mardi 7 avril 2026

Le retour du vinyle, le pourquoi du comment

Au début du XXe siècle, il se trouve quelques formats qui se disputent la première place en matière d'écoute de musique pré-enregistrée. Les cylindres de cire dure, comme ceux d'Edison que l'on peut écouter avec une machine spéciale sont encore en vogue mais bientôt un nouveau format émerge: le 78 tours. 

En 1910 la plupart des disques sont enregistrés à environ 78 à 80 tours par minute. En 1925, la vitesse de 78,26 tours par minute est choisie comme norme pour les phonographes motorisés, car elle convenait à la plupart des disques existants et était facilement atteignable à l'aide d'un moteur standard de 3 600 tours par minute et d'un engrenage à 46 dents (78,26 = 3 600/46).

Les 78 tours, que l'on appelait pas comme ça dans le temps, étaient fabriqués en gomme-laque ou, en shellac comme on appelait aussi cette matière. Ce matériau avait toutefois un défaut singulier: il était fragile comme de la porcelaine. Autre désavantage, la durée d'un enregistrement 78 tours par minute était d'environ trois à cinq minutes par face, selon la taille du disque. Un disque de 30 cm (12 pouces) contient généralement quatre à cinq minutes de musique alors que celui de 25 cm (10 pouces) était d'approximativement trois minutes. Écouter une œuvre complète relevait alors du casse-tête : il fallait changer de disque fréquemment, interrompant sans cesse l’expérience. 

Un gramophone typique des années 20. Celui-ci fabriqué par HMV (His Master's Voice). Le logo du chien écoutant un enregistrement de la voix de son maître était, disait-on, si fidèle que le  même le chien ne pouvait pas faire la différence entre l'enregistrement et la véritable voix. 

Les enregistrements étaient en mono seulement et pour les jouer il fallait un gramophone à cornet dont on remontait le moteur par une manivelle ou, pour les modèles plus coûteux, par électricité et enchâssés dans un meuble en bois vertical avec portes donnant accès au rangements des disques. Et il fallait aussi une bonne réserve d'aiguilles. Ces dernières, toutes en métal, s'usaient rapidement sur les 78 tours et il fallait les changer assez régulièrement. 

Ce jeune couple durant la période d'entre guerres se roucoulent l'un l'autre avec un pique-nique bien élaboré et une musique d'ambiance fournie par le gramophone à remontoir que l'on voit à droite. 

Durant la Seconde guerre mondiale le gouvernement américain met un frein à la production de disques 78 tours afin que le matériau puisse servir à l'effort de guerre. C'est en 1948 que Columbia Records introduit le 33 tours ou «long play» (longue durée) et qui permettait d'obtenir environ 20 minutes par face. Il était aussi fabriqué de vinyle souple et donc moins fragile que le 78 tours. Le but avoué était, on l'aura deviné, de remplacer le vieux format. 

La même année, ironiquement, RCA Victor, le grand rival de Columbia Records, travaillait aussi sur son propre format de remplacement et lorsque Columbia lança le 33 tours, RCA se mit en tête de développer son propre projet et, en 1949, dévoila le disque 45 tours. Le 78 tours prend sa retraite définitive en 1955.

Les grands gagnants étaient évidemment le grand public ainsi que les artistes. On pouvait offrir sur un seul album 33 tours une grande sélection de musique de tous les genres et le 45 tours, fort apprécié de la jeunesse du temps offrait l'opportunité de pouvoir n'acheter que les chansons à succès et aussi de pouvoir les transporter un peu partout. 

Audio Fidelity lance en 1957 les premiers disques offrant la sonorisation en stéréo et cette nouveauté devient révolutionnaire. Les audiophiles ne pouvaient demander mieux! Dès 1958 d'autres compagnies emboîtent le pas en utilisant ce nouveau format sonore. 

Dans les décennies qui suivent, le 33 tours s’impose comme le format dominant. Des années 1950 aux années 1980, il accompagne l’explosion de la musique populaire. Le concept d’ album prend alors tout son sens. Les artistes ne se contentent plus d’enregistrer des chansons isolées : ils construisent des œuvres cohérentes, pensées pour être écoutées du début à la fin. Le 33 tours devient aussi un objet culturel. Les graphistes se trouvent une nouvelle façon de créer: les pochettes. Ces dernières se transforment peu à peu en œuvres d’art et chaque disque tente de s'identifier avec une identité visuelle forte qui demeure en mémoire autant que la musique elle-même. Lorsque j'étais étudiant en arts graphiques au début des années 80 l'étude et la création de pochettes a fait partie du curriculum. 

