dimanche 9 juin 2013

Bens Deli


Bens Deli, sur le coin de Maisonneuve et Metcalfe. On a bien tenté de le sauvé çui-là mais ça n’a pas marché. Au Sinistère de la Culture, où l’on est pas à une balourdise près en terme de conservation du patrimoine bâti, on ne s’est basé que sur l’apparence de l’édifice, de la place pas trop déterminante qu’occupe son architecte Charles Davis Goodman dans l’histoire de l’architecture québécoise ainsi que sur le fait qu’on pouvait allègrement bouffer des smoked-meats ailleurs en ville. On connaît la suite. Pouf, crac! On a tout mit par terre.

Au Sinistère, comme c’est à l’accoutumée, on n’a pas cherché à voir plus loin que le bout du nez, à comprendre pourquoi tant de gens, dont Héritage Montréal, Héritage Canada et la Société art déco de Montréal voulaient que le restaurant soit préservé. Ah, le style, forcément mais ça allait un peu au-delà. Bens était un peu ce truc intemporel, comme un vieux monument immuable dans un centre-ville qui ne cessait de se moderniser de façon étouffante tout autour. Y entrer en 1990, par exemple, c’était comme y entrer durant les années 50. Pas grand-chose n’avait changé. La vaisselle, les ustensiles, les chaises, les tabourets, les porte-manteaux… En passant le pas de la porte on marchait dans les pas de Leonard Cohen, Ed Sullivan, Brul Ives, Jack Benny, Liberace, Bette Midler, Nat King Cole et autres. D’ailleurs leurs photos autographiées étaient accrochées un peu partout. C’était comme un p’tit voyage dans le temps pas tout à fait désagréable.

J’ai pris la photo d’aujourd’hui très rapidement avec ma petite caméra de poche et sans réglage car des ouvriers se promenaient et je ne voulais pas les avoir dans le portrait. C'était quelque part durant l’été 2008 alors que le restaurant était fermé depuis un bon bout de temps déjà. Sa démolition avait été annoncée, en juin je crois, mais le massacre n’avait pas encore commencé.

 
Saviez-vous ça vous autres? Le smoked meat de chez Ben était tranché pas mal mince mais empilé pas mal épais, pas comme chez Schwartz oussé que la viande était pas mal plus épaisse, pis mauditement plus épicée. Aussi bon que chez Reubens ou chez Dunns? Dépend des goûts, surtout pour des mangeux de hot dogs comme nous autres, mais vous pouvez pas vous tromper anyway.

lundi 3 juin 2013

Un bien joli minois

Tenez, si vous pensez mode britannique et années 60 les chances sont assez bonnes pour qu’apparaissent les images de Twiggy et Patti Boyd, l’ex de l’ex-Beatle George Harrison. Aux États-Unis c’était plutôt un mignon brin de fille du nom de Colleen Corby, et qui a amorcé sa carrière en 1958 alors qu’elle n’avait qu’onze ans. Avec ses beaux grands yeux verts et son joli sourire elle a carrément fait craquer les éditeurs de magazine pour adolescentes dont le plus populaire était Seventeen où elle est apparue sur la page couverture pas moins de quinze fois. Faut dire aussi que la fille était très à l’aise et très naturelle devant la caméra. Universal Pictures lui a même offert de jouer dans plusieurs films mais elle a décliné parce que les films ce n’était pas son truc. Elle s'est mariée, quelque part à la fin des années 60 ou début 70 avec un homme qui était aussi mannequin très populaire, Joey Hunter. Ils ont divorcé. À l'amiable et sont resté en bons termes, probablement que les nombreux contrats un peu partout ont un quelque chose à voir.

Colleen a continué à bosser un peu comme mannequin, puis elle a ouvert une boutique, un truc qui n'a pas eu le succès escompté. Puis finalement  elle a décidé de se retirer en Floride pour fonder une famille avec son nouveau mari.  Veuve depuis 1994 elle semble couler de beaux jours en étant très active.



 





 


Saviez-vous ça vous autres? En '65 là, ben Colleen a été l'adolescente la plus photographiée dans l'monde. Quand même.

mardi 28 mai 2013

dómibus


Tenez, voici le Terrace Harp, sur Sherbrooke à l’angle de St-Laurent. Ni Le Petit Robert ni le Larousse n’ont d’entrée pour le mot «terrace» qu’on pourrait traduire par «terrasse» mais la définition du mot ne s’accorderait pas avec l’ensemble architectural qu’on voit sur la photo. En anglais par contre il définit une rangée de maisons résidentielles qui sont, plus souvent qu’autrement, assez identiques. Celles-ci ont été construites en 1864 selon un style devenu caractéristique; brique et toit plat, ce qui permet l’écoulement, dans la partie basse, de l’eau de pluie. La disposition en dents-de-scie est attribuable au fait que l’on voulait placer les maisons en parallèle avec la rue Sherbrooke.



