dimanche 31 mai 2026

Marcia Lucas: jamais de Guerre des étoiles sans elle

 


Bien que George Lucas soit le père et créateur de La guerre des étoiles, son film n'aurait jamais (au grand jamais!) connu un tel succès planétaire sans la contribution exceptionnelle de celle qui fut son épouse à cette époque: Marcia Lucas et qui vient de nous quitter tout récemment. 

Une remise en contexte s'impose. 

La science-fiction avait connu ses heures de gloire surtout dans les années 50 avec une quantité non négligeable de films du genre, allant des navets comme Plan 9 From Outer Space à des chefs-d'œuvre comme Forbidden Planet (Planète interdite) et tout ce qui peut se trouver entre les deux, avec des effets spéciaux de papier mâché et de papier d'aluminium à ceux infiniment plus poussés, comme War of the Worlds. 

Durant les années 60, sans dire que la science-fiction avait disparu des cinoches il s'en trouvait pas mal moins mais le genre semblait connaître un certain succès à la télévision avec Star Trek (Patrouille du cosmos), une émission qui n'aurait jamais vu le jour au petit écran en 1966 sans l'intervention de Lucille Ball. Malgré tout, la série s'était éteinte après seulement trois ans. Les mauvaise (mauvaises!!) langues diront possiblement que le public n'était manifestement pas encore mûr pour un futur où des gens en uniformes multicolore règlent les problèmes de la galaxie avec des discours philosophiques et des coups de karaté approximatifs mais c'était autre chose; le créneau horaire avait fait fondre l'audimètre et la série s'était vu couper son budget. 

En 1968 Stanley Kubrick lance son premier film de science-fiction créé avec la collaboration de l'auteur à succès Arthur C. Clarke. Le film, visuellement était magistral et avait repoussé les limites des effets spéciaux maintes fois supérieurs à que Star Trek nous avait habitué. Par contre, les gens sortait des salles en se grattant la tête avec l'énergie d'un chimpanzé tentant de résoudre une équation différentielle et se demandaient bien qu'est-ce qu'ils venaient juste de voir. Un peu trop cérébral, disaient plusieurs. Peu être même un peu trop, rajoutaient d'autres. 

Mais voilà, pour Hollywood la science-fiction semblait être devenue un genre pas tout à fait rentable (à tout le moins aux yeux et portefeuille d'investisseurs). Malgré de bons efforts comme le film Silent Running (Et la terre survivra), The Andromeda Strain (Le mystère Andromède) ou Westworld (Le monde de l'ouest) faut admettre que les films de science-fiction ne semblaient plus avoir la cote. 

Imaginez lorsqu'un certain George Lucas s'est amené au milieu des années 70 avec son ébauche de film de science-fiction à la 20th Century Fox. À ce moment la compagnie connaissait de bien gros ennuis financiers mais avait finalement accepté de financer son film malgré que le tout ressemblait à une sorte de bouillabaisse où mijotent de la science-fiction, du western, des films de samouraïs et une généreuse louche de Donjons & Dragons avant même que celui-ci ne devienne un phénomène culturel.

Le pari était risqué. Ou complètement insensé. Selon l'étage où se trouvait votre bureau.

Le tournage n'avait certainement pas été de tout repos pour bien du monde et une mutinerie parmi les équipes de tournage s'était presque levée contre Lucas. Pire, le film accusait du retard. Dans une entrevue (bien plus tard) Lucas avait avoué qu'il ne savait absolument pas ce qu'il faisait. Imaginez aussi la tronche de certains administrateurs de la 20th Century Fox qui sont allés voir ce qui se passait dans les studios à proximité et ont vu des types laisser choir au sol un réfrigérateur pour savoir le bruit que ça faisait. À cet instant précis, certains ont probablement commencé à vérifier si leur assurance couvrait les crises de panique. Mettez en une autre beurrée lorsque Lucas a même demandé à la Fox d'allonger un petit peu plus le budget! 

Un jour Lucas procède au montage de son film et invite une audience test et certains de ses amis dont Steven Spielberg et Francis Ford Coppola. À la fin de la projection tout le monde dans la salle avait l'air aussi embêté que ceux qui avait vu 2001 Odyssée de l'espace en 1968. Ce n'tait pas joli. La patente était mal bâclée, à la limite incohérente et l'intrigue paraissait décousue sans bon sens.

