vendredi 3 mai 2013

Frontier Town



Je devais avoir quoi, six ou sept ans quand nous sommes allés faire un tour à Frontier Town aux États-Unis. Vous connaissez? Si vous avez plus de quarante ans y’a des chances. Frontier Town c'était un parc thématique sur le far-west et quel ti-cul de ce temps-là ne trippait pas sur ces fameuses histoires de cow-boys et d'Indiens qu'on voyait souvent dans les émissions télé comme Bonanza, le Ranch L et les films avec Clint Eastwood. D’ailleurs mes amis et moi avions tous notre panoplie du parfait petit cowboy; la ceinture, le revolver qui faisait péter des pétards qu’on achetait en rouleaux ou en rondelles rouge et dans certains cas, le chapeau.

Le seul bémol c’est que Frontier Town était aux États mais heureusement pas si loin puisque ça se trouvait à North Hudson dans l’état de New York. Y’avait tout de même un bout à faire en route à faire. Après avoir traversé le pont Jacques-Cartier puis roulé sur la 15 jusqu’à la frontière située à St-Bernard-de-Lacolle, fallait ensuite se taper la 87, la fameuse «Adirondack Highway». C’était les années 70, je vous le rappelle, donc pas de iCochonnerie, pas de lecteur Blu-Ray avec écran Imax incorporé ni soixante-douze consoles de jeu pour passer le temps durant le trajet. Même pas d’air climatisé. C’était comme ça. Pour m’occuper je pouvais compter sur une bonne réserve de Pif Gadget. Pour le reste je pouvais m’amuser à compter le nombre de voitures de telle ou telle couleur croisées en cinq minutes. Si, parce que simplement regarder dehors était un peu plate. La 87 n’avait pas grand-chose à offrir comme variété de paysage. Une autre activité favorite, et parce que j’étais en culottes courtes, était de me décoller de temps en temps le derrière des cuisses du siège en vinyle noir chauffé par le soleil. Couic! Vous vous souvenez de ça j’espère? En chemin, y’avait aussi la proverbiale pause-pipi et l'autre, obligatoire, au stand à patates frites où lesdites patates frites étaient passablement foncées avec des bouts noirs et dont la graisse rendait le sac brun tout à fait transparent en moins de dix minutes. Fallait pas oublier la paille pour la liqueur parce que boire au bec en route était risqué. Il suffisait de passer sur une bosse au mauvais moment et on s'envoyait l'goulôt dans les palettes. Bing!

Ensuite on se laissait aller, traversant Plattsburgh et Keeseville puis jusqu’à la sortie 29, qu’il fallait pas manquer, évidemment. On tournait ensuite à droite sur Blue Ridge road jusqu’à la route 9. Rendu là, Frontier Town n’était même pas à une minute. La joie, lorsque l’on entrait dans le grand stationnement, je vous dis pas. En sortant de la voiture on pouvait apercevoir d’autres familles qui arrivaient en même temps. Il se trouvait pas mal de gamins de mon âge. On ne se connaissait pas mais on se regardait avec de grands sourires, sachant que l’on était ben chanceux d’être là. 

Lorsque je voyais ce grand panneau dans le stationnement c'est à peine si je pouvais tenir en place, surtout après toute la longue route.

Le spectacle de rodéo était très apprécié. Remarquez les drapeaux canadiens et québécois.

Voici les diligences qui arrivent!

Ici nous sommes au Pioneer Village. À gauche on voit l'église, à gauche la place centrale avec son étang et aussi son pilori où l'on plaçait les condamnés. Plus loin au centre c'est le Carrousel Park et plus en retrait à gauche on voit Prairie Junction où se trouvaient des commerces et le fameux saloon.

Une autre belle vue de Pioneer Village.

Voici la cavalerie qui quitte Prairie Junction pour s'en retourner au fort Custer.

Une meilleure vue d'ensemble avec le rodéo à l'avant-plan, Prairie Junction et Pioneer Village. La butte à droite était là où se trouvait le fort Custer.

Le parc avait été foutrement bien pensé. Il y avait là tout ce qu'il fallait pour nous faire tripper ben raide. Si un enfant s'y ennuyait il ne méritait rien d’autre que d’être envoyé dans un camp d'algèbre avec du gruau nature et juste des prunes séchées comme lunch.

On pouvait entre autres faire un tour de diligence et on avertissait du danger que posaient les Daltons mais on nous rassurait. Pas de danger quant à une attaque. Pour s'en convaincre, fallait regarder à notre gauche où se trouvaient maladroitement enterrés les corps de vilains malfaiteurs qui avaient voulu un jour faire main basse sur la diligence et dont on ne voyait que les bottes sortant de terre. Ha ha, binbon pour eux!!

