lundi 22 juin 2015

Dure nature

Photographier la Nature dans son ensemble est passionnant et certainement gratifiant, surtout lorsque l'o parvient à saisir de magnifiques photos. Mais parfois, durant une promenade, au détour d'un sentier, l'on peut être témoin de scènes qui nous rappellent que la Nature a parfois un côté plus sombre. Ca été le cas pour moi il y a un certain temps de cela. Lors d'une promenade, je suivais un sentier lorsque j'ai aperçu une femelle branchu et ses trois petits qui clapotaient dans l'eau et sur les nénuphars. 


Cette femelle branchu niche au milieu de roseaux qui bordent l'étang. Plus tôt au printemps, on la voyait avec le mâle roucouler et préparer le nid. Lorsqu'elle a émergé des roseaux on comptait cinq cannetons et cette journée-là, il n'en restait que trois. Parfois il suffit qu'un caneton s'éloigne trop pour qu'il ne retrouve plus sa maman. Parfois la chance intervient et il la retrouve, ou encore il est adopté par une autre femelle quoique ce soit plus rare. Mais à d'autres moments, un caneton perdu peut rapidement devenir une proie facile. 


À une distance d'environ un mètre de la mère se trouvent deux des trois cannetons qui batifolent et apprennent à trouver de la nourriture. Ils s'amusent également à marcher sur les nénuphars. Une mère et ses canetons, une scène parfaitement buccolique à souhait, non?


À une certaine distance se trouve un grèbe à bec bigarré qui observe la scène. Cet oiseau parfaitement aquatique peut plonger sous l'eau pendant de longs moments. Il ne possède pas de pattes palmées comme les canards mais plutôt des pattes semi-palmées qui ne sont pas très adaptées pour marcher sur le sol. Le grèbe continue d'observer la maman branchu et ses trois rejetons puis, il plonge sous l'eau. Il est très difficile de savoir où il ira. Peut-être tout près mais encore aussi à l'autre bout de l'étang car c'est un excellent nageur. 


C'est à ce moment que je crois deviner. Ce caneton branchu s'est trop éloigné de sa mère. Je regarde dans les branches des arbres aux alentours afin de repérer un quelconque oiseau de proie. Dans ce coin j'ai pu observer une petite buse, une buse à épaulettes et des éperviers de Cooper. Toutefois, ce n'est pas parce que je n'en vois pas qu'il y en a pas. 


Pendant que je continue de scruter les arbres, j'entends tout à coup une échauffourée dans l'étang. Le caneton qui s'était éloigné vient de se faire happer solidement au cou par le grèbe et ce dernier le secoue comme un chien fait avec une guenille. Les deux autres canetons se sont vite réfugiés dans les roseaux près du nid. 


Après l'avoir secoué violemment, le grèbe rejette le caneton sur un nénuphar et replonge. Le caneton est toujours vivant mais semble avoir beaucoup de peine à coordonner ses mouvements. 


Le pauvre caneton semble ne pas être en mesure de se remettre sur ses pattes malgré de valeureux efforts. Le grèbe quant à lui n'est pas visible. Peut-être a-t-il choisi d'aller ailleurs? 


Le caneton continue à se débattre, toujours incapable de se retourner et cette fois je comprend; le grèbe, en le secouant, lui a brisé le cou. Il ne survivra pas. 


La femelle branchu quant à elle n'a démontré aucun instinct maternel pour protéger ses petits et s'est rapidement sauvée dans un arbre, les laissant à la merci du grèbe, lequel s'est probablement attaqué au caneton pour défendre son territoire, quoique le grèbe ne niche pas dans ce coin. 


Le grèbe observe la femelle branchu pendant de longs moments, nageant près de l'arbre près du bord où elle se trouve, à cinq mètres du sol sur une branche. 


Le caneton quant à lui a cessé de bouger. Il est parfaitement immobile et ne respire plus. C'en est terminé pour ce caneton qui n'aura malheureusement vécu que quelques maigres semaines. J'étais de l'autre côté de l'étang lorsqu'une petite buse l'a saisi pour l'emporter quelque part. C'est certes un spectacle dur et certainement saisissant, mais la Nature est ainsi et elle nous rappelle ainsi de sa fragilité. 


Le saviez-vous? Chez le canard branchu, aussi appelé canard carolin, le mâle arbore un plumage presqu'aussi terne que celui de la femelle. Toutefois, au printemps durant la période des mamours, ce plumage prend une flamboyance de couleurs qui redevient progressivement terne par la suite. Une fois que les canetons ont éclos, les mâles ne restent pas longtemps puis s'en vont vers d'autres cieux. 





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