mardi 8 avril 2014

La rue Frontenac en 1970


Dans un article précédent il était question de la rue Frontenac en 1952. Aujourd’hui je vous propose de nouveau la rue Frontenac mais cette fois en 1970. Allons-y donc, si vous le voulez bien.

Depuis le printemps les Québécois sont gouvernés par le parti Libéral de Robert Bourassa qui a remporté 45% des votes. Le reste ayant été partagé entre le parti Québécois, l’Union Nationale et le Ralliement Créditiste. Dans la même foulée les gens entendent parler pour la première fois de l’Assurance Maladie dont le projet de loi est déposé à la fin juin par le ministre Claude Castonguay. Les médecins spécialistes quant à eux sont vivement opposés à ce projet de loi. Autre nouveauté dans le paysage, une loi visant à protéger les consommateurs. Depuis le début mai Terre des Hommes, qui occupe le site d’Expo 67, a ouvert ses portes pour la troisième année consécutive. Le visa de saison pour adulte est à $12 alors que celui Jeunesse est à $7.50 ($73 et $46 respectivement en dollars ajustés de 2014). L'été de '70 nous place aussi malheureusement aux portes de la fameuse crise d’octobre qui va secouer bientôt le Québec. À partir de ce moment-là les citoyens devront s’habituer à voir l’armée patrouiller les rues de la ville.

Quant à la photo elle nous place sur Frontenac quelque peu au sud de la rue Hochelaga. La position du soleil et des ombres nous laisse deviner que nous sommes sur l’heure du dîner. À l’avant-plan, à droite, un Plymouth Fury 1969, complètement redessiné par rapport à ’68, de la compagnie de taxi Lasalle ainsi qu'un autre taxi, Diamond celui-là juste derrière. À la gauche y'a un Oldsmobile Ninety-Eight, 1969 lui itou. Très visible aussi un autobus Canadian Car du circuit 94 Iberville de la Commission de Transport de Montréal (CTM) qui justement devient en 1970 la Commission de Transport de la Communauté Urbaine de Montréal (CTCUM), nom qu’elle va garder jusqu’en 1985. Les vieux Canadian Car ont encore quelques années devant eux mais leur nombre va se réduire durant les années 70 jusqu’à disparaître complètement. Les plus vieux vont se rappeler comment il était agréable de voyager dans ces vieux bus d’une autre époque. Derrière l’autobus se trouve un camion des supermarchés Steinberg, lesquels sont à ce moment-là dominants à Montréal. Dominion les talonne sérieusement par contre. Et stationné complètement à droite ça ressemble sérieusement à un Ford Galaxy 1970.

Architecturalement parlant la rue Frontenac possède encore en 1970, à peu de chose de près, l’allure qu’elle avait auparavant. On peut s’amuser, ou pas, de l’absence complète de végétation le long de la rue, quelque chose que l’on a sensiblement amélioré depuis. De part et d’autres on retrouve encore toutes ces maisons ouvrières avec toutes ces particularités qui font leur charme; corniches de bois ou tôle ouvré, appareillages de brique et aussi ces balcons, lesquels donnent directement au-dessus des trottoirs. Les commerces sont un petit peu moins nombreux que vers la rue Ontario. On retrouve néanmoins à gauche le restaurant Chez Thérèse alors qu’en face, à droite, le commerce d’articles de sports d’Yvon Roy a pignon sur rue. La Révolution Tranquille, couplée à un sentiment de nationalisme, amène des changements, particulièrement quant aux noms des boutiques et magasins qui délaissent l’anglais pour le français.

Sur les toits, de çà et là on note la présence de nombreuses antennes. Il faut dire qu’en 1970, et ce même si le câble existe depuis 1966, beaucoup de gens captent les signaux de télévision avec des antennes ou encore de bonnes vieilles oreilles de lapin sur lesquelles on place de la laine d’acier afin «d’améliorer» la réception. Et que regarde-t-on en 1970? À Radio-Canada il y a certainement le nouveau téléroman Les Berger de l’auteur Marcel Marin et qui deviendra une des émissions les plus populaires des années 70. À l’automne, à Télé-Métropole, c’est au tour de Marcel Gamache d’y aller avec une émission qui va s’avérer très populaire : Symphorien. Quant à moi, du haut de mes quatre ans, je fais des culbutes pour Bobino, Sol et Gobelet, la Souris Verte, Spider-Man, Robin Fusée, l’Escadrille sous-marine, Fusée XL-5, Supercar et les Sentinelles de l’Air.

