qualité sonore, mais en présentation. Un disque compact est un petit objet visuellement banal, rangé dans un boîtier en plastique. Il n'offre pas le même attrait visuel, le même rituel de déballage, ni la même valeur sur les réseaux sociaux qu'un grand vinyle avec une pochette surdimensionnée, des pressages colorés ou des éditions numérotées... 

Comme je le soulignais, encore une fois dans mon précédent article sur le vinyle, la possession de ce format transforme la possession de musique en une forme visible d'appartenance. Chaque tirage limité, chaque variante de couleur et chaque édition spéciale ou «re-mastérisée» (souvenez-vous que c'est du marketing après tout) ajoute un sentiment de rareté que les marchés des collectionneurs savent exploiter (bien entendu). 

Au final... 

Tout ceci étant dit, la question se pose: est-ce le disque compact a encore un avenir? C'est incertain car souvent ce sont les bonzes du marketing qui dirigent les consommateurs (je refuse de comparer au berger qui dirige ses moutons mais bon) vers un produit donné. Durant les années 80 ils ont déployé d'immenses efforts pour mousser les ventes de disques compacts en vantant les mérites uniques du format alors que les fabricants d'appareils y allaient à grands coups de pubs. Aujourd'hui ces mêmes bonzes du marketing sonnent à nouveau la charge mais en faveur du vinyle. 

Certes, acheter un disque en vinyle est quelque chose d'agréable et donne le sentiment que l'on a vraiment quelque chose de concret entre les mains mais il faut bien prendre garde de ne pas suivre les modes simplement que pour suivre les modes. Plutôt, avant d'opter pour un format ou un autre, fiez vous à vos oreilles. Celles-ci sont les meilleures juges pour déterminer quel format vous convient le mieux. Et rien d'autre! 

Pour l'instant, en visitant plusieurs commerces où l'on vend de la musique, j'ai noté que la répartition vinyle/disque compact semble, comme on dit, kif-kif. Je parle d'endroits comme Archambault ou Sunrise Records. 

En terminant, malgré la variance des pourcentages de vente, je crois que le disque compact va demeurer parce qu'il se trouvera toujours un bon nombre d'audiophiles qui préféreront demeurer fidèles à ce format. 




Le saviez-vous? Le premier disque compact commercial a été produit le 17 août 1982, un enregistrement de 1979 de valses de Chopin interprétées par Claudio Arrau.






mardi 7 avril 2026

Le retour du vinyle, le pourquoi du comment

Autrefois, si l'on voulait écouter de la musique, il fallait accessoirement aller assister à une prestation musicale. Si vous vouliez réécouter telle ou telle pièce alors il fallait attendre que la pièce soit jouée de nouveau, soit en rappel ou encore durant une nouvelle représentation plus tard. 

Le premier enregistrement audio connu a été réalisé en 1860 par Edouard-Léon Scott de Martinville à l'aide de son phonautographe, qui a capturé la chanson « Au Clair de la Lune ». La technologie est assurément primitive et la qualité sonore, on le devine, est loin du Dolby stéréo (à des années lumière en fait) mais on fait de grands pas en avant. 

Les cylindres de cire, mis au point par Edison constituent le premier support commercial d'enregistrement et de reproduction sonore, développé à la fin du XIXe siècle. Fabriqués à partir d'une cire tendre, ils pouvaient être lus plusieurs fois ; les premières versions commercialisées avec succès ont été introduites vers 1888.

Un cylindre de cire d'Edison, faisant partie de ma collection d'objets hétéroclites) et qui date du début du 20è siècle. 

Pour faire jouer ces cylindres il fallait utiliser un photographe, fabriqué bien évidemment par Edison... Le cylindre de courte durée se jouait à l'horizontale. 

Vers 1912 un nouveau format émerge: le 78 tours. Ces disques étaient fabriqués en gomme-laque ou, en shellac comme on appelait aussi cette matière. Ce matériau avait toutefois un défaut singulier: il était fragile comme de la porcelaine. Autre désavantage, la durée d'un enregistrement 78 tours par minute était d'environ trois à cinq minutes par face, selon la taille du disque. Un disque de 30 cm (12 pouces) contient généralement quatre à cinq minutes de musique alors que celui de 25 cm (10 pouces) était d'approximativement trois minutes. Écouter une œuvre complète relevait alors du casse-tête : il fallait changer de disque fréquemment, interrompant sans cesse l’expérience. 

En 1910 la plupart des disques sont enregistrés à environ 78 à 80 tours par minute. En 1925, la vitesse de 78,26 tours par minute est choisie comme norme pour les phonographes motorisés, car elle convenait à la plupart des disques existants et était facilement atteignable à l'aide d'un moteur standard de 3 600 tours par minute et d'un engrenage à 46 dents (78,26 = 3 600/46).

Un gramophone typique des années 20. Celui-ci fabriqué par HMV (His Master's Voice). Le logo du chien écoutant un enregistrement de la voix de son maître était, disait-on, si fidèle que le  même le chien ne pouvait pas faire la différence entre l'enregistrement et la véritable voix. 

