jeudi 13 novembre 2014

La rue Sherbrooke en 1959


Photo aérienne de la rue Sherbrooke dans l’est prise vers 1959. C’est une photo que je trouve particulièrement intéressante parce qu’on peut voir comment était la trame urbaine de l’époque et de quelle façon le développement immobilier a changé le paysage. Petit tour guidé, donc, de ce petit secteur.

A : L’hôpital Maisonneuve. Tel qu’on le voit au moment où la photo a été prise, cet établissement fondé par les sœurs grises, n’est âgé que d’à peine cinq ans. Il s’y trouve une école pour infirmières ainsi que l’Institut de cardiologie.

B : L’hôpital St-Joseph quant à lui a été construit en 1950 par les Sœurs de la Miséricorde. On y soigne surtout les tuberculeux. Les deux institutions hospitalières seront fusionnées en 1971 et prendront alors le nom qu’on leur connaît encore aujourd’hui : l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

C : Le boulevard l’Assomption. En 1959 cette artère débute à la rue Sherbrooke et ce n’est que quelques années plus tard qu’elle joindra la rue Hochelaga, plus au sud. Pour l’instant il ne se trouve que bien de choses de part et d’autre hormis l’hôpital. Les premières habitations débutent au boulevard Rosemont. Face à l’hôpital toutefois on a déjà tracé et construit quelques avenues qui portent des noms d’arbre; des Tilleuls, des Sapins, des Bouleaux et des Saules. On y a construit certaines maisons flirtant avec le mouvement Mid-century et dont certaines existent encore. Ce développement fait partie d’un ensemble urbain plus large appelé Cité-Jardin, délimité à l’est par le boulevard L’Assomption, au nord par le boulevard Rosemont, à l’ouest par la rue Viau et au sud par le terrain de golf. Cité-Jardin se veut un concept tout à fait novateur où l’on mise, entre autres, sur des particularités intéressantes comme par exemple une végétation abondante, constituée de nombreux arbres mais aussi, comme le nom l’indique, de jardins. Ceci dans le but de fournir un air pur à ses résidents qui compte Jean Drapeau.

D : Le boulevard Rosemont commence alors à se développer mais au-delà de Lacordaire c’est carrément la campagne. À l’est ce n’est plus un boulevard proprement dit mais on peut tout de même y rouler jusqu’à l’actuelle rue de Carignan mais ce n’est qu’un chemin de terre poussiéreuse à la fin duquel se trouve là un immense boisé. Le développement immobilier de ce secteur va surtout se faire vers la seconde moitié des années 60.

E : Petite butte sans prétention qui fait partie du terrain de golf municipal. Rien ne sera construit à cet endroit avant l’obtention des XXIe Olympiades. À ce moment-là c’est cet emplacement qui va recevoir le fameux Village Olympique, œuvre des architectes Roger D’Astous et Luc Durand.

F : Le terrain de golf municipal est coupé par la rue Viau mais dans quelques années la portion ouest sera transformé en parc où l’on va aménager un réseau de pistes cyclables, long de quelques 2 kilomètres, et que l’on peut encore emprunter aujourd’hui. C’est le futur parc Maisonneuve.

: Dans ce petit ensemble de bâtiments commerciaux on retrouve le restaurant Le Réveillon, le lounge Le Boudoir ainsi que le motel Le Lucerne, trois établissements qui ont connu des très belles années de gloire mais qui n’ont pas survécu jusqu’à nos jours.

: Voilà la rue Dickson qui débute, loin au sud, à la rue Notre-Dame. Elle perd toutefois son nom un peu avant le boulevard Rosemont où elle devient alors le boulevard Lacordaire. Du côté est des habitations de style duplex semi-détaché sont construites et les terrains vacants que l’on voit, près de la rue Sherbrooke, vont être occupés au début des années 70. Ces maisons encore là de nos jours.