De retour à notre rue Frontenac.

Loin derrière on peut apercevoir le Gyrotron à la Ronde, manège parfaitement décevant voire même ennuyeux qui va incessamment disparaître vers 1980. À ses côtés se dresse la Spirale qui est toujours sur le site du parc d’amusement, aujourd’hui propriété de la compagnie américaine Six Flags.

1970 marque aussi l’année où l’on démolit finalement l’immense réservoir de gaz, celui que l’on voit au fond à gauche. Construit en 1931 par la Montreal Light, Heat & Power, la compagnie est celle que le gouvernement Godbout a nationalisée en 1944 afin de créer Hydro-Québec et qui, se faisant, récupère les actifs électriques mais également le réseau de distribution de gaz. Ce réseau sera vendu en 1957 à la Corporation de gaz naturel du Québec. Celle-ci, on s’en souviendra, a fait une large promotion pour l’utilisation du gaz naturel dans les années 60. En 1969, soit un an avant la prise de la photo d’aujourd’hui, la compagnie devient Gaz Métropolitain. Quant au réservoir, parfaitement immense, il fait 364 pieds de hauteur et peut contenir 10 millions de pieds cubes. Peut-être parce que quelque part, quelqu’un s’est dit qu’avoir une telle quantité de gaz inflammable au milieu d’une zone urbaine densément peuplée n’était peut-être pas une si bonne idée.

Le sort de la rue Frontenac a cependant été quelque peu inégal au niveau de l’architecture et de l’urbanisme. Les années 70 et 80, faut-il s’en étonner, ont été particulièrement cruelles pour quantité de bâtiments à Montréal et le secteur de la rue Frontenac n’y a pas échappé. Certaines maisons sont passées sous le pic des démolisseurs pour voir s’ériger à leur place des bâtisses ternes de facture moderne n’ayant que peu ou pas d’harmonie de style avec le reste. Dans un même ordre d’idée d’autres ont été largement rénovées, surtout en façade, faisant disparaître soit avec de la nouvelle brique ou encore des panneaux d’aluminium tous ces éléments architecturaux qui faisaient tout leur charme. Il s’en trouve, heureusement, qui ont tout conservé; balcons, brique d’origine, vitraux, corniches, parapets, appareillages, carreaux ornementaux et autres. 
 

Saviez-vous ça vous autres? L’gros réservoir de gaz là, ben y’avait un camping juste à côté. Non mais ça devait tu être pittoresque rien qu’un peu? Sérieux là.Vous nous croyez pas? Ben regardez donc ça juste pour voir:





 

6 commentaires:

  1. très beau CAMPING....

    RépondreEffacer
  2. Ha ha ce n’était pas un camping mais a cet époque presque tout était permit! Le reservoir a été démoli et le terrain a fait place a la place Frontenac des appartements en hauteur! j'habitais juste sur le coin de cette rue jeune ou l on voit le bus meme que le restaurant était loue et la propriété était a ma tante qui le louait! Si je me souviens bien on le nommait le restaurant chez Gigi! Une espèce de grosse madame était la locataire de se petit casse-croûte et elle y fessait des hamburger, hotdog et patates frites donc elle jetait la graisse dans la bol de toilette et mon père devrait toujours aller la déboucher meme si il lui disait que la graisse allait pas dans une toilette elle recommençait! Il y avait aussi juste sur le coin d'Hochelaga et Frontenac une grosse taverne très populaire et en arriere sur Du Havre le parc ou l'on jouait! De très beaux souvenirs cette rue a été en parti bâtie en 1900-1912!

    RépondreEffacer
    Réponses
    1. J'ai utilisé le mot camping pour définir l'endroit car je sais que ce n'était pas un terrain officiel en ce sens, contrairement au véritable camping qui se trouvait à l'époque sur le coin de Dickson et Notre-Dame. C'est très intéressant de lire ces petites tranches de vie que vous racontez et je m'y rapporte un peu car j'ai vécu mon enfance dans ce quartier, quoique plus à l'est.

      Pluche

      Effacer
  3. le resto c est CHEZ THERESE ,,MADAME THERESE JUNEAU

    RépondreEffacer