samedi 23 octobre 2010

Les Fantômes du Chateau

Quelque part dans les années 70 jouait à Radio-Canada une émission britannique qui s'appelait Les Fantômes du Château, une série créée par Richard Carpenter et dont le titre original était Ghosts of Motley Hall. Carpenter, faut-il le souligner, est celui qui nous a aussi donné l’ineffable Temporel (Catweazle).

Cette série donc, mettait en scène des fantômes d'époques différentes mais «vivant» tous dans un château quelque peu décrépit et dans lequel ils ont tous habité à différentes époques. Ils ne pouvaient toutefois pas en sortir, sous peine de quoi l'histoire ne le dit pas, tout ce qu'on sait c'est qu'ils ne pouvaient pas. Motley Hall, qu’ils hantent, est abandonné et la famille Uproar ne l’habite plus depuis une vingtaine d’années. Le propriétaire actuel du château, un certain Arnold Gudgin, tente alors de vendre le château mais c’est sans compter le désir commun des cinq fantômes qui ne veulent pas assister à la démolition de leur demeure ou voir de nouveaux occupants envahir la place. Mais qui sont ces fantômes, justement?


1. Sir George Uproar est un ancien général de l’époque victorienne dont la mort ignominieuse, en déboulant un escalier, va à l’encontre de ses récits de bravoure. Il croit être en charge et les autres fantômes lui laissent le croire. Il ennuie souvent les autres avec ses histoires de guerre et il semble ignorer parfaitement combien d’entre elles ont littéralement foiré. Et il aime beaucoup tenir des réunions.


2. Francis «Fanny» Uproar est un dandy du 18è siècle qui, de son vivant, était constamment en état d’ébriété et qui est mort durant son 12è duel. Doté d’une cervelle de poisson rouge il est souvent distrait et ne semble jamais réaliser ce qui se passe sous son nez.


3. La Dame Blanche ne sait pas d’où elle vient et, vêtue de sa robe, hante souvent les escaliers. Le fait qu’elle soit la seule femme et qu’elle n’ait aucune mémoire lui fait souvent sentir qu’elle est à part des autres.


4. Matt (debout à l'arrière les bras croisés) est un jeune garçon d’étable de l’époque de la régence anglaise qui, ironiquement, semble avoir davantage de jugeote que les autres fantômes réunis et ce, même s’il ne sait pas lire. Il est celui qui fait réfléchir le groupe et qui semble toujours savoir quoi faire même s’il a un petit côté espiègle.


5. Et le dernier et non le moindre, mon préféré : Bodkin. Celui-ci était un bouffon à la cour de la reine Élizabeth 1 au 16è siècle. Il est mort lorsqu’on la balancé une fois de trop dans la mare aux canards et il qu’il a attrapé une vilaine grippe.

Mais ce qui était intéressant c’est que les scénarios amenaient souvent ces personnages à donner leur avis en fonction de leurs origines ainsi que des conflits historiques respectifs. Cela donnait naissance à des chocs culturels pour le moins amusants. J’avoue sans détour m’être laissé complètement charmer par les histoires que l’on suivait et qui stimulaient l’imagination. Qui plus est, les scénarios imaginatifs ne se prêtaient jamais à de la comédie facile ou légère mais se trouvait souvent à être une étude sur l’interaction de gens forcés de se côtoyer. Comme une famille un peu étrange les choses n’étaient jamais faciles.

Le tournage s’effectuait en studio, d’abord dans des décors imitant l’intérieur du château mais aussi dans des décors identiques entièrement peints en vert, ceci afin de pouvoir produire les effets spéciaux requis. Quant aux scènes extérieures on s’est servi du véritable château Borwick Hall dans le Lancashire, un château qui existe toujours aujourd’hui mais qui n’est pas du tout hanté. Pas à ce que l’on sache, à tout le moins. En réalité il ne s'agit même pas d'un château abandonné puisqu'on peut le visiter, y dormir, faire des activités et même déguster de succulents plats. On peut en savoir davantage ici sur la page officielle du château. 

La série s’est étalée sur trois saisons, de 1976 à 1978 et il y a eu au total 20 épisodes, tous réalisé et produits par Quentin Lawrence, incluant un spécial de Noël pour le compte de Granada Television. La série est aujourd’hui disponible en coffret DVD mais peut-être un peu difficile à trouver. Voici néanmoins un brin de cette émission. 