: Ce qui ressemble à un sentier-raccourci entre le boulevard l’Assomption et Dickson est en réalité l’ancienne voie ferré du Canadian Northern, et qui fut amalgamé au Canadien National en 1918. Au sud de Sherbrooke, à l’ouest de l’Assomption, se trouvait là un roundhouse pour y loger les locomotives de la compagnie. Au moment où la photo fut prise le roundhouse existait toujours mais la voie ferrée était abandonnée depuis un bon bout.

: Cité Jardin, un aménagement de maisons urbaines unique en son genre dans l'est de Montréal. Arbres, espaces verts, sentiers... C'est presque la campagne en ville. C'est aussi là qu'habite le maire de Montréal Jean Drapeau. Au moment où la photo a été prise le développement se poursuivait. Le terrain de golf va toutefois rester mais la portion qui se trouve au parc Maisonneuve sera ultérieurement éliminée. 

K : Ah, voilà le Foyer Saint-Édouard, alors construit depuis à peine deux ans sous l’égide des Petites Sœurs des Pauvres, dont les premières représentantes sont arrivées au Canada vers 1887. C’est en 1967 que la résidence, entièrement vouée aux soins des personnes âgées, prend le nom de Ma Maison St-Joseph. Le bâtiment existe encore.

L : Le restaurant A&W (dont je vous parlais dans cet article) et qui était très populaire. On peut noter le stationnement en diagonale et le terre-plein où se trouvaient les bornes-menus.

M : Lot qui sera occupé par le concessionnaire Lepage Automobiles, alors spécialisé dans la vente de voitures usagées. Le bâtiment avec toit en pente n’était pas encore construit, ce qui se fera dans les années 60. Le concessionnaire n’existe plus aujourd’hui et l’édifice est aujourd’hui occupé par le restaurant Jardin Tiki. Par contre, au moment d’écrire ces lignes, il semble se trouver dans la mire de promoteurs qui, je crois, veulent le raser pour ériger une résidence pour personnes âgées alors si vous voulez encore plonger dans l’atmosphère exotique du restaurant, aussi bien le faire bientôt.

: Station-service Downing. C’était bien entendu l’époque où une voiture qui arrivait roulait sur un tube de caoutchouc et qui faisait sonner une cloche dans le garage, avertissant les employés. Ici, pas question de sortir de l’auto car on s’occupait de tout; plein d’essence, vérification de l’huile (Y vous manque une pinte capitaine!) et pression des pneus ainsi que «nettoyage» du pare-brise.

: Résidence des pères Montfortains dont le sactuaire Marie-Reine-des-Cœurs, que l’on ne voit pas, vient tout juste d’être construit sur la rue Sherbrooke.

: Pépinière publique qui couvrent une superficie appréciable. Elle est bordée au sud par le rue de Jumonville, à l’ouest par le rue Duquesne, au nord par le futur boulevard Rosemont et à l’est par la rue de Carignan. Vers la fin des années 60 la portion nord sera aménagée du par cet de l’école secondaire Louis-Riel. La partie sud demeurera une pépinière jusqu’au début des années 80 alors qu’on va y construire un ensemble d’habitations dotées de beaux espaces verts. On retrouve, tout juste au sud, l’avenue et la place de la Pépinière, lesquelles rappellent l’ancien jardin communautaire.

: Futur emplacement de l’école secondaire Louis-Riel. Bien qu’elle fasse partie du réseau public de la CECM (actuelle CSDM) elle imposait le port de l’uniforme à tous les étudiants, lesquels étaient régis par un code de vie strict. L’uniforme a été retiré vers le milieu des années 70 mais l’interdiction du port de pantalons jeans et souliers de course a été maintenue pendant bon nombre d’années.

