samedi 1 août 2015

La maison de mon enfance


Aujourd'hui, je vous propose une photo d'époque, tirée tout droit des archives familiales. Il s'agit de la maison que ma famille a occupée de 1945 jusqu'en 1975. Sise au coin des rues Hochelaga et Aylwin, cette maison a prit plus d'un an a être construite en raison des restrictions imposées par l'effort de guerre sur plusieurs matériaux, dont ceux de construction. Cette maison, comme d'autres qui poussaient aux alentours, a été bâtie sur un lot vierge. Il s'en trouvait d'ailleurs un bon nombre surtout au nord de la rue de Rouen. Le lotissement était classique; très peu d'espace à l'avant et cour arrière donnant sur la ruelle. Notre maison, étant sur un coin, donnait donc tant sur la ruelle que sur la rue Aylwin.

C'était une maison solide avec fondation en béton, agencement agréable de pierres aux formes irrégulières pour le rez-de-chaussé et brique commune pour le premier étage. Le rez-de-chaussé comportait 6 1/2 pièces ainsi qu'un sous-sol (communément appelée «la cave») où se trouvait, entre autres, la fameuse chambre à fournaise. À l'origine celle-ci fonctionnait au charbon et la chambre à charbon, adjacente, servait justement à l'entreposage de ce combustible. Cette pièce a conservé le vocable de «chambre à charbon» même après que la fournaise, durant les années 60 de mon enfance, ait été convertie pour utiliser de l'huile. La fournaise alimentait cinq calorifères en fonte répartis dans la maison et chose certaine, on ne grelottait nulle part même durant les plus froids moments de l'hiver. Le calorifère de la cuisine comportait un détail amusant; il se trouvait dans sa partie supérieure un petit robinet et mon grand-oncle Henri s'en servait parfois pour remplir sa tasse d'eau bien chaude pour ensuite y tremper son thé. La cave comportait également un plancher bétonné avec un drain. L'intérieur de la maison était bien divisé et il n'y avait aucun espace perdu. Les murs étaient en plâtre appliqué sur lattes de bois avec motifs décoratifs. Les portes étaient en bois verni avec moulures appliquées et munies de belles poignées en verre. Celles menant au salon, quant à elles, étaient serties de carreaux de vitre finement biseautés. Au premier étage il se trouvait deux appartements comptant 3 1/2 pièces chacun. Aujourd'hui le mur mitoyen a été abattu et les deux logements forment un loft.

En 2007 je suis retourné à cette maison et le propriétaire m'a alors gentiment, et bien gracieusement, offert de revisiter l'intérieur. Cela a certainement été un brin étrange. Les dimensions, bien entendu, me semblaient plus étroites, résultat de ma vision d'enfance où j'étais haut comme trois pommes et où tout me semblait bien grand. Mais c'est surtout la dimension humaine qui est venue me labourer; le souvenir de gens aujourd'hui disparus; mes grands-parents et mon grand-oncle. Petit pincement au cœur.

En outre, j'ai été agréablement surpris de constater que malgré quelques rénovations, peu de choses avaient changé. Les portes et leurs poignées de verre et les portes aux carreaux de vitre biseautés étaient toujours là, aussi belles qu'autrefois. Au sous-sol même le papier peint posé au milieu des années 50 était toujours là. Certaines choses toutefois avaient dues être changées, comme la vieille fournaise à l'huile, remplacée par quelque chose de plus contemporain, plus efficace et aussi plus économique. Au salon le propriétaire a profité de ma présence pour résoudre une énigme; sur le mur, m'a-t-il dit, se trouvent trois interrupteurs. Nous savons ce que les deux premiers font mais pas le troisième. À quoi sert-il? Il espérait bien que je lui donne une réponse car il était bien curieux de savoir. Il ne m'a suffit que d'un coup d'œil rapide au salon. Sur le mur, lui ai-je dit en pointant de la main, se trouvaient deux luminaires dont les fils étaient encastrés. Un jour on a décidé de les enlever, de boucher les trous et peinturer. Approximativement ici et là, si vous percez le mur, vous aller fort probablement trouver les fils qui s'y trouvent encore.  