Saviez-vous ça vous autres? L’ensemble des maisons là, y'en a cinq, ben ça fait l’objet de rénovations y'a pas si longtemps, genre la brique pis les boiseries mais les travaux y’ont pas touché à la cinquième su'l coin de Sherbrooke pis St-Laurent qui a l'air du y'able. Non mais s'tu assez bizarre tien qu'un peu? 

jeudi 23 mai 2013

Ça cogne!

Dites, vous étiez où le mardi 25 janvier 1927 au soir, disons aux alentours de 18:30? Évidemment y’a des chances pour vous n’étiez même pas au monde, mais si vous auriez été au coin des rues Guy et St-Jacques vous auriez eu droit à tout un spectacle. Faut quand même que j’ajoute ici qu’il s’agit d’un spectacle que tous les résidents dans le coin s’attendaient de voir un jour ou l’autre. Si vous connaissez le secteur vous allez probablement dire que cette intersection n’a rien de bien particulier et que s’en est une comme bien d’autres à Montréal alors qu’est-ce qui la rend plus spéciale ou plus propice à un «spectacle» quelconque?

Alors allons-y donc avec un peu de remise en contexte, si vous le voulez bien.

 La gare Bonaventure telle qu'elle apparaissait avant qu'un incendie vienne la priver de sa magnifique toiture en 1916.

En 1927, à l’emplacement approximatif de l’ancien Planétarium Dow, se trouvait la gare du Canadien National mais construite par le Grand Tronc en 1886. Les voies ferrées quant à elles longeaient la rue St-Jacques (autrefois St-James) et filaient vers l’ouest incluant l’accès vers le pont Victoria ainsi qu’aux ateliers de Pointe St-Charles. Le train, à cette époque-là, était un moyen de transport très populaire pour les trajets hors de la ville et pour la ville proprement dit, c’était le tramway. Ceci veut donc dire qu’à certains endroits se croisaient les voies ferrées de ces deux moyens de transport. Et justement c’est ce qu’on retrouvait à l’intersection des rues Guy et St-Jacques où les deux voies de la Montreal Tramways Company chevauchaient les huit voies du CN. Comme je le disais plus haut, pour les gens du coin il y avait là tous les ingrédients nécessaires à un éventuel accident. Et si j’ai mentionné en début d’article la date du 25 janvier ô-soir, c’est exactement parce que.

Donc.

Ce soir-là le tramway 772 remonte le circuit Guy en direction nord et s'approche de la traverse de chemin de fer situé juste avant la rue St-Jacques. Le garde-moteur Beaudet s'arrête selon la procédure et observe le signal de l'aiguillage de sûreté. Ce dernier indique que la voie est libre. Beaudet pousse le levier de commande et le tramway s'engage. Il s'apprête à croiser la huitième et dernière voie quand arrive soudainement la locomotive 5278 du CN. Celle-ci vient de laisser des passagers à la gare Bonaventure et s'en retourne aux ateliers de Pointe-St-Charles. La violence du choc fait voler en éclats toutes les vitres du tramway et soulève ce dernier, le séparant des deux bogies de roues, et l'envoie dans un fossé qui longe la voie ferrée.

Une locomotive de type Pacific similaire à celle impliquée dans l'accident.


Les secours arrivent mais les gens qui étaient à bord du tramway, lequel a été renversé sur le côté, ont pu s'extirper du véhicule eux-mêmes. Par miracle aucun des dix-sept voyageurs n'est blessé sérieusement et on les dirige dans l'immeuble de la compagnie Gotfredson Trucks situé tout juste au coin de la rue. Là, médecins ont soigné les gens et tous on été en mesure de s'en retourner chez eux sauf quatre que l'on a jugé mieux de faire transporter à l'hôpital.


