jeudi 13 octobre 2011

Spécial Halloween: Frankenstein


Frankenstein est certainement un de mes monstres favoris et ce, depuis que je suis p'tit bonhomme. Ah, Frankenstein. Juste le nom est suffisant pour que ça évoque immédiatement l'image du fameux monstre à la tête plate, à la peau verte et aux électrodes dans le cou. Frankenstein c'est cet espèce d'ogre, souvent à la peau verte avec des plaies sanguignlantes, les bras tendus vers l'avant avec un faciès de bulldog et qui avance comme un pataud avec ce désir insatiable d'arracher des têtes. Enfin, c'est comme ça qu'il est souvent représenté dans la culture populaire.

Mais vous savez ce qui est marrant là-dedans? C'est que cette version populaire qu'on voit partout tout spécialement dans ce temps de l'Halloween, est essentiellement dûe à:


Faites la connaissance de Mary Shelley, une charmante dame qui est née en 1797 en Angleterre. En 1816 elle épouse Percy Shelley et durant l'été le couple part en voyage dans le coin de Genève avec Lord Byron, le jeune médecin John William Polidori et Claire Clairmont. Une fois là-bas ils louent la Villa Diodati, charmant manoir pas très loin d'un lac.

L'été de 1816 dans ce coin-là s'avère finalement assez pourri. Il pleut presque tout le temps alors tout le monde doit rester à l'intérieur. Pas d'internet dans ce temps-là alors tout le monde reste en dedans et jase autour d'un feu de foyer. On jase de ceci, de celà. Puis la discussion en vient à tourner autour du galvanisme. Vous connaissez ce truc?

Attachez votre tuque.

Vous avez peut-être déjà fait une expérience étrange dans un cours de biologie au secondaire. Vous savez, faire passer un faible courant électrique dans des cuisses de grenouille? Cette expérience là.

Réanimation des muscles par simple saupoudrage de sel.

Le galvanisme venait du scientifique Luigi Galvani qui avait pas mal expérimenté sur la réanimation de muscles par courant électrique. On parle aussi des expériences un peu plus lugubres celles-là (si c'était possible) de Giovanni Aldini, neveu de Galvani, qui lui faisait à peu près la même chose mais sur des cadavres humains, dont celui du criminel George Forster. Il en a d'ailleurs fait une démonstration publique, appliquant du courant électrique à différents endroits du corps, lequel s'est mis à grouiller un peu comme les cuisses de grenouilles plus haut. Certains avaient pensé que Forster était revenu à la vie. Un type en voyant ce spectacle en est même mort de frayeur. Bien sûr le cadavre n'était pas revenu à la vie. Soyons sérieux quand même.

Mais on ne parle pas que de ça. On prend plaisir à se lire des histoires de fantômes. Lord Byron propose alors que chacun écrive une histoire surnaturelle afin de voir laquelle sera la plus épeurante.

Et c'est là que Mary Shelley, inspirée par le galvanisme, pond la structure de ce qui va devenir son roman Frankenstein: or, the Modern Prometheus et dont les éléments de base lui sont apparus dans un rêve qu'elle a fait. Dans son roman on peut lire l'histoire de Victor Frankenstein qui parvient à donner la vie à une créature qu'il a assemblé.

Une page du manuscrit de Frankenstein.

Le roman, malgré des critiques défavorables, a connu un très bon succès. On a vu une traduction française dès 1821 et Richard Brinsley Peake en a même fait une adaptation théatrale en 1823.

Mais vous savez qui en a fait le premier film? 


Les studios Edison, en 1910. C'est un film muet, évidemment et on met davantage l'emphase sur l'aspect mythique et psychologique du récit de Shelley. C'est tout de même amusant de voir le monstre, interprèté par Charles Stanton Ogle, maquillé à la façon kabuki et coiffé d'une grosse perruque ébouriffée. Une représentation à des années-lumières de l'image classique que j'ai décrit un peu plus haut.

Ben justement, elle vient d'où cette foutue représentation classique?

J'y arrive.

En 1931 les studios Universal ont eu cette idée de tourner un film sur Frankenstein. Aussi, on avait choisi d'adapter le scénario du film sur une pièce de Peggy Webling qui l'avait elle-même basée sur le roman de Mary shelley. Alors forcément il y avait des différences tout plein.

D'abord y'a le monstre lui-même. Dans le roman Shelley ne décrit pas de façon exhaustive comment la créature est créée alors que dans le film c'est beaucoup plus exhaustif. Et puis dans le film Henry Frankenstein (Victor dans le roman) assemble le monstre à partir de morceaux de cadavres fraîchement exhumés.

