mardi 16 août 2011

Boire à sa santé. Ou pas.

Qu'y a t-il de plus simple de nos jours que de se procurer du lait? Bien souvent il ne suffit pour la grande majorité d'entre nous que d'une petite marche de quelques minutes au dépanneur du coin. Quelques minutes à peine suffisent pour que l'on ait l'embarras du choix devant le frigo. Prendrez-vous du lait écrèmé? Ah, du 2% peut-être. Sinon il y a du 3.25%. Achèterez-vous un litre? Deux? Et si vous en consommez beaucoup, pourquoi pas 4 litres? 

Vous voyez comme c'est simple! Et comme la qualité du lait est sévèrement contrôlée vous avez l'assurance que le lait que vous achetez, peu importe le type ou la quantité, sera tojours bien frais.

Maintenant supposons que vous ayez soif d'un bon grand verre d'eau froide. Voilà qui est encore plus simple. Un petit tour dans la cuisine, vous tournez le robinet et voilà votre verre rempli en quelques secondes tout au plus. Et si vous êtes à l'extérieur de chez-vous c'est aussi simple puisque les fontaines publiques abondent. De l'eau pure et propre à volonté.

Toutefois cette facilité n'a pas toujours existé et il suffit de remonter au début du vingtième siècle pour se rendre compte que boire du lait ou de l'eau pouvait être synonyme de maladie grave pouvant mener à la mort. Voyons un peu de quoi il en retourne.

Commençons par le lait. En 1900 il existe encore plusieurs fermes sur l'île de Montréal mais elles ne sont plus aussi nombreuses qu'avant. Le lait que l'on consomme provient de plus en plus de fermes situées dans les banlieues et par banlieues on désigne ce que l'on appelle aujourd'hui des quartiers. Les fermiers qui souvent n'ont que de très faibles notions d'hygiène (pour ne pas dire inexistantes) mettent le lait dans des bidons en fer-blanc ou dans d'autres types de contenants peu ou pas lavés du tout. Les fermiers déposent ensuite les bidons près d'une voie ferrée dans des supports en bois rudimentaires. Mais le train ne passe pas tout de suite et les bidons restent là pendant un durée de temps qui peut varier, souvent exposés directement au soleil et aux insectes. Puis ils sont ramassés par le train où ils sont déposés dans des wagons de marchandise. 

 
A cette époque, faut-il le souligner, il n'y a pas encore de wagons réfrigérés. Lorsque le train arrive en ville les bidons sont laissés sur les quais où sont alors exposés de nouveau au soleil. Et n'oubliez pas que l'on parle ici de lait cru n'ayant subi aucune transformation!

Ce n'est que plusieurs heures plus tard que le lait se retrouve aux portes des maisons où il est ramassé et donné à boire, souvent aux nourissons avec les conséquences que l'on imagine. En effet, entre 1900 et 1904 ce sont près de 275 enfants sur 1000 qui décèdent en bas âge. Montréal est d'ailleurs la ville où le taux de mortalité infantile est l'un des plus élevés sur la planète. Bien entendu tous ces décès ne sont pas tous dûs au lait visiblement impropre à la consommation (selon nos critères d'hygiène modernes) mais les statistiques indiquent qu'un peu moins de la moitié des décès sont causés par la diarrhée de par le lait et l'eau.


Durant les années suivantes on note une faible baisse de mortalité infantile mais les facteurs aggravants sont toujours présents. C'est la science qui vient changer (heureusement) la donne. En 1910 survient une épidémie de fièvre typhoïde à Montréal et l'eau «potable» est immédiatement pointée du doigt. Bien qu'un vaccin contre la fièvre typhoïde existait depuis 1896 il est difficile d'établir avec exactitude si les établissements hospitaliers de Montréal en disposaient et si c'était le cas, dans quel mesure et dans quelle proportion était-il administré à la population.

Le Conseil municipal prend le taureau par les cornes et décide dès lors de construire la première usine de production et de traitement de l'eau potable à Montréal; l'usine Atwater qui existe encore aujourd'hui. C'est alors que l'on commence à utiliser le chlore, un produit chimique que l'on utilise aux Etats-Unis depuis environ deux ans déjà. Durant cette période le taux de mortalité infantile passe, en moyenne, à ±200 décès par 1000 naissances. C'est une amélioration mais il y a encore du chemin à faire, surtout en ce qui concerne le lait.


Quelques années plus tard les autorités mettent en place des centres que l'on appelle «Gouttes de lait», un service de puériculture où sont prodigués soins médicaux et où les mères recoivent de l'information et des conseils très utiles. On distribue également du lait traité que les enfants peuvent boire en toute quiétude. L'enseignement populaire ne suffit pas et les spécialistes en hygiène préconisent l'inspection obligatoire des fermes ainsi que l'établissement de normes strictes. Ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard que le règlement sur la pasteurisation sera adopté. Une dizaine d'années trop tard, pourrait-on dire. On peut noter cepandant que le taux de mortalité infantile entre 1920 et 1924 passe à 160 décès par 1000 naissances.

Comme on vient de le voir, boire du lait ou de l'eau n'a pas toujours été de tout repos et l'on a peine à croire qu'il fut un temps pas tellement loin où c'était presque comme jouer à la roulette russe avec sa santé. Un petit quelque chose d'intéressant à se souvenir la prochaine fois que vous vous verserez un bon verre de lait froid ou que vous boirez de l'eau chez-vous où à une fontaine publique.

Le saviez-vous? L'usine de filtration Atwater est celle dont la capacité de production est la plus grande au Québec et la 2è au Canada.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire