samedi 17 juillet 2010

Vestiges du passé

En septembre 2005 je suis allé dîner avec une bonne amie dans le Vieux-Montréal et c’est tout à fait par hasard, avant d'aller la rencontrer, que je suis tombé sur un tronçon de la rue McGill complètement en chantier. Les travaux consistaient à remplacer des tuyaux d’aqueduc je crois. Pour y parvenir, les ouvriers ont dû concasser tout le côté est de McGill et ce, entre Notre-Dame et la place d’Youville. Ces travaux auraient été tout ce qu’il y a de plus banal si ça n’avait été de ce que les ouvriers ont trouvé en cassant ladite rue.
 
 
Difficile à dire si les ouvriers savaient qu’ils allaient trouver sous terre de vieux rails de tramway. Lorsque l’on s’est cavalièrement débarrassé des tramways en 1959 on a vite fait de tout recouvrir d’asphalte, histoire d’oublier ces vieilles reliques le plus rapidement possible. Avec le temps on en est venu justement à ça : oublier. Alors pas étonnant que de pareilles découvertes se fassent de temps à autre. Chose certaine enlever ces rails ainsi que les traverses de bois n’a pas dû être un travail facile. Regardons néanmoins plus en détails ce qu’ils ont trouvé:
1. La couche d’asphalte actuelle (il est possible qu’il y en ait une deuxième)

2. Les rails. Celles-ci se trouvaient sous la portion ouest de McGill

3. Les traverses de bois. Ceux-ci étaient bien placés au sol et les rails solidement fixées sur ceux-ci

4. Le pavé. Très utile autour des rails et j’explique avec l’aide de la photo ici en dessous:

La présence de pavé peut surprendre et certains pourraient même se demander pourquoi on n’a tout simplement pas asphalté. Ici et là en ville, alors que surgissent ces fantômes urbains du passé, comme en témoigne cette portion de voie que j’ai trouvé sur la rue d’Youville tout juste au sud de l’ancien édifice des douanes. Mais alors, pourquoi un tel agencement? Pour mieux expliquer je vais y aller d’une petite mise en situation. Reculons maintenant, si vous le voulez bien, au temps où des tramways circulaient et imaginons que ce petit bout de tronçon a besoin de certaines réparations. Les cantonniers arrivent, ôtent tout le pavé nécessaire aux travaux, effectuent lesdits travaux et ensuite replacent le pavé. Ni vu ni connu et aucun besoin de casser de l’asphalte. Ingénieux, non?

Y’a une autre question revient souvent; pourquoi avoir pavé par-dessus les rails plutôt que de les enlever? Encore une fois il faut se remettre dans le contexte de l’époque. A la fin des années cinquante on voit la prochaine décennie comme étant celle qui propulsera Montréal dans l’avenir de façon significative. Pour l’administration municipale, cette « modernité » est majoritairement symbolisée par l’automobile, la nouvelle reine de la ville. Et pour cette royauté on ne déroulera pas un tapis rouge, mais bien un tapis d’asphalte. Plusieurs même.

On a d’abord procédé à l’enlèvement de certains tronçons de voies mais on s’est vite rendu compte que ça prenait du temps. Beaucoup trop de temps. Et derrière, la reine automobile faisait de gros soupirs et tapait du pied (enfin, de la roue). Et parce que sa majesté ne se pouvait plus d’attendre on a tout simplement décidé que ce serait plus rapide d’asphalter par-dessus tout ce qu’il pouvait y avoir de voies restantes. Avec le temps et les éléments, l’asphalte se détériore et laisse resurgir de çà et là ces petits bouts de notre histoire qu’on a préféré oublier.



Le saviez-vous? C’est le dimanche 30 août 1959 que l’on a officiellement retiré les tramways à Montréal. Les deux derniers circuits étaient alors le 45 Papineau et le 54 Rosemont. Plus de 200,000 personnes ont assisté à la mise à la retraite des valeureux «p’tits chars».

lundi 12 juillet 2010

angustias

Petite allée sans prétention, entre deux maisons quelque part sur la rue St-Jacques, pas trop loin de la rue Agnès. Je suis passé devant sans même la voir et ce n’est qu’à mon retour qu’elle m’a sauté aux yeux et du coup plusieurs choses m’ont immédiatement plu. Y’a d’abord ces deux maisons qui datent vraisemblablement d’un autre siècle, toutes de brique et de pierre de taille bâties. Des lierres aussi qui, de part et d’autre, grimpent en hauteur. Le passage, au lieu d’avoir été aménagée avec des dalles de patio préfabriquées à bon marché, est composé de pierres des champs que l’on a pris soin de disposer autrement qu’en ligne droite. De chaque côté y’a une végétation abondante dont les espèces ont été délibérément choisies. Et au fond complètement, de magnifiques arbres qui viennent clore la composition. Comme quoi qu’avec un peu d’imagination et de savoir-faire on peut transformer quelque chose d’aussi banal qu’un simple passage entre deux maisons en aménagement des plus agréables.

Canon Rebel XT + 17-70mm




Le saviez-vous? La rue Agnès est une petite voie de communication qui porte cette dénomination depuis le 30 mai 1893. Elle faisait partie de la ville de Saint-Henri laquelle a été incorporée le 28 décembre 1876 mais annexée à la ville de Montréal le 30 octobre 1905. Quant à son nom on ne lui connaît pas d’origine exacte.

dimanche 11 juillet 2010

Il fait beau dans l'métro... et l'autobus



C’est en 1976, à temps pour les XXIe olympiades, que la STCUM (aujourd'hui la STM) a complété la première phase de l’agrandissement du métro sur la ligne verte en ajoutant neuf stations vers l’est. Le terminus n’était plus la station Frontenac mais bien Honoré-Beaugrand. Quant à l’ouest, c’est en 1978 que la ligne verte s’est prolongée jusqu’à la station Angrignon. Pendant que l’on s’affairait à mettre en chantier les prolongements de la ligne orange vers Côte-Vertu et élaborer les plans de la ligne bleue, la STCUM a décidé de diffuser une publicité afin d’inciter les gens à délaisser l’auto pour le transport en commun.

Cette publicité s’inscrit dans le courant de l’époque; de la zizique, de la danse et tout. Ça m’a bien fait rire lorsque je l’ai vue pour la première fois, surtout que j’y ai reconnu Linda Wilscam, connue pour son rôle de Picotine à Radio-Canada. La séquence de l’automobiliste aussi m’a fait rigoler parce que les autobus aussi étaient pris dans les bouchons et en plus les gens fumaient dans les autobus. Au moins dans les autos il y avait des cendriers. Intéressant aussi de noter que le métro qui entre dans la station Atwater est un MR-73, alors fraîchement sorti des ateliers de Bombardier. Or les MR-73 ont roulé presqu'en exclusivité sur la ligne orange et non sur la verte.




Le saviez-vous? Les séquences dans le métro ont été tournées à la station Atwater et la ligne d’autobus 122 est une ligne fictive.

jeudi 8 juillet 2010

Electrolux

Il y a de cela bien des années les gens qui se procuraient un aspirateur Électrolux faisaient plus que s’acheter un aspirateur, ils investissaient aussi dans l’économie locale car fabriqués et vendus ici, à Montréal. Un exemple parmi tant d'autres est la compagnie State Vacuum, laquelle exploitait deux succursales, toutes deux situées dans l'ouest. Le modèle ici illustré, dit "traîneau" remis au point Electrolux, avec ses deux "skis", se vendait pour la somme de 15,95$ en 1953, ce qui, en valeur ajustée aujourd'hui, équivaut à environ 133,00$. Par contre, connaissant la très grande fiabilité et durabilité des aspirateurs Electrolux du temps, ces remises au point devaient être très sommaires.

Ma grand-mère avait un de ces aspirateurs Electrolux, acheté au début des années 60 je crois. Elle possédait aussi tous les attachements imaginables ainsi qu’un gros coffre, aussi fabriqué par Électrolux et dans lequel elle rangeait l’appareil dont j’ai un jour «hérité». Elle avait aussi pris soin de conserver le manuel qui venait avec et dont j’ai numérisé ici quelques pages.
Page couverture du manuel.
Une partie de l'équipement disponible
Fabriqué avec fierté à Montréal, tel qu'inscrit dans l'aspirateur lui-même.
Le bâtiment et ses installations d'époque.
Le certificat de garantie. Ce n'est pas visible sur cette numérisation mais ce certificat était imprimé sur du très beau papier de qualité.
Un salon qui a du style et qui penche vers le Mid Century Modern, faut avouer. On dirait un fauteuil Vladimir Kagan à l'arrière.


L'ancienne usine Electrolux, telle qu'elle apparaît aujourd'hui au 201 de la rue Laurier. Le bâtiment n’a pas été démoli mais il a subi d’importantes rénovations. Aujourd’hui occupé par des petits commerces et bureaux, bien peu de choses laissent deviner que l'endroit fut un jour une manufacture d'aspirateurs parmi les plus vendus au Québec.




Le saviez-vous? Électrolux est le résultat d’une fusion entre deux compagnies, soit Lux AB, basée à Stockholm et Svenska Electron AB. C’est en 1919 qu’Elektromekaniska AB est devenue Elektrolux. L’appelation Electrolux, avec un «c» au lieu d’un «k» remonte à 1957.

mercredi 7 juillet 2010

popina

Restaurant fermé et vacant, au coin des rues Bonsecours et du Champ-de-Mars dans le Vieux-Montréal et où on y servait des mets széchuannais. Au moment de prendre cette photo, soit en 2009, l’établissement était déjà fermé depuis un bout.

L’édifice a été construit vers 1905 selon les plans de l’architecte Louis-Roch Montbriand pour Amédée Meunier qui y a opéré un hôtel jusqu’à environ 1955. Il se trouvait derrière une écurie où l’on hébergeait les chevaux en pension. Si son apparence extérieure a quelque peu changée il n’en demeure pas moins que le bâtiment est entièrement protégé en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. Il ne peut donc plus être démoli.

Appareil utilisé: Canon Rebel XT.



Le saviez-vous? L’utilisation du terme «Licence», que l’on voit au bas de l’enseigne, est un mauvais français. «Licence» ou à la rigueur «Licencié» désigne une personne titulaire d'une licence sportive ou universitaire. Il s’agit d’un mauvaise traduction directe de «Fully Licensed» qui veut dire que le restaurateur est autorisé à vendre des vins et spiritueux pour consommation sur place. Le terme exact devrait être tout simplement «vin, bière et spiritueux».



vendredi 2 juillet 2010

refrenare venellam

Détail de l’ancien bâtiment qu’a fait construire John Frothingham en 1850-51. Il est situé dans le Vieux-Montréal sur la rue Saint-Paul tout juste au coin de la ruelle Chagouamigon. Il venait de pleuvoir alors forcément tout ruisselait d’eau, tant le pavé que la pierre calcaire de la bâtisse, ce qui a l’heureux effet de faire ressortir les détails. Cette pierre, extraite ici même de plusieurs carrières sur l’île, était solide et offrait une excellente résistance au gel/dégel si caractéristique de notre climat. L’immeuble a fait l’objet d’importantes rénovations mais conserve malgré tout son apparence d’origine.

Appareil utilisé: Canon Powershot A60.





Le saviez-vous? Chagouamigon est le nom d’un poste de traite que Pierre-Esprit Radisson et Médart Chouart des Groseillers avaient installé sur les abords du lac Supérieur au milieu du 17è siècle.

Studebaker


J’ai trouvé bien accidentellement cette publicité peinte sur le côté d’une maison, rue Laurier un peu à l’ouest de St-Urbain. Même s’il manque la partie supérieure de l’annonce, celle-ci est quand même facile à déchiffrer. Il s’agit d’une publicité pour les voitures de marque Studebaker, relativement populaires et qui étaient fabriquées en Ontario. Et à quoi ressemblait une Studebaker? Il faut dire qu’il y avait plusieurs modèles;

Avanti • Big Six • Champion • Commander • Conestoga • Electric car • Cruiser • Daytona • Dictator • Hawk • Flight Hawk • Gran Turismo Hawk • Golden Hawk • Power Hawk • Silver Hawk • Sky Hawk • Land Cruiser • Lark • Light Four • Light Six • President • Scotsman • Special Six • Speedster • Standard Six • Wagonaire et le Starliner
Une petite recherche dans les Lovell des années cinquante m’ont permis de trouver un concessionnaire, le seul en fait à Montréal, où l’on vendait des Studebaker, soit au 949 Atwater. Cette adresse donne approximativement du côté ouest entre les rues Souvenir et Hawarden. Il n’y a évidemment plus aucune trace du concessionnaire, l’emplacement étant aujourd’hui occupé par des résidences.

Les voitures étaient fabriquées dans une usine de Hamilton en Ontario, inaugurée en 1947, et celle-ci produisit des voitures en utilisant des moteurs fabriqués aux États-Unis. Lorsque l’usine de South Bend en Indiana fut fermée la compagnie confia à l’usine de Hamilton la production des modèles Daytona, Cruiser, Commander et Wagonaire et l’on projeta une production annuelle de quelques 20,000 unités par an. Vers 1965 les ventes chutèrent sérieusement aux États-Unis, un déclin qui se fit sentir au Canada peu de temps après. Le 16 mars 1966 un Cruiser V8 quatre portes fut la dernière Studebaker jamais assemblée et ce fut la fin de la marque. Si jamais vous apercevez cette publicité, regardez du côté sud de Laurier vers l’ouest et vous verrez une autre publicité peinte (faut se forcer un peu tout de même parce qu’elle n’est pas exactement facile à repérer):

Il s’agit d’une publicité pour le concessionnaire Wilhelmy Automobile alors situé au 4596 St-Denis et où l’on vendait des Buick et des Vauxall. Ces dernières, tout comme le concessionnaire, n’existent plus.





Le saviez-vous? Le légendaire designer Raymond Loewy a conçu trois modèles de Studebaker : le Champion (1947), le Commander (1953) ainsi que l’Avanti (1961).

Pas le temps!