Dehors, en terminant la visite, le propriétaire et moi avons marché sur le trottoir longeant la maison et où se trouve une ceinture d'arbustes qui va de la rue Aylwin jusqu'à l'entrée sur Hochelaga. Là, au coin, se trouve un bout où les arbustes ne poussent pas. Il se trouve là une explication amusante. Pour une raison qu'il est pratiquement impossible à expliquer, quantité de véhicules sont venus percuter le coin de la maison au fil des ans. Le dernier dont je me souvienne, en 1974, était un camion de Coca-Cola. À chaque fois que les arbustes semblaient vouloir repousser, pouf! un autre véhicule arrivait pour cogner le coin. Puis, probablement parce la Nature a compris que c'était parfaitement inutile, plus rien n'a poussé à cet endroit précis. La cour arrière a subi quelques modifications afin d'aménager un espace de stationnement. Le propriétaire m'a avoué qu'en faisant des travaux de réaménagement dans la cour il a trouvé, en creusant, un bon petit lot de voitures Matchbox qu'il n'a évidemment pas conservé.

À peu de choses près, le secteur n'a que bien peu changé. La bonne vieille taverne Morelli est toujours en face, tout comme la buanderie, tout juste à côté. Sur le coin opposé de notre maison, le commerce de variétés Raymond (l'ancien commerce de monsieur Chénier dont je vous ai parlé ici) existe toujours quoiqu'il s'agisse aujourd'hui d'un dépanneur dont le propriétaire a évidemment changé. En face, où se trouvait la station-service Fina, il y a une pharmacie et une clinique médicale. Plus loin à l'est, Dominion Automobiles a été remplacé par l'édicule sud de la station Joliette, que j'ai vu construire. Quant à l'édicule nord c'était Dupuis Marine, où l'on vendait des bateaux. D'autres commerces aussi ont disparu, comme le cordonnier au coin de Joliette et Hochelaga.


Le saviez-vous? Le nom Hochelaga provient d'une bourgade iroquoienne (aucun lien avec les Iroquois) située près du mont Royal et que Jacques Cartier avait visité en octobre 1535. Encore aujourd'hui il n'y a pas de consensus quant à la localisation exacte de ce village puisqu'il a été abandonné vers 1600. Une plaque commémorative a toutefois été placée à gauche de l'entrée principale de l'université McGill.

lundi 20 juillet 2015

quadratum

En 2017, année où l’on fêtera le cinquantième anniversaire d’Expo 67. La Place des Nations, dont je vous ai parlé abondamment ici, là, ici, par là, par ici et également là, devrait, s’il faut en croire les nouvelles (ho ho hi) se refaire une beauté à temps pour que l’on puisse célébrer cet événement grandiose. Mis à part le pavillon de la Jamaïque, la Place des nations est le seul emplacement datant d'Expo 67 et qui ait un tant soit peu conservé son apparence d’origine. Maintenant il reste à savoir si effectivement les travaux de rénovation et de remise en valeur seront terminés (ho ho hi) dans le temps voulu (ho ho hi). Pour l'instant c'est clôturé, donc interdit au petit comme au grand public et l'endroit a l'air d'une soue à cochon. Typique de Montréal lorsque vient le temps du patrimoine bâti. 

Sur la photo d'aujourd'hui, prise en 2007, on voir le socle en béton qui a accueilli la torchère que l'on a allumée officieusement lors des cérémonies d'ouverture le jeudi 27 avril 1967. Après la fermeture d'Expo 67 on a enlevé la torchère, évidemment, et le socle est resté là. Lors de mon dernier passage c'était devenu une poubelle en béton, le trou étant farci d'ordures, chose qui ne m'étonne guère, au demeurant. Parfois, ce sont les citoyens eux-mêmes qui bousillent notre patrimoine bâti. Je me demande également à quel moment va-t-on corriger les informations sur la plaque commémorative qui se trouve à la base de la torchère. En y regardant attentivement on peut y lire qu’Expo 67 a duré jusqu’au 27 octobre alors qu’en réalité, suite à une demande spéciale au Bureau international des expositions à Paris, on a clôturé deux jours plus tard, soit le dimanche 29 octobre. 