: Cimetière de l’est, dont le terrain va de Sherbrooke à Beaubien. Il était alors considéré comme le cimetière des pauvres. On le connaît aujourd’hui sous le nom de Repos St-François-d’Assise et comporte plusieurs mausolées. À la fin des années 60 on y a accueilli les corps provenant du cimetière du village de Longue-Pointe que l’on a exproprié, entre autres choses, pour la construction du pont-tunnel Lafontaine.

: Future rue Beaubien. Le tracé est là mais il ne s’y trouve encore rien. Par contre, au milieu des années 60, ça va se développer à la vitesse grand V; habitations, petits centre commerciaux et restaurants.

: Future rue Bélanger qui elle aussi va connaître un boom immobilier important au tournant des années 60-70. Par contre, à cet endroit, le tracé du boulevard Lacordaire sera quelque peu changé et va bifurquer vers l’ouest.

Pour le reste, comme on peut le voir, le paysage n’est que boisés et plaines. Au niveau du développement urbain tout est à faire mais, plutôt que d’y aller de façon posée et réfléchie avec la qualité de vie des citoyens en tête, on va assister à une urbanisation agressive. Au nord-ouest de la photo, et parfaitement invisible, cette abomination qu’est le boulevard Métropolitain est presque terminé mais ne se rend pas très loin, pour l’instant, dans l’est. Ça se fera en 1966 lorsque l’autoroute se rendra jusqu’à Langelier. S’ajouteront peu après les Galeries d’Anjou ainsi que les réseaux d’autoroutes et le parc industriel. Beaucoup de changements pour un secteur qui, peu de temps avant, était une véritable campagne d’air pur et de fermes.

La photo, comme on peut le constater, a visiblement été prise durant l’été or, qu’est-ce qui retient l’attention à ce moment-là? Tout d’abord il y a l’inauguration de la Voie maritime du St-Laurent par la reine Élizabeth II ainsi que le président américain Dwight Eisenhower. L’ouverture de cette voie sonne le glas de Montréal comme terminal portuaire, celui-ci se trouvant dorénavant à Toronto. Durant l’hiver de ’59 il y a eu une grève des réalisateurs à Radio-Canada qui ont alors été fortement appuyés par le journaliste René Lévesque. Or, au mois de juillet, ce dernier voit son émission, Point de mire, être cavalièrement retirée des ondes. Plusieurs y voient une forme de vengeance de la part de la Société d’état. Moment d’émotions fortes pour les plus vieux car le 30 août on retire définitivement les tramways du réseau de transport en commun. Plusieurs seront tout simplement brûlés et le métal sera récupéré pour la revente. À plusieurs endroit on s’active à retirer les voies mais pour faire plus vite, et pour que ça coûte moins cher, on va décider de tout simplement paver par-dessus. Et puisqu’il a été question de Jean Drapeau plus haut dans cet article, il publie en 1959 un livre, Jean Drapeau vous parle, dans lequel il dévoile ses opinions politiques. Moins d’un an plus tard il va fonder le parti Civique et remporter haut-la-main les élections municipales de 1960, délogeant ainsi Sarto Fournier.




Le saviez-vous? À l’origine, Jean Drapeau est tout à fait contre l’idée de tenir une exposition universelle à Montréal mais peu de temps après, entrevoyant tout le potentiel d’un tel événement pour la visibilité de la ville, il va changer son fusil d’épaule et devenir l’un de ses plus ardents promoteurs. Cet événement sera, bien entendu, Expo 67.


2 commentaires:

  1. LE REPERE J NE CORRESPOND PAS A CE QUE VOUS DECRIVEZ, MAIS PLUTOT A CITE JARDIN OU DEMEURA JEAN DRAPEAU

    RépondreEffacer
    Réponses
    1. Premièrement la netiquette concernant les échanges sur internet stipule clairement qu'écrire entièrement en majuscules équivaut à crier.

      http://www.memoclic.com/1566-netiquette/11637-regles-netiquette-internet.html

      Deuxièmement, la section J décrit Cité Jardin. Peut-être avez-vous confondu ce point avec un autre?

      Effacer