Les enregistrements étaient en mono seulement et pour les jouer il fallait un gramophone à cornet dont on remontait le moteur par une manivelle ou, pour les modèles plus coûteux, par électricité et enchâssés dans un meuble en bois vertical avec portes donnant accès au rangements des disques. Et il fallait aussi une bonne réserve d'aiguilles. Ces dernières, toutes en métal, s'usaient rapidement sur les 78 tours et il fallait les changer assez régulièrement. 

Ce jeune couple durant la période d'entre guerres se roucoulent l'un l'autre avec un pique-nique bien élaboré et une musique d'ambiance fournie par le gramophone à remontoir que l'on voit à droite. 

Durant la Seconde guerre mondiale le gouvernement américain met un frein à la production de disques 78 tours afin que le matériau puisse servir à l'effort de guerre. C'est en 1948 que Columbia Records introduit le 33 tours ou «long play» (longue durée) et qui permettait d'obtenir environ 20 minutes par face. Il était aussi fabriqué de vinyle souple et donc moins fragile que le 78 tours. Le but avoué était, on l'aura deviné, de remplacer le vieux format. 

La même année, ironiquement, RCA Victor, le grand rival de Columbia Records, travaillait aussi sur son propre format de remplacement et lorsque Columbia lança le 33 tours, RCA se mit en tête de développer son propre projet et, en 1949, dévoila le disque 45 tours. Le 78 tours prend sa retraite définitive en 1955.

Les grands gagnants étaient évidemment le grand public ainsi que les artistes. On pouvait offrir sur un seul album 33 tours une grande sélection de musique de tous les genres et le 45 tours, fort apprécié de la jeunesse du temps offrait l'opportunité de pouvoir n'acheter que les chansons à succès et aussi de pouvoir les transporter un peu partout. 

Audio Fidelity lance en 1957 les premiers disques offrant la sonorisation en stéréo et cette nouveauté devient révolutionnaire. Les audiophiles ne pouvaient demander mieux! Dès 1958 d'autres compagnies emboîtent le pas en utilisant ce nouveau format sonore. 

Dans les décennies qui suivent, le 33 tours s’impose comme le format dominant. Des années 1950 aux années 1980, il accompagne l’explosion de la musique populaire. Durant les premières années du 33 tours les pochettes étaient sobres et moches, sans trop de détails. Or on a réalisé qu'une pochette au design attrayant allait rendre les 33 tours plus attirants. Peu à peu les boîtes de graphistes s'en donnent à cœur joie. Ces dernières se transforment peu à peu en œuvres d’art et chaque disque tente de s'identifier avec une identité visuelle forte qui demeure en mémoire autant que la musique elle-même. Lorsque j'étais étudiant en arts graphiques au début des années 80 l'étude et la création de pochettes a fait partie du curriculum. Faudrait que je retrouve certaines de mes créations... 

Voici quelques pochettes tirées de ma collection et que j'apprécie grandement pour leur design: 

Pink Floyd: Dark Side of the Moon (1973)

John Coltrane - Blue Train (1957)

The Beatles: Sgt Peppers Lonely hearts Club Band (1967)

Led Zeppelin: Led Zeppelin (1969) 

Fleetwood Mac - Rumours (1977)

Dave Brubeck Quartet - Time Out (1959)

Bruce Springsteen - Born in the USA (1984)

Pink Floyd - Wish You Were Here (1975)

The Beatles - Abbey Road (1969)

Queen - Queen II (1974)

Pink Floyd - Animals (1977)

Jean-Michel Jarre - Oxygène (1976)

Supertramp - Breakfast in America (1979)

Je pourrais continuer ainsi pendant un bout. D'ailleurs il y a des publications, dont celle des éditions Taschen, qui font l'éloge des meilleurs designs de pochettes de disque couvrant une très grande période de temps. Le site Ranker et celui du magazine Rolling Stones et bien d'autres ont aussi leurs propres palmarès. 

Ce vidéo enregistré avec une caméra spéciale nous montre le trajet que se fraie l'aiguille dans les sillons qui sont microscopiques. Les taches noires que l'on voit sont des saletés venues se coller à la surface. 

C'est durant les années 70 que survient la crise du pétrole. Ce faisant, les compagnies de disques en Amérique du nord rachètent souvent les invendus et les font fondre afin de pouvoir créer de nouveau disques. Ces vinyles sont toutefois bourrés d'impuretés et souvent minces comme une page de papier journal. 

Un autre problème était celui de la surface enregistrable. L'aiguille d'un tourne-disque prenait évidemment davantage de temps à lire les premières plages que celles qui étaient collées sur l'étiquette. Comme l'aiguille ne mettait que très peu de temps à effectuer une lecture complète la qualité sonore était moindre et de nombreux groupes avaient des discussions très vives à savoir quelle pièce s'en irait sur le bord de l'étiquette!  

Un nouveau rival

À l'instar de Columbia en 1948 et également  animés par ce même désir de remplacer un format jugé vieillissant, Philips et Sony mettent au point en 1981 un nouveau format révolutionnaire en tous points: le disque compact. 