M. Hutchison, vice-président de la Montreal Tramways Company, remet un communiqué à 11 :30 dès le lendemain de l’accident dans lequel il raconte les circonstances de l’accident. Pour le maire Médéric Martin la situation des passages à niveau n'a que trop duré. En entrevue il déclare: «Ceci me donne raison. Je dis que nous aurions dû aller à Québec, cette année, pour demander à la législature l'autorisation de faire, à même notre pouvoir d'emprunt, certaines améliorations telles que viaducs, tunnels et autres dont la nécessité se fait de plus en plus sentir chaque jour. En plus du danger qu'ils offrent, les passages à niveau sont une cause de retards continuels. Lorsque j'étais fabriquant de cigares il y a de cela 25 ans, il fallait attendre de 20 à 25 minutes pour laisser passer les trains. Dans certains endroits de la métropole la situation ne s'est guère améliorée. Nos autorités en général devraient travailler un peu plus à la solution de ce problème. Il est certes bon de protéger les chemins de fer mais il bon de même de penser un peu aux simples citoyens. Il y a quelques années j'avais proposé un moyen de supprimer les passages à niveau; mes plans ont été détruits lors de l'incendie de l'hôtel de ville (3 mars 1922, NDLR). Les voies des chemins de fer auraient longé le canal, d'après ce projet, et auraient atteint une gare centrale en devenant des voies élevées à l'entrée de la ville.»


La solution de la ville sera de construire un viaduc qui enjambe les voies ferrées du Canadien National, mettant ainsi fin à une problématique qui avait duré un peu trop longtemps. Aujourd’hui il serait assez difficile pour n’importe qui d’imaginer qu’à cette intersection se trouvait des voies ferrées et un viaduc; tous les deux ayant disparu, tout comme la gare. 

 Le viaduc terminé (Photo: Archives ville de Montréal)


Le numéro 1 indique la rue St-Jacques alors que le numéro 2 indique la rue Guy. L'étoile rouge indique l'endroit approximatif de l'accident. 

 
Saviez-vous ça vous autres? La locomotive 5278 qui a cogné l'tramway là, ben c'est une Pacific 4-6-2 de classe J-7 qui a construite à la Montreal Locomotive Works en 1918-19 pour le Canadian Government Railway. Pis la loco sur la photo, un ti-peu plus haut, même si c'est une Pacific, c'est une classe J-3 qui a été construite entre 1912-13 pour le Grand Tronc. On dit ça juste pour être certains que y'a pas de mélange. Vous avez toutte prit ça en note là? Y'a un test demain.

samedi 18 mai 2013

Hominem


Le sujet a fait couler de l’encre. Beaucoup d’encre. L’Homme,d’Alexander Calder (que j’ai photographié ici et par là), n’est pas à la bonne place disent certains, convaincus qu’ils sont que l’imposante sculpture devrait se trouver ailleurs. Parce que si elle est ailleurs, comme par exemple pif-poil au milieu de l’ancien échangeur des Pins, elle va être mieux vue et admirée. Ça va attirer les touristes à pleine pochetées. Comme pour Johnny B. Good on va venir des milles à la ronde pour voir l’œuvre. Mieux en plein milieu du traffic que perdue au milieu de l’île Sainte-Hélène. 
Ouais.

Bon, vous me connaissez sûrement depuis le temps alors vous savez qu’il n’est pas question pour moi d’aborder un tel sujet sans ouvrir le capot de l’histoire et y regarder de plus près. Pour ce faire on retourne à cette année tout à fait extraordinaire et parfaitement pharamineuse que fut 1966 (et je ne dis pas ça seulement à cause de l’album Revolver, ha!).

D’abord, et en premier lieu, faut comprendre que si la sculpture est sur l’île Sainte-Hélène c’est probablement parce qu’il y a une raison.Et la raison en est une de taille puisqu'en 1966, à l’occasion d’Expo 67 qui approchait à grands pas, la société minière International Nickel Company of Canada, mieux connue sous le nom d’INCO, a décidé d’offrir pour l’évènement un cadeau tout à fait extraordinaire : une sculpture géante commandée à l’artiste Alexander Calder.

Calder a donc conçu l’œuvre de concert avec le thème d’Expo 67 : la Terre des Hommes et a incidemment nommé sa création: l’Homme, faisant ainsi référence non à la gent masculine mais au genre humain peu importe son origine, la couleur de sa peau où la langue qu’il parle. 

La sculpture a officiellement été offerte aux citoyens de Montréal le 17 mai 1967 à l’occasion du 325è anniversaire de la ville. Pour l’occasion on a placé dans une capsule de temps des documents relatif à la cérémonie et on a déposé celle-ci au pied du stabile. C'est lors du grand réaménagement de l'île Ste-Hélène dans les années 90 que l'on a déménagé la sculpture. De son emplacement original près du chenal LeMoyne on l'a mise un peu plus au nord, plus près du St-Laurent. On a aussi prit soin d'emporter la capsule de temps, laquelle ne pourra être ouverte que le 17 mai 2067 par le maire de Montréal et à son entière discrétion. 