Le saviez-vous? On dit souvent qu’Expo 67 a attiré 50 millions de visiteurs or c’est faux. On a enregistré plutôt 50 millions de visites, puisque plusieurs personnes avaient des passeports de saison et revenaient souvent. 

samedi 11 juillet 2015

aranea

Comme vous avez pu le constater, les mises à jour sont moins fréquentes ces temps-ci et pour cause, lorsque l'été est là j'en profite le plus possible. Je me ballade à vélo, parcourt différents quartiers en fouinant de magnifiques petits coins qui me sont encore inconnus, renifle les ventes de garage, farfouine les bazars et prend des photos. 


Ah ben voilà, y’en a plusieurs qui, en voyant la photo d’aujourd’hui, ont fait le saut et ont peut-être même laissé échapper un cri d’effroi. Allons donc. D’où peut bien provenir cette peur irraisonnée de ces petites bêtes? Vous saviez que les araignées sont non seulement très utiles mais qu'elles passent l’essentiel de leurs vies à avoir faim et peur? Ben voilà.

Selon le Guide d’identification des araignées du Québec il y aurait dans la province quelque chose comme 677 espèces réparties dans 28 familles. De certains diront que c’est 677 espèces de trop mais encore ici il s’agit de la voix des incoercibles qui hurlent comme des enfants de cinq ans à la vue d’une araignée mais se pourlèchent les babines à la vue d’un homard. Allez comprendre.

L’été il s’en trouve quelques-unes chez-moi et je ne fais aucun effort pour m’en débarrasser, préférant les laisser batifoler là où bon leur semble. Cela m’évite de rencontrer des insectes indésirables. Si ces moustiques, drosophiles et autres maringouins s’aventurent trop près du sol ce sont mes chats qui s’en occupent et croyez-moi, ils ont l’œil.

L'araignée que je vous présente aujourd'hui a été croquée, photographiquement parlant, à l’arrière de chez-moi par une belle journée nuageuse d’été. N’étant pas arachnologue je serais bien mal pris pour vous dire de quelle espèce il s’agit mais elle était tout de même d'assez bonne taille, quelque chose entre une pièce d'un dollar et de deux dollars. Il m’a fallu un brin de patience parce qu’une brise constante faisait toujours vibrer la toile et cette vaillante tisseuse a dû en mettre du temps pour la fabriquer. Il ne s’y trouvait d’ailleurs que quelques prises seulement, indiquant que la toile était relativement récente. Il y a résolument quelque chose de fascinant à observer ces petites bêtes.



Le saviez-vous? La substance la plus forte dans le monde est la soie que l’araignée produit pour ses toiles. Toutes proportions gardées cette soie est plus résistante que l’acier et les scientifiques ne sont jamais parvenus à recréer cette solidité même avec les technologies d’aujourd’hui. 

samedi 4 juillet 2015

Remorqueuse Holmes de Corgi

Corgi est une marque britannique de voitures miniatures qui a fait son apparition en 1956 afin d’offrir un peu de compétition à deux autres compagnies tout aussi britanniques, soit Dinky Toys, établie en 1934 ainsi qu’à Lesney dont les voitures Matchbox se trouvaient sur les tablettes depuis 1953.

L’arrivée de Corgi sur le marché des voitures en métal moulé a été très bénéfique, surtout pour la région de Northampton puisque Mettoy, la compagnie-mère, a offert moins de six ans après sa fondation de l’emploi à plus de 600 personnes. Comme les affaires allaient pas mal bien on a construit une autre usine, à Fforestfach cette fois, dans le sud de l’Angleterre, afin de fabriquer de nouveaux modèles. Ces nouvelles installations ont fait le bonheur des gens de la région, majoritairement aux travailleurs des mines de charbon dont les opérations étaient alors en baisse.

Par la suite Corgi, Dinky et Matchbox ont connu des années fastes et ont pu ainsi dominer le marché européen. C’est d’ailleurs un truc intéressant; les trois compagnies fabriquaient des produits similaires mais s’étaient respectivement creusé des niches distinctives, ce qui leur a permis d’avoir du succès sans se piler sur les pieds.


En 1947 Dinky s’est lancée sur le marché une série de camions appelée Supertoys à l’échelle 1/48 et qui a connu un très bon succès. Pour faire suite à ce succès Corgi a décidé, dès 1957, de lancer elle aussi une série de camion frand format baptisée Corgi Major. Évidemment, en raison de leur taille et de toutes leurs intéressantes particularités, les véhicules de cette série, tout comme les Dinky, étaient plus dispendieuses que celles de plus petite échelle. Vers 1970 un Corgi Major se vendait autour de $2.75, ce qui représente aujourd’hui en valeur ajustée quelque chose comme une bonne quinzaine de dollars. Quoiqu’il en soit, voyons voir de quoi il en retournait avec les Corgi Major avec cette dépanneuse Holmes (#1142 au catalogue) et sortie tout droit de ma collection pour l’occasion, une trouvaille de vente de garage qui date de quelques années.