Voici quelques pochettes tirées de ma collection et que j'apprécie grandement pour leur design: 

Pink Floyd: Dark Side of the Moon (1973)

John Coltrane - Blue Train (1957)

The Beatles: Sgt Papper Lonely hearts Club Band (1967)

Led Zeppelin: Led Zeppelin (1969) 

Fleetwood Mac - Rumours (1977)

Bruce Springsteen - Born in the USA (1984)

Pink Floyd - Wish You Were Here (1975)

The Beatles - Abbey Road (1969)

Queen - Queen II (1974)

Pink Floyd - Animals (1977)

Supertramp - Breakfast in America (1979)

Je pourrais continuer ainsi pendant un bout. D'ailleurs il y a des publications, dont celle des éditions Taschen, qui font l'éloge des meilleurs designs de pochettes de disque couvrant une très grande période de temps. Le site Ranker et celui du magazine Rolling Stones et bien d'autres ont aussi leurs propres palmarès. 

Des avantages et des désavantages

Le 33 tours, malgré tous ses qualités, était un format capricieux qui comptait quelques désavantages. Si l'on pouvait certainement se procurer un tourne-disque à peu de frais ces derniers endommageaient les disques de façon irréversible car l'on ne pouvait pas contrôler le poids de l'aiguille sur le disque, ce que les tourne-disques un peu plus chers permettaient de faire. Si l'aiguille était un peu trop lourde elle moissonnait carrément les sillons, faisant disparaître les aigus. Au bout d'une douzaine de lectures la qualité sonore diminuait considérablement. L'achat d'un tourne-disque de qualité était préférable. Même avec celui-ci il fallait entretenir l'équipement et changer l'aiguille selon les recommandations du fabricants. Ça pouvait varier entre 50 ou 100 lectures, tout dépendant. N'oublions pas aussi le nettoyage des disques avec une brosse antistatique et veiller, surtout,. à ne pas mettre ses doigts sur les sillons et éviter, ça va se soi, les rayures. Un sillon de disque, faut-il le rappeler, est plus mince qu'un cheveu alors il ne suffit que de peu choses pour l'endommager. Aussi, chose primordiale, ne jamais empiler ses disques les uns par-dessus les autres. Le rangement à la verticale, merci beaucoup! L'auteur de ce blogue, comme bien d'autres de son âge, utilisait de la colle à menuisier pour éliminer toute saleté sur certains disques. Bien rependu sur la surface tout en épargnant l'étiquette, il ne suffisait d'attendre que 24 heures pour l'enlever, la colle ayant saisi toutes les impuretés. 

C'est durant les années 70 que survient la crise du pétrole. Ce faisant, les compagnies de disques en Amérique du nord rachètent souvent les invendus et les font fondre afin de pouvoir créer de nouveau disques. Ces vinyles sont toutefois bourrés d'impuretés et souvent minces comme une page de papier journal. 

Un autre problème était celui de la surface enregistrable. L'aiguille d'un tourne-disque prenait évidemment davantage de temps à lire les premières plages que celles qui étaient collées sur l'étiquette. Comme l'aiguille ne mettait que très peu de temps à effectuer une lecture complète la qualité sonore était moindre et de nombreux groupes avaient des discussions très vives à savoir quelle pièce s'en irait sur le bord de l'étiquette!  

Un nouveau rival

À l'instar de Columbia en 1948 et également  animés par ce même désir de remplacer un format jugé vieillissant, Philips et Sony mettent au point en 1981 un nouveau format révolutionnaire en tous points: le disque compact. 

Plus petit qu'un 45 tours et pouvant contenir davantage de musique, le disque compact possédait un avantage net tant sur le disque en vinyle que sur les cassettes: il n'y avait pas de contact entre le lecteur et le disque puisque l'information était lue de par un faisceau laser trente fois plus mince qu'un cheveu. Le format s'est rapidement imposé, poussant lentement mais sûrement le 33 tours vers les oubliettes où se trouvaient déjà le rouleau de cire, le 78 tours et la cassette 8 pistes. La cassette compacte allait aussi les rejoindre durant les années 90, ne trouvant plus de public. 

Malgré toute la versatilité du disque compact, l'arrivée en scène des services de diffusion de musique en ligne ont largement contribué à pousser le disque compact vers la sortie. À partir de ce moment les gens se sont habitués à louer la musique qu'ils voulaient entendre et ne plus rien posséder en retour. 

Toutefois, il se trouvait et se trouve encore, des irréductibles audiophiles pour qui le 33 tours n'est jamais disparu et ces derniers, l'auteur ici inclus, se sont regroupés en clubs de ventes et échanges. Il se trouvait alors, et aujourd'hui encore, des boutiques offrant une large sélection de vinyles de tous les genres. 