Le saviez-vous? L’idée de Ghosts of Motley Hall est venue à Carpenter lorsqu’il a lui-même aperçu un fantôme lors d’un séjour dans une maison de pension à Liverpool.

mercredi 20 octobre 2010

stabulum

C’était à l’automne, il y a de cela quelques années. Par un samedi matin je suis parti comme ça pour aller me promener dans le vieux quartier Griffintown. Au-dessus de ma tête se trouvait un couvert nuageux assez étonnant mais qui, selon ce que la météo disait, ne risquait pas de faire autre chose que passer. J’ai erré de rue en rue, Eleanor, Shannon, Barré, Ottawa, Rioux, de la Montagne, entre autres. J’en ai profité pour me documenter visuellement sur un article à paraître prochainement et qui portera sur un fait divers plutôt intéressant. J’ai clos ma promenade en remontant la rue Ann où, tout juste derrière l’ancien édifice New City Gas, dos au chemin de fer, j’ai pu prendre cette photo qui incidemment se trouve à l’opposé de celle-ci.

Appareil utilisé: Canon Rebel XT. 




Le saviez-vous? L’édifice New City Gas a été construit entre 1859 et 1861 et l’architecte fut nul autre que John Ostell à qui l’on doit aussi, entre autres, l’édifice des Douanes de la Place Royale, le Vieux palais de justice et les clochers de l’église Notre-Dame.

samedi 16 octobre 2010

Kiri le clown

Lorsque Bobino se faisait poivrer la tronche avec un pétard à la farine il se fâchait, assurément. En s’essuyant le visage avec son mouchoir il maugréait à Télécino de faire tourner un p'tit bout de film, le temps de se nettoyer pendant que Bobinette était pliée en quatre. Et quand Télécino faisait jouer quelque chose il y avait de bonnes chances que ce soit ceci:


Kiri le clown est une série qui a été réalisée en 1966 en France par Jean Image pour l'ORTF. On y suivait les aventures du clown Kiri, lequel voyageait de ville en ville avec sa roulotte tirée par la jument Bianca. Avec lui se trouvaient Laura, la blonde écuyère, Ratibus le chat et Pip’lett la perruche qui tombait sur les nerfs d'à peu près tout le monde. Pip’lett d’ailleurs me rappelait à cet égard un autre moineau énervant, Couac dans les Oraliens. La conception des marionnettes, créées par Marcel Breuil, était assez simple. Ainsi, la tête de Kiri n’était qu’une boule de balsa peinte dans laquelle on a enfoncé deux punaises pour les faire les yeux. Pour la bouche on a utilisé du papier collant et quelques brindilles de laine ont suffi pour la chevelure.



Le saviez-vous? La série, qui compte quelques 130 épisodes, a été réalisée selon le concept d’image par image et avec 24 images par secondes il fallait quelque chose comme six jours de tournage pour obtenir de 4 à 5 minutes d'animation.


crepusculum

Si vous êtes amateur d'architecture alors une visite à l'oratoire Saint-Joseph s'impose. La construction a commencé avec la crypte-église en 1915 pour se terminer avec la basilique en 1967 et une aussi grande période de temps, surtout celle-là, fait que l’on peut y admirer différents styles architecturaux. Par exemple, l’ensemble extérieur est caractéristique du style Beaux-arts alors que la crypte-église, en-bas, tire sur le néoclassique saupoudré de renaissance italienne. Plus haut, l’intérieur de la basilique n’est pas sans rappeler le mid-century modern avec son usage de béton et de bois. Il se dénote aussi d’autres éléments, comme à la terrasse, laquelle emprunte davantage à l’Art-déco. La photo que je vous propose aujourd’hui en est un bon exemple.

Appareil utilisé: Canon Rebel XT. 





Le saviez-vous? La finition extérieure de l’oratoire St-Joseph a été faite avec du granit provenant de Lac-Mégantic.

lundi 11 octobre 2010

Dominion Oilcloth


Avec cette publicité nous revoici en 1955, soit pif-poil au milieu de la décennie de la couleur. Si entrer dans une telle cuisine le matin ne suffisait pas à vous réveiller le matin il ne vous restait plus que le double-expresso. Le linoléum est un matériau reconnu pour avoir la vie dure et cette pub n'a pas tout à fait tort quand il est mention de la facilité de l'entretien et de sa capacité à garder son aspect pendant longtemps. 