Plus petit qu'un 45 tours et pouvant contenir davantage de musique, le disque compact possédait un avantage net tant sur le disque en vinyle que sur les cassettes: il n'y avait pas de contact entre le lecteur et le disque puisque l'information était lue de par un faisceau laser trente fois plus mince qu'un cheveu. Le format s'est rapidement imposé, poussant lentement mais sûrement le 33 tours vers les oubliettes où se trouvaient déjà le rouleau de cire, le 78 tours et la cassette 8 pistes. La cassette compacte allait aussi les rejoindre durant les années 90, ne trouvant plus de public. 

Malgré toute la versatilité du disque compact, l'arrivée en scène des services de diffusion de musique en ligne ont largement contribué à pousser le disque compact vers la sortie. À partir de ce moment les gens se sont habitués à louer la musique qu'ils voulaient entendre et ne plus rien posséder en retour. 

Toutefois, il se trouvait et se trouve encore, des irréductibles audiophiles pour qui le 33 tours n'est jamais disparu et ces derniers, l'auteur ici inclus, se sont regroupés en clubs de ventes et échanges. Il se trouvait alors, et aujourd'hui encore, des boutiques offrant une large sélection de vinyles de tous les genres. 

Et aujourd'hui il connaît un regain de popularité sans cesse croissant. En effet, en 2025 aux États Unis, il s'est vendu 47,5 millions d'albums ce qui représente une 19è année de croissance successive. 

Même des 45-tours, dont cette réédition de Travelin' Band du groupe Creedence Clearwater Revival enregistré en 1970. Ce format est cependant limité en quantité.

Le retour du tangible

Mais que pourrait expliquer l'engouement pour ce format qui n'attire non pas que les vieux de la vieille mais aussi les jeunes générations? 

À l'époque le seul service de diffusion en ligne qui existait s'appelait la radio et l'on écoutait ce que les stations voulaient bien nous servir. Autrement fallait aller chez le disquaire. L'on pouvait passer de longs moments a farfouiller. L'on pouvait chercher un album dont des amis nous disaient le plus grand bien ou bien un album dont on avait entendu quelques tounes à la radio. Et parfois, pourquoi pas, piquer jasette avec des employés qui y allaient avec leurs propres suggestions. Quoiqu'il en était, on ressortait de là avec un ou plusieurs albums que l'on écoutait tranquillement chez soi. Pour le prix payé l'on avait quelque chose de tangible entre les mains. 


Cette copie vinyle du disque Error du groupe The Warning, acheté directement sur le site du groupe est un cadeau d'anniversaire que je me suis fait l'an dernier. Au total, deux disques, des photographies et un livret complet incluant des textes, des photos et les paroles des chansons. Ca m'a rappelé le plaisir, de la fin des années 70 au milieu des années 80, de revenir chez-moi après une visite chez Sam the Recordman, un disque ou deux sous le bras. 

Une renaissance inattendue

Depuis quelques années, le vinyle connaît un retour spectaculaire. Les ventes augmentent, les presses tournent à plein régime, et les disquaires indépendants retrouvent une seconde jeunesse. Ce renouveau ne se limite pas à une simple mode rétro : il s’inscrit dans une quête plus profonde d’authenticité.

À l’ère du streaming instantané, où des millions de titres tiennent dans une poche, le vinyle impose un autre rythme. Il faut choisir un album, le sortir de sa pochette, poser délicatement l’aiguille. C’est un rituel. Une pause dans le flux constant du numérique.

Le charme de l’imperfection

Le vinyle n’est pas parfait, et c’est précisément ce qui le rend si attachant. Les crépitements, les légères distorsions, cette chaleur sonore si particulière… autant d’éléments qui donnent l’impression que la musique respire.

Contrairement aux fichiers compressés, le son analogique offre une profondeur que beaucoup décrivent comme plus « vivante ». Est-ce une illusion ? Peut-être. Mais c’est une illusion qui séduit, et qui transforme l’écoute en expérience.

L’objet au cœur de l’expérience

Au-delà du son, le vinyle est un objet. Une œuvre presque tactile. Les grandes pochettes deviennent des toiles, les livrets racontent une histoire, et chaque disque a un poids, une présence.

Dans un monde où tout devient immatériel, posséder un vinyle, c’est affirmer un lien physique avec la musique. C’est collectionner, exposer, transmettre, exactement comme on le faisais au secondaire durant le secondaire durant les années 70 et 80. 

Une nouvelle génération séduite

Fait intéressant, le retour du vinyle n’est pas uniquement porté par ceux qui l’ont connu à son apogée. Une nouvelle génération, élevée au numérique, s’y intéresse avec curiosité.

Pour ces jeunes auditeurs, le vinyle n’est pas un souvenir, mais une découverte. Une façon différente de consommer la musique, plus lente, plus attentive. Là où les playlists fragmentent l’écoute, le vinyle invite à redécouvrir l’album comme une œuvre complète.

