Au début du XXe siècle, il se trouve quelques formats qui se disputent la première place en matière d'écoute de musique pré-enregistrée. Les cylindres de cire dure, comme ceux d'Edison que l'on peut écouter avec une machine spéciale sont encore en vogue mais bientôt un nouveau format émerge: le 78 tours.
En 1910 la plupart des disques sont enregistrés à environ 78 à 80 tours par minute. En 1925, la vitesse de 78,26 tours par minute est choisie comme norme pour les phonographes motorisés, car elle convenait à la plupart des disques existants et était facilement atteignable à l'aide d'un moteur standard de 3 600 tours par minute et d'un engrenage à 46 dents (78,26 = 3 600/46).
Les 78 tours, que l'on appelait pas comme ça dans le temps, étaient fabriqués en gomme-laque ou, en shellac comme on appelait aussi cette matière. Ce matériau avait toutefois un défaut singulier: il était fragile comme de la porcelaine. Autre désavantage, la durée d'un enregistrement 78 tours par minute était d'environ trois à cinq minutes par face, selon la taille du disque. Un disque de 30 cm (12 pouces) contient généralement quatre à cinq minutes de musique alors que celui de 25 cm (10 pouces) était d'approximativement trois minutes. Écouter une œuvre complète relevait alors du casse-tête : il fallait changer de disque fréquemment, interrompant sans cesse l’expérience.
Durant la Seconde guerre mondiale le gouvernement américain met un frein à la production de disques 78 tours afin que le matériau puisse servir à l'effort de guerre. C'est en 1948 que Columbia Records introduit le 33 tours ou «long play» (longue durée) et qui permettait d'obtenir environ 20 minutes par face. Il était aussi fabriqué de vinyle souple et donc moins fragile que le 78 tours. Le but avoué était, on l'aura deviné, de remplacer le vieux format.
La même année, ironiquement, RCA Victor, le grand rival de Columbia Records, travaillait aussi sur son propre format de remplacement et lorsque Columbia lança le 33 tours, RCA se mit en tête de développer son propre projet et, en 1949, dévoila le disque 45 tours. Le 78 tours prend sa retraite définitive en 1955.
Les grands gagnants étaient évidemment le grand public ainsi que les artistes. On pouvait offrir sur un seul album 33 tours une grande sélection de musique de tous les genres et le 45 tours, fort apprécié de la jeunesse du temps offrait l'opportunité de pouvoir n'acheter que les chansons à succès et aussi de pouvoir les transporter un peu partout.
Audio Fidelity lance en 1957 les premiers disques offrant la sonorisation en stéréo et cette nouveauté devient révolutionnaire. Les audiophiles ne pouvaient demander mieux! Dès 1958 d'autres compagnies emboîtent le pas en utilisant ce nouveau format sonore.
Dans les décennies qui suivent, le 33 tours s’impose comme le format dominant. Des années 1950 aux années 1980, il accompagne l’explosion de la musique populaire. Le concept d’ album prend alors tout son sens. Les artistes ne se contentent plus d’enregistrer des chansons isolées : ils construisent des œuvres cohérentes, pensées pour être écoutées du début à la fin. Le 33 tours devient aussi un objet culturel. Les graphistes se trouvent une nouvelle façon de créer: les pochettes. Ces dernières se transforment peu à peu en œuvres d’art et chaque disque tente de s'identifier avec une identité visuelle forte qui demeure en mémoire autant que la musique elle-même. Lorsque j'étais étudiant en arts graphiques au début des années 80 l'étude et la création de pochettes a fait partie du curriculum.
Voici quelques pochettes tirées de ma collection et que j'apprécie grandement pour leur design:
Depuis quelques années, le vinyle connaît un retour spectaculaire. Les ventes augmentent, les presses tournent à plein régime, et les disquaires indépendants retrouvent une seconde jeunesse. Ce renouveau ne se limite pas à une simple mode rétro : il s’inscrit dans une quête plus profonde d’authenticité.
À l’ère du streaming instantané, où des millions de titres tiennent dans une poche, le vinyle impose un autre rythme. Il faut choisir un album, le sortir de sa pochette, poser délicatement l’aiguille. C’est un rituel. Une pause dans le flux constant du numérique.
Le vinyle n’est pas parfait, et c’est précisément ce qui le rend si attachant. Les crépitements, les légères distorsions, cette chaleur sonore si particulière… autant d’éléments qui donnent l’impression que la musique respire.
Contrairement aux fichiers compressés, le son analogique offre une profondeur que beaucoup décrivent comme plus « vivante ». Est-ce une illusion ? Peut-être. Mais c’est une illusion qui séduit, et qui transforme l’écoute en expérience.
L’objet au cœur de l’expérience
Au-delà du son, le vinyle est un objet. Une œuvre presque tactile. Les grandes pochettes deviennent des toiles, les livrets racontent une histoire, et chaque disque a un poids, une présence.
Dans un monde où tout devient immatériel, posséder un vinyle, c’est affirmer un lien physique avec la musique. C’est collectionner, exposer, transmettre.
Une nouvelle génération séduite
Fait intéressant, le retour du vinyle n’est pas uniquement porté par ceux qui l’ont connu à son apogée. Une nouvelle génération, élevée au numérique, s’y intéresse avec curiosité.
Pour ces jeunes auditeurs, le vinyle n’est pas un souvenir, mais une découverte. Une façon différente de consommer la musique, plus lente, plus attentive. Là où les playlists fragmentent l’écoute, le vinyle invite à redécouvrir l’album comme une œuvre complète.
Du coup ça me rappelle cet article que j'ai lu il y a un mois ou deux et dans lequel on parle de jeunes, de plus en plus nombreux à New York qui ont choisi d'adopter le mode de vie analogue que les plus vieux comme moi ont bien connu. Ça va des disques en vinyle mais ça inclut des appareils photo argentiques et des téléphones intelligents qu'ils ont remplacé par de simples modèles «flips».
Effet de mode ou tendance durable ?
La question reste ouverte. Le vinyle continuera-t-il de prospérer, ou finira-t-il par redevenir une niche ? Difficile à dire.
Mais une chose est certaine : son retour révèle un besoin. Celui de ralentir, de ressentir, de redonner de la valeur à l’acte d’écouter. Et tant que ce besoin existera, il y aura toujours une place pour le doux crépitement d’un disque qui tourne.

















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