Dominion Oilcloth est une compagnie qui a été fondée en 1872. Le directeur n'était nul autre que Hugh Allan et il obtient ce poste alors que bouillonne ce qu’on va appeler le «scandale du Pacifique» alors qu’Allan est accusé d’avoir soudoyé le premier ministre John A. Macdonald pour obtenir le contrat de la construction du chemin de fer trans-Canadien. Et Allan est en plein milieu de la marmite. Lorsque tout ça va péter le gouvernement de Macdonald va se retrouver la face pleine de suie et le pays va s’en aller en élections. Quant à la Dominion Oilcloth les affaires vont bien et la compagnie diversifie ses produits. Les installations prennent de l’expansion et en 1929 on fait ériger, selon les plans de la firme Hutchison & Wood, un nouveau bâtiment administratif au coin de Parthenais et Ste-Catherine.

De retour à la publicité.

En terme d'exécution nous avons droit ici à une présentation des plus classiques pour l'époque; large illustration ou photo en haut et texte explicatif avec logo en bas. On pourrait initialement croire qu'il s'agit d'une photo teinte à la main mais tout semble indiquer qu'il s'agit d'une véritable photo couleur, retouchée un peu toutefois. L'absence de bébelles sur le comptoir comme un grille-pain, robot-culinaire ou micro-ondes (ha!) est nécessaire afin de ne pas distraire l'attention du lecteur. On remarquera d'ailleurs le mur uni ainsi que le rideau turquoise sans aucun motif. Tout est habilement disposé afin de laisser la place au linoléum.

Ce linoléum, justement, était fabriqué à l'usine de Montréal. Comme on peut le voir en bas de l'annonce à gauche, on peut y lire que la compagnie avait pignon sur rue au 2200 Ste-Catherine est. C’est l’adresse du bâtiment dont je vous parlais plus haut. L'annonce dans le Lovell de 1955, année de parution de la publicité, est encore plus explicite quant aux produits de la compagnie:


Mais le 2200 Ste-Catherine est, c'était où exactement et qu'est-il advenu du bâtiment? Existe-il encore aujourd'hui? Absolument! Même qu'il est fort probable que vous soyez passé devant à plusieurs reprises. Tout juste au coin sud-est de l'intersection Ste-Catherine et Parthenais. Encore faut-il préciser qu'il s'agit ici du bâtiment administratif et qu'il ne subsiste plus rien de l'usine en tant que telle.

Construit dans le style art-déco, il est intéressant de noter que le bâtiment n’a pas été trop amoché avec les années. En fait son apparence actuelle est très proche de celle d’origine. On notera aussi le pourtour de l’entrée est agrémenté de bas-reliefs représentant des vignes. En 1966 l’entreprise a changé de nom pour Domco pour ensuite déménager à Farnham où elle opère, au moment d'écrire ces lignes, sous le nom de Tarkett.
Cette autre publicité qui date de 1905 nous montre l'ensemble des installations, très impressionnantes pour l'époque, de la compagnie. On peut d'ailleurs voir le bâtiment administratif en bas, un peu à droite du centre. À l'arrière on note le fleuve St-Laurent ainsi que l'île Ste-Hélène. Quant à l'usine, située à l'extrémité ouest du quartier Hochelaga, cette compagnie a permis à plusieurs personnes d'avoir un emploi permettant de mettre du pain et du beurre sur la table familiale. Le fait que l'entreprise ait procédé à des agrandissements en 1929, qui marquait le début de la crise économique, démontre sa vitalité et son dynamisme malgré une période trouble qui allait faire bon nombre de chômeurs. 

Entre-temps ce qui retient l’attention par chez nous en octobre 1955 (mois de parution de la publicité en-haut de l'article) c’est la décision du premier ministre Duplessis de refuser le programme canadien d’assurance-santé tel que proposé par le gouvernement fédéral. Alors qu’il se trouvait à Dolbeau il en a profité pour dire que ce qui vient «d’ailleurs» (fédéral) n’est pas conforme avec nos coutumes. L'assurance-maladie, comme on le sait, s'est établie au Québec en 1969.