Du coup ça me rappelle cet article que j'ai lu il y a un mois ou deux et dans lequel on parle de jeunes, de plus en plus nombreux à New York qui ont choisi d'adopter le mode de vie analogue que les plus vieux comme moi ont bien connu. Ça va des disques en vinyle mais ça inclut des appareils photo argentiques et des téléphones intelligents qu'ils ont remplacé par de simples modèles «flips». 

Effet de mode ou tendance durable ?

La question reste ouverte. Le vinyle continuera-t-il de prospérer, ou finira-t-il par redevenir une niche ? Difficile à dire.

Mais une chose est certaine : son retour révèle un besoin. Celui de ralentir, de ressentir, de redonner de la valeur à l’acte d’écouter. Et tant que ce besoin existera, il y aura toujours une place pour le doux crépitement d’un disque qui tourne. Et juste ça, c'est déjà bien plus que l'intangible numérique dans votre poche. 


Étalage de disques 33-tours neufs. Y'a du choix! 

Quelques conseils...


Que vous ayez connu le vinyle à son apogée ou que vous soyez né bien après, peut-être êtes-vous tenté de revivre l'expérience ou de la connaître. Avant toute chose il vous faut, bien entendu, une table tournante. 

Les disques neufs peuvent coûter entre 25 et 50$, parfois bien au-delà, tout dépendant de la rareté ou de l'édition. Si vous voulez, par exemple, vous procurer la discographie complète de Pink Floyd, soyez prêt à débourser un montant fort appréciable, que vous achetiez d'un coup où sur une période de durée variée. Toutefois, avant de vous procurer un disque, soit en magasin ou en ligne, sachez que le site Discogs est votre ami. Consultez le afin de connaître les différentes éditions disponibles. 

Il vous faudra, bien entendu, une table tournante. Encore ici soyez avisé qu'un investissement est nécessaire. Les modèles de type «valise» sont bons marché et peuvent représenter un bon point de départ pour quelqu'un qui est néophyte en la matière. Ces appareils offrent souvent des caractéristiques intéressantes et souvent un ou des haut-parleurs intégrés (quand ce n'est pas une connectivité Bluetooth) à un prix abordable mais il faut savoir en partant que la qualité sonore ne vous jettera pas par terre. Cependant c'est un cadeau intéressant à offrir à un enfant ou jeune adolescent intéressé par le vinyle. À ceci je rajouterai quelque chose que j'aime bien répéter souvent: lisez le manuel d'instructions!! Ce n'est pas seulement une question d'entretien mais aussi de savoir à quelle fréquence changer l'aiguille car après tout, il vous faut protéger votre investissement en disques vinyles, non? Et qui sait, cela mènera possiblement à un intérêt plus marqué pour la chose. 

Si vous avez connu ce hobby durant vos jeunes années et que vous souhaitez y revenir vous serez certainement intéressé par une table tournante un peu plus dispendieuse. Renseignez-vous sur les différents modèles et surtout ce qui convient à votre portefeuille puisqu'il vous faudra acheter aussi un amplificateur, possiblement aussi un pré-amplificateur et des enceintes acoustiques. Après tout, on peut trouver des tables tournantes dont les prix peuvent varier entre 200$ et 50,000$!!

«Ce que j'aime de ce hobby c'est l'investissement et les inconvénients...»
Gregory - The Atlantic (traduction libre)

Au minimum, tentez de vous procurer un modèle qui vous offrira un bon contrôle sur les ajustements. Et n'oubliez pas une très bonne aiguille car après tout c'est l'élément qui va entrer en contact avec vos disques. Une aiguille de qualité «magasin à un dollar» aura tôt fait d'abîmer vos disques, garanti sur facture! Et n'oubliez pas qu'avoir une table tournante c'est savoir s'en occuper, comme effectuer les réglages et l'entretenir, encore une fois, selon les instructions (généralement la première chose que bien des gens foutent à la poubelle). 

Mes suggestions, sans ordre d'importance avec des prix, comment dire, variés:

  • Audio-Technica AT-LP70X-BG

  • Fluance RT81 Elite
  • Audio-Technica AT-LP120XUSB-BK
  • Fluance RT85 Reference
  • Pro-ject Debut EVO 2
  • Rega Planar 2
  • Technics SL-1200MK7
Si vous consultez pour ces modèles vous verrez l'échelle des prix. Technics, qui a toujours été réputé pour la grande qualité de ses tables tournantes offrent aujourd'hui des modèles qui varient entre $1,500 et $24,000. de quoi pour (presque) tous les budgets!

Et les tables tournantes usagées??

Il y a effectivement un marché de tables tournantes usagées. C'est ainsi que j'ai trouvé ma table tournante en 1983, une Pioneer PL-12, obtenue y'a des lunes de ça. Un peu plus tard je l'ai fiancée avec un amplificateur Pioneer SX-424, aussi acheté d'occaze. 