Qui plus est, le monstre, une fois «vivant» ne sait absolument pas parler alors que dans le roman il est très volubile puisqu'il a appris en lisant Le paradis perdu de Milton et autres classiques du genre. Faut dire que dans le film, Frankenstein installe le cerveau d'un criminel dans la tête du monstre au lieu d'un cerveau «normal», quelque chose qui n'apparaît pas mais pas pantoute dans le roman... Ce cerveau défectueux, dans le film, est d'ailleurs ce qui fait que le monstre devient un tantinet agressif alors que dans le roman le monstre bardasse parce qu'il est négligé, subit des mauvais traitements et aussi parce qu'il est laid comme un péteux de babouin.

«Vous avez dit 30 minutes ou c'est gratuit. Vous êtes en retaaaard!»
 
Dans le film le monstre a la peau blanchâtre, une tête plate, des électrodes dans le cou et se trouve à être de grandeur à peu près normale. Dans le roman le monstre a une peau jaunâtre presque translucide, a la tête ronde avec plein de cheveux, pas d'électrodes et mesure quelque chose comme huit pieds. Ah oui, et y'a pas d'assistant bossu du nom d'Igor dans le roman. Victor Frankenstein travaille tout seul en reclus.

«Mon dos me fait mourir. Ça devait être le dos d'un déménageur...»


 «Docteur, vous êtes un gouffre à sottises macabres de très mauvais goût!»
Mary Shelley termine son roman alors que Victor Frankenstein meurt pendant qu'il est en route pour l'arctique. Le monstre le trouve mort et décide alors d'aller se suicider au Pôle Nord mais rien n'indique qu'il le fait réellement. Dans le film le monstre s'en va dans un moulin pendant les villageois l'assiègent avec des fourches et des torches. Ils mettent le feu au moulin et tout le monde est certain que le monstre s'est fait rôtir d'aplomb mais il a survécu.

Ce qui est tout de même intéressant avec le film c'est qu'on avait d'abord considéré Bela Lugosi pour le rôle du monstre mais on s'est ravisé à la suite de plusieurs essais de maquillage absolument désastreux. Lugosi a aussi finalement dit que le rôle du monstre était trop simpliste parqu'il ne parlait pas.

C'est finalement l'acteur anglais William Henry Pratt qui a hérité du fameux rôle. Le réalisateur James Whale avait apperçu Pratt dans les bureaux de Universal et lui tendit une note lui offrant le rôle. Pratt raconta par la suite en riant, qu'il fut offusqué par cette offre de jouer un monstre ce jour-là puisqu'il portait alors son plus bel habit et était passablement convaincu qu'il était particulièrement élégant.

 Le gentleman parfait pour jouer un monstre hideux: William Henry Pratt.

Je vous vois équarquiller les yeux. Pluche, t'es dans les patates mon vieux. Comment peux-tu écrire une taponnerie du genre??? Voyons, tout le monde sait que c'est Boris Karloff qui a personnifié le monstre!

C'est que voyez-vous, Boris Karloff était le nom de scène que s'était donné William Henry Pratt. Selon certaines sources il avait changé son nom parce qu'il ne voulait pas embarasser sa famille en devenant acteur.

Karloff dans la chaise. Pierce est à sa droite.
 
Le maquillage est presque terminé après quatre heures.

Karloff se fait remaquiller pour «Bride of Frankenstein», la suite du premier film.

Avouez que pour 1931...

 «Son of Frankestein», la dernière fois où Karloff a interprèté le rôle du monstre.

Karloff, tel qu'il apparaissait dans «Son of Frankenstein» une fois le maquillage terminé.

L'apparence du monstre est, selon la croyance populaire, entièrement dû à Jack Pierce, maquilleur en chef aux studios Universal dans le temps. Ailleurs on prétend que Pierce s'est basé sur des croquis de James Whale, le réalisateur du film. Quoiqu'il en soit, le look est rapidement devenu le look classique sur lequel sont basés à peu près toutes les représentations du monstre que l'on voit aujourd'hui. Pour 1931 toutefois on peut certainement s'accorder pour dire que la maquillage que Pierce a fait pour Karloff est absolument phénoménal. Pierce est aussi celui qui a conçu les maquillage de la momie Imhotep (également joué par Karloff) ainsi que le loup-garou (interprèté par Lon Chaney Jr).