Ceci étant dit, une œuvre n’est jamais dénuée de sens, ni de signification. Calder ne fait pas exception et il a magnifiquement imprégné le sens de Terre des Hommes dans sa création et ceci incluait l’environnement d’Expo 67. Enlever l’œuvre d’où elle se trouve pour la mettre quelque part à Montréal ce n’est pas seulement la déraciner mais aussi la dépouiller de toute sa signification artistique. Bref, pour tout ce qu’elle représente, l’œuvre de Calder doit absolument demeurer là où elle est. Et si on désire que les gens l’apprécient davantage, pourquoi ne pas mettre mieux en valeur le riche héritage d’Expo 67 et inviter les gens à venir le redécouvrir sur ces îles inventées?

Parce qu’’Expo 67 c’était bien plus que des ballons et des pavillons. 

 
Saviez-vous ça vous autres? Le stabu… stabb… stabyl… la sculpture là, ben pas de farces, a fait 20.422m de hauteur (20 mètres point 422, pas 20,422 là). C'est d'la signification pas à peu près ça. Bon, là on vous voit tout mêlés pis c'est ben normal parce qu'aujourd'hui toutte se passe en métrique. Faites une conversion en pieds pis vous allez toutte comprendre.



 

mercredi 15 mai 2013

ingressu


Détail de l’entrée Guimard de la station de métro Square-Victoria. Il fut offert au métro de Montréal en 1966 afin de commémorer la collaboration entre les ingénieurs canadiens et français pendant la construction du métro, lequel, sous la recommandation de la Régie Autonome des Transports Parisiens, allait utiliser des voitures sur pneumatiques. L’installation s’est cependant faite en 1967, année où l’on célébrait Expo 67, le centenaire de la confédération ainsi que le centième anniversaire de Hector Guimard.

 
Saviez-vous ça vous autres? De chaque bord de l’enseigne, oussé que c’est marqué «Métropolitain» là, bon ben y’a deux lumières, une de chaque bord. À un moment donné on s’est rendu compte que les globes en étaient des originaux en verre. Mieux, c’était les derniers de c'te genre-là qui restaient dans l’monde. Allez-y pas y sont pu là. Astheure c’est du polycarbonate qui est, comme vous l'savez, est un polymère issu d'la polycondensation du bisphénol A pis d'un carbonate (ou du phosgène si yé en spécial).

samedi 11 mai 2013

domum nuntium


Quelque part dans le Mile-End au hasard d’une promenade. Entrée d’ancienne maison de rapport caractéristique de l’époque; fondation en pierre de taille, brique commune et porte d’entrée en bois massif avec, à l’intérieur, un escalier de marbre. Le vitrail au-dessus et les lampadaires ajoutent au charme de la bâtisse.

J’ai pris cette photo avec un accompagnement musical tout particulier. Tout juste à côté, assise dans les marches du bâtiment voisin, se trouvait une jeune fille à mi-chemin dans la vingtaine, souriante comme la vie, bohème d’apparence et de cœur avec un beau teint basané. Nu pieds, longs cheveux avec un bandeau coloré et vêtue d’une simple robe de lin toute légère dont la coupe aérienne laissait voir sans effort de magnifiques petits seins bien dressés, elle chantait comme le vent avec une voix magnifique, toute veloutée. Je me suis laissé charmer, l’écoutant pendant que je prenais mes photos. J’étais son seul public mais elle appréciait et fredonnait comme si elle était sur la scène de l’Olympia.

 
Saviez-vous ça vous autres? Maison de rapport là, ça veut pas dire que c’est une place oussé qui se passait des cochoncetés. Pantoute. Ça c’est un bordel, du genre où l’monde échange du cash pour des «services» ben l’fun mais un tout ti-peu dans la marge (voir hôtel de ville). Faque une maison de rapport c’est tout simplement une maison où y’a des services communs aux locataires.

jeudi 9 mai 2013

Un autre géant nous a quitté

Nous voilà assis au cinoche dans un de ces gros fauteuils muni d’un de ces supports pour les barils de boissons gazeuses. Sur l’écran y’a ce dernier gros blockbuster américain qui vous poivre les yeux et les oreilles (mais pas le cerveau). Ça pétarade, ça pète, ça rugit et ça détonne. Boum, crac! Des monstres se tapochent sur la tronche en se lançant tout ce qui leur tombe sous la main; des voitures, des camions, des trains, des avions, des buildings. Tiens-toi!