Ce modèle-là est arrivé sur le marché quelque part en 1967 et venait initialement avec deux figurines représentant des garagistes. Il comprend de véritables roues de caoutchouc montées sur jantes en métal, deux pneus de secours, deux crochets attachés à des câbles de nylon que l’on pouvait monter ou descendre en tournant les roues sur le côté, des miroirs latéraux pivotants, un klaxon à trois flûtes sur le toit ainsi qu’une cabine qui bascule vers l’avant, permettant ainsi d’accéder à un moteur très détaillé.
  
Il faut bien comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un jouet pour collectionneur à édition limitée mais bien d’un véhicule que l’on pouvait aisément retrouver à peu près partout où l’on vendait des jouets. Cela témoigne aussi du souci qu’avaient les compagnies d’offrir des produits solides, de qualité et sertis de tout plein de fonctionnalités, contrairement à aujourd’hui où la majorité des jouets en plastique de piètre qualité ne durent jamais bien longtemps. Aujourd’hui un tel camion se trouve facilement et les prix peuvent varier grandement, tout dépendant de la condition. De quelques dollars pour un camion qui a eu la vie dure à quelques centaines s’il est intact dans sa boîte d’origine. C’est selon.



Le saviez-vous? Le nom de Corgi fut choisi par le patron de Mettoy lorsque la compagnie s’est installé à Fforetfach puisque la race de chien Corgi est originaire de cette région. Et lorsque Mettoy lança sa série de voitures de taille similaire aux Matchbox en 1964, elle choisit le nom de… Husky. 

dimanche 28 juin 2015

luminis obscura II

Comme pour la photo de nu j’aime bien aussi à l’occasion utiliser un clair-obscur profond pour certains sujets, comme par exemple de l’architecture. Ici, une bonne sous-exposition me permet de plonger cette maison du mile-end dans le noir total, ne laissant la lumière d’un ciel nuageux n’éclairer que la partie supérieure, créant ainsi un effet dramatique qui me plaît bien.

Il s’agit ici de maisons dans le Mile-End où l’on retrouve quantité de ces belles résidences assez cossues toutes de pierre de taille bâties dont les façades sont très différentes les unes des autres. Affublées de corniches élaborées, de tourelles, appareillages décoratifs de brique, carreaux ornementaux et autres éléments, ces maisons témoignaient en quelque sorte de la richesse de leurs propriétaires. La crise économique de 1929 en ébranlera plusieurs qui seront obligés de se départir de leurs maisons et migrer ailleurs, souvent dans les quartiers ouvriers pour y vivre dans des conditions de misère. Heureusement les nombreux développements urbains ont largement épargné ce secteur et c’est pourquoi nous pouvons encore aujourd’hui admirer ces belles résidences dont une grande quantité ont été restaurées à leurs apparences d’origine.



Le saviez-vous? Le nom de Mile End tire son origine d'un champ de course qui occupa au siècle dernier à peu près l'espace aujourd'hui compris entre le boulevard Saint-Joseph, la rue de Mentana, l'avenue du Mont-Royal et la rue Berri. Or, entre cette piste et la limite du Montréal d'alors, qui est à la hauteur de la rue Bagg actuelle, il y a exactement un mille, d'où le nom de Mile End ou « fin du mille». 

lundi 22 juin 2015

ostium IV

Entrée d’un triplex photographié l’été dernier. Ce petit immeuble possède une architecture caractéristique du milieu des années 40 soit une façade en pierres naturelles taillées pour s’agencer ensembles. En se promenant dans le quartier on retrouve facilement d’autres maisons qui présentent une telle devanture. Ici, la porte en bois d’origine est flanquée de blocs de verre derrières lesquels sont enchâssés des néons verticaux qui s’allument une fois le soir venu où lorsqu’il fait trop sombre dehors. Les côtés sont en pierre artificielle et la marche en terrazo, matériau courant à l’époque. Par contre la petite corniche en acier inoxydable, ou peut-être est-ce de l’aluminium, est une addition récente qui, malgré tout, n’enlève pas au cachet de la résidence.