«Cher ami, que diriez-vous d'une discussion sur la sémantique des logiques modales normales simples?"


Vous avez remarqué que dans tout l'article je n'ai jamais référé au monstre comme étant Frankenstein. Tout simplement parce que c'est une méconception populaire. Frankenstein est le nom du créateur, Victor (Henry dans le film). Nulle part dans le livre ou dans le film ne fait-on référence au monstre comme étant Frankenstein mais la culture populaire lui a étiquetté le nom.

A mon sens, la meilleure représentation du Monstre est celle de John Buscema, dérivée d'un concept de Mike Ploog pour la version comic de Frankenstein chez Marvel dans les années 70. Dans cette version le Monstre mesure réellement huit pieds, se trouve à être très intelligent et très articulé. La physionomie n'a aussi rien à voir avec la version de Universal. Ici, le Monstre a la tête ronde et de longs cheveux. En somme, c'est une représentation très fidèle de la conception de Mary Shelley.

Le saviez-vous?
  • Les chaussures plate-forme que Karloff portait pesaient 13 livres (5 kg) chacunes.
  • Le look de Frankenstein, conçu par Jack Pierce est protégé par un copyright détenu par Universal et valide jusqu'en 2026.
  • On raconte qu'un jour, durant le tournage, Karloff sortit du studio pour prendre un peu d'air et se rafraîchir lorsqu'il tomba nez-à-nez avec une secrétaire de Universal qui, en le voyant, perdit carrément connaissance. On a alors tapé un mémo demandant à l'acteur de manger seul et de pas se promener maquillé à moins d'avoir la tête recouverte. La nouvelle avait vraisemblablement été «échappée» dans les journeaux. Evidemment ça semble davantage être un petit coup de publicité. Faut dire qu'il y avait beaucoup de spéculation sur ce que le monstre aurait l'air et plein d'histoires ridicules quand à l'excessivité du maquillage circulaient.         
     Un Karloff cagoulé est amené par Jack Pierce.
    • Marylin Harris qui jouait la petite fille que le monstre noie accidentellement, n'a jamais eu peur de Karloff pendant qu'il était en costume. Au contraire, quand elle le vit arriver pour tourner la scène elle s'en alla en courant vers lui et lui prit la main tout en lui demandant s'il voulait voir le lieu du tournage. Tel un gentleman il lui répondit que oui avec toute la classe qu'on lui connaissait. Et elle l'y mena.
    • Pour donner une apparence plus convaincante au monstre, Karloff retira un pont dentaire qu'il avait à droite. L'absence du pont créa ce trou si caractéristique dans la joue (voir la photo précédente).
    • Durant la période classique de Universal, le monstre fut joué par quatre acteurs différents. Dans Frankenstein et Bride of Frankenstein c'est Boris Karloff (à mon sens le meilleur). Dans Ghost of Frankenstein (1942) c'est Lon Chaney Jr. qui emprunte les traits de la créature. En 1943, dans Frankenstein Meets the Wolfman, le monstre est interprèté par... Bela Lugosi, fameux pour son Dracula et Lon Chaney Jr. se voit confier le rôle du loup-garou. Dans House of Frankenstein (1944) c'est Glenn Strange qui endosse le costume alors que Karloff tient le rôle du docteur Niemann. Strange reprend le rôle pour House of Frankenstein (1945).    
    Karloff en professeur Niemann et Strange dans le costume du monstre.
     
     Un p'tit tour de magie numérique pour s'amuser où Karloff tient les deux rôles.

    Il y eut une suite en 1935, Bride of Frankenstein qui reprend d'une certaine façon une partie du roman original de Shelley où le monstre exige de Frankenstein qu'il lui fabrique une compagne. Dans le livre Frankenstein s'exécute mais décide de tuer sa deuxième création et le monstre saunte une coche. Dans ce film c'est un peu différent. Aussi on a choisi la magnifique Elsa Lanchester pour jouer non seulement le rôle de la «fiancée» mais aussi celui de Mary Shelley qui relate son séjour à Genève.

    Coquette, Elsa retouche elle-même son maquillage avant une scène.

    Le «fiancé».

    «Vous marinez chez vos harengs?»








     Très rare photo d'Elsa Lanchester prenant un thé entre deux scènes.

    En terminant, voici un petit clip en couleurs ma foi fort amusant qui fut tourné pendant Son of Frankenstein durant lequel Karloff fait quelque peu le bouffon et s'amuse à faire semblant d'étouffer Jack Pierce, le maquilleur légendaire.

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