Donc, on peut consulter les p'tites annonces sur le ouèbe mais vous pouvez aussi effectuer des visites dans des brocantes, friperies, ventes de garage et autres marchés aux puces. Parfois les gens se débarrassent de choses qui sont souvent encore très bonnes. À l'achat d'une table tournante usagée il faudra considérer la faire vérifier par un technicien qui s'assurera que tout est en ordre et qui vous dira, le cas échéant, ce qu'il serait bon d'ajuster ou réparer. Ah, et n'oubliez pas l'aiguille! Elle est peut-être encore bonne mais rien ne vaut l'écoute avec une aiguille neuve. Il y a des commerces qui peuvent vous offrir ces services. J'utilise personnellement ceux de la boutique Aux 33 Tours, sur l'avenue du Mont-Royal. Allez dans l'fond et vous pourrez non seulement confier votre table tournante aux techs mais aussi z'yeuter le matériel usagé remis à neuf. 

Mes suggestions de tables tournantes usagées:

  • Dual 1019
  • Realistic Lab-400
  • Technics SL-1300
  • Technics SL-1600
  • Pioneer PL-12
  • Pioneer PL-570
  • Thorens TD-160
  • Rega P3
Bien entendu il y a une tonne métrique d'autres modèles, c'est simplement pour donner quelques pistes pour quiconque pourrait S'intéresser à se procurer une table tournante dite «vintage».


Les disques eux-mêmes. 

Dans son livre «The Preservation and Restoration of Sound Recordings», l'auteur Jerry McWilliams mentionne que l'on ne devrait pas faire jouer une disque  plus d'une fois en moins de vingt-quatre heures afin de préserver le plus possible les sillons. Jim Farrington abonde dans le même sens dans son papier «Preventive Maintenance of for Audio Discs and Tapes». Toutefois, dans la chronique Crosstalk du magazine High Fidelity, à un lecteur qui pose une question en ce sens, la réponse du magazine que c'est peut-être exagéré de ne pas jouer un disque seulement une fois à tous les jours mais qu'effectivement, une lecture répétée peut avoir une incidence sur la qualité sonore après un certain nombre de lectures. 

Dans un document de RCA, «Radiotron Designer Handbook» par F. Langford-Smith, au chapitre 17, on mentionne que la poussière est l'élément numéro 1 provoquant l'usure prématurée des disque en vinyle. Il faut donc s'assurer, lorsque l'on fait jouer un disque, de bien fermer le couvercle et de ne pas négliger l'entretien du disque ET de l'aiguille. 

Les disques usagés peuvent être achetés à différents endroits. Il y a des boutiques spécialisées, les friperies, brocantes, bazars et autres marchés aux puces. Avant d'acheter n'hésitez pas à observer attentivement la surface du disque afin de repérer toute trace d'un mauvais usage, comme les rayures. Si c'est le cas il n'y a pas de réparation possible. Évitez aussi d'acheter à un endroit où l'on empile les disques à l'horizontale. Un disque en vinyle neuf est évidemment un choix plus avisé, surtout que plusieurs disques offrent des versions dites «re-mastérisées» comme ceux de Led Zeppelin dont le processus a été réalisé par Jimmy Page lui-même. Encore une fois: Discogs, afin de connaître toutes les éditions qui existent. 

Bonne écoute! 





Le saviez-vous? C'est au montréalais d'adoption Émile Berliner que l'on doit l'invention du gramophone. Après avoir travaillé avec Alexandre Graham Bell aux États unis il s'est installé ici où il a ouvert une usine de gramophones au située au 1001-1055 rue Lenoir dans le quartier Saint-Henri.



Dans mon écran: J'ai revu avec grand plaisir le film québécois Ok... Laliberté, de Marcel Carrière et mettant en vedette Jacques Godin, Luce Guilbault et Jean Lapointe et qui a été tourné en 1973 à Montréal, période où j'étais gamin, ce qui m'a rappelé des souvenirs d'une époque qui avait tout un charme. Ce qui fait le charme est de revoir non seulement d'excellents comédiens qui ne sont plus des nôtres mais aussi tout un petit monde dans les décors utilisés que ce soit les intérieurs ou bien les commerces. Un beau voyage dans le temps. 

Dans mes oreilles: Plume Latraverse - Livraison par en arrière. Sorti en 1981, Plume et ses Plumettes font décoiffer avec un assortiment rocambolesque de chansons qui rebondissent dans tous les sens, de la Ballade des caisses de 24 à Don QuiChiotte au Moins beau merle et l'excellent Tango Pital. Plume, que j'avais découvert avec son album précédent, Chirurgie plastique, m'a fait à l'époque courir chez le disquaire pour m'en procurer une copie. 