Le saviez-vous? Quantité de produits à l’époque et destinés à des usages domestiques comportaient de l’amiante. On s’en servait pour isoler les tuyaux et bon nombre de plâtriers en mêlaient à leur plâtre. Le linoléum n’en était pas exempt alors si vous en avez de cette époque, soyez prudents et n’hésitez pas à contacter des experts.

dimanche 10 octobre 2010

piscator


C’est par un dimanche soir tranquille que je me suis trouvé aux abords du fleuve, à la Cité du Havre pas trop loin d’Habitat 67. De cet endroit la vue sur Montréal est tout simplement magnifique. Ici ma lentille s’est tournée vers l'ouest ou un pêcheur solitaire taquinait le poisson, peut-être la perchaude, le doré, le brochet ou encore l’achigan, avec, en arrière-plan, le vieux silo #5. Plus haut, des nuages un brin inquiétants sont passé sans toutefois ne rien laisser échapper.

Appareil utilisé: Canon Rebel XT. 




Le saviez-vous? Contrairement à ce que l’on serait porté à croire l’eau du fleuve est beaucoup moins polluée qu’avant et elle aussi bien oxygénée, de sorte que l’on peut manger sans problème tout poisson que l’on parvient à attraper. Bon appétit!

mardi 5 octobre 2010

hederae

Muret de pierre couvert de vignes dans la section des vivaces qui longe le boulevard Pie-IX, au Jardin Botanique. C'est une partie que je trouve très intéressante mais dont je ne suis pas certain de la date de construction. Peut-être entre 1936-39 en même temps que les jardins d'accueil? Possible, quoique je penche davantage pour une époque plus proche de celle où l'on a érigé le restaurant, soit la période d'après-guerre.



Le saviez-vous? La construction des premiers éléments du Jardin botanique a débuté en mai 1936 alors que l’on a fait appel à près de 2,000 chômeurs durement frappés par la crise économique. Un programme d’aide du gouvernement du Québec a permis de les embaucher.

dimanche 3 octobre 2010

O'Keefe en 1948

Cette publicité de la brasserie O'Keefe nous ramène en 1948. C'était bien entendu bien avant sa fusion avec Molson, chose que personne n'aurait probablement imaginé à l'époque. Il se trouve quelques éléments intéressants dans cette annonce alors regardons-y de plus près.

Tout d'abord, il y a l'absence totale de placement de produit O’Keefe et le seul breuvage dans l'illustration est la tasse que tient le mécanicien de locomotive (on s'imaginerait du café mais il se trouvait beaucoup de mécanos qui préféraient le thé). La locomotive en est une à vapeur, bien entendu. C'est durant les années 50 que les locomotives diésel-électriques vont parvenir à s'imposer. Dans cette publicité O'Keefe ne mousse pas exactement son produit mais fait plutôt l'éloge des auxiliaires du transport, une façon plutôt originale de flatter une part de sa clientèle dans le sens du poil.

L'autre élément intéressant est l'illustration elle-même. Comme on l'a vu dans d'autres articles, les publicités étaient à l'époque largement illustrées par des graphistes très talentueux, parfois connus et parfois parfaitement inconnus. Dans ce cas-ci O'Keefe a fait appel à l'artiste Rex Woods, celui qui est considéré par plusieurs comme étant le Normand Rockwell canadien. Si Rockwell concevait les pages couvertures du Saturday Evening Post, Woods l'était pour les couvertures du MacLean's, en plus de faire du travail commercial, comme pour la dame des cigarettes Export-A. En ce qui concerne l'illustration ci-dessus, Woods a été absolument impeccable dans son exécution et tout y est représenté avec exactitude.
Rex Woods, date inconnue.


En octobre 1948, mois de parution de cette publicité, les gens du Québec découvrent en librairie une oeuvre de Roger Lemelin qui va laisser sa trace dans l'histoire littéraire du Québec: la famille Plouffe. 




Le saviez-vous? Woods est aussi celui qui a peint la fameuse femme qui arbore les paquets de cigarettes fabriquées par MacDonald Tobacco.