Et aujourd'hui il connaît un regain de popularité sans cesse croissant. En effet, en 2025 aux États Unis, il s'est vendu 47,5 millions d'albums ce qui représente une 19è année de croissance successive. 

Le retour du tangible

Mais que pourrait expliquer l'engouement pour ce format qui n'attire non pas que les vieux de la vieille mais aussi les jeunes générations? 

À l'époque le seul service de diffusion en ligne qui existait s'appelait la radio et l'on écoutait ce que les stations voulaient bien nous servir. Autrement fallait aller chez le disquaire. L'on pouvait passer de longs moments a farfouiller. L'on pouvait chercher un album dont des amis nous disaient le plus grand bien ou bien un album dont on avait entendu quelques tounes à la radio. Et parfois, pourquoi pas, piquer jasette avec des employés qui y allaient avec leurs propres suggestions. Quoiqu'il en était, on ressortait de là avec un ou plusieurs albums que l'on écoutait tranquillement chez soi. Pour le prix payé l'on avait quelque chose de tangible entre les mains. 


Cette copie vinyle du disque Error du groupe The Warning, acheté directement sur le site du groupe est un cadeau d'anniversaire que je me suis fait l'an dernier. Au total, deux disques de 180 grammes de vinyle pur, des photographies et un livret complet incluant des textes, des photos et les paroles des chansons. Ca m'a rappelé le plaisir, de la fin des années 70 au milieu des années 80, de revenir chez-moi après une visite chez Sam the Recordman, un disque ou deux sous le bras. 

Une renaissance inattendue

Depuis quelques années, le vinyle connaît un retour spectaculaire. Les ventes augmentent, les presses tournent à plein régime, et les disquaires indépendants retrouvent une seconde jeunesse. Ce renouveau ne se limite pas à une simple mode rétro : il s’inscrit dans une quête plus profonde d’authenticité.

À l’ère du streaming instantané, où des millions de titres tiennent dans une poche, le vinyle impose un autre rythme. Il faut choisir un album, le sortir de sa pochette, poser délicatement l’aiguille. C’est un rituel. Une pause dans le flux constant du numérique.

Le charme de l’imperfection

Le vinyle n’est pas parfait, et c’est précisément ce qui le rend si attachant. Les crépitements, les légères distorsions, cette chaleur sonore si particulière… autant d’éléments qui donnent l’impression que la musique respire.

Contrairement aux fichiers compressés, le son analogique offre une profondeur que beaucoup décrivent comme plus « vivante ». Est-ce une illusion ? Peut-être. Mais c’est une illusion qui séduit, et qui transforme l’écoute en expérience.

L’objet au cœur de l’expérience

Au-delà du son, le vinyle est un objet. Une œuvre presque tactile. Les grandes pochettes deviennent des toiles, les livrets racontent une histoire, et chaque disque a un poids, une présence.

Dans un monde où tout devient immatériel, posséder un vinyle, c’est affirmer un lien physique avec la musique. C’est collectionner, exposer, transmettre.

Une nouvelle génération séduite

Fait intéressant, le retour du vinyle n’est pas uniquement porté par ceux qui l’ont connu à son apogée. Une nouvelle génération, élevée au numérique, s’y intéresse avec curiosité.

Pour ces jeunes auditeurs, le vinyle n’est pas un souvenir, mais une découverte. Une façon différente de consommer la musique, plus lente, plus attentive. Là où les playlists fragmentent l’écoute, le vinyle invite à redécouvrir l’album comme une œuvre complète.

Du coup ça me rappelle cet article que j'ai lu il y a un mois ou deux et dans lequel on parle de jeunes, de plus en plus nombreux à New York qui ont choisi d'adopter le mode de vie analogue que les plus vieux comme moi ont bien connu. Ça va des disques en vinyle mais ça inclut des appareils photo argentiques et des téléphones intelligents qu'ils ont remplacé par de simples modèles «flips». 

Effet de mode ou tendance durable ?

La question reste ouverte. Le vinyle continuera-t-il de prospérer, ou finira-t-il par redevenir une niche ? Difficile à dire.

Mais une chose est certaine : son retour révèle un besoin. Celui de ralentir, de ressentir, de redonner de la valeur à l’acte d’écouter. Et tant que ce besoin existera, il y aura toujours une place pour le doux crépitement d’un disque qui tourne.


Étalage de disques 33-tours neufs. Y'a du choix! 

Même des 45-tours, dont cette réédition de Travelin' Band du groupe Creedence Clearwater Revival enregistré en 1970. Ce format est cependant limité. 