Sous mes yeux: Gaston, employé du siècle. Un bien beau volume de 145 pages édité en tripartie par Les éditions Dupuis, Le Monde et les Éditions de la Martinière et où l'auteur Rodolphe Massé revoit en moults détails le phénomène Gaston Lagaffe, ce légendaire personnage créé par André Franquin en 1957. 

dimanche 22 mars 2026

Une visiteuse discrète au Jardin botanique (et quelques autres)

Le 14 mars dernier dans Le Devoir, sous la plume d'Alexandre Shields accompagnée de photos qu'il a prise lui-même, on apprenait la présence d'une chouette rayée au Jardin Botanique. Le texte, bien étalé, nous informe sur cet oiseau, ses mœurs et le pourquoi de sa présence au Jardin, fort bien expliqué par Nathalie Jreidini, directrice de l’éducation au Zoo Ecomuseum, à Sainte-Anne-de-Bellevue.

Durant le printemps, l'été et l'automne le Jardin est un peu ma seconde maison et ce depuis 1968 quand ma grand-mère m'y amenait faire des visites. Aujourd'hui c'est armé de ma caméra et de ma lentille zoom que j'y arpente les nombreux sentiers en quête de bonnes captures aviaires. J'y ai vu, au fil des ans, de nombreuses espèces d'oiseaux et suite à la lecture de l'article, une question s'impose: est-ce que la chouette rayée est rare au Jardin et, est-elle aussi discrète que le mentionne l'article? D'abord, les présentations d'usage. Voici quelques chouettes rayées que j'ai photographiées au fil des ans. 

Celle-ci se trouvait à l'orée du jardin des Premières Nations à quelques mètres d'un sentier au début du printemps. Non loin d'elle se trouvait un épervier juvénile qui tentait, sans gros succès je dois l'avouer, de l'intimider. La chouette, nullement impressionnée par le p'tit jeune, est demeurée sans broncher. 


Celle-ci a été photographiée au sud de l'arboretum et guettait attentivement une très jeune marmotte, d'où son regard posé vers le sol. La p'tite bête se savait guettée et devait se douter de ce qui lui arriverait si elle se faisait pincer. Les serres d'une chouette rayée sont d'une redoutable efficacité. Au final, dans un sprint de tous les diables, la marmotte a détalée et la chouette a prit son envol au même moment, témoignant de ses réflexes de chasse fort bien aiguisés. La marmotte a pu se réfugier sous un bosquet, échappant aux serres du rapace de bien peu. 


Celle-ci a été photographiée il y a deux ans. Elle se trouvait en retrait là où se joignent le nord du jardin Chinois et le sud du jardin des Premières nations. L'endroit où j'ai pu la prendre en photo était le seul où je pouvais la voir. Trop à gauche et il y avait plein de branches pour la cacher. Trop à droite et il se trouvait un arbre. 

Ceci étant dit, la chouette rayée est plus présente qu'on ne le croît. Il y a trois ans il s'en trouvait deux même. Discrète? Pas tant que ça et elle peut même se trouver à un mètre de vous le long d'un sentier, perchée sur une branche. 

Mais qu'en est-il d'autres oiseaux? Le Jardin botanique est un endroit où l'on retrouve deux types d'oiseaux bien distincts; il y a d'abord ceux qui y résident en permanence comme le cardinal, l'épervier de Cooper, le pic flamboyant, la sittelle à poitrine blanche (et rousse), le merle d'Amérique et la mésange à tête noire par exemple. Puis ensuite il y a ceux de passage dit migratoire. Ils arrivent à un moment précis de l'année, nichent et ensuite repartent après un certain temps. Ainsi, vers la fin de l'automne apparaît le junco ardoisé, qui lui, nous arrive des latitudes nordiques. Il passe l'hiver au Jardin et, le printemps venu, s'envole de nouveau vers le nord où il passera l'été et une partie de l'automne avant de revenir. 

Les bernaches du Canada font aussi partie des oiseaux migrateurs qui nous arrivent, quant à eux, du sud, où elles ont passé l'hiver. Celle-là viennent s'installer pour demeurer avec nous durant tout l'été et une bonne partie de l'automne, avant de repartir, en envolées spectaculaires, vers le sud de nouveau. 

Le carouge à épaulettes en est un autre qui nous revient au printemps. Cet oiseau territorial, qui n'hésite pas à s'en prendre à des oiseaux plus gros que lui, qui inclut les corneilles!, revient au mois d'avril et les femelles suivent généralement deux semaines plus tard. Les couples vont nicher et après un certain temps l'espèce quitte le Jardin, pour n'y revenir que l'année suivante. 

Il en va aussi de même pour plusieurs espèces de parulines, dont la durée des séjours varie grandement. Les orioles de Baltimore, hirondelles bicolores, moucherolles phébi, grand héron, héron vert, le canard branchu et le colvert. 

Mais qu'en est-il d'espèces rares que l'on voit que très peu et souvent assez brièvement? voyons un peu cela ensemble grâce à mon archive de photographies d'oiseaux capturés au Jardin botanique. 

Le héron vert



Sans dire que le héron vert, petit cousin du grand héron et de la grande aigrette, soit souvent de passage au Jardin botanique, sa présence n'est pas fréquente. Lorsqu'il arrive il s'installe près des étangs où il surveille, avec sa vison extraordinaire, le mouvement des poissons sous l'eau. Fort intelligent, il agite souvent une brindille ou un bout de roseau qu'il tient dans son bec à la surface de l'eau pour attirer son repas comme on le voit sur la première photo. S'il passe le plus clair de son temps près des plans d'eau il lui arrive, quoique plus rarement, de se tenir sur une branche. 

