mercredi 7 décembre 2011

Il y a 70 ans

Ça se passait le 7 décembre 1941, il y a très exactement 70 ans. A ce moment-là le Canada était déjà en guerre avec l'Allemagne depuis déjà deux ans, tout comme la Grande-Bretagne, la France et l'Australie. Les États-Unis par contre n'avaient pas encore déclaré la guerre à personne quoique leurs relations avec le Japon n'étaient pas exactement au beau fixe. Tout cela allait toutefois changer. Rapidement et radicalement.

Pearl Harbor était un petit coin bucolique de l'archipel d'Hawaï avec tout ce qu'on peut imaginer d'exotique pour une région comme celle-là. Mais Pearl Harbor était aussi une base navale pour la flotte du Pacifique de la U.S.Navy où se trouvaient l'essentiel de la force navale américaine; destroyers, corvettes, croiseurs, cuirassés,sous-marins et porte-avions. Il y avait aussi une force aérienne dont les avions se trouvaient dans des bases situées tout près dont Hickam, Wheeler et Bellows.

Donc c'est un dimanche matin bien tranquille en ce 7 décembre. Pearl Harbor est baigné des lueurs de l'aube. Il n'y a d'ailleurs que bien peu d'activités ni sur la base navale ni sur les pistes et la majorité du personnel militaire est encore sous la couette.

Les choses sont un peu différentes au nord des îles. En effet, les eaux froides du Pacifique sont fendues par une flotte de navires impressionnante qui comprend entre autres les porte-avions Akagi, Kaga, Soryu, Hiryu, Shokaku et Zuikaku. Les ponts sont couverts d'avions dont les moteurs vrombissent. Plus de 183 de ces avions, des bombardiers décollent par vagues successives pour se regrouper en formation dans les nuages. Leur cible: Pearl Harbor. Plus précisément la base navale où se trouvaient ce que l'on nommait «Battleship Row» où les cuirassés étaient tous amarrés.



Un peu partout les Américains se réveillent au son des bombes qui explosent et des messages transmis dans les haut-parleurs partout qui indiquent clairement qu'il ne s'agit pas d'un exercice; «Air raid Pearl Harbor. This is not drill». C'est évidemment la confusion la plus totale lorsque les marins arrivent à l'extérieur. Les bombes explosent partout et il y a des avions japonais plein le ciel. Ces derniers utilisent aussi des torpilles modifiées avec des ailerons en bois afin qu'elles ne s'enfoncent pas dans la vase du lagon de Pearl Harbor, qui n'est très profond. Les pistes d'aviation sont aussi ciblées et plusieurs avions américains sont facilement détruits puisqu'ils étaient tous cordés les uns sur les autres afin d'éviter des actes de sabotage.

Dans toute la cohue les Américains parviennent toutefois à monter une défense malgré le peu de préparations. On parvient à abattre un certain nombre d'avions japonais et, par mégarde des avions américains dont cinq qui arrivaient du porte-avions USS Enterprise. Les Japonais ne manquent pas d'attaquer aussi les baraques mais la bombe la plus meurtrière en est une de 16 pouces qui tombe sur le pont avant du cuirassé USS Arizona. Elle traverse le pont et explose là où se trouve la réserve des munitions. créant ainsi une explosion monstre qui souffle complètement l'avant du navire, tuant dès ce moment 1,177 marins. Cette déflagration à elle seule est responsable de la moitié des décès.

 Photographie prise au moment où l'Arizona explose.

La deuxième vague étant passé, les Américains se tiennent prêts pour une troisième. Des officiers japonais exortent l'amiral Nagumo d'envoyer une troisième attaque afin de cibler des endroits comme les réserves de carburant, les dépôts et les cales sèches qui n'ont mystérieusement pas été touchés mais Nagumo refuse, estimant que les deux attaques avaient accompli ce que le Japon désirait. Sa décision s'appuyait sur plusieurs facteurs; d'abord il ne savait pas où se trouvaient les porte-avions américains et s'il étaient proches ils pouvaient lancer une contre-attaque. La flotte japonaise était aussi à portée des avions américains dont il ignorait le nombre qui n'avaient pas été détruits. C'était aussi sans compter tout le temps qu'il aurait fallu pour que les avions japonais reviennent se réarmer, faire le plein de carburant et repartir. L'amiral Yamamoto, s'il avait d'abord supporté Nagumo, se ravisa plus tard, estimant que de ne pas avoir envoyé une troisième attaque avait été une erreur monumentale.

Télégramme envoyé durant l'attaque. On précise qu'il ne s'agit pas d'un exercice mais d'une attaque bien réelle. 