Le saviez-vous? À Montréal, durant la Seconde guerre, quantité de matériaux étaient réquisitionnés pour l’effort de guerre. La construction des maisons s’est donc faite très au ralenti et plusieurs d’entre elles ont pris de très longs mois avant d’être terminées. 

Dure nature

Photographier la Nature dans son ensemble est passionnant et certainement gratifiant, surtout lorsque l'o parvient à saisir de magnifiques photos. Mais parfois, durant une promenade, au détour d'un sentier, l'on peut être témoin de scènes qui nous rappellent que la Nature a parfois un côté plus sombre. Ca été le cas pour moi il y a un certain temps de cela. Lors d'une promenade, je suivais un sentier lorsque j'ai aperçu une femelle branchu et ses trois petits qui clapotaient dans l'eau et sur les nénuphars. 


Cette femelle branchu niche au milieu de roseaux qui bordent l'étang. Plus tôt au printemps, on la voyait avec le mâle roucouler et préparer le nid. Lorsqu'elle a émergé des roseaux on comptait cinq cannetons et cette journée-là, il n'en restait que trois. Parfois il suffit qu'un caneton s'éloigne trop pour qu'il ne retrouve plus sa maman. Parfois la chance intervient et il la retrouve, ou encore il est adopté par une autre femelle quoique ce soit plus rare. Mais à d'autres moments, un caneton perdu peut rapidement devenir une proie facile. 


À une distance d'environ un mètre de la mère se trouvent deux des trois cannetons qui batifolent et apprennent à trouver de la nourriture. Ils s'amusent également à marcher sur les nénuphars. Une mère et ses canetons, une scène parfaitement buccolique à souhait, non?


À une certaine distance se trouve un grèbe à bec bigarré qui observe la scène. Cet oiseau parfaitement aquatique peut plonger sous l'eau pendant de longs moments. Il ne possède pas de pattes palmées comme les canards mais plutôt des pattes semi-palmées qui ne sont pas très adaptées pour marcher sur le sol. Le grèbe continue d'observer la maman branchu et ses trois rejetons puis, il plonge sous l'eau. Il est très difficile de savoir où il ira. Peut-être tout près mais encore aussi à l'autre bout de l'étang car c'est un excellent nageur. 


C'est à ce moment que je crois deviner. Ce caneton branchu s'est trop éloigné de sa mère. Je regarde dans les branches des arbres aux alentours afin de repérer un quelconque oiseau de proie. Dans ce coin j'ai pu observer une petite buse, une buse à épaulettes et des éperviers de Cooper. Toutefois, ce n'est pas parce que je n'en vois pas qu'il y en a pas. 


Pendant que je continue de scruter les arbres, j'entends tout à coup une échauffourée dans l'étang. Le caneton qui s'était éloigné vient de se faire happer solidement au cou par le grèbe et ce dernier le secoue comme un chien fait avec une guenille. Les deux autres canetons se sont vite réfugiés dans les roseaux près du nid. 


Après l'avoir secoué violemment, le grèbe rejette le caneton sur un nénuphar et replonge. Le caneton est toujours vivant mais semble avoir beaucoup de peine à coordonner ses mouvements. 


Le pauvre caneton semble ne pas être en mesure de se remettre sur ses pattes malgré de valeureux efforts. Le grèbe quant à lui n'est pas visible. Peut-être a-t-il choisi d'aller ailleurs? 


Le caneton continue à se débattre, toujours incapable de se retourner et cette fois je comprend; le grèbe, en le secouant, lui a brisé le cou. Il ne survivra pas. 


La femelle branchu quant à elle n'a démontré aucun instinct maternel pour protéger ses petits et s'est rapidement sauvée dans un arbre, les laissant à la merci du grèbe, lequel s'est probablement attaqué au caneton pour défendre son territoire, quoique le grèbe ne niche pas dans ce coin. 


Le grèbe observe la femelle branchu pendant de longs moments, nageant près de l'arbre près du bord où elle se trouve, à cinq mètres du sol sur une branche. 