Et puis il y avait aussi le fort de la Cavalerie où se trouvait un poste de recrutement. Était-ce le 20è, comme dans Lucky Luke? Aucune idée. Je me souviens par contre avoir été drafté sans trop comprendre ce qui se passait ni de quoi il en retournait. On se tenait au milieu du fort pendant qu’un soldat trompetait la chanson traditionnelle et qu’un officier nous passait en revue. Étant donné que je ne comprenais pas l’anglais alors j’ai fait comme les autres. J’ai dû bien faire puisque j’ai reçu mon certificat. Que je n’ai plus, malheureusement.

On donnait également des spectacles de rodéo mais je n’ai pas le souvenir d’en avoir vu parce qu’ils se donnaient à des heures précises et qu’il fallait être là pour les voir. Je préférais la rue où il y avait ces petites boutiques où des bandits venaient de faire main basse sur le coffre-fort de la banque. Chic! Heureusement le shérif était là et tout est rentré dans l'ordre. Ça faisait toujours un pincement au cœur de s’en aller mais nous n’avions pas le choix. Et puis fallait penser à toute cette route pour revenir à la maison. Avant de partir toutefois fallait tout de même faire un arrêt à la boutique de souvenirs. On trouvait là tout ce qu’un cow-boy en herbe pouvait rêver d’avoir.

Frontier Town c’était le rêve de Art Bensen, son fondateur, qui l’a ouvert en 1952. Il a vendu en 1983 à de nouveaux propriétaires et, pour une raison inconnue, l’on fait fermer en 1985. Le parc a été racheté en 1989 par Panther Mountain Water Park. Frontier Town a continué d’opérer et a ouvert pour la dernière fois à l’été de 1998 après quoi il n’a plus jamais rouvert. En 2004 le comté d’Essex a saisi Frontier Town parce que la compagnie qui l’avait acheté ne payait pas ses taxes et en 2004 l’essentiel de ce qui composait le parc thématique a été vendu aux enchères. Le site existe encore et il se trouve encore une poignée de bâtiments un peu partout mais qui sont, on l’aura deviné, tout délabrés puisque tout a été abandonné.

Les ruines de Pioneer Village.

Voici ce qui reste de Prairie Junction. Au fond on voit ce qui était le Caroussel Park où il y avait des jeux pour enfants.

Le piano du saloon. 

La scierie, laquelle se trouvait pas trop loin de la forge.

Je crois qu'il s'agit ici du Pioneer Village.

Si je me souviens bien ce bâtiment était la forge. Enfin, ce qu'il en reste. 

Prairie Junction.

Une autre vue de Prairie Junction. On voit que la structure des bâtments est devenue instable.

 Prairie Junction, vu d'un autre côté. Le quai d'embarquement pour la ballade en train se trouvait à quelques pas de cet endroit.

Sur cette vue du haut des airs on voit l'entrée ainsi que le stationnement. Le parc se trouvait tout juste à gauche. 

Une bonne partie des installations a disparu et le reste est lentement avalé par la nature. On peut reconnaître quelques éléments dont le tracé du petit chemin de fer ainsi que le rodéo.

 La bâtiment d'accueil était la première chose que l'on reconnaissait lorsque l'on arrivait [enfin] sur les lieux.
Nous sommes allés deux fois à Frontier Town, en '74 et '75 je crois et les deux fois je n'avais jamais eu assez de mes deux yeux et de mes deux oreilles pour tout voir et tout entendre. Il me reste toutefois deux souvenirs de ces visites; mon étoile de shérif et le fanion.



Saviez-vous ça vous autres? Y'a une croyance populaire un peu niaiseuse qui veut que le farwest c'était violent sans bon sens avec du sang partout. Ça faut remercier tous les westerns insipides genre spaghetti meat-ball avec ben d'la sauce genre Sergio Leone. La réalité? On comptait en moyenne 1.5 meurtres par année dans chaque ville du farwest américain. La bataille de OK Corral? Trois morts. Pas de farces, vous avez plus de chances de vous faire tuer par une vache en 2013 qu'à Tombstone en 1881. Ouais, par que statististititiquement parlant les vaches tuent 22 personnes par année.


4 commentaires:

  1. So sad. There was a place I visited as a kid called Hee-Haw Valley, that suffered a similar fate. I really do miss the good old days sometimes my friend.

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    1. I miss these places too. I had hoped to bring my daughters there but alas. A bunch of decrepit building overgrown by vegetation wouldn't have been much fun. It's very sad that there are only less than a handful of themed parked around.

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  2. J'ai 46 ans et j'aurais tant voulu le visiter étant petit. J'avais vu leur commercial à la télé.

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    1. Peut-être que les enfants d'aujourd'hui n'y auraient pas trouvé grand chose d'intéressant mais pour ceux de notre génération c'était tout à fait extraordinaire.

      Pluche

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