C'est alors qu'arrive Marcia Lucas qui prend le montage du film en main. C'est que Marcia n'est pas une timorée. Elle possède de l'expérience dans l'édition et montage de films. Elle avait fait partie d'équipes de montages de films comme Taxi Driver, New York New York, THX 1138 ainsi que American Graffiti (les deux derniers ayant aussi été réalisés par son époux). 

En amorçant le travail d'édition et de montage, elle devait accessoirement accomplir un petit miracle : transformer plusieurs kilomètres de pellicule en un film compréhensible. La situation ressemblait à celle d'un éditeur recevant un roman de mille pages dont tous les chapitres auraient été lancés en l'air depuis le toit d'un immeuble avant d'être ramassés au hasard dans la rue.

Devant elle s'entassaient des milliers de pieds de bobines qu'il fallait trier, assembler, raccorder et, surtout, tenter de faire cohabiter dans un ordre qui ne donnerait pas envie au public de réclamer le remboursement de son billet. La tâche était colossale. Le calendrier avançait à toute vitesse tandis que les bonzes de la Fox tapaient du pied avec une énergie qui aurait pu alimenter une petite centrale électrique.

Il faut dire que les dirigeants du studio n'étaient pas exactement rassurés. Après avoir visionné un premier montage préparé par George Lucas, plusieurs avaient acquis la conviction que La Guerre des étoiles allait devenir un magnifique cratère financier. À leurs yeux, le film ressemblait davantage à une expérience de laboratoire ayant mal tourné qu'à un futur succès populaire. Certains se demandaient probablement si Lucas ne tentait pas secrètement de tester les limites psychologiques des cadres de studio.

À l'inverse, tous leurs espoirs reposaient sur The Other Side of Midnight (De l'autre côté de minuit), adaptation d'un best-seller qui, sur papier du moins, possédait tous les ingrédients d'un succès respectable. C'était ce film-là qui devait sauver les meubles, remplir les coffres et empêcher la Fox de devoir vendre les poignées de porte pour payer les factures.

Pendant ce temps, La Guerre des étoiles était perçu comme le projet bizarre du fond du corridor. Celui dont personne ne comprenait vraiment l'intrigue, où des chevaliers de l'espace se battaient avec des épées lumineuses, où des robots passaient leur temps à se chamailler et où un grand méchant respirait comme un aspirateur souffrant d'emphysème.

Le résultat du travail de Marcia? C'est ce que l'on a vu dans les salles de cinéma en mai 1977, dans sa version originale et bien avant qu'on lui accole le sous-titre d'épisode IV... . Le film avait enfin une cohérence dans son récit et les séquences d'action, surtout lors de l'attaque des rebelles sur l'Étoile noire à la fin du film et qui nous avaient fait tenir sur le bout de nos sièges. C'est aussi Marcia qui avait concocté les fameuses transitions entre les scènes et qui sont devenues si caractéristiques de la série. 

Au final, si ce n'avait été du travail de extraordinaire de Marcia Lucas, La guerre des étoiles, malgré toutes les bonnes intentions de son créateur, n'aurait été qu'un nanar qui aurait prouvé que la science-fiction ne passait plus et qui aurait probablement même reçu la plus haute distinction dans le TV Hebdo, un 7. Heureusement, le travail miraculeux de Marcia l'aura transformé en véritable phénomène cinématographique qui va non seulement ramener des montagnes de fric mais va remettre la science-fiction au menu, tant au cinoche qu'à la télévision. 



Le saviez-vous? Le travail de Marcia a été tel que lors de la cérémonie des Oscars en 1978 elle s'est vu remettre, avec ses compères Paul Hirsch et Richard Chew (bacca), l'Oscar pour le meilleur montage de film. Juste ça. 



Sous me yeux: Une histoire du Québec, racontée par Jacques Lacoursière. Un livre qui devrait certainement être une lecture obligatoire au secondaire. 

Devant mes yeux: Revu avec grand plaisir un grand classique de 1960: Les sept mercenaires (The Magnificent Seven) avec Steve McQueen, Yul Brynner, Eli Wallach et Charles Bronson. 

Dans mes oreilles: Wish You Were Here (version disque compact, remastérisée) dont la sublime pièce Shine on You Crazy Diamond.  

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