mercredi 18 mai 2011

Les leçons de Daniel

Je l'ai déjà dit dans un ou deux articles précédents; assembler des modèles réduits était l'une de mes activités favorites quand j'étais gamin. Des monstres, surtout. Et puis un jour comme ça dans les années 70 j'ai fait la rencontre de celui qui allait devenir un de mes très bons amis, Daniel.

Daniel aimait bien les modèles à coller lui aussi. Peut-être pas les monstres par contre. Lui il trippait plus sur les voitures et les gros camions. C'est probablement grâce à lui si j'ai pu élargir davantage mon éventail de modèles. Un petit plaisir coupable qu'on s'est rapidement découvert était d'aller comme ça dans un magasin pour s'acheter chacun un modèle avec tout ce qu'il fallait pour l'assembler et le peindre. Puis on revenait chez-lui où, dans un espace spécialement aménagé à l'arrière de son garage, on s'installait pour construire nos modèles respectifs.

Il y avait tout de même un différence notable entre Daniel et moi; lui il les assemblait avec un souci du détail. Ca m'impressionnait pas mal. Pas de farces, il étudiait encore la boîte (qu'il n'avait même pas encore ouverte) que j'avais déjà fini le mien. Ouais, faut dire que mon modèle une fois fini n'était qu'un vulgaire amas de pièces grossierement assemblées avec beaucoup trop de colle qui faisait plein de fils partout. Et je ne parlerai même pas de la peinture. Pas étonnant que mes parents n'étaient pas très enthousiastes à l'idée de m'acheter des modèles parce rien qu'à voir à quelle vitesse je les montait et à quoi ils ressemblaient quand ils étaient finis c'était pour eux une dépense tout à fait inutile. Et je peux pas les blâmer.

Pour illustrer un peu à quel point j'étais carrément nul (pas à cause que j'étais maladroit mais bien parce que je n'avais pas la patience de bien faire l'assemblage), j'avais reçu en cadeau de quelqu'un dans la famille un modèle à coller du fameux voilier Cutty Sark, un clipper britannique de type trois-mâts carré construit en 1869 (le vrai voilier, pas le modèle).


Je vous conterai pas d'histoire, ce modèle en était un assez impresionnant de par le nombre de pièces, petites et grandes, qu'il y avait dans la boîte. Pas besoin de vous dire que me mettre un tel modèle entre les mains à ce moment-là n'était rien d'autre qu'un "perfect storm". Et bordel que mon Cutty Sark avait l'air d'avoir passé à travers une tempête. Toute une à part ça. Si ça aurait été un vrai bateau il n'aurait jamais tenu l'eau deux secondes. Le pont était tout croche alors en mer tout aurait barouetté du même bord (tribord ou babord, peu importe) et personne n'aurait pu manger de soupe. J'aime mieux ne pas penser aux chiottes. Les voiles en plastique, vingt-sept au total (c'était vint-six de plus que mes compétences le permettaient) n'étaient même pas plaçées dans le bon ordre... La misaine était à la place du grand foc, la brigantine maladroitement fichue là où devait être l'hunier fixe de fougue, le clinfoc qui pendouillait au lieu du grand hunier volant et les voiles d'étai toutes empêtrées là où on aurait dû trouver le petit foc, le grand foc et le faux foc. Alors le bateau n'aurait pas été ben loin, sans compter tous les cordages. Ah oui, parlons-en des cordages. Les instructions étaient claires (quoiqu'un peu compliquées) quand à la pose de ceux-ci sur les mâts et les voiles. Mais, manquant cruellement de patience j'avais pris du vulgaire fil à coudre, chippé à ma couturière de grand-mère, et j'ai fait un emberlificotage tout à fait immonde qui donnait l'impression que le voilier s'était pris dans une gigantesque toile d'araignée.

Bref, un désastre total.

Un jour Daniel revient de vacances et se pointe chez-moi avec un modèle à coller qu'il m'a acheté en cadeau. C'était un pick-up Chevrolet assez pimpant. Sur la boîte en tout cas. Bien content j'étais, y'a pas à dire. Sauf que j'avais vu dans ce modèle un genre de message. Du genre "Ça te tentrait pas de le faire comme du monde celui-là?". Alors on s'est retrouvé comme ça un peu plus tard dans le petit atelier dans son garage sous le regard bienveillant d'images saintes (dont je vous reparlerai un jour). Lui il avait le camion-remorque de la populaire série télé "BJ & the Bear", magnifique Freightliner rouge avec de maudites belles décalques. 



Ce jour-là j'ai décidé de regarder Daniel s'y prendre et d'apprendre un peu de lui. C'était impressionnant de le voir étudier la boîte pendant de longues minutes, la déballer avec soin, de l'ouvrir comme un afficionado du cigare ouvre une boîte de cubains. Puis il se tenait devant la boîte ouverte comme Travolta dans Pulp Fiction quand il ouvre la fichue valise. Pendant de longues minutes il observait les pièces, séparait les grappes des instructions et rangeait soigneusement les décalcomanies après les avoir admirées. Moi, j'avais de l'urticaire à le regarder et je travaillais pas mal fort à me contenir tout en essayant d'en apprendre sur l'art du modelisme intelligent.