Le caneton quant à lui a cessé de bouger. Il est parfaitement immobile et ne respire plus. C'en est terminé pour ce caneton qui n'aura malheureusement vécu que quelques maigres semaines. J'étais de l'autre côté de l'étang lorsqu'une petite buse l'a saisi pour l'emporter quelque part. C'est certes un spectacle dur et certainement saisissant, mais la Nature est ainsi et elle nous rappelle ainsi de sa fragilité. 


Le saviez-vous? Chez le canard branchu, aussi appelé canard carolin, le mâle arbore un plumage presqu'aussi terne que celui de la femelle. Toutefois, au printemps durant la période des mamours, ce plumage prend une flamboyance de couleurs qui redevient progressivement terne par la suite. Une fois que les canetons ont éclos, les mâles ne restent pas longtemps puis s'en vont vers d'autres cieux. 





samedi 20 juin 2015

1974

1974. L'été de mes huit ans. À cette époque j'habitais le quartier Hochelaga, à un jet de pierre de la station de métro Joliette, laquelle n'était pas encore construite. Ce qui allait éventuellement devenir l'édicule sud de la station était un petit concessionnaire de voitures usagées, alors qu'au nord, c'était des bateaux qu'on y vendait. 

La cour arrière de la maison avait quelque chose de rare dans le coin: du gazon. Beaucoup de gazon. Et c'est ce qui faisait que ma cour était pas mal notre quartier général, à mes amis et moi. J'me souviens bien d'eux; Alain qui restait un peu plus bas sur la rue, Patrick, qui lui habitait juste de biais, de l'autre côté de la rue. Et entre les deux, y'avait Simon. Notre réservoir d'imagination pour jouer était toujours plein à ras bord. 

Une boite de frigo vide trouvée dans la ruelle devenait une capsule spatiale pour voyager dans l'espace. Le dessous du balcon devenait une maison hantée, où l'on collait au mur différents dessins d'épouvante que l'on avait rayonné. C'était aussi les très sérieuses sessions d'échanges de petites voitures, où l'on négociait avec tout le sérieux des joueurs de poker. Et des fois, on jouait aux cow-boys dans la ruelle avec d'autres enfants, dont certains que l'on ne voyait que pour la première fois. On s'élançait, revolvers à la main et avec une bonne provision de pétards, et on inventait toutes sortes d'histoires de hold-up, de vol de diligence, jouée par une barouette. S'ennuyer? On ne connaissait pas ça.

Mon revolver à pétards du temps, que j'ai conservé. Il a encore bonne gueule, vous trouvez pas?

Hochelaga c'était un quartier ouvrier, pas nécessairement pauvre, mais pas riche non plus. Plusieurs cours arrière n'avaient même pas une petite bande de gazon. Les espaces restreints servaient de stationnements pour les voitures. Au-dessus, les cordes à linge. Nombreuses. C'est de là que les mères de familles, en bigoudis toujours, s'échangeaient les derniers potins du quartier. C'était le réseau social du temps. Sur l'heure du midi, ou environ, on les entendait appeler leur marmaille respective pour le dîner. Viens t-en, j't'ai faite des sandwichs au baloney avec des chips au ketchup! 

Également nombreux, les hangars de tôle qui, dans leur crochitude, ressemblaient souvent à des courtepointes de fer blanc et de tôle rouillée, où s'entremêlaient des affiches métalliques d'épiceries, glanées dans les ordures, et que les gens clouaient pour remplir un trou. Et ces épiceries, justement, où l'on entrait par la porte arrière, les bras chargés de bouteilles vides que l'on avait trouvées ici et là. Avec un peu de chance, ça nous donnait quinze, où même vingt cennes de bonbons. De quoi toffer pendant un bout. 

C'te monde-là, c'est le décor d'arrière-plan de mon enfance. J'ai toujours trouvé dommage de ne pas avoir de photos de ce temps-là, dans la cour, dans la ruelle avec mes amis. Heureusement, il se trouve un p'tit bout de film réalisé en 1974 par l'ONF: "Paow, paow, té mort!". C'te p'tit bijou de film été tourné à quelques rues de chez-moi, et je pourrais jurer y avoir reconnu quelques visages. Quand je vous racontais plus haut nos jeux de cow-boys, eh ben avec ce film, vous y êtes! Donc, si vous voulez avoir un p'tit aperçu des été de mon enfance, c'est ici!