Même si ça décoiffe et que ça impressionne nous ne sommes pas dupe parce qu’on sait très bien que ce sont des images de synthèse entièrement concoctées par des ordinateurs. La grande majorité des films que nous voyons comportent en grande majorité de ces effets spéciaux dont la quantité et la complexité peuvent varier selon le genre et les besoins. Nous y sommes tellement habitués que nous ne les voyons pratiquement plus. Au début ça impressionnait. Suffit de penser au personnage du T-1000 dans Terminator 2, fait de métal liquide, ou de l’extra-terrestre composé d’eau dans The Abyss. Avec Jurassic Park la technologie numérique s’est imposée et de ce fait, a pratiquement signé l’arrêt de mort des techniques dites traditionnelles. C'est rapidement devenu si avançé qu'il est possible de remplacer un acteur par un personnage 3D avec une différence à peine notable.

Vous avez vu le péplum Gladiator avec Russell Crowe? L'acteur britannique Oliver Reed y tenait le rôle de Proximo et durant le tournage l’acteur est mort alors que la photographie n’était pas terminée, Ridley Scott a donc dû faire appel à la technologie numérique pour le remplacer dans les scènes qu’il restait à tourner. Les gens n’ont pratiquement rien vu.Et c'était il y a plus de 10 ans.

Les catins numériques animées par ordinateur c’est bien beau mais comme je le disais plus haut, on le sait, on le voit que c’est de la synthèse. Comme Yoda dans les prequels. Vous avez trouvé crédible le Yoda par ordinateur? Je préfère largement la catin en caoutchouc manipulée par Frank Oz.

Et tout ça, finalement, pour en venir à mon sujet du jour. C’est de l’ami Jerry Scott que j’ai appris la nouvelle. Ray Harryhausen, le génie des effets spéciaux traditionnels est mort à l’âge de 92 ans. 

(Crédit photo: Jerry Scott)

Harryhausen on le connaît pour avoir animé quantité de monstres et bibittes diverses en utilisant des petites marionnettes animées image par image et qui étaient par la suite superposées à de vrais acteurs. Comme pour les effets numériques, on savait que les bestioles contre lesquelles se battait Sinbad ou Jason n’étaient pas vraies mais la technique de Harryhausen fonctionnait tellement bien que ça nous foutait la trouille à chaque fois et ce, même si on le savait parfaitement bien. 





Cependant, et bien qu’il ait élevé la technique au rang d’art, le procédé d’image par image n’a pas été inventé par Harryhausen. Faut tout de même rendre à César ce qui revient à… O’Brien. Willis O’Brien. Il s’agit du type qui a conçu les effets du film King Kong (RKO Radio Pictures) en 1933. O'Brien avait largement fait usage d'un gorille miniature avec une armature articulée et qui permettait avec la technique d'image par image et de jeux de caméra de donner l'illusion que King Kong était bien réel. Pour 1933 en tout cas.

Ray Harryhausen, fortement impressionné par King Kong, décida de se lancer dans le métier. Un ami s'arrangea pour qu'il rencontre Willis O'Brien lequel, après avoir observé les premiers efforts de Harryhausen, lui conseilla de suivre des cours en arts graphiques et en sculpture afin de parfaire ses talents.

Peu après la guerre Harryhausen réalisa une bobine-démo qui contenait plusieurs de ses projets et la montra à O'Brien qui l'engagea alors comme assistant-animateur pour les besoins du film Mighty Joe Young en 1949. Alors que O'Brien se concentrait à résoudre toute une multitude de problèmes techniques il laissa la majorité du travail d'animation à Harryhausen. Ce travail valut à O'Brien de recevoir un Oscar pour les meilleurs effets spéciaux.

En 1953 Ray Harryhausen fut entièrement responsable des effets spéciaux du film The Beast From 20,000 Fathoms et celui-ci connu un succès international. C'est durant le tournage de ce film que Harryhausen conçut sa méthode qui consistait à séparer l'avant et l'arrière-plan, une technique un peu complexe qui lui permit de mettre ses créatures en sandwich entre deux plans d'action contenant de vrais acteurs.