La mésange bicolore


Cet oiseau est assez haut dans le palmarès des oiseaux rares au Jardin. Facilement visible sur l'île St-Bernard et à d'autres endroits, il ne l'est pratiquement pas au Jardin. Lorsque je l'ai aperçu il n'est demeuré sur la branche que trois ou quatre secondes avant de prendre son envol. Grâce au bouche à oreille la nouvelle de cette capture a fait le tour du Jardin et l'on me cherchait afin de voir la photographie, bien entendu, mais en savoir plus sur l'observation elle-même. Malheureusement, je n'avais que très peu de détails à offrir. Il s'est posé sur la branche, y est demeuré quelques secondes, le temps que je le photographie, après quoi il est parti je ne sais où. 

Le petit blongios


De tout mon temps passé au Jardin botanique je n'ai pu voir que cet oiseau qu'une seule fois. Celui-ci a été photographié à la fin mai 2024 alors qu'il se tenait dans les roseaux sur les abords du grand étang. L'année suivante il a été entendu, sensiblement au même endroit, appelant une femelle qui n'est jamais venue mais il est demeuré invisible, bien caché au milieu des roseaux. L'apercevoir ainsi a été une occasion que je n'ai certainement pas manquée. 

Le moyen duc




Voici un autre oiseau qui n'est que très peu aperçu au Jardin botanique Ce moyen duc, que j'ai capturé dans la portion nord de l'arboretum, non loin de la Maison de l'arbre, a été une chance inouïe pour moi. Si vous voyez ce rapace au Jardin, considérez-vous chanceux car il ne vient vraiment, mais alors vraiment pas souvent. 

Le cormoran à aigrettes



Le cormoran à aigrettes, qui raffole de poissons, est souvent vu au parc de l'île de la Visitation, de l'île elle-même jusque passé le barrage d'Hydro-Québec, surtout lorsque les vannes du barrage sont ouvertes, créant de grands remous dans la Rivière-des-Prairies. Le mouvement de l'eau attire les cormorans qui s'amusent follement à plonger pour ressortir avec de bons gros poissons dans le bec. Cet oiseau, chose surprenante, peut aussi être vu... au parc Lafontaine, se tenant souvent au milieu de colverts qui se prélassent dans le gazon près de l'étang. Mais au Jardin botanique? De toutes mes années de promenades je ne l'ai vu qu'une seule fois alors qu'il se laissait flotter au milieu du grand étang, plongeant parfois pour en ressortir avec un poisson. Il est demeuré au Jardin qu'environ une semaine avant de repartir, probablement au parc de l'île de la Visitation où le gibier poissonneux est plus abondant. 

La grande aigrette


La grande aigrette est un oiseau échassier qui se trouve dans la même famille que le grand héron. En fait, ils sont tellement semblables que l'on pourrait jurer que la grande aigrette est sortie du même moule mais qu'il n'y avait plus de couleurs puisqu'elle est toute blanche. La grande aigrette est un oiseau que l'on va apercevoir près des Basses-terres dans la vallée du St-Laurent mais autrement il est rare que l'on puisse la voir ailleurs, en particulier dans un environnement urbain tel que Montréal. Comme le grand héron, la grande aigrette marche dans les étangs et marécages grâce à ses longues pattes et cherche activement des poissons. Son cou qui n'en finit plus de finir lui est utile pour pouvoir attraper des prises sans qu'elle n'ait besoin de bouger. J'ai pu photographier cette grande aigrette au Jardin il y a quelques années. Elle se trouvait aux abords du grand étang mais les carouges à épaulettes, ne désirant pas la voir, l'on picossée au point qu'elle s'est envolée pour l'étang adjacent où j'ai pu la photographier. Il n'a pas fallu longtemps que les carouges en remettent et leur seconde vague d'attaques l'a fait fuir vers le nord. Non satisfaits, les carouges l'ont prit en chasse, tels des chasseurs suivant un bombardier ennemi. 

La tourterelle triste

La tourterelle triste est cet oiseau qui fait partie de la même famille que la colombe et le pigeon biset. On voit souvent cet oiseau dans certains parcs et dans les banlieues. Toutefois, je n'ai pu voir cette espèce que très rarement au Jardin botanique. Ici, un mâle et une femelle se roucoulent ça à qui mieux mieux, préparant sans doute la prochaine génération. Elles doivent faire attention car elles représentent un repas succulent tant pour les rapaces. La seconde fois que j'ai vu une tourterelle triste au Jardin elle venait justement de se faire pincer par une buse à épaulettes dans le Jardin des Premières nations. 