Quand venait le temps de l'assemblage Daniel n'était vraiment pas le genre pressé. Il pouvait prendre une, deux ou même trois semaines pour complèter un modèle mais quand il avait terminé je peux vous dire que le résultat vous envoyait la mâchoire par terre. Son camion BJ & the Bear? Il ressemblait à ça une fois fini:




Inspiré de sa façon de faire, j'ai assemblé mon pick-up avec tout le soin et la patience dont j'étais capable. Le résultat, loin d'être aussi beau que le camion de Daniel, m'avait pas mal plu et à partir de ce jour-là je n'ai eu qu'une idée en tête: m'améliorer. Fallait juste convaincremes parents.

Alors un jour Daniel et moi on a décidé d'aller s'acheter chacun un modèle mais pas n'importe où. Non. Ce jour-là on a fait les choses en grand et on est allé, à pied, au Woolco du centre commercial Langelier (ce Woolco est aujourd'hui un Wal*Mart). Ce magasin à rayons, on le savait, était riche en modèles de toutes sortes alors on savait que cette journée-là on se gâtait pas mal. On savait pas ce qu'on allait acheter. Un avion à réaction? Un bateau de guerre? Une voiture de course?

On était là, lui et moi, devant l'étalage impresionnant de modèles et on bavait au gallon. On arrêtait pas de prendre les boîtes les unes après les autres et de constamment changer d'idée quant à ceux qu'on allait prendre. Puis on a fait nos choix respectifs. J'avais pris un camion militaire de la seconde guerre et Daniel avait choisi un Chevrolet Bel-Air 57 avec des flammes sur les côtés. En revenant on ne cessait de se raconter comment on les assemblerait et tout. Revenus dans le petit atelier, on a tout sorti pour tout admirer. Ayant appris de Daniel j'étais à étudier mon modèle très soigneusement quand tout à coup j'entend un cri de détresse comme jamais je n'en ai entendu un de ma vie, même jusqu'à aujourd'hui. Daniel regardait sa boîte avec cette expression:


Je ne comprenais pas vraiment. J'avais beau regarder la boîte je ne voyais absolument pas ce qu'il pouvait y avoir d'aussi terrifiant aux yeux de Daniel. Puis il s'exclama, comme dans un opéra dramatique "OH NOOOOON, C'EST UN SNAP-TITE!!!!!!!!"


Le Snap-Tite, pour ceux qui savent pas, c'était une variété de modèle qui ne nécéssitait aucune colle du fait que les morceaux s'emboîtaient d'un seul clic. Et les morceaux, justement, y'en avait pas beaucoup. En quatre ou cinq clics le modèle était assemblé. C'était un peu la version maternelle des modèles à coller. Pour Daniel qui était habitués aux modèles universitaires à 300 pièces ça tirait évidemment du cauchemar. En tout cas, si y'a une chose que j'ai appris de Daniel cette journée-là ça été de bien lire les boîtes...

6 commentaires:

  1. LOLOLOLOLOLOLOLOLOL...
    Ça fait longtemps que je n'ai pas ris comme ça! Bravo! Incroyable qur tu te souviennes de tout ces détails... Oh que oui a-t-on eu du plaisir à faire des "modèles à coller". Je dois spécifier que j'avais .t. formé à l'école du grand maître, mon frère aîné Jean-Yves, qui lui avait tous les talents; sculpture, vitraux, fibre de verre, ébénisterie. Il a fini par être désigner industriel, sans grande surprise. Merci Dominic pour ces bons mots. Faudrait dans u nautre articles parler de mes "remontages de bicyques". Ton jaune et noir, te rappelles-tu de la marque qu'on lui avait prêté?

    RépondreEffacer
  2. Mon cher Daniel ton frère avait tout un talent, maudit que je m'en souviens. Et le vélo c'était un valeureux Raleigh qui était devenu un Ciocc, inscrit en toutes petites lettres bleues au Lettraset sur le côté.

    Pluche

    RépondreEffacer
  3. Haha! Chouette histoire.
    Je me souviens aussi que j'aimais bien les maquettes quand j'étais petit, mais faute de patience (j'étais trop pressé de voir le résultat fini), le résultat n'était souvent pas terrible...

    RépondreEffacer
  4. Je comprend parfaitement ce genre de situation.

    Pluche

    RépondreEffacer
  5. Ah! je crois que je viens de te trouver ton cadeau de fête.

    RépondreEffacer
  6. Ce serait gentil mais surveille mes prochains articles et tu verras que j'ai encore de vieux modèles qui datent de plusieurs années et qui ne sont pas encore montés.

    Pluche

    RépondreEffacer