Un prix différent

En visitant des disquaires on peut rapidement se rendre compte que les disques sont nettement plus dispendieux que durant les années 70 et 80 où un album ne coûtait jamais plus de dix dollars. En effet, les vinyles peuvent maintenant coûter entre 25$ et 50$ en moyenne avec certaines éditions qui peuvent aller au-delà. 

Mais alors, pourquoi ces prix qui semble aussi élevés? Il faut tout d'abord réaliser que le nombre de presses qui permettent de fabriquer des disques ne sont plus aussi nombreux que durant l'âge d'or du vinyle. Lorsque le format a été commercialement enterré beaucoup de ces presses ont été vendues à des ferrailleurs, les compagnies de disques ne voulant plus s'embourber de ces vieilles machines qui, de toutes façons, ne servaient plus à rien. D'autres ont été rachetées et entreposées. De ce fait il y a donc beaucoup moins de presses que dans le temps. Autre élément important, et comme mentionné juste ci-haut, les disques modernes sont fabriqués avec du vinyle neuf: 180 grammes par galette. Plusieurs disques bénéficient aussi de remixages quoique ce ne soit pas toujours un bonus en soi, tout dépend bien entendu des gens qui font ces remixages. Enfin, beaucoup moins de points de vente. Durant les années 70 et 80 il se trouvait une quantité impressionnante de disquaires, de Sam the Recordman à Phantasmagoria à Discus à Sherman et tellement d'autres! Comme il y a moins de détaillants les frais de livraisons sont plus élevés. 

Quelques conseils...

Que vous ayez connu le vinyle à son apogée ou que vous soyez né bien après, peut-être êtes-vous tenté de revivre l'expérience ou de la connaître. Avant toute chose il vous faut, bien entendu, une table tournante. 

L'usagé

Il existe bel et bien un marché pour les tourne-disques usagés. Si l'on peut en trouver dans des friperies (parfois) ou dans des brocantes et autres marchés aux puces, soyez avisé qu'il y aura fort probablement des frais liés à certains facteurs comme le remplacement de l'aiguille et de la courroie d'entraînement. C'est à considérer avant l'achat. Il existe à Montréal des commerces qui pourront vous offrir ces services. 

Il y a celles que l'on peut trouver via les petites annonces en ligne ou encore dans des brocantes et marchés aux puces. Prenez le temps de bien la faire tester pour vous assurer qu'elle fonctionne bien. Une marque à privilégier toutefois: Technics, qui a toujours eu une solide réputation pour ses tourne-disques. 

Le neuf

Malgré le look «vintage» et le prix alléchant, on évite les tourne-disques de type valise. Si vous êtes pour en acheter une prenez la peine d'investir dans quelque chose de durable et qui va vous donner pleine satisfaction tant pour la lecture que pour le rendement. Arrêtez-vous là où l'on en vend et prenez le temps de discuter avec le personnel afin de faire l'achat qui vous convient. Et n'oubliez pas l'entretient. 

Bonne écoute! 





Le saviez-vous? C'est au montréalais d'adoption Émile Berliner que l'on doit l'invention du gramophone. Après avoir travaillé avec Alexandre Graham Bell aux États unis il s'est installé ici où il a ouvert une usine de gramophones au située au 1001-1055 rue Lenoir dans le quartier Saint-Henri.



Dans mon écran: J'ai revu avec grand plaisir le film québécois Ok... Laliberté, de Marcel Carrière et mettant en vedette Jacques Godin, Luce Guilbault et Jean Lapointe et qui a été tourné en 1973 à Montréal, période où j'étais gamin, ce qui m'a rappelé des souvenirs d'une époque qui avait tout un charme. Ce qui fait le charme est de revoir non seulement d'excellents comédiens qui ne sont plus des nôtres mais aussi tout un petit monde dans les décors utilisés que ce soit les intérieurs ou bien les commerces. Un beau voyage dans le temps. 

Dans mes oreilles: Plume Latraverse - Livraison par en arrière. Sorti en 1981, Plume et ses Plumettes font décoiffer avec un assortiment rocambolesque de chansons qui rebondissent dans tous les sens, de la Ballade des caisses de 24 à Don QuiChiotte au Moins beau merle et l'excellent Tango Pital. Plume, que j'avais découvert avec son album précédent, Chirurgie plastique, m'a fait à l'époque courir chez le disquaire pour m'en procurer une copie. 

Sous mes yeux: Gaston, employé du siècle. Un bien beau volume de 145 pages édité en tripartie par Les éditions Dupuis, Le Monde et les Éditions de la Martinière et où l'auteur Rodolphe Massé revoit en moults détails le phénomène Gaston Lagaffe, ce légendaire personnage créé par André Franquin en 1957.