Les créatures de Harryhausen étaient fabriquées selon le même procédé qu’O’Brien avait utilisé pour King Kong; une armature en métal articulée était d'abord construite et laquelle était ensuite "habillée" de caoutchouc-mousse habilement sculpté. C'est la mère de Harryhausen qui assistait à la confection des peaux sur les créatures alors que son père machinait les squelettes. A la mort de ce dernier en 1973 Harryhausen engagea divers assistants dont un taxidermiste qui aidait à la création des bibittes ayant de la fourrure mais la plupart du temps Harryhausen travaillait seul. A ce sujet, il dit:

"C'est une profession solitaire, à tout le moins quand je travaillais sur mes films, mais la solitude souvent accompagnée de frustrations et qui me donnait du mal, était largement compensée par la joie qui m'habitait de voir mes créatures bouger avec la même réalité que les humains. La fait d'insuffler de la vie dans une de mes créations et en même temps leur donner à chacun une personnalité propre rend mon travail d'animateur unique et excitant."




Harryhausen ne se contentait pas de seulement animer les différentes créatures, il les concevait sur papier ainsi que les séquences d'actions dans lesquelles elles apparaissaient. Après quoi il les fabriquait lui-même avec différents matériaux.









Harryhausen conçut les effets spéciaux de Gulliver’s Travels (1960), de Mysterious Island (1961) et de ce que Harryhausen considère comme son meilleur film, Jason and the Argonauts (1963). Mais la révolution culturelle des années 60 se prêta plutôt mal aux films de fantaisie se déroulant dans des temps anciens et les studios travaillaient fort pour dénicher de nouveaux publics tant et si bien que Columbia ne renouvela pas le contrat de Harryhausen.

En 1967 il fut engagé par Hammer Film Productions afin d'animer les dinosaures du film One Million Years B.C., un film très apprécié pour les courbes de Raquel Welch (qui n'était pas animée par Harryhausen) et de son bikini en fourrure.

Yowzer!

En 1969 Harryhausen conçut de nouveaux d'autres dinosaures pour les besoins du film The Valley of Gwangi, un film que Harryhausen avait voulu faire depuis des années et dont le story-board avait été créé par son mentor Willis O'Brien. Le film ne remporta malheureusement pas un énorme succès au box-office. C’est un peu dommage parce que techniquement, pour le temps, c’était très fort.
 

Au début des années 70 Harryhausen parvint à convaincre Columbia Pictures de ressusciter la franchise de Sinbad le marin, ce qui mena à la production du film The Golden Voyage of Sinbad en 1973, mettant en vedette John Phillip Law et Caroline Munro. Le film connut assez de succès pour qu'un autre film, Sinbad and the Eye of the Tiger, soit produit et mettant en vedette Patrick Wayne et Jayne Seymour. Bien que la photographie principale fut terminée en 1975 Harryhausen mit deux ans à compléter le travail d'animation des différentes créatures dont le fascinant troglodyte. Le film parut en 1977 et connut lui aussi beaucoup de succès.


La séquence de danse avec Khali est toujours aussi impressionnante.

Le dernier film de Harryhausen fut Clash of the Titans en 1981. Si le film se classa en onzième position des films les plus populaires de cette année-là mais la technique de Harryhausen commençait à paraître vieillotte. La technique d'image par image continua toutefois d'être utilisée, notamment par Phil Tippett, lequel décida carrément de faire carrière dans l'animation après avoir vu le travail de Harryhausen.

Apprendre son décès m’a fait l’effet d’un coup de poing parce qu’outre Ray lui-même c’est aussi tout un pan de mon enfance qui en prend un coup. Qu’est-ce que je pouvais être excité lorsque mon père m’amenait au cinéma Versailles pour voir le nouveau film de Sinbad. Pas d’appareil vidéo dans le temps alors la seule façon de voir les créatures de Ray était d’aller en salles. Et justement, assis dans une de ces salles, popcorn à la main, il suffisait que je vois le nom de Ray Harryhausen au générique du début pour mon cœur batte la chamade juste à penser aux bibittes que j’allais voir. Sur grand écran ça faisait son effet. 


Merci Ray!


Saviez-vous ça vous autres? La séquence d'la bataille entre Jason pis les squelettes a pris quatre mois à faire. Pis une autre affaire, quand Pluche a écrit son article, excellent en passant, clap clap clap, on lui a demandé d'inclure une photo de Raquel Welch, parce que Raquel Welch. Mais y'a pas voulu parce c'était un article sur Ray Harryhauryryhauss... entéka. Faque on lui a dit, ok, s'correct. Pis là on a attendu pis on est venu faire les «modifications» nécéssaires. Tadaaam!