La buse à épaulettes

La buse à épaulettes n'est pas un oiseau excessivement rare au Jardin mais contrairement à l'épervier de Cooper il n'y demeure pas en permanence. Cette buse est plus grande et plus massive et lorsqu'elle vient faire son tour on peut la voir dans plusieurs coins et racoins du Jardin cherchant, grâce à sa vue exceptionnelle, mulots, tamias rayées et écureuils à se mettre sous le bec. Les autres oiseaux sont aussi au menu, comme je l'ai mentionné juste un peu plus haut. Sa timidité varie grandement; soit elle se tient près d'un endroit passant, donnant de belles opportunités aux visiteurs et photographes, ou elle se tient en retrait, parfois dans les hauteurs. Sa présence, lorsque remarquée par d'autres oiseaux, les font piailler un cri d'alarme qui semble universel, s'avertissant les uns et les autres. Faites gaffe! semblent ils dire. 

Le grèbe à bec bigarré 



Souvent identifié à tort comme une espèce de canard, le grèbe à bec bigarré fait partie de la même famille que... le flamand rose. Cet oiseau aquatique ne fait que trois choses: voler, flotter et nager sous l'eau comme une véritable torpille qui laisserait les nageurs olympiques les plus rapides loin derrière tant il est rapide. Toutefois, il ne marche pas au sol comme les canards puisqu'il a évolué pour vivre en milieu aquatique. D'ailleurs ses pattes, contrairement à celles d'un canard qui se trouvent directement sous le corps, sont situées à l'arrière complètement. Ce sont ces puissantes pattes qui le font se déplacer aussi rapidement sous l'eau. 

La présence du grèbe au Jardin est rare mais s'il s'y trouve, et que le mâle parvient à attirer une femelle, ils seront assez visibles. Lorsqu'ils nagent sur l'eau ils ne sont pas peureux, permettant ainsi de saisir d'excellentes opportunités photographiques. En 2021 un couple se sont installés dans les roseaux au milieu de grand étang et se sont bien donnés en spectacle avec non pas une mais bien deux couvées. L'année suivante une couple de harles couronnés sont apparus en même temps que les grèbes. Comme les deux espèces ne peuvent pas se sentir les harles ont préféré s'en aller. Toutefois, cette année-là, les grèbes ont été moins visibles. La dernière fois que l'on a entendu un grèbe c'était il y a deux ans. On l'entendait tenter d'attirer une femelle mais sans succès. S'il est là, il faut en profiter mais s'il n'y est pas, nul ne sait quand il reviendra. Un an, trois ans, peut-être plus? 

Maintenant, voici le sommet de mon palmarès des oiseaux les plus rares que j'ai pu observer au Jardin botanique. Prenez note que d'autres photographes qui s'y promènent pourraient avoir un palmarès différent, tout dépend de la chance et du moment. 

Le balbuzard pêcheur


Il y a cinq ans, à la fin du mois de mai, je me trouvais dans ce que l'on appelle le Jardin nourricier. C'est un portion qui se trouve dans les espaces aménagés au nord du restaurant. J'y cherchais un magnifique papillon nommé le paon du jour et que certains avaient vu rôder dans les parages. Tout d'un coup, l'ombrage d'un rapace en vol est passé au sol. en levant les yeux, sur une branche d'une certaine hauteur non loin de moi, se tenait un balbuzard pêcheur. 

Ce rapace vit essentiellement le long des fleuves et des rivières, se nourrissant de poissons qu'il attrape lorsqu'ils sont près de la surface. Il peut même plonger dans l'eau au point de ne plus le voir pour de longues secondes avant de le voir ressurgir, battant de ses puissantes ailes pour sortir de l'eau avec sa proie. Mais que faisait çui-là au Jardin? Plutôt que de débattre de la question j'ai opté de le photographier. Je n'ai pu prendre qu'un seul cliché, sans réglage ni rien avant qu'il ne s'envole vers le nord, sans doute vers la Rivière-des-Prairies, lieu de prédilection de pêche pour le bihoreau gris, le grand héron et les cormorans. Je n'ai jamais revu cet oiseau depuis. 

Le pygargue à tête blanche
 

Cet oiseau rapace que l'on peut voir dans plusieurs régions du Québec sans trop de difficultés est généralement invisible en milieu urbain. Ce phénomène, peut-être égaré, a été photographié environ trente minutes après la fin de la fameuse éclipse de 2024 alors qu'il survolait en cercles le jardin alpin. J'ai rogné cette photo afin que l'on puisse mieux voir le plus gros oiseau rapace du Québec en plus de détails. Après quelques minutes il s'est dirigé vers le sud puis est disparu complètement. Est-ce que sa présence était due à l'éclipse? Difficile à dire. Des ornithologues pourraient se prononcer bien mieux que moi à ce sujet mais la coïncidence était certes étrange! 




Le saviez-vous? Bien avant que le Jardin botanique ne soit fondé par le frère Marie-Victorin en 1931, il se trouvait le collège du Mont-de-La-Salle, lequel fut abandonné et ultimement détruit par un incendie. Il se trouvait à l'endroit jouxtant le jardin des lilas et le ruisseau fleuri. Une toute petit plaque montée sur les derniers vestiges se trouve dans le jardin des lilas. Saurez-vous la trouver?