En effet, beaucoup de navires américains avaient été endommagés dont l'USS Arizona qui avait été complètement détruit. Par contre, nombre d'autres avaient coulé dans les eaux peu profondes. L'Oklahoma, le West Virginia, le California,le Nevada, le Tennessee, le Maryland, le Pennsylvania, l'Utah, le Raleigh, l'Honolulu, le Cassin, le Downes, le Shaw, l'Oglala, le Vestal et le Curtiss furent tous renfloués, réparés et retournés au front. Les champs aériens avaient subi de lourds dommages mais les dépôts de carburants étaient tous intact et les porte-avions aussi puisqu'ils étaient assez éloignés. Au total ce sont plus de 2,402 personnes qui ont perdu la vie dans cette attaque.

Celle-ci a provoqué l'entrée en guerre des États-Unis qui ont alors déclaré la guerre non seulement au Japon mais aussi à l'Allemagne. Le Canada s'y joint et déclare à son tour la guerre au Japon mais si la participation militaire canadienne fut principalement au front européen on a toutefois dépêché des soldats pour défendre Hong Kong qui était alors une colonie britannique. Ainsi, en décembre 1941 deux bataillons de soldats y ont été envoyés; essentiellement les Winnipegs Grenadiers et des Royal Rifles of Canada, lesquels ont eu à se mesurer à des soldats Japonais qui étaient solidement entraînés. Hong Kong ne put être défendue et le 25 décembre tous ceux qui n'avaient pas été tués au combat ont été faits prisonniers. Les conditions de détention ont été très pénibles. La malnutrition et la torture étant monnaie courante et les prisonniers qui ont survécu n'ont été libérés qu'à la fin du conflit en août 1945.

Cette déclaration de guerre du Canada envers l'Empire du Soleil Levant a eu de sérieuses répercussions envers les Japonais qui résidaient ici au Canada. Ce sont plus de 22,000 qui sont non seulement internés mais aussi assujettis à des travaux forcés. Le gouvernement a également saisit également leurs biens pour ensuite les vendre. A la fin du conflit on leur a offert deux choix: rester au Canada mais seulement dans l'est du pays, ou retourner au Japon, lequel venait de subir deux bombardements atomiques. Le Canada va d'ailleurs attendre jusqu'en 1988 pour reconnaître ses torts.

L'amiral Yamamoto, qui connaissait la puissance industrielle des États-Unis avait dit que l'attaque de Pearl Harbor avait réveillé un géant. Il savait qu'ils seraient capables de se battre sur plusieurs fronts. Le discours du président Roosevelt réveilla la nation au complet. Les États-Unis étaient maintenant en guerre et on ne négligea aucune méthode de propagande pour attiser le patriotisme afin que tous et chacun fasse sa part pour défendre le pays qui avait été, disait Roosevelt, injustement attaqué. 

Yamamoto avait parfaitement raison. La guerre du Pacifique fut, comme on le sait, finalement remportée par les Américains où tout se joua durant la bataille de Midway en juin 1942 où la force navale Japonaise a subi de très lourdes pertes. Les Américains avaient alors dit que cette victoire (Midway) avait vengé celle sur Pearl Harbor. 

L'Arizona, contrairement aux autre bâtiments de guerre, ne fut pas renfloué et remis en service, les dommages étant beaucoup trop importants. On a découpé tout ce qui dépassait de l'eau pour ne laisser que la coque dans le fond de l'eau où reposent encore à l'intérieur les corps des marins qui s'y trouvaient lors de l'attaque, ces derniers n'ayant pu sortir. L'Arizona est d'ailleurs considéré comme un tombeau.

 Le Mémorial de l'Arizona aujourd'hui.

L'arizona est aujourd'hui un mémorial que les gens peuvent visiter. On a construit une structure sur surplombe l'épave qui est très visible dans l'eau. De temps à autres on peut même voir des taches d'huile à la surface, cette huile est celle des réservoirs de l'Arizona et qui continue de s'échapper encore aujourd'hui.

 De l'huile s'échappe encore après 70 ans.

Aussi, depuis 1999, les gens peuvent également visiter le mémorial du Missouri, amarré tout près. Le Missouri est une sœur de l'Arizona et c'est sur le pont du Missouri que le Japon se rendit officiellement aux États-Unis devant le général MacArthur et l'amiral Nimitz. La présence du Missouri tout près de l'Arizona est un sorte de testament symbolique; un navire signifiant l'entrée en guerre des États-Unis et le Missouri en signifiant la fin.

A gauche, le Mémorial de l'Arizona et le Missouri, à droite.

 Sous un autre angle; l'Arizona à l'avant et le Missouri à l'arrière.

Les marins de l'arizona ayant survécu à l'attaque peuvent à leur mort faire immerger leurs cendres dans l'épave afin d'aller y rejoindre leurs compagnons d'armes. Seuls des plongeurs de la US Navy peuvent procéder à cette inhumation.

Le mémorial de l'Arizona inquiète cependant. En effet, comme mentionné un peu plus haut, de l'huile s'échappe toujours de l'épave et la coque du navire est lentement rongée par la corrosion. Advenant une rupture de celle-ci cela représenterait un sérieux problème environnemental. Le Service des Parcs assure toutefois observer attentivement la situation.

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